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En présentation de son livre
Pour une éthique de la parole épiscopale,
André Naud nous dit : « On pourra constater dans
les pages qu’on va lire que je n’aime pas
beaucoup le silence ». Éh bien! moi non plus.
C’est pourquoi le RFAN (le Réseau des Forums
André-Naud) m’a attiré dès le début. Si nous ne
prenons pas la parole pour affirmer nos
convictions nous manquons à notre devoir de
baptisés. Pour ma part je n’ai jamais hésité à
donner mon point de vue quitte à déplaire à
certaines personnes qui ne partagent pas mes
orientations. Ce n’est pas maintenant que je
vais cesser.
L’évêque de notre diocèse
(Trois-Rivières) vient de mettre un terme
officiel à nos célébrations communautaires du
pardon avec absolution collective dans une
lettre pastorale en date du 7 octobre dernier.
La mise en œuvre des nouvelles orientations
diocésaines est fixée au 1er dimanche de l’Avent
soit le 29 novembre prochain. C’est regrettable
mais c’était aussi inévitable.
On n’a qu’à relire le livre
d’André Naud cité au début pour comprendre que
tout évêque si bien intentionné fut-il n’a pas
la liberté nécessaire pour répondre adéquatement
à une telle situation. Un seul a osé prendre
cette liberté Jacques Gaillot et cela lui a
coûté très cher. J’aurais aimé voir mon évêque
se dissocier des prises de position rigides de
Rome sur les célébrations communautaires du
pardon avec absolution collective. Je rêvais
bien évidemment mais maintenant je suis bien
éveillé. Il n’en demeure pas moins qu’André Naud
avait ramassé de façon brillante sa pensée sur
ce sujet délicat en trois propositions : « La
première : il n’est pas toujours bon pour les
évêques de ne pas exprimer leurs divergences de
vue. La deuxième : il n’est certainement pas bon
de ne les exprimer jamais. La troisième : il
n’est surtout pas bon pour eux de se donner
comme règle de conduite de ne les exprimer
jamais » (Pour une éthique de la parole
épiscopale, p.57).
Notre évêque nuance tout de
même son propos au paragraphe 2 : « La
célébration de la pénitence et de la
réconciliation avec aveu et absolution
collectifs n’est pas abolie, mais cette pratique
est maintenant soumise à des règles beaucoup
plus strictes. Cette pratique doit être
exceptionnelle, réservée à des cas de grave
nécessité. Seul l’évêque diocésain est juge de
ces situations et peut autoriser la célébration
de la réconciliation selon cette forme. À mon
avis, de telles situations peuvent se présenter
dans notre diocèse ». Est-ce une porte ouverte?
Je n’en sais rien mais je ne prends pas pour
acquis cette ouverture.
Il appartient
maintenant à chacun de nous de poursuivre sa
réflexion personnelle. En ce qui me concerne,
j’ai décelé pas mal d’inquiétude sur l’avenir de
la pratique sacramentelle de ce sacrement lors
de la lecture de Liturgie, foi et culture
(volume 3, numéro 174, été 2003). Il s’agit d’un
numéro complet sur la dérive du Magistère à la
suite de la parution en 2002 du motu proprio
intitulé Misericordia Dei, dans lequel sous
prétexte d’une repersonnalisation du sacrement
de la réconciliation Jean-Paul II remettait au
premier plan l’aveu individuel aux dépens de la
pratique de l’absolution collective qui, elle,
doit redevenir exceptionnelle, c’est-à-dire
réservée à des cas extrêmes bien définis.
Richard
Wallot dans un article de ce numéro de
Liturgie, foi et culture qualifie ainsi
l’intervention de Jean-Paul II : « On peut dire
que le motu proprio est un exemple
inquiétant de juridisme ecclésiastique et qu’il
propose des réponses du XVIème siècle à des
défis pastoraux du XXIème siècle ». Selon ce
même auteur « le motu proprio donne
l’impression qu’à Rome on a perdu le contrôle
des consciences en Occident et qu’en
conséquence, la seule solution envisagée passe
par une restauration d’un encadrement sévère ».
Normand Provencher dans ce même numéro de
Liturgie, foi et culture soutient pour sa
part : « Les problèmes pastoraux d’aujourd’hui
ne peuvent être résolus en passant par [le
Concile de] Trente. » Puis il tire la conclusion
suivante : « Ce n’est pas la première fois que
le sacrement de pénitence-réconciliation est en
crise. Chaque fois, pour sortir des impasses,
l’Église a su proposer de nouvelles formes
rituelles. Ne sommes-nous pas au début du
quatrième régime pénitentiel? » Quant à Georges
Convert du Relais Mont-Royal il précise : « Il
est bon et nécessaire de temps à autre de
célébrer le pardon entre frères et sœurs. De
signifier à la fois la source de ce pardon
qu’est Dieu le Père et le relais d’amour qu’est
la communauté fraternelle ». En fait la
célébration du pardon ne devrait être ni
individuelle ni collective, mais personnelle et
communautaire.
Les uns et
les autres ont parlé. La parole a été libérée,
maintenant il faut agir. Si les célébrations du
sacrement du pardon avec absolution collective
ne sont plus disponibles, je m’abstiendrai de
toute autre participation rituelle de ce
sacrement. Je poursuivrai dans la voie tracée
par Roger Poudrier dans son livre
L’Eucharistie source intarissable de pardon
(Médiaspaul, 2007). Il nous dit : « Si nous
arrivons à la messe conscients d’être pécheurs,
mais avec un cœur sincère et une foi droite,
avec crainte et respect, confiants en la
miséricorde inépuisable de Dieu, nous obtenons
miséricorde et trouvons la grâce qui nous permet
de repartir pécheurs pardonnés, comme le
publicain de la parabole. Le Père a remis nos
crimes et nos péchés, si grands soient-ils ».
Car
l’Eucharistie réduite à l’expression du dogme ne
peut exprimer ce qui s’y passe et justifier
l’attachement que nous pouvons y apporter
écrivait Bernard Feillet dans L’errance.
Il faut se poser des questions comme celle-ci de
Feillet : « Qu’en est-il de si nombreux
chrétiens qui s’interrogent sur leur
appartenance à l’Église, sur leur adhésion aux
dogmes qui structurent la communauté à laquelle
ils se réfèrent, et qui se demandent s’ils ne
sont pas en train de devenir chrétiens
autrement? » La foi consiste à vivre non de la
certitude, mais de l’espérance de ce qu’on
espère.
André Naud disait : « On
n’a pas le droit d’espérer si on ne veut pas
lutter ».
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