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Coup de crosse : l'affaire Claude Geffré
Témoignage chrétien

 


 

Pourquoi l’un des théologiens français les plus reconnus a été puni par le Vatican.

Révélée par Le Monde dans son édition du 9 mai 2007, la récente mésaventure survenue à Claude Geffré, l’un des théologiens français les plus reconnus au niveau international, met une fois de plus en évidence la véritable mise sous tutelle de la théologie catholique par les instances disciplinaires de l’Église romaine. Deux jours avant de s’envoler pour la République démocratique du Congo, où il devait recevoir un doctorat honoris causa de la faculté de théologie de Kinshasa, ce dominicain spécialiste du dialogue des religions s’est vu conseiller par le doyen de cette faculté de rester à Paris. La Congrégation romaine pour l’Éducation catholique, dont le préfet, le cardinal polonais Zénon Grocholewski, présidait justement à Kinshasa un colloque sur «la théologie et l’avenir des sociétés», s’opposait en effet à ce que le théologien reçoive ce diplôme honorifique. «C’est à la fois surprenant et blessant, confie Claude Geffré. Je n’avais pas l’impression d’être particulièrement mal jugé par mes pairs. Les échos qui me sont parvenus sur mon dernier livre (1) sont même très positifs

L’intervention de la congrégation pour l’Éducation catholique, après consultation de la congrégation pour la Doctrine de la foi, peut aussi être considérée comme un camouflet pour la faculté de théologie de Kinshasa et notamment son doyen, Léonard Santedi Kinkupu, pourtant membre de la Commission théologique internationale. Cet aréopage de quarante spécialistes de haut niveau est chargé, selon les termes officiels, «d’aider le Saint-Siège, et principalement la Congrégation pour la doctrine de la foi dans l’examen de questions doctrinales d’importance majeure».

Recentrage idéologique

Qu’est-il précisément reproché à Claude Geffré ? Lui-même n’en sait officiellement toujours rien. Contrairement à l’usage, le Maître de l’Ordre dominicain dont dépend le théologien n’aurait pas non plus été avisé des raisons de cette intervention de la congrégation pour l’Éducation catholique. Mais on peut penser qu’en ces temps de recentrage idéologique les travaux de Claude Geffré sur le pluralisme religieux ne plaisent guère au Vatican. Avec d’autres théologiens, notamment africains ou asiatiques, mais aussi le jésuite belge Jacques Dupuis (habitué des avertissements de la Congrégation pour la doctrine de la foi), Claude Geffré a développé une théologie qui distingue «l’universalité du Mystère du Christ», nullement remise en cause, et «l’universalité du christianisme comme religion historique».

En d’autres termes : sans renoncer à la validité de la médiation du Christ pour toute l’humanité, il faudrait admettre l’idée d’une certaine relativité du christianisme historique tel qu’il existe et a existé, et accepter de le mettre à l’épreuve, notamment dans le dialogue avec d’autres cultures et religions. L’idée n’a rien en soi d’hérétique et s’inscrit dans le droit fil de Vatican II. Mais elle détonne par rapport au positionnement romain, et en particulier celui de Benoît XVI, qui, inquiet du risque «relativiste», n’a de cesse d’insister sur l’unicité de la Vérité, nécessairement portée hier et aujourd’hui par l’Église catholique, apostolique et romaine.

Mondialisation

L’enjeu n’est pas seulement théorique. L’universalité inhérente à la nature même du christianisme peut-elle prévaloir à travers un modèle unique, ultra-centralisé et finalement très européen du catholicisme? A l’heure de la mondialisation et des recompositions culturelles qui l’accompagnent, cette question, que pose indirectement, avec d’autres, Claude Geffré, semble donner le vertige aux responsables du Vatican.

 

(1) De Babel à Pentecôte, essais de théologie religieuse, Le Cerf, 2006

 

 

 

 

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