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Au début du mois de mars 2006, un
message de la Conférence religieuse canadienne (CRC),
adressé aux évêques catholiques du pays, était
rendu public et faisait grand bruit dans les
médias. À partir d’un sondage réalisé auprès des
membres de 230 congrégations religieuses à travers
le Canada, ce document interpellait nos évêques
dans la perspective de leur visite ad limina
qui a eu lieu du 1er au 15 mai dernier
– une visite que les évêques font au pape tous les
cinq ans pour lui rendre compte de la situation
des Églises diocésaines dont ils ont la charge. Ce
message, véritable cri du cœur, parlait de
l’égalité des femmes dans l’Église, du mariage des
prêtres, de l’accueil des exclus (personnes
homosexuelles, divorcées, etc.), de la créativité
liturgique et pastorale, de l’accompagnement des
quêtes de sens de nos contemporains, de
l’inculturation de l’Évangile et du renouvellement
de la pertinence sociale de la foi (voir : <www.crc-canada.org>).
Les religieuses et les religieux sont souvent sur
la ligne de front, dans différents milieux sociaux
et ecclésiaux. Ils sont témoins des nombreuses
critiques et incompréhensions soulevées par le
discours et les positions officiels du
catholicisme sur toutes ces questions. Solidaires
des joies et des espoirs, des tristesses et des
angoisses du « peuple de Dieu », ils invitaient
donc – avec pondération mais fermeté – les
autorités ecclésiales à l’écoute et au dialogue.
Quoi de plus élémentaire! Plusieurs catholiques
d’ici se sont identifiés à ce message et étaient
reconnaissants envers la CRC d’exprimer haut et
fort ce qu’ils pensaient sans avoir d’espace pour
le dire et être entendus.
Une fin de non-recevoir
La réaction officielle des évêques à cette
interpellation a été désastreuse : embarrassée et
maladroite, si ce n’est cavalière et de mauvaise
foi. La panique, devant ce qu’ils considéraient
être une « patate chaude » les obligeant à
confronter les autorités romaines sur des enjeux
pourtant incontournables, explique probablement
une part de cette réaction. Au lieu de se faire
les porte-parole des communautés chrétiennes dont
ils sont les pasteurs, de « relayer » au pape les
fruits du discernement des croyantes et des
croyants d’ici et d’assurer, ainsi, la liberté
d’initiative et le respect de leurs Églises
diocésaines, trop d’évêques acceptent que leur
leadership soit de plus en plus réduit par Rome à
un rôle de préfet de discipline. Or, ce
centralisme romain – sclérosé et uniformisant –
dénature l’ecclésiologie du concile Vatican II.
Silence médiatique et surdité romaine
Lors de la visite ad limina, a-t-on
sérieusement discuté des enjeux soulevés par le
message de la CRC? Comment nos évêques en ont-ils
rendu compte? Quelle a été la réaction du pape et
de son entourage? En contraste avec le battage
médiatique survenu lors de la publication de ce
document, aucun média ne s’est préoccupé de la
chose. Ainsi, pas un journaliste ne s’est
intéressé au discours que Benoît XVI a livré
aux évêques du Québec à la fin de leur visite.
Ce discours
contenait pourtant la « réponse » au message de la CRC. À la demande sincère d’écoute et de dialogue
dans l’Église qui y était formulée, le pape a
répliqué par un rappel à l’ordre. Selon lui, les
religieuses et les religieux doivent développer
« une solide communion ecclésiale » et manifester
« une unité profonde […] avec l’Église et ses
pasteurs » en « accueillant et diffusant la
doctrine de l’Église dans son intégrité et son
intégralité ». Point à la ligne. En assimilant
ainsi l’unité à la soumission et à l’obéissance,
la hiérarchie romaine démontre qu’elle ne veut
rien entendre. Cette surdité est inacceptable, car
une authentique « communion » en Église ne saurait
signifier le refoulement des problèmes, des
tensions ou des débats qui s’imposent.
Prendre la liberté
Quand la CRC et ses 22 000 membres – dont la
loyauté et l’engagement ne peuvent être remis en
doute – se font rabrouer et éconduire de la sorte
par les autorités ecclésiales, ils apparaissent
comme des prophètes qui crient dans le désert.
Quand nos évêques ont peur ou refusent de se tenir
debout devant Rome, ils se désolidarisent de leur
peuple au risque d’apparaître – aux yeux de
certains – comme ces « bergers mercenaires » dont
parle la Bible. À titre de croyantes et de
croyants de la base, qu’en conclure? Qu’il ne sert
à rien, à court ou à moyen terme, d’espérer de la
hiérarchie de notre Église des décisions
permettant de débloquer les impasses, de même que
le soutien auquel nous aurions droit dans nos
initiatives en ce sens. Mettons plutôt nos
énergies ailleurs. « Nous sommes aussi l’Église »,
alors parlons et agissons! Investissons les pistes
entrouvertes par la CRC : préparons-nous à choisir
des femmes, des hommes mariés ou toute autre
personne compétente pour assurer le leadership de
nos communautés; créons de nouveaux modes de
rassemblement; reconnaissons pleinement – comme
certaines communautés chrétiennes le font déjà –
les personnes homosexuelles et divorcées;
développons des lieux de discernement et
d’inculturation; débattons ouvertement des enjeux
moraux, sociaux et politiques; engageons-nous pour
la justice. Si tout cela s’impose, faisons-le et
ça se fera! Le risque de la liberté dans la foi
est tout ce qu’il nous reste… en attendant que les
autorités de l’Église se reconvertissent à
l’écoute et au dialogue!
Les signataires
Jean Bacon (Montréal)
Richard Bergeron (La Malbaie)
Dominique Boisvert (Montréal)
Guy Bonin (Montréal)
Normand Breault (Montréal)
Hélène Chénier (Montréal)
Louis Cornellier (Joliette)
Thérèse De Clerck (Longueuil)
Louisa Defoy (Montréal)
Pierre Dufresne (Gatineau)
Bruno Gagnon (Québec)
Louis-Marie Gagnon (Montréal)
Élisabeth Garant (Longueuil)
Claude Giasson (Montréal)
Gisèle Gingras (Montréal)
André Godin (Sherbrooke)
Marie Gratton (Sherbrooke)
Anne-Marie Larose (Cap-Rouge)
Gérard Laverdure (Montréal)
Claire Le Blanc (Gatineau)
Sylvia Marion (La Malbaie)
Louise Melançon (Sherbrooke)
Claude Michaud (Ottawa)
Georges Pagé (Montréal)
Martin Parent (Québec)
Hélène Pelletier-Baillargeon (Montréal)
Jean-Philippe Perreault (Québec)
David Piché (Montréal)
Gilles Pilette (Longueuil)
Réjean Plamondon (Montréal)
Lucille Plourde (Montréal)
Jannette Pomerleau (Longueuil)
Jean-Claude Ravet (Montréal)
Édith Richard (Montréal)
Denise Robillard (Montréal)
Caroline Sauriol (Montréal)
Michaël Séguin (Valleyfield)
Marc-André Tardif (Montréal)
Annie-Claudine Tremblay (Montréal)
Micheline Trépanier (Longueuil)
Jean Trudeau (Longueuil)
Marco Veilleux (Montréal)
(Cette lettre fut publiée dans Le Soleil du
14 juin 2006 et dans Le Droit du 17 juin)
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