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Le choc du 11 septembre,
un an plus tard

Congrès de l'Entraide missionnaire internationale 
( 7 et 8 septembre 2002 )


Le dernier Congrès de l'EMI a abordé ce thème largement débattu dans tous les médias du monde, en tentant d'établir une certaine distance vis-à-vis des événements qui continuent de marquer l'actualité.  Les participantEs ont été ainsi invitéEs à réfléchir sur ce que cette tragédie et ses suites révélaient de notre temps, de notre monde et de nous-mêmes.

Chacune des personnes-ressources, malgré la diversité des approches, a voulu démontrer comment le « 11 septembre » a été un révélateur, un accélérateur d'orientations prises déjà depuis un certain temps.  En comprendre le mécanisme devait nous mettre face à l’urgence de faire autrement. 

Thierry Hentsch, politologue à l'UQAM, se plaçant d'un point de vue philosophique, a constaté la difficulté, pour la civilisation occidentale actuelle, de mener une réflexion critique sur elle-même, pratique pourtant inscrite dans sa tradition.  L'Occident qui domine matériellement le monde voudrait également lui imposer sa seule façon de penser.  Convaincu d'incarner la «modernité », « l'universalité », il place l'Autre, en l'occurrence l'Islam, à la marge du courant principal de l'histoire.  Et selon cette conception unilatérale du monde, cet Autre n'aurait d'autre choix que de venir rejoindre l'Occident, pour son propre bien…  Pourtant, au regard du dernier siècle «occidental » marqué par les pires atrocités et la volonté actuelle de recourir absolument aux armes, comment ne pas être convaincu que l'humanité est encore loin de la maturité, que notre civilisation est aussi appelée à disparaître.  L'Islam a également une vision de l'histoire, de la modernité.  Urgence donc de renouer avec une auto-critique indispensable à l'acceptation de l'Autre.

Zo Randriamaro, sociologue chercheure pour Third Word Network basé au Ghana, a montré l'urgence de mettre un frein à la mondialisation capitaliste qui envahit le champ du développement et dont le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) en est un éloquent témoignage.  De plus en plus les exigences    du     développement    durable    sont

sacrifiées au profit du marché, des préoccupations économiques et commerciales dictées par les grandes institutions multilatérales, comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC), contrôlées par les plus riches.  Pourtant les conséquences sur la disponibilité des ressources, sur l’organisation du  travail et, particulièrement, sur la réalité des femmes sont parfaitement connues.  Urgence de s’interroger sur le sens de la démocratie que l’on réduit de plus en plus à l’organisation d’élections.  La sphère politique qui pourrait penser et expérimenter autrement l’ordre des choses en Afrique a aussi été envahie par le courant fondamentaliste de l'économie de marché.

Urgence dans le champ des droits humains comme l'a démontré Alejandro Teitelbaum, avocat d'origine argentine, représentant de l'Association américaine de juristes auprès des organismes de l'ONU à Genève.  Un peu partout se sont multipliées les mesures répressives au nom de la sécurité nationale.  Sous couvert de lutte au terrorisme, notion toujours non définie juridiquement créant ainsi un flou qui donne une portée inquiétante aux mesures adoptées, on cible les mouvements de contestation mais jamais le terrorisme d’État.  Ainsi, de nombreux pays ont accepté de suspendre certaines garanties des droits de la personne, de faire des « entorses temporaires », a-t-on dit, aux droits humains...  Comme la loi C-36 au Canada, qui n’a pas de clause « crépusculaire » pour en réévaluer la pertinence après un certain temps.

Pour Lorraine Guay, responsable du projet de formation « Mouvement sociaux et citoyenneté » aux Services aux collectivités de l'UQAM, la résistance citoyenne doit dorénavant apprendre à composer avec ce contexte sécuritaire qui rend plus difficile la contestation.  Cependant, le « 11 septembre » n’a pas eu l’effet d’écrasement redouté.  Cela est dû aux gains obtenus par les mouvements sociaux, de Seattle au Sommet de Québec en passant par la Marche mondiale des femmes, et à leur capacité désormais acquise d’intervenir en concertation internationale.  Un résultat appréciable des efforts investis dans un travail à la base.  En s’inspirant des travaux de Petrella, Lorraine Guay a rappelé l’urgence pour la résistance citoyenne d’investir 4 champs : celui des besoins de base, de la Terre, de la culture et de la démocratie.  Elle a souligné l'importance de garder vivant cet espace propre à la société civile qui permet de résister et a invité à assumer le pluralisme des mouvements de contestation.

Pour sa part, Jean Mouttapa, l'actuel directeur du département Spiritualités des Éditions Albin Michel, a présenté son interprétation des conséquences du « 11 septembre » sur le dialogue interreligieux.  Pour lui, cet événement a signifié l'échec de la « coexistence pacifique » entre les religions et établi l'urgence d'entrer résolument dans une ère de « pro-existence » entre elles comme l'ont pressenti un certain nombre de mystiques et de théologiens tout au long de l'histoire de l'Église.  À nous de relever le défi d'inventer, de toute urgence, un nouveau dialogue interreligieux.  Pour ce faire, Jean Mouttapa a proposé une série de pistes exigeantes.

Il faut accorder toute l'importance nécessaire à cette relation à l'Autre et rompre avec une certaine attitude teintée de légèreté et de superficialité dans l'attention qu'on y porte.  Et puis, accepter réellement la division telle qu'elle est.  Cela implique d’assumer plusieurs deuils : deuil de sa propre innocence et acceptation responsable de son histoire, conditions indispensables au pardon mutuel; deuil de tout projet de prosélytisme; deuil de prétention à toute supériorité; deuil de tout consensus ici-bas.

Ensuite, il importe d'approfondir comment nous-mêmes collaborons à cette division; Mouttapa propose quelques champs d'exploration : travailler à comprendre réellement l'autre foi comme on le ferait d'une autre langue avec toutes les exigences de traduction requises; étudier la genèse de nos divisions en utilisant toutes les ressources de la science; explorer le pluralisme et la complexité de l'autre comme de soi-même.

Enfin, ce nouveau dialogue nécessite quelques dépassements : dépasser une certaine étroitesse des relations bilatérales qui excluent de grands pans de la réalité de l'autre dont des travers encombrants ; dépasser même le « religieux », mais sans rompre avec sa propre histoire, pour atteindre le spirituel, cet espace intérieur balayé par le souffle, non déterminé, ouvert à toute liberté.

 

(Le dossier après-congrès sera disponible sous peu)

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