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Le
dernier Congrès de l'EMI a abordé ce thème
largement débattu dans tous les médias du monde,
en tentant d'établir une certaine distance vis-à-vis
des événements qui continuent de marquer
l'actualité. Les participantEs ont été ainsi invitéEs à réfléchir
sur ce que cette tragédie et ses suites révélaient
de notre temps, de notre monde et de nous-mêmes.
Chacune
des personnes-ressources, malgré la diversité
des approches, a voulu démontrer comment le
« 11 septembre » a été un révélateur,
un accélérateur d'orientations prises déjà
depuis un certain temps. En comprendre le mécanisme devait nous mettre face à
l’urgence de faire autrement.
Thierry
Hentsch,
politologue à l'UQAM, se plaçant d'un point de
vue philosophique, a constaté la difficulté,
pour la civilisation occidentale actuelle, de
mener une réflexion critique sur elle-même,
pratique pourtant inscrite dans sa tradition.
L'Occident qui domine matériellement le
monde voudrait également lui imposer sa seule façon
de penser. Convaincu
d'incarner la «modernité », « l'universalité »,
il place l'Autre, en l'occurrence l'Islam, à la
marge du courant principal de l'histoire.
Et selon cette conception unilatérale du
monde, cet Autre n'aurait d'autre choix que de
venir rejoindre l'Occident, pour son propre
bien… Pourtant,
au regard du dernier siècle «occidental »
marqué par les pires atrocités et la volonté
actuelle de recourir absolument aux armes, comment
ne pas être convaincu que l'humanité est encore
loin de la maturité, que notre civilisation est
aussi appelée à disparaître.
L'Islam a également une vision de
l'histoire, de la modernité.
Urgence donc de renouer avec une
auto-critique indispensable à l'acceptation de
l'Autre.
Zo
Randriamaro,
sociologue chercheure pour Third
Word Network basé au Ghana, a montré
l'urgence de mettre un frein à la mondialisation
capitaliste qui envahit le champ du développement
et dont le Nouveau
partenariat pour le développement de l’Afrique
(NEPAD) en est un éloquent témoignage. De plus en plus les exigences
du
développement
durable
sont
sacrifiées
au profit du marché, des préoccupations économiques
et commerciales dictées par les grandes
institutions multilatérales, comme l'Organisation mondiale du commerce (OMC), contrôlées par les plus
riches. Pourtant
les conséquences sur la disponibilité des
ressources, sur l’organisation du
travail et, particulièrement, sur la réalité
des femmes sont parfaitement connues.
Urgence de s’interroger sur le sens de la
démocratie que l’on réduit de plus en plus à
l’organisation d’élections.
La sphère politique qui pourrait penser et
expérimenter autrement l’ordre des choses en
Afrique a aussi été envahie par le courant
fondamentaliste de l'économie de marché.
Urgence
dans le champ des droits humains comme l'a démontré
Alejandro Teitelbaum, avocat d'origine argentine, représentant de
l'Association
américaine de juristes auprès des organismes de
l'ONU à Genève.
Un peu partout se sont multipliées les
mesures répressives au nom de la sécurité
nationale. Sous
couvert de lutte au terrorisme, notion toujours
non définie juridiquement créant ainsi un flou
qui donne une portée inquiétante aux mesures
adoptées, on cible les mouvements de contestation
mais jamais le terrorisme d’État.
Ainsi, de nombreux pays ont accepté de
suspendre certaines garanties des droits de la
personne, de faire des « entorses
temporaires », a-t-on dit, aux droits
humains... Comme
la loi C-36 au Canada, qui n’a pas de clause
« crépusculaire » pour en réévaluer
la pertinence après un certain temps.
Pour
Lorraine
Guay, responsable du projet de formation
« Mouvement sociaux et citoyenneté »
aux Services
aux collectivités de l'UQAM, la résistance
citoyenne doit dorénavant apprendre à composer
avec ce contexte sécuritaire qui rend plus
difficile la contestation. Cependant, le « 11 septembre » n’a pas eu
l’effet d’écrasement redouté.
Cela est dû aux gains obtenus par les
mouvements sociaux, de Seattle au Sommet de Québec
en passant par la Marche
mondiale des femmes, et à leur capacité désormais
acquise d’intervenir en concertation
internationale.
Un résultat appréciable des efforts
investis dans un travail à la base. En s’inspirant des travaux de Petrella, Lorraine Guay a
rappelé l’urgence pour la résistance citoyenne
d’investir 4 champs : celui des besoins de
base, de la Terre, de la culture et de la démocratie.
Elle a souligné l'importance de garder
vivant cet espace propre à la société civile
qui permet de résister et a invité à assumer le
pluralisme des mouvements de contestation.
Pour
sa part, Jean
Mouttapa, l'actuel directeur du département Spiritualités
des Éditions Albin Michel, a présenté son
interprétation des conséquences du « 11
septembre » sur le dialogue interreligieux.
Pour lui, cet événement a signifié l'échec
de la « coexistence pacifique » entre
les religions et établi l'urgence d'entrer résolument
dans une ère de « pro-existence »
entre elles comme l'ont pressenti un certain
nombre de mystiques et de théologiens tout au
long de l'histoire de l'Église.
À nous de relever le défi d'inventer, de
toute urgence, un nouveau dialogue interreligieux.
Pour ce faire, Jean Mouttapa a proposé une
série de pistes exigeantes.
Il
faut accorder toute l'importance nécessaire à
cette relation à l'Autre et rompre avec une
certaine attitude teintée de légèreté et de
superficialité dans l'attention qu'on y porte.
Et puis, accepter réellement la division
telle qu'elle est. Cela implique d’assumer plusieurs deuils : deuil de sa
propre innocence et acceptation responsable de son
histoire, conditions indispensables au pardon
mutuel; deuil de tout projet de prosélytisme;
deuil de prétention à toute supériorité; deuil
de tout consensus ici-bas.
Ensuite,
il importe d'approfondir comment nous-mêmes
collaborons à cette division; Mouttapa propose
quelques champs d'exploration : travailler à
comprendre réellement l'autre foi comme on le
ferait d'une autre langue avec toutes les
exigences de traduction requises; étudier la genèse
de nos divisions en utilisant toutes les
ressources de la science; explorer le pluralisme
et la complexité de l'autre comme de soi-même.
Enfin,
ce nouveau dialogue nécessite quelques dépassements :
dépasser une certaine étroitesse des relations
bilatérales qui excluent de grands pans de la réalité
de l'autre dont des travers encombrants ; dépasser
même le « religieux », mais sans
rompre avec sa propre histoire, pour atteindre le
spirituel, cet espace intérieur balayé par le
souffle, non déterminé, ouvert à toute liberté.
(Le
dossier après-congrès sera disponible sous peu)
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