Culture et Foi > Dossiers > André Naud > Un homme passionné pour la liberté dans la foi

André Naud :  un homme passionné pour la liberté dans la foi
Jean-Paul Lefebvre


Je l’ai rencontré au début des années quatre-vingt-dix seulement, longtemps après ce que je me permets d’appeler son <chemin de Damas> ! Non pas qu’il ait eu besoin de se convertir à la foi chrétienne, comme l’apôtre Paul.  Mais je crois que le concile Vatican II fut pour lui une expérience bouleversante. Il fut parmi les théologiens qui ont vécu intensément au cœur de ce Collège épiscopal que le vieux pape de transition, Jean XXIII, a convoqué pour donner à l’Église une cure de rajeunissement. Il y était aux côtés de l’archevêque de Montréal, le cardinal Paul-Émile Léger. Ce dernier, ayant entrepris sa deuxième incarnation, en harmonie avec le pape d’alors, put profiter grandement du travail de son confrère sulpicien, beaucoup plus théologien que lui.  

L’ouverture au monde moderne, souhaitée par Jean XXIII, fut largement appuyée par les Pères du concile.  Non sans un débat avec la curie romaine et avec certains autres éléments du collège épiscopal.  De retour dans son ermitage du Grand Séminaire de Montréal, vivant au milieu de sa bibliothèque, André Naud est resté en état d’alerte permanente, défendant, bec et ongles, les acquis du concile. Ce fut, désormais, sa véritable passion.  

En 1987, j’avais fait une recension de l’un de ses mémorables plaidoyers théologiques,  Le magistère incertain.  La clarté de sa pensée, sa rigueur intellectuelle, son argumentation très serrée m’avaient grandement impressionné.  Lorsque, quelque temps après, j’eus l’occasion d’échanger avec lui, j’ai découvert la passion de ce théologien sous lequel le pasteur était bien vivant.

Lorsque, en 1996, il publia sa magistrale démonstration sur le détournement de l’orientation du concile de Jean XXIII par le jeune pape, ( Karol Wotyla avait cinquante-huit ans lors de son élection, en 1978), j’avais déjà eu le bénéfice de quelques lectures et de cours privés sur ce thème. Un détail intéressant.  André Naud a imposé à son éditeur deux longs titres pour son livre sur le concile.  Un aggiornamento et son éclipse – La liberté de pensée dans la foi et dans l’Église !   Cet auteur que certains ont jugé très cérébral, ne pouvait pas se résigner à voir son argumentation, étalée sur quelque deux cents pages, dépourvue (en page couverture), de l’une ou l’autre de ces deux phrases qui lui brûlaient le cœur !

Il est mort au moment où il venait à peine de terminer, à travers beaucoup de souffrances, son dernier livre. Il a perdu son combat contre le cancer, mais sa lutte pour la liberté dans la foi et dans l’Église se poursuivra par ses écrits. Même s’il n’a pas connu de son vivant, dans le milieu ecclésiastique du  Québec, l’écoute à laquelle sa pensée forte et originale lui aurait donné droit.

 

                                                          

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca