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Cet
hommage d'un confrère et d'un intime fut
prononcé le jeudi 17 octobre 2002, au lancement
posthume du dernier livre d'André Naud.
Le
philosophe grec, Héraclite, écrivait :
« Ceux qui descendent dans les mêmes
fleuves reçoivent constamment de nouveaux
courants d’eau ».
André Naud aimait beaucoup ce philosophe de l’Antiquité,
qui consacrait par cette phrase le changement
continu, l’évolution des idées.
Son séjour de 8 ans au Japon le transforma
car il avait découvert le pluralisme religieux au
contact d’un environnement bouddhiste et shintoïste.
En
1963, devenu expert au Concile Vatican II, il déclarait
lui-même que cet événement ecclésial et
universel le mua de philosophe à théologien.
Dans le cadre du Concile, il y a 40 ans
cette année, il voyait l’Église entrer en
dialogue avec le monde de ce temps : l’œcuménisme
entre les Églises chrétiennes, le dialogue avec
les Juifs, les discussions entre les grandes
religions, les conférences avec les incroyants.
André Naud rencontra Simone Weil à travers ses lectures.
Elle était une philosophe juive française,
engagée dans les mouvements sociaux.
Ses écrits révèlent son mysticisme chrétien
et ses difficultés à accepter les dogmes de l’Église
sans avoir la liberté d’apprivoiser, avec son
intelligence, les vérités divines des dogmes.
Comme elle était une femme très articulée,
son intelligence était heurtée par les exigences
de l’Église.
Simone Weil est décédée en 1943 à l’âge
de 34 ans. Les
Éditions Gallimard publient ses œuvres complètes
en 18 volumes.
André Naud qualifiait cet écrivain de génie
de notre temps.
Durant
13 ans, André Naud a lutté pour sa survie.
Il combattit encore plus longtemps pour défendre
ses idées, tout en ayant conscience d’ébranler
le quant-à-soi de certains.
Il s’adonnait à des analyses pointues
des raisons justificatrices de ses idéaux.
Il dégageait une prospective reflétant
foi et liberté pour une meilleure intelligence de
la Vérité.
Pendant
sa dernière année, malade, diminué, s’il lui
était recommandé de ne pas travailler aussi
intensément, André Naud répondait que c’était
une nécessité pour lui : autrement il ne
pourrait vivre et accomplir son œuvre.
Au cours de la dernière semaine de sa vie, les Éditions
Fides, grâce à monsieur Michel Maillé, lui
procurèrent un grand bonheur.
Il n’était pas sans se rendre compte de
tous les efforts qu’elles mettaient à préparer
rapidement son livre.
Il savait que plusieurs travaillaient à
cette réalisation.
Cependant c’est le travail du graphiste
Gianni Caccia, qui l’impressionna grandement.
Pour la couverture du livre, monsieur
Caccia choisit un tableau du peintre belge, René
Magritte, intitulé « L’Image en soi ».
André Naud éprouva une grande joie à
propos de ce choix.
Le tableau présente de chaque côté des
tentures opaques, sombres et lourdes posées sur
la nuit, tandis qu’au centre une troisième
tenture lumineuse déploie la perspective d’un
espace infini du firmament.
C’est l’éclat de la lumière sur la
noirceur, de la transparence sur l’opacité.
D’après le contenu du livre, c’est
l’accessibilité de l’intelligence personnelle
à l’acte de foi, qui surpasse les difficultés
d’un engagement inconditionnel.
Madame Madeleine Sauvé fournit à André
Naud les informations nécessaires pour comprendre
la symbolique de Magritte.
« Mes tableaux, disait Magritte, ont
été conçus pour être des signes matériels de
la liberté de pensée.
C’est pour cette raison qu’ils sont des
images sensibles qui ne déméritent pas du Sens. »
Cet artiste découragea toujours les
interprétations de ses œuvres si elles ne se référaient
pas au mystère.
Mesdames, Messieurs, André Naud a vu son
livre virtuellement, à la manière d’un autre
tableau de Magritte, titré « Le Pont d’Héraclite »
qui représente au-dessus d’un cours d’eau,
d’un fleuve, un pont inachevé, un pont qui
n’atteint pas l’autre rive, mais qui se reflète
dans l’eau en son entier, d’une rive à
l’autre. Telle
est la vision qu’André Naud possédait de son
ouvrage en nous quittant.
Je vous remercie.

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