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Le 14 septembre prochain deviendra
effective l’autorisation de Benoît XVI, annoncée
cet été, de célébrer la messe en latin selon le
missel dit de saint Pie V, institué au XVIe
siècle dans la foulée du concile de Trente. Ce
missel n’était plus d’usage jusqu’à ce jour,
depuis que Paul VI en avait édité un nouveau qui
reflétait le renouveau ecclésial de Vatican II.
Seuls les milieux ultraconservateurs
réfractaires au concile s’en servaient encore.
Maintenant, tous ceux qui apprécient la
« sacralité » qui s’en dégage, dit le pape,
pourront le faire. Dans la lettre adressée aux
évêques, accompagnant le décret, il justifie
également sa décision en ces termes :
« L’histoire de la liturgie est faite de
croissance et de progrès, jamais de rupture. »
Cette phrase reflète bien, à mon sens, le défi
que l’Église peine à relever pour être témoin
signifiant de la présence de Dieu dans le
monde : considérer la rupture comme chemin
possible de croissance. Comme c’est le cas dans
l’histoire, la vie, l’existence. Il en va de
même dans l’Église, qu’elle se dise sainte et
guidée par l’Esprit n’y change rien. La
continuité, tant revendiquée par elle, sera
reconnue après coup, grâce à la parole, au
récit, au regard rétrospectif, faisant œuvre
d’interprétation – ou, dans une perspective
chrétienne, grâce à l’Esprit-Saint. Elle ne
relève pas de l’évidence ni de la nature des
choses.
Cette incapacité de la hiérarchie catholique à se remettre
ainsi radicalement en question l’enferme dans un
dogmatisme mortifère. Cela l’amène à s’obstiner
à considérer inamovibles, par exemple, des
structures et des liturgies d’origine
monarchique, d’un autre âge, issues de sa longue
fréquentation des palais des rois.
Quand l’Assemblée des évêques d’Amérique latine, réunie à
Medellin il y a bientôt 40 ans, proclamait avec
audace, dans la foulée de Vatican II, un Dieu
présent parmi les appauvris et une Église
solidaire de leur lutte pour la justice, les
évêques se sont sentis fidèles à l’Église, mais
en profonde rupture avec un mode d’être
ecclésial qui avait privilégié historiquement
l’oligarchie et fait siennes ses préoccupations.
L’émergence de communautés ecclésiales de base
où les laïcs jouent un rôle prédominant était
pour eux le signe d’une fidélité à la bonne
nouvelle de Dieu aux pauvres. Cette nouveauté a
été vécue par beaucoup comme une conversion.
Rompre avec la « monarchisation » de Dieu et de l’Église
signifie valoriser le souffle prophétique des
nouveaux commencements, le miracle de l’agir
humain et comprendre la rupture comme un
« agir » privilégié de Dieu. L’Incarnation ne
signifie-t-elle pas un déchirement de l’image
« conventionnelle » d’un Dieu tout-puissant,
niché dans l’au-delà? En faisant corps avec les
humiliés, les écrasés, les opprimés, les
torturés, ceux-là qui contestent, dans leur
chair et par la justice qu’ils exigent, l’ordre
immuable d’un monde qui fait fi de la dignité
humaine, ne manifeste-t-elle pas le parti pris
divin pour la contingence du monde?
Or, la valorisation de la messe en latin et sa vision éthérée
de Dieu et de l’Église est un signe préoccupant
– parce qu’il s’ajoute à d’autres – d’une
volonté de restaurer une Église hors du monde,
centrée sur le culte comme voie de salut, et de
contenir, sinon d’étouffer, le souffle
rénovateur initié par Vatican II.
(Extrait de l'éditorial publié dans la revue
Relations du mois de septembre 2007)
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