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Dans un discours à l’Université de Ratisbonne,
le Pape Benoît XVI a développé une réflexion sur
le lien entre la foi et la raison au cours de
laquelle il a repris un extrait d’un dialogue
entre l’empereur byzantin Manuel II Paléologue
et un lettré persan qui a suscité beaucoup de
protestations dans le monde musulman. Sans
justifier les représailles violentes qui en ont
résulté, nous croyons que cette citation inutile
et marginale était mal avisée dans le contexte
de tensions que nous vivons actuellement. Elle
était blessante pour les fidèles qui cherchent
dans l’islam des chemins d’intelligence et de
paix.
À lire le
texte de Benoît XVI, il nous semble que le Pape
aurait tout aussi bien pu développer sa thèse du
lien essentiel entre la foi et la raison sans
utiliser cette citation. Il aurait eu avantage à
mentionner que la théologie scolastique a été
remise en contact avec la philosophie grecque
par des penseurs musulmans comme Avicenne (Ibn
Sinâ) et Averoès (Abù al-Walid ibn Ruchd).
Réagissant en
intellectuel qui défend une thèse, on pourrait
croire que le théologien Ratzinger a oublié
qu’il est maintenant Benoît XVI, un chef
religieux et que, par conséquent, sa parole a un
impact mondial et une teneur politique.
S’écartant de l’attitude de Paul VI et de
Jean-Paul II qui ont ouvert des voies au
dialogue interreligieux, cette conférence de
Benoît XVI risque de jeter de l’huile sur le feu
d’une situation où les rapports sont déjà tendus
entre l’Occident et le Proche Orient.
Comme le
rappelle dans le journal La Repubblica le
sociologue italien des religions, Renzo Guolo :
« En parlant du prophète Mahomet et des sourates
coraniques, Benoît XVI a, en fait, violé un
tabou établi. Les religions peuvent parler entre
elles d’éthique, de paix, de famille ou de la
sécularisation contre laquelle elles voudraient
faire front commun, mais jamais des dogmes ou
des textes sacrés d’autrui. Dans ce cas, la
communication se brise parce qu’un réflexe
identitaire est immédiatement provoqué. »
Venant de l’un
des plus importants chefs religieux du monde,
nous craignons qu’une affirmation aussi
imprudente risque de mettre en péril le dialogue
entamé par les communautés chrétiennes
minoritaires vivant au cœur de majorités non
chrétiennes.
Alors que tant
d’hommes et de femmes de bonne volonté cherchent
à établir des ponts entre les diverses
traditions religieuses, que des rapprochements
se font, ici et ailleurs, entre musulmans et
chrétiens, le discours de l’Église catholique
doit plutôt être, comme Benoît XVI l’affirmait
lui-même dans les regrets qu’il exprimait lors
de l’Angélus de dimanche dernier, « une
invitation au dialogue franc et sincère, avec un
grand respect réciproque ».
En tant que
chrétiens et chrétiennes engagés dans des
efforts de rapprochement et de collaboration
avec des croyants et des croyantes musulmans,
nous sommes préoccupés de l’orientation donnée
au dialogue interreligieux depuis le début du
pontificat de Benoît XVI, particulièrement en ce
qui a trait à l’islam. La rencontre avec l’islam
doit dépasser l’unique rapport entre les
cultures pour se situer dans un véritable esprit
de dialogue entre traditions religieuses.
Alors que les
religions ont souvent été associées à la
violence et aux guerres, il nous importe de
continuer à tracer les chemins ouverts par
Vatican II en reconnaissant la valeur des autres
traditions religieuses et l’enrichissement
mutuel que les croyants de diverses traditions
peuvent s’apporter. Il est essentiel que les
tenants de toutes les religions collaborent à la
construction d’un monde commun de justice et de
paix.
(Paru dans
La Presse jeudi
le 21 septembre 2006)
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