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Raymond Gravel, prêtre, membre fondateur du
Forum André Naud, fut curé pendant plusieurs
années dans le diocèse de Joliette au Québec. Il
est connu pour ses prises de parole courageuses.
Il est maintenant député du Bloc Québécois à
Ottawa.
Le 7 juillet dernier, Benoît XVI publiait son décret papal
« Motu Proprio », où il restaurait
officiellement la liturgie romaine tridentine
antérieure à la réforme du concile Vatican II.
Aussitôt, les médias se sont empressés
d’annoncer le retour de la messe en latin dans
nos églises. Mais attention! Il ne s’agit pas
simplement de l’usage du latin dans la
célébration de l’Eucharistie ou des sacrements
selon le missel romain promulgué par le pape
Paul VI, en 1970, au lendemain du concile; le
latin est déjà utilisé lors de célébrations qui
regroupent des participants de diverses
nationalités. La langue latine n’est pas devenue
subversive avec la réforme liturgique de Vatican
II.
Ce qui est problématique, c’est la restauration de la
célébration des sacrements, selon le rite du
pape Pie V, promulgué au moment du concile de
Trente, en 1546, et réédité par Jean XXIII, en
1962, avant le concile Vatican II. C’est là, non
seulement un retour en arrière, à une époque où
la liturgie était teintée, à la fois, d’un
cérémonial pompeux qui correspondait au
triomphalisme de l’Église tridentine et d’un
ritualisme doloriste et sacrificiel du mystère
chrétien, ce qui ne convient aucunement à
l’Église catholique du 21ème siècle.
En d’autres mots, le rite de Pie V était celui d’une Église
qui se pensait seule détentrice de la vérité.
N’oublions pas que ce rituel est né, au moment
du concile de Trente, en réponse ou en réaction
à
la Réforme protestante de Luther; ce qu’on
appelle la Contre-Réforme, dont la liturgie exprimait davantage le sacrifice du
Christ, sa passion et ses souffrances, plutôt
que sa Résurrection, d’où l’expression : Saint
Sacrifice de
la Messe et la création d’énormes crucifix
ensanglantés qui ornent les murs de nos églises
et cathédrales.
Qu’on le veuille ou non, le retour ou le renforcement de
cette tradition porte atteinte à la réforme
liturgique de Vatican II. En effet, s’il est
vrai que le dernier concile a voulu exprimer le
désir que l’observance et le respect dus au
culte divin soient réformés et adaptés aux
nécessités de notre temps, ce qui s’est exprimé,
non seulement par la messe en langues
vernaculaires, mais aussi par la célébration
qui favorise une plus grande participation de
tous les chrétiens rassemblés, en communion avec
le président d’assemblée, restaurer le rite
tridentin, c’est refuser aux chrétiens le droit
de participer à la célébration; ils redeviennent
des assistants passifs, des spectateurs d’un
culte dont ils ne comprennent ni la langue, ni
la culture. Rappelons-nous ce que les gens
faisaient lors des messes d’avant le concile :
ils récitaient leur chapelet.
Dans sa lettre aux évêques pour présenter son décret, Benoît
XVI affirme : « En regardant le passé, les
divisions qui ont lacéré le corps du Christ au
cours des siècles, on a continuellement
l’impression qu’aux moments critiques où la
division commençait à naître, les responsables
de l’Église n’ont pas fait suffisamment pour
conserver ou conquérir la réconciliation et
l’unité; on a l’impression que les omissions
dans l’Église ont eu leur part de culpabilité
dans le fait que ces divisions aient réussi à se
consolider. » Ceci est vrai, non seulement pour
les intégristes catholiques qui ont refusé les
conclusions du concile Vatican II, mais aussi
pour tout le mouvement protestant de
la Réforme de Luther du 16ème siècle. Renforcer
le concile de Trente pour se réconcilier avec
les intégristes, c’est creuser davantage le
fossé avec les chrétiens d’autres confessions
qui désirent l’unité avec l’Église catholique.
Pourtant, le pape reconnaît que « ce regard vers
le passé nous impose aujourd’hui une
obligation : faire tous les efforts afin que
tous ceux qui désirent réellement l’unité aient
la possibilité de rester dans cette unité ou de
la retrouver à nouveau ». Ce n’est donc pas au
concile de Trente qu’il nous faut revenir, mais
aux sources du christianisme dont témoignent les
évangiles et les écrits du Nouveau Testament.
Le Christ des évangiles a voulu libérer l’homme des
contraintes que des siècles de religion lui ont
imposé. Il est venu humaniser la société de son
temps. La religion l’a éliminé. À sa suite, les
premiers chrétiens ont cherché à continuer son
travail d’humanisation; au 4ème siècle, le
christianisme a vite été récupéré par l’empereur
Constantin pour en faire une nouvelle religion
d’État, avec d’autres contraintes qui se sont
accumulées au fil des siècles. Heureusement,
pendant tout ce temps, des hommes et des femmes
qui se sont inspirés de l’évangile, ont su
conserver la mémoire du Ressuscité, en
poursuivant son œuvre d’humanisation des
sociétés. Ces prophètes de l’histoire ont trop
souvent été malmenés par les institutions;
certains y ont même laissé leur vie. On en
retrouve encore aujourd’hui : ils appartiennent
à différentes confessions chrétiennes et même à
d’autres religions.
Ces prophètes doivent être entendus et écoutés : ils sont
porteurs d’espérance; ils nous invitent à
prendre de nouveaux sentiers pour relever de
nouveaux défis; ils nous ramènent à l’essentiel.
Peut-être que l’Église d’aujourd’hui a besoin de
ces prophètes pour retrouver l’essence de son
existence. Pour se faire, il lui faut faire
preuve d’humilité, se mettre à l’écoute de ces
hommes et de ces femmes d’espérance; ils sauront
lui faire découvrir de nouveaux chemins
d’évangile, de nouveaux sentiers d’humanité, qui
favoriseront l’unité, non seulement de tous les
chrétiens, mais aussi de tous les croyants et
même de tous les humains.
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