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Lettre au nouveau pape Benoît XVI
L’ACI belge


 

L’ACI (Agir en Chrétiens Informés) est un mouvement d’éducation permanente
comptant une centaine d’équipes en Belgique francophone.
 

Cher frère évêque de Rome,

Nous venons d’apprendre l’heureuse nouvelle : vous avez accepté la lourde mission d’évêque de Rome et de pape de l’Église catholique, et nous vous en sommes reconnaissants. Nous devinons, en effet, que cette charge sera particulièrement exigeante, et nous n’en doutons pas : vous l’avez acceptée non par goût du pouvoir, mais pour être fidèle à la mission entamée par votre ami Jean-Paul II et rendre aux innombrables communautés catholiques le service de l’unité.

Permettez-nous de vous écrire en toute franchise ce que nous portons aujourd’hui au cœur. En effet, les communautés chrétiennes de chez nous aspirent, en majorité, à une vraie réforme de notre Église : moins de rigidité doctrinale ou disciplinaire, mais plus d’écoute et d’attention aux personnes qui font pour le mieux dans des situations difficiles ; moins de solennité mais plus de simplicité évangélique ; moins d’autoritarisme, mais plus de concertation et de confiance à ceux « d’en bas ». Il en va de l’espérance des chrétiens et de la crédibilité de l’Église dans notre société. Plusieurs des documents publiés ces dernières années par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dont vous étiez responsable, exprimaient tout au contraire l’esprit de la citadelle assiégée, et ce n’est pas pour nous rassurer. Donnerez-vous le même style à votre pontificat ? Ce serait, pensons-nous, une cause de scandale pour le peuple chrétien de nos régions. Nous croyons pourtant que vous pouvez entendre ce cri. Votre connaissance de la Curie romaine et l’autorité dont vous disposez vous permettent d’entreprendre, si vous le jugez utile, une politique nouvelle d’ouverture. Nous aimerions que le pape, comme Jésus, pose un regard bienveillant sur les hommes et les femmes et leur révèle toutes leurs capacités de générosité potentielles.

Les casseroles chauffent par en dessous

Nous avons appris à vivre notre christianisme en adultes, c’est-à-dire que nous voulons tout à la fois être autonomes et solidaires. Nous avons tous reçu le même Esprit saint, Esprit d’amour et de vérité, et le Christ Jésus nous a dit qu’il est au milieu de nous quand deux ou trois sont réunis en son nom. Dans nos équipes de base, nous cherchons à comprendre ce que devient notre société et comment contribuer à la rendre plus humaine, et la lecture de l’Évangile nous éclaire. Nous confrontons nos expériences, nous cherchons ensemble, nous prions ensemble, nous nous soutenons mutuellement, et c’est de cette manière que naît l’Église. Pas à partir de Rome, mais à partir de ce qui se vit à la base. Comme le dit la sagesse populaire, les casseroles chauffent par en dessous, non par en haut ! Cela signifie que, pour vivre notre vie et la vivre en chrétiens, nous n’attendons pas les mots d’ordre de la hiérarchie.

Notre expérience d’humanité et de vie chrétienne vous intéresse-t-elle ? Alors n’hésitez pas à venir nous rendre visite, à l’occasion. Si possible sans papamobile, sans faste, sans grands discours préparés à l’avance. Nous nous parlerons les yeux dans les yeux. Nous vous écouterons, car nous voulons vivre en communion avec toutes les communautés chrétiennes ; vous nous écouterez, et nous nous sentirons encouragés à suivre la parole du Christ.

Le service de l’unité, pas de l’uniformité

Du pape, nous n’attendons pas tout. Nous ne croyons pas qu’il puisse, d’un coup de baguette magique, changer la réalité de l’Église catholique. Nous ne croyons pas qu’il sache tout mieux que les autres parce qu’il est le pape. Mais nous le savons chargé d’une mission essentielle : être signe, témoin et acteur efficace de l’unité entre toutes les communautés qui se réclament du catholicisme. Car aucune communauté chrétienne ne peut vivre isolée, et il est vital qu’elles tissent et retissent sans cesse entre elles des liens de confiance et de fraternité active.

Dans l’Antiquité, quand des communautés chrétiennes ne parvenaient pas à s’entendre (et alors seulement !), elles demandaient l’avis de l’évêque de Rome. Ce service de la fraternité s’est peu à peu mué en pouvoir autoritaire et centralisateur, et la Curie romaine a pris un poids disproportionné. Aujourd’hui, une décentralisation nous paraît indispensable, au bénéfice de la collégialité. Si vous pouviez réduire le rôle de la Curie et faire confiance aux Églises locales, à la fois sur le plan doctrinal et sur celui de la discipline ! Encouragez partout la concertation : c’est la Tradition la plus vénérable de notre Église ! Faut-il partout la même liturgie et les mêmes règles (célibat des prêtres, par exemple) ? Que les communautés chrétiennes de Rome, du Brésil, de l’Afrique centrale ou de Belgique aient des styles divers, quoi de plus naturel, pourvu qu’on s’ouvre au même Évangile, avec le même souci de la communion universelle ? C’est ainsi seulement que notre Église méritera son nom de « catholique ».

L’union des Églises et la rencontre des autres convictions

Dans le même esprit, nous souhaitons que l’Église catholique s’engage sur le chemin d’un œcuménisme audacieux, qui n’a rien à voir avec le relativisme que vous dénoncez volontiers. Sans rêver à une organisation unifiée, chimère d’un nouveau centralisme, pourquoi ne pas proposer aux autres Églises chrétiennes reconnaissance mutuelle et intercommunion ? Ce qui fait l’unité des chrétiens, ce n’est pas d’abord l’adhésion à des vérités abstraites, mais le désir commun d’exposer nos vies à la Parole de Dieu et au souffle de son Esprit. Bien sûr, il faudrait s’accorder sur quelques règles communes, mais l’obstacle est-il insurmontable ? Quant à la rencontre du Judaïsme, de l’Islam et des autres religions, votre prédécesseur Jean-Paul II a pris des initiatives courageuses. Nous souhaitons que vous poursuiviez ce chemin de rencontre avec les autres spiritualités, y compris avec l’humanisme non confessionnel.

La confiance aux théologiens

Avant d’être évêque, vous étiez un théologien compétent et respecté. En Europe occidentale, le christianisme semble avoir perdu l’initiative de la pensée, et il n’est plus guère écouté. Ce n’est pas à coup d’affirmations doctrinales et de rappels à l’ordre qu’il retrouvera une parole crédible dans notre société. La collaboration active entre théologiens et évêques a fait de Vatican II l’événement d’Église qui nous inspire encore. Nous vous demandons de faire confiance aux théologiens : sans leur travail risqué, l’aggiornamento de notre Église ne sera pas possible.

Une parole audacieuse pour le monde

Votre prédécesseur s’est distingué plus d’une fois par sa franchise face aux grands de ce monde. Il a dénoncé toutes les formes de totalitarisme, celui des régimes communistes, mais aussi celui du capitalisme sauvage qui régit notre planète. Il a mené campagne pour l’abolition de la dette des pays pauvres. Quand G. W. Bush et T. Blair voulaient faire la guerre en Irak, il a mobilisé toutes ses forces pour la paix. Si vous parlez, que votre parole soit forte ; qu’elle cherche moins à ménager la chèvre et le chou qu’à annoncer, quoi qu’il en coûte, la radicalité de l’Évangile pour aujourd’hui.

Cher frère évêque de Rome, nous aurions aimé vous parler de nombreux autres sujets urgents : les femmes et les hommes, leurs aspirations au sein de notre Église et de notre société ; la bioéthique ; les ministères dans l’Église ; la lutte contre la misère ; le culte de la personnalité dont vous risquez de faire l’objet ; le langage de nos célébrations… Vous serez sollicité de mille manières, et vous devrez tenir compte à la fois des personnes qui craignent le changement et de celles qui réclament des réformes immédiates. Il vous sera souvent difficile de choisir le meilleur chemin. C’est pourquoi nous prions pour vous et avec vous le Dieu de Jésus-Christ : il est notre avenir.

 

L’équipe d’animation spirituelle de l’ACI en Belgique : Jean-François Blerot, Marie-Annette et Pierre Brisbois, Bruno Delavie, Myriam Désirant, Mimi Gilon, Ghislaine Van Halewijn, Jacques Vermeylen

 

 

Siège de l’ACI :

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