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À
toi mon frère,
Te voilà bientôt le pasteur de l'Église
universelle. Quelques jours à peine te séparent de
ce moment unique où tes pairs t'auront choisi pour
mener les destinées de l'Église catholique
romaine. Comment recevras-tu cette élection? Quels
sentiments traverseront ton esprit? Par quelles
émotions passeras-tu? Auras-tu peur? Seras-tu fier
de ce qui t'arrive? Oseras-tu penser que tu le
mérites ou bien, plus humblement, trouveras-tu que
tes confrères et le Saint Esprit t'en demandent
beaucoup? Une prière d'action de grâce ou de
supplication montera-t-elle spontanément à tes
lèvres?
J'aimerais bien que tu sois surpris de ton
élection. Et que rapidement te viennent à l'esprit
tes limites personnelles, tes pauvretés. Je ne
veux pas, en disant cela, t'inviter à être timoré,
à te laisser abattre par la perspective de devoir
mener une barque aussi gigantesque. Je veux
simplement que tu t'en remettes totalement à Dieu,
à la présence de son Esprit, à la confiance. Si
cet acte de foi t'habite, tu guideras l'Église
dans l'attention constante aux signes de l'Esprit
et aux appels de tes frères et de tes soeurs.
Ce sentiment d'humilité ferait de toi un homme
audacieux. N'ont vraiment de l'audace que ceux qui
ont la certitude que Dieu est le premier à agir
dans leur vie. N'osent vraiment que ceux qui
reconnaissent les appels de Dieu à travers la vie
de tous les jours. Dieu parle dans les petites
heures de la vie quotidienne comme au cours des
grands événements qui laissent des marques dans
l'histoire. Il n'y a que les pauvres qui ont
l'oreille assez fine pour entendre Dieu. Je
souhaite ardemment que tu sois de ceux-là.
J'aimerais qu'en te voyant agir les plus petits
comme les plus grands aient la conviction que tu
les comprends. Pour cela, il faudra que tu crois
profondément que l'Esprit s'exprime dans chaque
baptisé. Et que ce qu'il dit n'est jamais ridicule
même dans le plus ridicule des êtres humains.
Gouverne avec l'impression que les plus humbles
font partie de tes conseillers privilégiés.
Surtout ceux qui vivent des situations difficiles.
Je pense en particulier à ceux et celles qui sont
rejetés ou méprisés, ceux qui vivent des échecs
irréversibles, ceux qui n'arrivent pas à être
considérés par les autres. Écoute bien
attentivement ceux qui sont condamnés par d'autres
catholiques; c'est souvent là qu'on rencontre les
souffrances les plus pénibles. Et les souffrants
sont souvent des sages.
Si jamais te vient l'impression que tu perds le
contrôle de l'Église, n'aie pas peur. Si tu crains
que les baptisés en mènent trop large, ne panique
pas. Si tu redoutes les excès, rappelle-toi que
l'exemple vient de haut: Dieu, le premier, ne
s'est pas retenu. N'est-ce pas excessif que de
laisser son Fils mourir sur une croix? N'est-ce
pas excessif que de le ressusciter d'entrer les
morts? N'est-ce pas excessif que de lancer
l'Esprit dans l'univers au risque que son action
soit confondue avec les excès de l'imagination
créatrice des fous de l'Évangile?
Permets-moi de souhaiter que tu ne sois pas trop
sage. Sois du genre Jésus de Nazareth! Quelqu'un
qui n'a pas peur de rencontrer les pécheurs. Il y
en a encore, tu sais. Et il y en a encore qui nous
précèdent dans le royaume? N'hésite pas à
sermonner les grands qui se graissent en profitant
de leur situation d'autorité. Rappelle à tes
frères et à tes soeurs que l'esprit est plus
important que la loi. Et que les seules lois qui
méritent respect sont celles qui expriment
fidèlement l'esprit.
On ne t'aimera pas toujours si tu ressembles trop
à Jésus. Accepte de perdre des partisans, s'il le
faut, pour demeurer fidèle à son Évangile. Jésus a
payé cher sa communion à son Père et son option
pour les pauvres et les petits. Peux-tu être
dispensé du prix que te coûte ta foi?
En terminant, j'ai une faveur à te demander: prie
pour moi. Ce que j'attends de toi, je dois en
vivre moi-même. Et compte sur ma propre prière.
(Billet publié sur le site de
Spiritualité 2000
et reproduit avec la permission de l’auteur)
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