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Face au déclin du catholicisme, le seul moyen de
respecter les exigences de la mission de l’Église
aujourd’hui ne serait-ce pas un changement de
mentalité à tous les échelons de l’organisme
ecclésial? Ce renouveau passerait par une
décentralisation et par un rapprochement avec le
monde contemporain…
L'élection prochaine d'un nouveau pape fournit
l'occasion à tous les croyants de réfléchir sur
les promesses d'avenir de l'institution
catholique.
Dans ce but, nous voulons dessiner en ses traits
essentiels le visage d'une Église
dont les structures, la mentalité et le
fonctionnement seraient, selon nous, mieux adaptés
à notre époque.
1) Une Église décentralisée : tous les chemins ne mènent plus à Rome
Beaucoup de catholiques désespèrent de voir leur
Église, « institution de salut », occupée à faire
taire toute contestation, à réaffirmer des
positions morales, doctrinales et disciplinaires
d’importance inégale et souvent rétrogrades, se
montrant fermée à l’évolution du savoir et des
sociétés, comme aux époques où elle imposait ses
idées au monde. Elle détourne ainsi beaucoup
d’hommes et de femmes de son riche héritage de
foi, qui leur paraît obscur et dépassé.
La curie romaine, devenue un appareil
centralisateur, a mis un frein aux avancées
prophétiques de Vatican II dans les domaines de la
collégialité et de l’initiative pastorale et
œcuménique. La levée de la mainmise romaine sur
l’ensemble de la vie de la communauté catholique
constitue un préalable au renouveau de
l’institution et à l’amélioration de ses rapports
à la modernité.
2) Une Église vraiment universelle
Pour être universelle, l’Église doit aller à la
rencontre des cultures, et non l’inverse. Elle
doit les interpeller et apprendre à reconnaître
leurs richesses dans un dialogue constructif.
Malgré le travail de ses missionnaires et la
présence d’un clergé de plus en plus issu des
communautés locales, la suprématie de l’Église
latine demeure un obstacle au plein épanouissement
d’autres traditions exprimant à leur manière le
« trésor de la foi » : théologie, pratique
pastorale et liturgique, architecture, rituels
sacramentaires, vie spirituelle. Pour transmettre
la Bonne Nouvelle dans toutes les cultures
auxquelles elle est destinée, l’Église doit, à
l’écoute de l’Esprit, poursuivant le travail
apostolique, répandre le levain de l’Évangile sans
imposer un mode culturel d’emploi.
3) Une Église partenaire des peuples et non de ses dirigeants
L’Église doit rassembler le peuple de Dieu sans
distinction. Vestiges d’un passé impérial,
l’arsenal diplomatique et le réseau des
nonciatures apostoliques tranchent avec la
faiblesse des moyens mis de l’avant par le Christ
et les apôtres. L’Église doit compter sur le
travail des individus, affirmer comme Jésus son
indépendance vis-à-vis de l’État et abandonner la
fausse assurance découlant de relations trop
souvent ambiguës avec les dirigeants. Il importe
que le pape et les évêques gardent leur liberté et
refusent tout privilège, distinction ou
marchandage risquant de les associer à des
instances politiques ou financières
irrespectueuses des droits humains.
L’Église doit faire entendre sa voix sans la
substituer à celle des peuples et des individus.
Sa mission n’est plus de conquérir les masses mais
de promouvoir la libération non violente, contre
toute forme d’exclusion, par la transformation du
cœur des individus. Il faut également repenser sa
présence dans les organismes mondiaux. Elle n’est
plus une puissance séculière, et l’on attend
d’elle non pas des prises de position qui font fi
de l’autonomie des consciences, mais le rappel des
valeurs chrétiennes de la personne.
4) Une Église de la participation et de la codécision
Contre la dérive autoritaire et la sclérose, il
faut combler les postes au sein de l’Église par
des procédures démocratiques. Le choix d’un
nouveau pape ne doit plus relever seulement d’un
collège de cardinaux choisis pour leur conformité
à un modèle. Des représentants de tout le peuple
de Dieu devraient participer aux nominations :
évêques, prêtres et laïcs, congrégations
religieuses. Pour le choix des évêques, il
faudrait une procédure adaptée au milieu et se
déroulant au grand jour avec la participation des
fidèles.
Être choisi comme pape, cardinal ou évêque doit
être vu non comme un honneur ou une récompense,
comme une fonction conférant une autorité
surnaturelle autre que celle de leur baptême, mais
comme un engagement et un service dont la durée
devrait être limitée, pour le bien de l’Église.
Pour être fidèle au Christ, l’institution
ecclésiale doit compter sur la foi et l’initiative
de ses membres, non sur l’obéissance aveugle à un
cercle de défenseurs d’un système centralisateur
au pouvoir absolu. Elle doit se fier à l’action de
l’Esprit, encourager la discussion sur les sujets
qui confrontent la foi et la conscience, et tenir
compte des consensus qui s’en dégagent. Il
faudrait donc à Rome une direction collégiale
reflétant les attentes des croyants et leur
liberté de parole.
5) Une Église qui reconnaisse pleinement les droits des femmes à
l’égalité
Le refus de reconnaître aux femmes les mêmes
droits qu’aux hommes dans l’Église et leur
exclusion du sacerdoce reposent, selon nous, sur
des arguments sans réelle justification juridique,
ou théologique, ou tout simplement chrétienne.
Faire des exclus, c’est aller contre la volonté du
Christ. Croire que la fonction sacerdotale est
réservée aux hommes, c’est retomber sous la loi
ancienne que Jésus est venu parfaire, et perpétuer
les exclusives sexistes du temps de saint Paul,
présentées comme étant d’inspiration divine, ainsi
que des traditions élaborées au fil d’une histoire
où les femmes ont été traitées en inférieures.
L’Église agit ici à contre-courant de l’Évangile
et de la mission du Christ, qui transcende les
coutumes et les cultures. Hommes et femmes sont
appelés à poursuivre les mêmes idéaux évangéliques
et invités à s’en faire les porte-parole.
6) Une Église qui tire des leçons de l’échec de ses interventions en ce
qui a trait à la sexualité
Il revient aux individus et aux couples chrétiens,
aidés de leurs pasteurs, de résoudre les questions
morales relatives à leur vie sexuelle. Jésus seul
est sauveur et sonde les reins et les cœurs. Il
n’a pas craint de remettre les péchés. Il a choisi
ses disciples parmi des gens simples, non chez les
docteurs de la Loi. Nul ne peut condamner en son
nom.
Les fixations de Rome sur la contraception ont
affecté douloureusement la vie de millions de
couples. Les prises de position sans nuances
touchant le divorce, l’avortement, les relations
pré-maritales, l’homosexualité ou le remariage des
divorcés ont répandu la culpabilité et discrédité
une Église sans compassion, qui prétend détenir la
Vérité. Bref, l’Église n’a pas à imposer aux
couples ses interdits, ni à dicter aux États leurs
politiques. Les scandales sexuels qui ont frappé
le monde catholique devraient la faire réfléchir
sur la sagesse de ses règles.
7) Une Église qui ne prive plus les fidèles de la célébration de
l’Eucharistie
Bien des communautés catholiques d’Amérique et
d’Europe n’auront bientôt plus de prêtres pour
célébrer le repas eucharistique. Plutôt que de
revoir les règles d’accès au sacerdoce en
ordonnant des hommes mariés ou en autorisant les
prêtres à se marier, Rome laisse aller les choses
comme si son inaction traduisait la volonté de
Dieu. À
l'origine, le célibat était seulement le fait des
moines. Ce n'est que plus tard que la règle du
célibat a été imposée aux prêtres
en Occident, alors que l’Église
d’Orient l’exige seulement des évêques. Jean-Paul II
a réaffirmé en janvier 2004 qu’il constitue la
dimension essentielle du sacerdoce. Les chrétiens
devront patienter.
8) Une Église soucieuse d’établir et d’encourager le dialogue œcuménique
et interreligieux
Depuis Vatican II, l’Église catholique s’est
engagée sur la voie du dialogue avec les autres
Églises chrétiennes, afin de résoudre par le
dialogue les litiges historiques et les querelles
d’hégémonie liés à des questions doctrinales et
disciplinaires. Le sérieux du témoignage chrétien
exige le rassemblement des familles chrétiennes.
Hélas, à Rome, la peur de la diversité est forte.
Toutefois, Jean-Paul II a débarrassé les rapports
avec le judaïsme des hypothèques du passé, et les
rencontres interreligieuses d’Assise vont demeurer
un signe d’espérance. C’est un début.
Conclusion
Au moment où se préparent des changements à sa
tête, nous souhaitons que l’Église tourne vers le
monde un autre visage. Qu’elle soit moins centrée
sur le rôle et l’image de la papauté. Que, non
contente de demander pardon à ceux qu’elle a
persécutés, elle entende la critique et les
interpellations venues de ses propres rangs et se
montre ouverte au dialogue.
Qu’elle soit une Église-communion, conduite par
l’Évangile plutôt que soumise au droit canonique
ou à une curie dont Jésus aurait été le premier à
défier les exclusions. Une Église-participation,
fondée sur les charismes prodigués aux croyants
par l’Esprit, soucieuse de vitalité théologique et
d’ouverture au monde, avide de diversité
culturelle et spirituelle.
Une Église attentive aux signes des temps. Une
Église souple, respectueuse du « sensus fidelium »,
représentative des peuples et des Églises locales.
Une Église une et universelle, mais qui aurait des
structures de décision collégiales et des services
décentralisés.
(14 avril 2005)
Groupes signataires :
Le Réseau Culture et Foi
Association des religieuses pour la promotion des
femmes
Centre St-Pierre
Groupe du Manifeste d’Ottawa
Collective L’Autre Parole
Communauté chrétienne Notre-Dame-de-Grâce
Communauté chrétienne Ste-Brigide
Signataires individuels :
Jean Bacon, théologien
Gregory Baum, théologien
Richard Bergeron, théologien
Marie Campbell, étudiante au doctorat en théologie
(Concordia)
Michel-M. Campbell, théologien
Raymonde Jauvin, membre de Femmes et Ministères
Gérard Laverdure, agent de pastorale
Jean-Paul Lefebvre
Bruno Leroy, éducateur de la rue, Lomme, France
Jean-Claude Nadon, Ottawa
Jean-Claude Ravet, réd. en chef adjoint, Relations
Louis Rousseau, professeur au
Département des sciences religieuses (UQAM)
Marco Veilleux
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