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Monsieur Ouellet, vous n’aidez personne!
André Gadbois et Gérard Marier
pour le Réseau des Forums André-Naud

 

 

 

Le 17 mai dernier (2010), l’Assemblée des évêques catholiques du Québec a fait appel, dans le débat sur l’avortement, à un dialogue serein entre les pro-vie et les pro-choix en précisant que ce dialogue était urgent. Le Réseau des Forums André-Naud ne peut qu’être tout à fait d’accord avec ce message de l’AÉCQ, d’autant plus que les évêques ont fait le choix, pour dire leur message, d’une pastorale non pas de la confrontation mais de la compréhension. Compréhension « des divergences profondes, écrivent-ils, sur la façon de concevoir l’être humain. L’être humain est complexe et commande qu’on lui porte attention à lui avant tout dogme, toute loi. » Il est regrettable, une fois de plus, que le Cardinal Ouellet ait fait faux bond à ses confrères évêques, regrettable aussi qu’il ait prononcé des paroles aussi absolues et déclaré des jugements aussi indécents.

L’AÉCQ voit, à juste titre, que le dialogue entre les membres de notre société, est la seule avenue pour arriver à nous rencontrer. Mais pour qu’il y ait dialogue,  il faut que chacune des parties accepte de ne pas avoir a priori toute la vérité, et que la position contraire à la sienne peut  l’enrichir.

Les tenants de pro-vie peuvent-ils entendre les deux questions suivantes? Quand la santé physique ou la santé psychique de la mère est en danger grave, par exemple, dans le cas d’une grossesse à la suite d’un viol, est-ce que cette éventualité ne doit pas être prise en très sérieuse considération? D’autant plus que le risque pour la santé physique et psychique de la mère met en danger la santé de l’embryon lui-même et plus tard du foetus. Autre question. Quand vous affirmez que tout avortement est un crime parce qu’il tue un être humain qui, de surcroît, est le plus fragile de tous, n’êtes-vous pas à projeter sur l’embryon une perception de la personne humaine qui est un  être automne, un être de relations, le seul être vivant dépourvu d’une nature propre qui le déterminerait vers tel ou tel comportement, ce qui nous permet d’être libres et perfectibles? Considérer l’embryon comme une personne égale à ce qu’il sera après sa naissance, c’est une perception au moins discutable, d’autant que la conception qu’on a de la personne n’a cessé de varier depuis l’Antiquité jusqu’à nous. En quoi consiste le noyau dur de la personne? Quelle est l’essence de la personne? Les réponses sont à ce point divergentes qu’il arrive parfois de parler de « l’indéfinissable » personne humaine.

Est-ce que les pro-choix peuvent entendre à leur tour deux questions? Le choix d’avorter est-il absolu,  en ce sens que d’aucune façon il ne peut être régulé? Ce serait déresponsabiliser l’État, l’Église, si l’on s’en dit membre, et l’homme qui a mis la femme enceinte.  Est-ce que le choix d’interrompre une vie promise à être pleinement humaine n’est pas une décision à ce point importante qu’il faut d’abord voir toutes les alternatives, comme le support plus intensif de la famille, de l’État, de l’Église, comme aussi l’adoption de l’enfant?

Le Réseau des Forums André-Naud rappelle enfin, inspiré par le concile Vatican II, le primat absolu de la conscience éclairée, dans la prise d’une décision, notamment de celle d’interrompre ou non une grossesse. C’est donc avec beaucoup de respect qu’il convient d’accueillir le choix qu’en conscience une personne a fait. Le regretté théologien André Naud disait : « Le premier trait de la conscience chrétienne adulte, c’est qu’elle garde jalousement pour elle le dernier jugement à poser ». C’est au nom d’une Parole de cœur, l’Évangile, que le Réseau des Forums André-Naud prend la parole pour se dissocier des paroles de monsieur Ouellet.

 

 

 

 

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