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J'avoue avoir eu
la tentation de réagir après l’intervention du
cardinal Ouellet à la Commission sur les
accommodements. C'était pathétique de le voir
rêver d'un retour aux années 30 : un
véritable croisé de la restauration venu sauver
le Québec, le matamore de la laïcité
intégriste! Son séjour prolongé à Rome l'a
isolé de la réalité et il ne reposera que quand
on l'y rappellera pour servir l'Église dans des
sphères de pouvoir où il se sent à l'aise. Ce
que je lui souhaite de tout coeur pour le bien
de lÉglise du Québec !
Le cardinal, à
l’exemple de Jean-Paul II, confesse des péchés
de l’Église dans le passé; mais qu’en est-il
des péchés actuels dans une Église à pensée
unique, autoritaire et imposée de Rome. Je
demande à l’évêque de Québec : Église, qu’as-tu
fait de ton Concile? Pourquoi le silence de
plomb, le manque d’opinion publique, la
disparition de la collégialité épiscopale, la
mise à l’index de centaines de théologiens, la
condamnation réitérée de la théologie de la
libération, l’exclusion des personnes divorcées,
homosexuelles sans oublier la fermeture totale à
l’égalité entre hommes et femmes?
L'Église a deux
mille ans; en autant de temps, on accumule
beaucoup de traditions humaines. Aujourd'hui,
l'Église doit déménager, sortir de ses temples
et de ses oripeaux et venir habiter au
milieu de peuples sécularisés qui n'ont pas une
vision religieuse du monde et de la vie. Quand
on déménage, on doit se défaire de ses
vieilleries et les musées existent précisément
pour conserver les trésors du passé. J'ai
toujours le coeur serré quand je vois à la télé
ces cérémonies médiévales (ou pis, de la cour
impériale de Byzance) se perpétuer au Vatican;
comme tout cela n'a rien à voir avec le Juif
marginal que fut Jésus ni avec son évangile aux
pauvres.
Une fois le
grand ménage terminé, il faudra simplement
s’asseoir avec l’évangile et essayer de le vivre
radicalement aujourd’hui avec nos contemporains.
Dire que les Québécois et Québécoises n’ont pas
de spiritualité ou sont sans valeurs, c’est
ignorer et mépriser profondément la réalité de
notre peuple. Je vois naître cette
Église-hors-les-murs parmi les jeunes
assoiffés de justice sociale et d’écologie, les
immigrés avec leurs richesses spirituelles, les
baby-boomers qui se voient vieillir, les aînés
blessés dans leur foi. C'est une Église pour le
monde d'aujourd'hui, humble, discrète,
fondamentalement laïque, sans exclusions, une
Église-puits où viennent s'abreuver les humains
et les brutes, reprenant ces paroles de la
sagesse: Venez à moi, vous tous qui avez soif et
je vous donnerai une eau vive et gratuite.
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