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J'ose d'abord souhaiter que cette parole qui est mienne
aujourd'hui soit aussi celle de Québécois
croyants et incroyants qui peuvent avoir un
regard que ne partage pas toujours l'institution
de l'Église, mais qui peut être davantage celui
de l'Évangile de Jésus de Nazareth.
Je dirai, dans un premier temps, Mgr Ouellet, qu'il s'agit de
votre parole personnelle, malgré les titres qui
sont les vôtres, et non celle de l'Assemblée des
évêques du Canada, ni celle de l'Assemblée des
évêques du Québec. C'est là une grosse
différence. Et ensuite, oui, oui, une demande de
pardon! Mais...
Le Dieu que nous a fait connaître Jésus, par ses paroles et
ses gestes, est un Dieu dont la miséricorde est
sans limites pour les humains que nous sommes.
C'est un Dieu en qui j'ai le goût d'avoir
confiance, parce que, par son amour
inconditionnel, il se fait «proche» de toute
personne en marchant sur nos chemins, parce que
nos chemins, justement, sont les chemins de
Dieu. Et c'est un Dieu encore qui donne ainsi
naissance à l'humanité en nous appelant à être
toujours plus « humain », à être pleinement
humain. Voilà donc, brièvement, ce qui
m'interpelle dans l'Évangile de Jésus.
Le malaise sous tous ses axes
M. le Cardinal, vous le dites, il y a un « malaise
québécois ». Il y a un malaise parce que la
parole et les gestes des gens ordinaires ne sont
pas reconnus et pris au sérieux par une Église
« institution ». Pourtant, à ce que je crois,
leur parole et leurs gestes peuvent être aussi
« parole et gestes de Dieu » sur les chemins qui
sont les leurs.
Il y a un malaise parce que des couples qui ont connu un
échec dans leur union ne sont pas reconnus dans
l'institution de l'Église, par ses représentants
que sont le pape, les évêques, et même des
prêtres. Pourquoi ces personnes ne pourraient
pas vivre un peu la « résurrection » par une
union nouvelle avec un conjoint ou une
conjointe?
Il y a un malaise encore, parce que des personnes
homosexuelles -- qui n'ont pas choisi leur
orientation sexuelle, et pas plus que les
personnes hétérosexuelles -- sont présentées
comme « en état de péché » par les gestes
d'amour et de vie qui sont les leurs. Si Dieu
est Dieu, et que son amour est infini,
faisons-lui confiance! Il s'arrangera avec le
reste...
Il y a un malaise québécois suite à une parole « imposée »,
non seulement aux croyants, mais aussi à toute
une population, quelle que soit l'expression de
sa foi ou de sa non-foi. Les gens ne veulent
plus d'une telle parole. L'Évangile et Vatican
II, avec Jean XXIII, appellent aussi au respect
des consciences et à la liberté d'être. Et c'est
si important!
Il y a un malaise également parce que l'État n'a pas à faire
l'éducation de la foi des croyants. C'est à
l'Église de l'assurer pour les personnes qu'une
telle éducation intéresse. L'État et l'Église
doivent être séparés et il ne faut surtout pas
revenir en arrière.
Et il y a enfin un autre malaise parce que l'Église du Québec
et l'Église universelle ne savent pas
reconnaître vraiment l'égalité des femmes et des
hommes que, à tout le moins, la société
occidentale et les droits de la personne
reconnaissent de plus en plus dans les faits.
Les femmes, par leur pratique et leur
engagement, sont pourtant très majoritaires dans
cette Église dirigée par des hommes.
Qu'attend donc l'Église pour se donner une pratique plus
évangélique, une pratique qui suive davantage
les traces de Jésus sur les chemins des femmes
et des hommes de notre monde?
M. le Cardinal, il me semble plutôt urgent de passer de la
parole aux actes. L'institution de l'Église, à
travers ses représentants et ses membres, se
doit de dire et de vivre, aujourd'hui,
l'Évangile de Jésus de Nazareth. Le pardon
véritable appelle une attitude et des gestes
concrets.
Apprenons à être à l'écoute de la parole des gens ordinaires.
Apprenons à regarder ce qui est beau et bon dans
leur attitude et dans leurs gestes. Peut-être
continuerons-nous ainsi à écrire, aujourd'hui,
des pages de l'Évangile de Jésus, et
donnerons-nous alors davantage le goût d'un
«Dieu de la vie» en étant plus vrais au coeur de
la réalité québécoise et du vécu des Québécois.
Clermont Rainville
prêtre à Chicoutimi
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