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Montréal-Nord,
17 mai 2010
Monsieur le
Cardinal Marc Ouellet,
Je ne peux me
taire devant le discours que vous avez prononcé,
ces jours derniers, au rassemblement « pro-vie »
dans lequel vous déclarez « criminelles » les
femmes qui se font avorter. Ce sont pour moi
des paroles odieuses. Il n’y a pas de mots assez
forts pour qualifier ce que je ressens en moi :
indignation, colère… Je travaille chaque jour
auprès de femmes en prison, en leur apportant le
message de l’Évangile. Tout ce débat autour de
l’avortement passe complètement à côté de la
triste et inconcevable réalité de ces femmes
enceintes. M. le Cardinal, il ne s’agit pas,
certainement pas de « criminelles » comme vous
le dites, mais de femmes en profonde détresse…
Avez-vous seulement déjà daigné vous approcher
d’une de ces femmes pour « écouter » ce qu’elles
vivent dans leur réalité de tous les jours, loin
des grands discours ?
M. le Cardinal,
une femme qui porte en elle un fœtus est une
femme qui aime son enfant et aucune ne se fait
avorter par plaisir, mais parce que sans aide,
sans appui pour vivre cette grossesse, elle
prend difficilement une décision… quand ce n’est
pas sous les menaces de la famille ou d’autres
personnes! Ça fait vingt ans que je côtoie des
femmes en détresse. Ignorez-vous, M. le
Cardinal, qu’une femme ne devient pas enceinte
par l’action du Saint-Esprit, mais bien par
l’action d’un mâle, d’un homme? Quand dans la
société et dans l’Église hiérarchique a-t-on
demandé à un homme d’honorer sa responsabilité?
Quand il y a fœtus, il y a deux adultes
responsables… savez-vous compter jusqu’à deux?
Pourquoi la femme qui se fait avorter est-elle
plus criminelle que l’homme qui, si souvent, se
sauve lâchement en laissant la femme seule avec
tout le poids de la responsabilité? Quelle
hypocrisie de la part de la société et de la
part de la hiérarchie de l’Église de se rabattre
durement sur une femme en détresse plutôt que
faire l’effort de rendre un homme responsable de
ses gestes. On condamne une femme qui subit un
viol et on laisse le violeur irresponsable
courir au large aller violer d’autres femmes.
Avez-vous déjà, une seule fois, tendu la main à
une de ces femmes? Jésus dans l’Évangile a
toujours tendu la main aux femmes qu’Il a
rencontrées… et elles n’étaient pas en train de
prier dans une église. Jésus n’avait pas de
crosse dans les mains pour en asséner des coups
au nom d’une « supposée morale » aux femmes
« non conformes » aux normes, c’est pourquoi il
avait les mains libres pour leur tendre la main
au nom de l’Amour.
Quelle
hypocrisie ecclésiale, quelle prétendue morale :
condamner des personnes, dont on ne s’est même
jamais donné la peine d’écouter la souffrance,
au lieu d’avoir le cœur et les bras ouverts pour
accueillir avec Amour celles qui en ont le plus
grand besoin! Allez lire l’Évangile, c’est
urgent, vous qui prétendez parler au « Nom de
Dieu ». Le Dieu de Jésus-Christ ne peut que se
sentir trahi par votre attitude hautaine, sans
compassion, sans justice véritable, sans Amour.
Je ne sais si
je vous manque de respect en écrivant ces mots,
mais c’est ce que ressent mon cœur qui a un
infini respect pour toutes ces femmes que vous
condamnez si allégrement. Jésus dans l’Évangile
ne condamne qu’une seule catégorie de personnes…
et ce ne sont pas des femmes, mais l’élite
religieuse de son époque en leur disant :
« Hypocrites, vous chargez les gens de fardeaux
accablants et ne touchez pas vous-mêmes, d’un
seul de vos doigts, à ces fardeaux ». (Lc 11,
45-46)
Je ne suis pas
en faveur de l’avortement, mais c’est la seule
aide que la société donne à ces femmes et vous
voulez la leur enlever sans la remplacer par
quelque chose de plus humain et respectueux de
la Vie, la vraie Vie. L’avortement n’est pas
une vraie solution, car après, la femme continue
à porter son lourd fardeau et personne n’est là
pour l’aider.
Impliquez-vous
de façon adéquate et avec Amour auprès de ces
femmes et votre discours ne sera plus le même,
et surtout il sera beaucoup plus crédible. Je
vous invite à la « conversion du cœur »!
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