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Pour Andrew Greeley, auteur et prêtre bien connu du diocèse de Chicago, il est capital que le Vatican change ses méthodes de gestion
Jean Trudeau


Le Vatican, tout  comme la fonction publique de l’État , est un organisme qui gère les affaires de ses membres.  D’aucuns pensent que le Vatican, en tant qu’organisme ecclésial, est géré par l’Esprit Saint et que les principes de gestion d'organismes « profanes » ne s’appliquent pas à lui.  Andrew Greeley, auteur américain  et prêtre du diocèse de Chicago bien connu, s’objecte à cette façon de pensée.  Pour lui, le Vatican doit être géré selon les méthodes de gestion qui ont fait leurs preuves dans les organismes profanes. 

L’Église est encore gérée comme elle l’était dans les années 1800 alors qu’elle comptait moins d’adeptes et que les communications de masse étaient inexistantes ou presque.  Mais aujourd’hui, l’Église compte plus d’un milliard de catholiques de cultures des plus diverses et qui utilisent les moyens de communication modernes.  Nous vivons à l’ère des fax, de la télévision et de l’Internet; il est révolu le temps où un rapport relatant des faits datant de mois auparavant pouvait servir à des prises de décision.  Selon Greeley, les problèmes auxquels l’Église fait face aujourd’hui ne relèvent pas de la théologie mais bien du manque de communication valable et de subsidiarité, principes de base de toute organisation humaine    Et c’est ce que Greeley veut démontrer dans un article publié dans la revue Commonweal du 13 février 2004 (Vol. CXXXI, no. 3).

La structure horizontale de l’Église pose un défi majeur à sa gouvernance.  Comment le Pape peut-il superviser plusieurs milliers d’évêques alors que les pratiques de saine gestion limite le nombre à sept au maximum.  Il est vrai que le Pape peut compter sur les Congrégations romaines mais l’information fournit par ces organismes centraux est passablement déconnectée de ce qui se passe sur le terrain et elle est souvent basée sur les plaintes reçues de personnes ou groupes mécontents.   Aux prises avec une information incomplète ou biaisée et une recherche qui laisse à désirer, le personnel de la Curie ne peut qu’élaborer des énoncés vagues et remplis de clichés.  Une information inadéquate mène à de mauvaises décisions; on ne peut l’éviter.  Le nouveau Pape aura comme tâche de transformer la structure horizontale du Vatican pour ouvrir les canaux de communication dans l’Église.

Un autre défi pour l’Église réside dans la nécessité d’une plus grande collaboration entre le Pape et les évêques.  On peut penser que cette collaboration est déjà présente dans l’Église lorsqu’on pense aux Synodes mais il faut être aveugle pour ne pas constater que l’ordre du jour de ces rencontres est établi par le Vatican et que tout débat y est exclu.  Si l’un ou l’autre participant ose soulever une question susceptible d’engendrer un échange de vues, il risque de se faire rabrouer.  Le cardinal Quinn de San Francisco en sait quelque chose.  Lorsqu’il a suggéré qu’on établisse un vrai dialogue avec les laïcs pour étudier la question du contrôle des naissances les représentants de la Curie l’ont vite remis à sa place.  L’Église, si elle veut être efficace et entendue, a donc un grand besoin de repenser sa structure horizontale et se doit d’établir de vrais moyens de collaboration avec son clergé et les laics.  Le Pape peut bien épiloguer sur le mariage avec une sérénité éthérée mais s’il veut être écouté et pris au sérieux par ceux et celles auxquels il s’adresse, il devra être à l’écoute de ces derniers en les invitant au dialogue.

Greeley affirme qu’il existe un principe fondamental en science de la gestion qui dit ceci :  pour qu’une décision soit mise en œuvre efficacement il faut que les personnes qui auront à l’appliquer aient été impliquées dans son élaboration!  Greeley ne suggère pas que l’Église soit gérée par sondage mais il propose que le plus de gens possible collaborent à l’élaboration des décisions en fournissant un bagage d’information basé sur la réalité, non sur des suppositions.  Malheureusement, à peu près tous les papes, incluant Paul VI et Jean-Paul II, n'ont pas reconnu la nécessité d’un véritable échange d’information.  On peut en dire autant des évêques et des curés.  La communication n’a jamais été le point fort de l’Église.  « La subsidiarité et la collaboration, dit Greeley, ne sont pas des options mais bien des exigences de la saine gestion ».  Un PDG qui n’écoute pas, qui est mal informé, verra sa compagnie aller à sa perte.  Il en va ainsi pour le Pape.  L’Église ne mourra jamais, mais elle risque de devenir complètement insignifiante aux yeux des croyants.

Greeley procède ensuite à illustrer sa thèse par des exemples.  Il démontre comment l’Église fait fausse route sur les questions de la sexualité en général et des homosexuels et des femmes en particulier.  Par exemple Greeley affirme que les femmes, surtout les jeunes, trouvent que le Pape et les curés font la sourde oreille à leurs revendications.  La hiérarchie emploie un langage ampoulé lorsqu’elle parle de la place de la femme dans l’Église, une parole qui leur dit, à toute  fin pratique, de rester à leur place.  On se croirait à l’époque du romantisme.  Le langage utilisé pour parler des homosexuels est tout aussi offensant, dit Greeley. 

L’auteur ne se contente pas de critiquer la gestion dans l’Église, il suggère des façons de l’améliorer.  Selon Greeley, il faut d’abord que le choix d’un évêque se fasse parmi les membres de l’église locale; il devrait être choisi par les prêtres, appuyé par les membres de cette église et consacré par les évêques de la Conférence nationale ou régionale.  Aussi, les Conférences épiscopales doivent être renforcées, subsidiarité oblige.  Elles doivent avoir l’autorité de prendre des décisions sans l’obligation de recourir à Rome au préalable.  En plus de ces deux propositions, Greeley invite l’Église à faire la promotion des synodes locaux, régionaux et supranationaux.  Évidemment, pour être efficaces, ces synodes doivent faciliter les débats sur des problèmes cruciaux pour ces églises.  Et il en va de même pour les synodes des évêques à Rome.  Il ne faut pas que la Curie en soit le maître d’œuvre.  Greeley suggère que le synode des évêques ait sont propre secrétariat qui aurait la charge de dresser l’ordre du jour et d’en rédiger les procès-verbaux, le tout en collaboration avec le Pape.  Greeley fait une mise au point ici.  Il n’est pas question de contrevenir à l’autorité du pape mais à mieux l’informer pour qu’il puisse, avec l’aide des évêques et des laïcs, prendre les meilleures décisions pour l’Église.  L’élection du Pape est une question que Greeley effleure seulement en disant qu’il faut trouver le moyen d’impliquer le clergé et les laïcs dans ce processus.  Finalement, Greeley exige la réforme de la Curie romaine.  Étrangement, Greeley dit que la Curie souffre de manque de personnel; 2 000 fonctionnaires pour s’occuper des affaires de plus d’un milliard de personnes, c’est très peu.  Par contre, il exige que ce personnel soit mieux formé, plus professionnel et moins enclin à s’ingérer dans les affaires relevant des églises locales.

Y a-t-il une chance que le prochain Pape accepte ces propositions?  Greeley dit qu’il ne misera pas trop là-dessus.  Toutefois, il demeure convaincu que la grande faiblesse de l’Église depuis 1960 n’est pas tant de s’être objectée aux changements mais bien de ne pas s’être adaptée aux exigences administratives et de gestion du monde moderne.

 

 

(Pour le texte intégral en anglais, veuillez vous référer au site de la revue Commonweal : http://69.93.235.8/article.php?id_article=846

 

 

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