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Le
Forum Joan Alsina regroupe plus de 70 prêtres
du diocèse de Gérone en Catalogne (Espagne). Ils
ont fait parvenir ce document à leur évêque
ainsi qu’aux médias. Trois autres groupes de prêtres
dans les diocèses Catalan de Vic, Barcelone et
Solsona ont marqué leur accord.
Dans
le document intitulé « Profils de l’Église
que nous sommes en train de construire »,
rendu public en 2002, il y a quelques affirmations
que nous voudrions maintenant approfondir et
commenter plus longuement.
Nous
devons nous assurer que dans l’Église, touts
les droits humains, tant ceux des femmes que ceux
des hommes, sans exception aucune, soient respectés.
C’est seulement alors que nous pourrons légitimement
exiger ce même respect de l’ensemble de la société.
En
conséquence, l’Église doit promouvoir, à
l’intérieur d’elle-même, le respect des
personnes qui vivent des situations familiales
« canoniquement irrégulières ».
Le
document affirme aussi que nous voulons confronter
nos inquiétudes pastorales et celles de nos
communautés aux enseignements du Concile Vatican
II. Les premiers mots de la « Constitution
pastorale sur l’Église dans le monde actuel »
ouvrent la porte aux réflexions qui suivent et
que nous offrons à tous ceux qui se sentent appelés
à croire en Jésus-Christ et à construire son
Royaume :
Les
joies et les espoirs, les tristesses et les
angoisses des femmes et des hommes de notre temps,
surtout des pauvres et de ceux qui souffrent, sont
à la fois les joies et les espérances, les
tristesses et les angoisses des disciples du
Christ. Rien de vraiment humain qui ne trouve un
écho dans son cœur [….]. L’Église se sent
intimement et réellement solidaire du genre
humain et de son histoire […]. Aucune ambition
terrestre ne pousse l’Église. Elle désire une
seule chose : continuer, sous la conduite de
l’Esprit, l’œuvre même du Christ, qui est
venu dans ce monde pour rendre témoignage à la vérité,
pour sauver et non pas pour condamner, pour servir
et non pour être servi.
Quand
nous essayons de mettre en pratique ces
propositions si passionnantes, ce qui nous émeut,
ce sont les mille visages que revêtent la
souffrance de nos frères et de nos sœurs et la
complexité des causes qui les produisent. Une des
constations affligeantes, c’est que plusieurs de
ces problèmes tirent leur origine de
l’intransigeance et de l’incapacité pratique
des institutions à écouter, accueillir et guérir
les blessures des personnes qui s’adressent à
l’Église précisément parce qu’ils ont
confiance dans les paroles qu’elle prêche. L’Église,
qui devrait être la première à éviter cette
frustration, tombe elle-même dans ce péché.
En
tant que compagnons de route et membres d’un même
corps, nous partageons souvent le déchirement de
bien des personnes qui croient en Jésus, qui s’évertuent
à construire son Royaume et à vivre en communion
avec son peuple, mais qui buttent contre la Loi
qui assèche et tue l’esprit. Les situations que
l’on retrouve dans cette crise sont très variées.
Les milieux où elles se manifestent le plus
d’acuité sont les suivants :
-
Les
nombreux couples qui ont reçu le sacrement de
mariage mais qui finissent par abandonner leur
projet de vie commune et qui veulent
s’engager avec une autre personne.
-
Les
découvertes scientifiques qui favorisent de
nouvelles formes de fécondité contrôlée et
assistés.
-
Les
personnes qui choisissent une relation et /ou
une vie commune homosexuelle.
-
Les
femmes désireuses qu’on reconnaisse leur
dignité et leur capacité à assumer toutes
les fonctions ministérielles à l’intérieur
de l’Église.
Quand
nous voulons donner à ces inquiétudes une réponse
compatissante, remplie d’espérance et qu nous
la cherchons à partir de la Bonne Nouvelle, nous
voyons que le motif principal des affrontements
entre Jésus et les pharisiens c’est précisément
la désobéissance aux lois considérées comme
divines, surtout celle du repos du sabbat, la plus
sacrée de toutes. Jésus guérit, console et
donne à manger même lorsque la Loi le défend.
Il y contrevient toujours lorsqu’entre en jeu la
guérison d’une douleur humaine. Il ne se cache
pas ni n’agit à la dérobée mais Il proclame
chaque fois, avec audace que « l’homme
n’est pas fait pour la Loi, mais que la Loi est
faite pour l’homme », que « Dieu préfère
la miséricorde au sacrifice » et que
« ce sont les malades qui ont besoin du médecin,
pas ceux qui se portent bien ». Son attitude
en faveur des personnes est si nette qu’elle
devient la principale accusation du Sanhédrin :
« Il s’est dit au-dessus de la Loi et il
incite le peuple à ne pas la respecter. »
Les
épisodes concrets où, s’éloignant de la Loi,
Jésus s’approche des personnes impures et
proscrites pour les aider et les pousser à sortir
de l’ornière sont très nombreux et
significatifs : Matthieu et les publicains,
Zachée, la Samaritaine au bord du puits, la femme
accusée d’adultère, la prostituée qui a versé
des larmes sur ses pieds, les lépreux, les possédés
du démon. L’Évangile ne rapporte aucun cas où
des personnes accourues à Jésus avec un cœur
sincère, l’ont vu fermer les bras et les
renvoyer en leur disant : « Que Dieu te
protège; ta souffrance n’a pas de solution. »
Plusieurs paraboles, dont celle du père miséricordieux,
démontrent que cette façon d’agir ne s’y
retrouve jamais. Le père ne laisse pas le temps
au fils d’ouvrir la bouche; il est trop
impatient de le serrer dans ses bras et de le
couvrir de baisers.
De
tout cela nous pouvons conclure, comme dit Vatican
II que l’Église que nous formons, femmes et
hommes de bonne volonté réunis par Dieu, un seul
peuple qui n’autre mission que celle de Jésus.
Le
rôle des chrétiens c’est de continuer ce que
le Maître a commencé. Il nous a confié la
missions d’annoncer la Bonne Nouvelle du
Royaume, un Royaume qui est déjà parmi nous, que
nous sommes en train de construire par la force de
l’Esprit. Nous devons prendre soin de faire nôtres
ses attitudes et ses priorités. Notre unique tâche
est de continuer, comme Lui et avec Lui non
seulement d’annoncer l’Évangile considéré
comme une doctrine mais plutôt comme de bonnes
nouvelles pour notre monde d’aujourd’hui qui
se meurt de soif.
Par
conséquent nous ne devrions jamais perdre de vue
le but ultime mais nous en approcher à travers
des étapes intermédiaires qui sont à notre portée :
-
Un
langage respectueux : Faire disparaître
totalement de notre langage toute
qualification méprisante ou qui ait des
connotations avec le péché. Qu’il
s’agisse d’une personne ou de groupes
vivant des expériences qui ne suivent pas les
normes établies par une tradition ancestrale.
Nous devons plutôt agir selon les préceptes
évangéliques.
-
Des
projets de vie commune différents : Reconnaître
avec sagesse la valeur des options non
sacramentelles pour vivre une relation stable
de couple, surtout celle du mariage civil,
sans s’immiscer dans les détails qui
appartiennent à l’intimité inviolable des
personnes ou à leurs personnalités différentes.
Nous devons aussi leur offrir la possibilité
de célébrer leur engagement de don mutuel
par un rite qui exprime et signifie la bénédiction
du Père qui les invite comme tous ses fils et
ses filles à participer à la vie de l’Église
et à donner le témoignage de leur amour. Par
conséquent, il est injuste et inhumain de les
exclure de la vie sacramentelle ou de tout
acte du culte.
-
La
sexualité, expression de l’amour : Repenser
la sexualité comme expression de l’amour,
ouverte à la paternité responsable, qui
compte sur les moyens techniques qui la
renforcent et l’assistent. Éviter que des
groupes idéologiques, religieux ou non,
imposent leur préceptes moraux. Respecter
l’autonomie de la science et de la société
civile.
-
Accueil
sans discrimination : Guidée par une
audacieuse prudence, l’Église doit donner
à l’intérieur des communautés la
possibilité à toutes les personnes qui sont
sincèrement bien disposées de développer
des tâches de service et de promotion, sans
tenir compte des situations que plusieurs
qualifient, hypocritement d’ailleurs,
d’irrégulières. Ne minimisons pas le
risque de scandaliser, mais ayons l’audace
des nouvelles valeurs dans une société
pluraliste en marche vers un avenir différent.
-
Totale
égalité de la femme : Reconnaître
la pleine égalité de la femme dans l’Église
et ses droits inaliénables d’y participer
à tous les niveaux sans aucun type de
restriction, en accord avec la Déclaration
Universelle des Droits humains.
-
Annulations
et dissolutions de mariages : En
accord avec les signes des temps, mettre en
relief la dimensions significative de
l’amour sacramentel et adapter les hypothèses
de nullité et de dissolution du mariage face
aux nouvelles réalités et aux nouvelles
connaissances scientifiques et psychologiques.
Rendre prioritaire l’attention aux personnes
et à leur réalité dans une attitude
ouverte, compréhensive et respectueuse afin
de faciliter le chemin menant à une
dissolution des liens matrimoniaux. Reconnaître
et respecter la validité de la nouvelle
situation choisie de sorte que les couples
puissent refaire leurs vies et profiter en
paix d’un nouvel état choisi librement.
Nous
admettons que ce thème est complexe et qu’il
possède de nombreuses facettes que nous pouvons
seulement suggérer ici. Nous reconnaissons
qu’il mérite et exige un débat plus étendu et
plus approfondi.
Avril
2004
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