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La presse a fait savoir récemment que «le Conseil Pontifical
pour l’unité des chrétiens, dont le cardinal
Kasper est président, prépare un manuel à
l’intention des diocèses et des paroisses pour les
aider dans leurs activités interconfessionnelles».
Je suis parfaitement d’accord sur l’opportunité et
la nécessité d’un tel manuel non seulement pour
les activités interconfessionnelles ou même
interreligieuses, mais aussi pour les activités
ordinaires à l’intérieur de nos Églises.
L’œcuménisme n’est pas seulement un dialogue avec
les autres, c’est aussi un dialogue entre nous. Le
dialogue interreligieux ne sera utile que s’il est
précédé d’un dialogue interne. Pour ce manuel je
propose ici quelques principes essentiels:
Ne plus jamais parler de « la » vraie religion. Elles sont
toutes vraies. Les phénoménologues de la religion
considèrent la distinction entre religion
naturelle et révélée comme dépassée. Les meilleurs
théologiens considèrent toutes les religions comme
« révélées ».
Ne pas prétendre que la religion chrétienne a la plénitude de
la vérité..., elle a ses limites dont il faut
prendre conscience, ses aveuglements dont il lui
faut se guérir et une structure institutionnelle
universellement reconnue comme obsolète, qu’il lui
faut désidoliser et relativiser.
Il est absolument nécessaire d’abandonner l’inclusivisme et
d’accepter le pluralisme des moyens de salut.
Exactement comme il a été possible de dépasser
l’exclusivisme (« hors de l’Église, point de
salut ») que le christianisme a professé pendant
un millénaire et demi, il est possible
d’abandonner sa nouvelle version, l’inclusivisme
officiel actuel (« hors du Christ, point de
salut »). L'Église institutionnelle est devenue
l’otage de ses propres affirmations dogmatiques et
ne sera pas capable de changer sans une véritable
révolution dans sa manière de penser. En attendant
seule la ferme position de chrétiens lucides et
libérés est utile pour une mise à jour de
l’Église.
Il est urgent d’abandonner le mythe qui prétend que Dieu n’a
voulu qu’une seule religion et que toutes les
autres sont des erreurs humaines. Chaque religion
est une étincelle de l’infinie lumière de Dieu
placée dans les êtres humains, et plus ou moins
bien perçue par eux. Le pluralisme religieux est
bon et il n’y a aucune raison de chercher à le
réduire. Une seule religion mondiale n’est ni
probable ni même désirable comme un point
d’arrivée pour l’humanité.
« Le » peuple élu n’existe pas ! Les juifs ne le sont pas, et
les chrétiens non plus. Tous les peuples primitifs
ont cru être « le » peuple élu. Mais Dieu n’est
pas injuste, il choisit toute l’humanité.
L’approche œcuménique, ouverte, tolérante, optimiste,
dialogale de Jésus reste le meilleur modèle à
offrir et à adopter dans tout dialogue œcuménique
ou interreligieux.
Nous devons reconsidérer le dogme christologique de
Nicée-Chalcédoine, qui agit comme une sorte
« d'enclave de fondamentalisme » dans le
christianisme. Nous ne devons pas seulement le
réinterpréter en laissant l’affirmation de base
intacte, mais nous devons aussi retourner à la
racine : Comment est-on arrivé à ce dogme ? D’où
vient-il ? De quelle autorité émane-t-il ? Quelle
validité de sens a-t-il ? Nous ne pouvons pas
faire consister l’essence du christianisme en une
sorte de canonisation des réflexions de certaines
communautés primitives, qui sont à tort
considérées comme la parole de Dieu tout entière
et donc irréformable. C’est rabaisser Dieu, Jésus
et le christianisme.
Nous devons accepter une fois pour toutes que personne ne
soit « dans une situation gravement déficiente
quant à son salut » à cause de la religion ou de
l’Église dans laquelle il est né. Nous ne pouvons
croire en un Dieu injuste.
Le temps des missions classiques est révolu. Le prosélytisme
doit être abandonné. La mission ne se justifie que
s’il s’agit d’aller écouter autant que proclamer,
apprendre autant que partager. La mission de la
mission n’est rien d’autre que de diffuser
l’amour, le dialogue interreligieux, le pardon
réciproque.
Une éthique sincère de la liberté, qui renonce aux moyens de
coercition dont nous avons hérité (conquêtes,
inquisition, colonialisme, états confessionnels,
manque de liberté religieuse) et même à ceux
encore pratiqués (baptême des petits enfants) aura
pour conséquence de réduire le nombre des
chrétiens, mais aussi de les faire progresser dans
la vérité. Ainsi la crise des effectifs peut-elle
être une crise de croissance en qualité et en
vérité, et doit être accueillie avec optimisme si
on en fait bon usage.
Adopter la Règle d’Or (« Fais aux autres ce que tu
voudrais qu’ils fassent pour toi »). Cette
expression est présente dans toutes les grandes
religions, avec des mots presque identiques.
Qu’elle devienne le programme pratique du dialogue
interreligieux : la meilleure chose que les
religions puissent faire, c’est de s’unir pour le
service de la vie et de la paix dans le monde,
basé sur l’option pour les pauvres. C’est là le
chemin de l’unité (et non de l’unification) que
nous désirons tous.
(Avec
la gracieuse autorisation de la revue Spiritus
: no 175, juin 2004, p. 249-251 )
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