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Pour un manuel œcuménique  
José Maria Vigil


 

La presse a fait savoir récemment que «le Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens, dont le cardinal Kasper est président, prépare un manuel à l’intention des diocèses et des paroisses pour les aider dans leurs activités interconfessionnelles». Je suis parfaitement d’accord sur l’opportunité et la nécessité d’un tel manuel non seulement pour les activités interconfessionnelles ou même interreligieuses, mais aussi pour les activités ordinaires à l’intérieur de nos Églises. L’œcuménisme n’est pas seulement un dialogue avec les autres, c’est aussi un dialogue entre nous. Le dialogue interreligieux ne sera utile que s’il est précédé d’un dialogue interne. Pour ce manuel je propose ici quelques principes essentiels:

Ne plus jamais parler de « la » vraie religion. Elles sont toutes vraies. Les phénoménologues de la religion considèrent la distinction entre religion naturelle et révélée comme dépassée. Les meilleurs théologiens considèrent toutes les religions comme « révélées ».

Ne pas prétendre que la religion chrétienne a la plénitude de la vérité..., elle a ses limites dont il faut prendre conscience, ses aveuglements dont il lui faut se guérir et une structure institutionnelle universellement reconnue comme obsolète, qu’il lui faut désidoliser et relativiser.

Il est absolument nécessaire d’abandonner l’inclusivisme et d’accepter le pluralisme des moyens de salut. Exactement comme il a été possible de dépasser l’exclusivisme (« hors de l’Église, point de salut ») que le christianisme a professé pendant un millénaire et demi, il est possible d’abandonner sa nouvelle version, l’inclusivisme officiel actuel (« hors du Christ, point de salut »). L'Église institutionnelle est devenue l’otage de ses propres affirmations dogmatiques et ne sera pas capable de changer sans une véritable révolution dans sa manière de penser. En attendant seule la ferme position de chrétiens lucides et libérés est utile pour une mise à jour de l’Église.

Il est urgent d’abandonner le mythe qui prétend que Dieu n’a voulu qu’une seule religion et que toutes les autres sont des erreurs humaines. Chaque religion est une étincelle de l’infinie lumière de Dieu placée dans les êtres humains, et plus ou moins bien perçue par eux. Le pluralisme religieux est bon et il n’y a aucune raison de chercher à le réduire. Une seule religion mondiale n’est ni probable ni même désirable comme un point d’arrivée pour l’humanité.

« Le » peuple élu n’existe pas ! Les juifs ne le sont pas, et les chrétiens non plus. Tous les peuples primitifs ont cru être « le » peuple élu. Mais Dieu n’est pas injuste, il choisit toute l’humanité.

L’approche œcuménique, ouverte, tolérante, optimiste, dialogale de Jésus reste le meilleur modèle à offrir et à adopter dans tout dialogue œcuménique ou interreligieux.

Nous devons reconsidérer le dogme christologique de Nicée-Chalcédoine, qui agit comme une sorte « d'enclave de fondamentalisme » dans le christianisme. Nous ne devons pas seulement le réinterpréter en laissant l’affirmation de base intacte, mais nous devons aussi retourner à la racine : Comment est-on arrivé à ce dogme ? D’où vient-il ? De quelle autorité émane-t-il ? Quelle validité de sens a-t-il ? Nous ne pouvons pas faire consister l’essence du christianisme en une sorte de canonisation des réflexions de certaines communautés primitives, qui sont à tort considérées comme la parole de Dieu tout entière et donc irréformable. C’est rabaisser Dieu, Jésus et le christianisme.

Nous devons accepter une fois pour toutes que personne ne soit « dans une situation gravement déficiente quant à son salut » à cause de la religion ou de l’Église dans laquelle il est né. Nous ne pouvons croire en un Dieu injuste.

Le temps des missions classiques est révolu. Le prosélytisme doit être abandonné. La mission ne se justifie que s’il s’agit d’aller écouter autant que proclamer, apprendre autant que partager. La mission de la mission n’est rien d’autre que de diffuser l’amour, le dialogue interreligieux, le pardon réciproque.

Une éthique sincère de la liberté, qui renonce aux moyens de coercition dont nous avons hérité (conquêtes, inquisition, colonialisme, états confessionnels, manque de liberté religieuse) et même à ceux encore pratiqués (baptême des petits enfants) aura pour conséquence de réduire le nombre des chrétiens, mais aussi de les faire progresser dans la vérité. Ainsi la crise des effectifs peut-elle être une crise de croissance en qualité et en vérité, et doit être accueillie avec optimisme si on en fait bon usage.

Adopter la Règle d’Or (« Fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils fassent pour toi »). Cette expression est présente dans toutes les grandes religions, avec des mots presque identiques. Qu’elle devienne le programme pratique du dialogue interreligieux : la meilleure chose que les religions puissent faire, c’est de s’unir pour le service de la vie et de la paix dans le monde, basé sur l’option pour les pauvres. C’est là le chemin de l’unité (et non de l’unification) que nous désirons tous.

 

(Avec la gracieuse autorisation de la revue Spiritus : no 175, juin 2004, p. 249-251 )

 

 

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