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« À
qui l’on a demandé beaucoup, on redemandera
beaucoup » (Luc 12, 48). Je ne le sais que
trop bien. Mes fautes sont désormais connues de
tous. J’ai présenté des excuses aux
catholiques de Milwaukee et à toute l’Église
pour mes errements et sollicité le pardon. Les
milliers de lettres, de courriels et d’appels téléphoniques
que j’ai reçus depuis que j’ai démissionné
de ma charge d’archevêque de Milwaukee m’ont
convaincu de la force extraordinaire des fidèles
américains devant la faiblesse humaine, le péché
et la nécessité de guérir et de pardonner.
Beaucoup
de gens vont néanmoins douter de ma crédibilité
si j’essaie, comme je m’apprête à le faire,
de me prononcer sur la nécessité d’une réforme
de structures dans l’Église. J’ai en effet
reconnu publiquement, non seulement que j’ai
manqué à la chasteté, mais aussi que, pour
éviter le déshonneur, j’ai consenti à une
entente hors cour, en partie par souci de limiter
la responsabilité financière de l’archidiocèse.
J’ai conscience que ces agissements ont aggravé
la perte de confiance dans et envers l’Église.
J’ai mesuré, au prix de ces souffrances,
l’utilité d’instituer de nouvelles mesures de
vérification pour encadrer le pouvoir de l’évêque
sur les ressources de l’Église. Cette
transparence profitera à tous, en particulier aux
évêques.
J’écris
sur la réorganisation de l’Église à la lumière
de ces événements et des trente-neuf ans durant
lesquels j’ai assumé des charges dans l’Église,
quatorze comme abbé, vingt-cinq comme archevêque.
Que peut faire l’Église pour mieux servir ses
membres, évêques compris, et annoncer plus honnêtement
et efficacement son message de salut dans le monde
actuel ?
Je
pars du fait que l’organisation de l’Église a
été conçue pour une autre époque, avant que
l’Église devienne une institution embrassant
une multitude de cultures dotées de traditions et
de sensibilités diverses. Les structures
centralisées de la Curie romaine, et surtout leur
évolution à partir du milieu du 19e
siècle, avaient leur raison d’être mais ne
laissent pas la souplesse nécessaire pour
satisfaire les besoins actuels. Il faut trouver
des moyens du 21e siècle pour assurer
l’unité tout en laissant aux églises locales
la liberté de résoudre leurs problèmes.
Aucune solution concernant la réforme et la
mission de l’Église ne peut avoir une efficacité
égale en Amérique du Nord, en Afrique, en Asie,
en Amérique latine et en Europe. On ne voit pas
davantage une poignée de services romains aux
maigres effectifs régler les problèmes de plus
d’un milliard de croyants baignant dans une
infinité de cultures. L’Église tente de faire
face à l’avenir avec des structures moyenâgeuses
créées pour une autre réalité.
De
même qu’il n’y a de politique que locale,
c’est dans leur milieu que la plupart des
catholiques trouvent la plus profonde expression
de leur foi : là où ils vivent, prient et
transmettent ce en quoi ils croient. C’est là
aussi que de plus en plus ils veulent, avec
raison, avoir davantage leur mot à dire sur le
fonctionnement de l’Église.
Aux
États-Unis, après Vatican II, la paroisse a
été au centre du renouveau. C’est vers elle
qu’on se tourne pour trouver une nourriture
spirituelle, une expérience évangélique, du
soutien. La vitalité des paroisses est
aujourd’hui menacée par le manque croissant de
prêtres. Il ne s’agit pas seulement de
diminution d’effectifs : les qualités de
chef font défaut. Les catholiques voient avec
anxiété rétrécir le bassin de vocations et
s’inquiètent de la lourdeur du fardeau de ceux
qui font courageusement tout ce qu’ils peuvent.
Ils craignent de perdre, en peu d’années vite
écoulées, les bons pasteurs qui leur restent, et
appréhendent que l’Église revienne à des modèles
préconciliaires. Ils voient diminuer les moyens
disponibles pour la formation et la socialisation
chrétienne de leurs enfants et adolescents. Après
avoir vécu d’âpres débats sur des questions
de liturgie, de théologie et de société, ils
sont en quête de forums plus libres et plus
ouverts pour travailler sur leurs causes de
divisions. Comme moi, ils pensent que Rome ne
comprend ou n’accepte pas ce qui se passe aux États-Unis
et trouvent inefficaces sa gestion centralisée et
sa direction hypertrophiée. Le mécontentement se
cristallise actuellement sur des questions de
liturgie.
Je
perçois un malaise, une tristesse chez les fidèles
et dans le clergé, l’impression d’avoir à se
lancer dans une course pieds et poings liés.
C’est l’une des raisons qui incitent les
catholiques américains à exiger d’être mieux
écoutés sur des sujets qui les touchent profondément.
On
nous a répété que l’Église n’est pas une démocratie,
que la vérité n’est pas affaire de vote
populaire. Nous le savons. Mais cela ne signifie
pas, nous le savons aussi, qu’il est impossible
de partager davantage la responsabilité de la
mission de l’Église, surtout dans des domaines
qui ne concernent pas le contenu de la foi.
L’histoire de l’Église contient de nombreux
exemples de recours à un processus démocratique
pour discerner l’œuvre de l’Esprit Saint. Le
choix d’un nouveau pape, par exemple, se fait
par élection. Dans l’Église des premiers
temps, l’évêque était souvent choisi par les
fidèles.
Les
évêques se sentent écartelés entre leur loyauté
envers Rome et les attentes des prêtres et du
peuple chrétien. Ils se sentent frustrés et isolés
dans leurs efforts pour trouver des solutions
adaptées aux besoins des fidèles. Beaucoup ont
l’impression que la vitalité des Église
locales est souvent sacrifiée au maintien de
politiques universelles cohérentes. Ils réitèrent
tristement cette inlassable fin de non-recevoir :
« Rome en a décidé ainsi ».
De
manière aiguë, ils sont conscients que l’Église
n’est pas une démocratie. Peut-être plus que
tout autre chrétien, ils font à travers elle
l’expérience du « parti unique ».
Depuis un demi-siècle, les politologues ont disséqué
les pièges des régimes autoritaires, dont les
longs règnes font tout particulièrement
ressortir les aspects négatifs, liés à la
volonté de maintenir la loi et l’ordre à tout
prix. Les prêtres et les évêques qui courtisent
le pouvoir jouissent d’un avancement facile,
entretenant le cléricalisme et le carriérisme.
Ce jeu divise habituellement les évêques, le
clergé et les théologiens en deux groupes :
ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur.
Les seconds, surtout s’ils émettent des
critiques ou des idées nouvelles, sont écartés,
à moins qu’ils se rangent, ou meurent, ou que
le régime s’effondre. De la sorte, la vie
interne de l’Église stagne, aucune idée
nouvelle ne fait son chemin. S’il en va ainsi
sous une papauté éclairée, on peut imaginer ce
qui arrive sous une papauté plus répressive.
Aux
États-Unis, la plupart des observateurs, la
presse surtout, présument que c’est la Conférence
américaine des évêques catholiques qui gouverne
l’Église du pays. Ce n’est pas le cas. La
Conférence n’a pas juridiction sur les diocèses;
chaque évêque s’en remet directement à Rome.
Les réunions de la Conférence se tiennent deux
fois par an, durant quelques jours. Plus de trois
cents évêques y participent : on n’a pas
le temps de s’étendre librement sur les
multiples problèmes épineux de l’Église. Les
rencontres ne jouent pas non plus le rôle de
groupe de soutien pour évêque en difficulté.
Durant mes dix premières années au sein de cet
organisme, je ne m’y suis jamais senti comme un
étranger. Les présidents — et surtout les secrétaires
— de la Conférence veillaient à ce que cela
n’arrive à personne. Mais après la publication
des fameuses lettres pastorales de la Conférence
sur la paix et sur la justice économique, un net
changement s’est produit. Rome est intervenue
plus souvent lorsque d’importants enjeux se
dessinaient, et la portée des conférences épiscopales
a diminué. Pour ma part, j’ai commencé à
m’en détacher à ce moment-là.
Bien
que limitée, la participation des laïcs aux
travaux de la Conférence était prise au sérieux.
Des groupes laïques choisis dans chaque région révisaient
l’ordre du jour avant les réunions et étaient
invités à mettre leurs commentaires par écrit.
Leurs membres n’avaient pas droit de parole ni
de vote. Les prêtres, de même, n’étaient
qu’observateurs. Admettons que l’histoire, en
particulier le gallicanisme et les luttes provoquées
par la Révolution française, avait alerté Rome
contre le partage du pouvoir avec les autorités
laïques, et que l’Église, notamment en Europe,
a des raisons de veiller sur une liberté chèrement
gagnée. Elle ne veut pas non plus devenir une
association quelconque, rescapée de l’ère des
Lumières, ballottée par l’opinion et les
campagnes de relations publiques. La peur de la
domination laïque a engendré chez elle une réticence
à accorder au peuple chrétien tout rôle
important dans ses prises de décisions.
Après
avoir travaillé pendant vingt-cinq ans dans ce
cadre contraignant, j’en suis arrivé à la
conviction que l’extrême diversité de l’Église
à travers le monde commande une certaine forme de
décentralisation, légitime et pressante. Toute réorganisation
devra donner aux Églises locales la liberté de
mettre les fidèles — laïcs et membres du clergé
— à contribution pour trouver des solutions à
leurs problèmes, compte tenu du milieu culturel
dans lequel les croyants vivent et travaillent.
La
réforme de l’Église soulève deux enjeux
fondamentaux. Premièrement, le changement doit
se faire dans le respect de la tradition. Ainsi,
le rôle du pape et du collège des évêques doit
être reconnu et confirmé. Les catholiques seront
d’accord pour dire que l’unité vient de l’Esprit
Saint, mais l’évêque de Rome est plus qu’un
simple symbole de cette unité. Leurs réserves
sur le manque apparent d’unité chez nos frères
et sœurs protestants sont fondées. Ils veulent
une autorité forte, efficace. Nous croyons en la
primauté de Pierre. Il faut néanmoins examiner
de plus près le rôle des évêques et le concept
de collégialité, et leur accorder plus
d’importance. Sans doute n’avons-nous pas
encore mis exactement au point les mécanismes qui
devraient régir les rapports entre les évêques
et le pape (les synodes des évêques sont trop
contrôlés pour permettre une vraie collégialité),
mais nous ne voulons éliminer ni le pape ni le
collège des évêques.
Deuxièmement,
les structures découlent du projet et de la
mission. Pour réaliser une réforme
authentique, il faut garder à l’esprit les
trois dimensions de l’Église mises en évidence
par Friedrich Von Huegel il y a près d’un siècle :
institutionnelle, mystique, intellectuelle. Nous
devons prendre garde de n’atténuer aucun de ces
aspects primordiaux de la vie et de la mission de
l’Église. Il me semble que la dimension spirituelle
ou mystique nécessite une attention spéciale
en ce moment, et que la découverte d’une
spiritualité adaptée aux besoins des catholiques
du 21e siècle doit être notre premier
souci. Et comme la spiritualité se nourrit de la
culture, il ne saurait y avoir de solution unique
pour toute l’Église. De plus, étant donné
l’influence qu’ils ont exercée sur la
spiritualité au cours de l’histoire, le
renouveau des ordres religieux doit être
vigoureusement encouragé.
Von
Huegel a parlé de tradition intellectuelle. Cette
idée comporte un nouvel engagement de notre part,
non seulement à travailler à l’avancement des
connaissances, mais aussi à enrichir les aspects
esthétiques de la vie de l’Église. Bien des théologiens
et surtout des théologiennes ont des choses
importantes à dire : la situation est on ne
peut plus propice à un renouveau intellectuel.
Malheureusement, on attend l’étincelle qui fera
jaillir la création dans les arts et la musique.
La liturgie retourne aux formes conventionnelles,
l’art religieux au kitsch. En musique on copie :
le marché décide de ce qui est mis en vente,
utilisé et encouragé. Comme cette renaissance
intellectuelle et esthétique est, de nouveau,
tributaire des particularités culturelles, tout
effort pour la centraliser court à l’échec.
Von
Huegel a également plaidé pour une réforme des structures.
Pour que la chose soit possible, il faut
d’abord analyser clairement la relation entre
les structures de l’Église et les sociétés où
elles prennent forme. Peut-être aucun sujet
n’engendre-t-il autant de divergences que la
posture que l’Église institution et ses membres
devraient adopter face à la société
contemporaine. L’Église doit-elle garder ses
distances ? Notre réponse à cette question
conditionnera les structures que l’Église devra
se donner et les priorités que nous définirons
dans chaque communauté.
À
l’aube du 21e siècle, il y a dans
l’Église des éléments puissants qui tendent
à la ramener en arrière, au milieu du 19e
siècle, et à la recréer en tant que société séparée.
À certains moments, Rome semble nous dire de
prendre part à la société où nous vivons, mais
à seule fin de montrer à quoi elle devrait
ressembler idéalement. On n’encourage pas les
compromis, on lève le nez sur les petits progrès,
mais même sur ce terrain on ne peut prendre de décisions
universelles. Le pluralisme culturel dans lequel
baigne l’Église catholique suppose de la part
des fidèles des niveaux différents de
participation à la société où ils vivent.
Avant
tout, et à cette disposition est liée son
inculturation dans chaque société, l’Église
doit se voir comme un humble pèlerin en quête de
solutions, tendu vers la sainteté, là où il se
trouve. Dans mon esprit, la « société
parfaite » est irréalisable en ce monde. La
prétention de l’Église à incarner une telle
société — devant servir de modèle à la société
en général — est peut-être la plus nuisible
des idées qu’elle a promues à notre époque.
Nous sommes et serons toujours un peuple de pèlerins,
composé de pécheurs et de saints.
Depuis
un certain nombre d’années, c’est surtout le
dialogue œcuménique qui a alimenté les
discussions sur la réforme de l’Église. Dans
l’encyclique Ut unum sint (1995),
Jean-Paul II affirme explicitement que la
papauté doit fonctionner autrement pour servir
l’unité au lieu de la freiner. Dix ans plus tôt,
dans le même esprit œcuménique, Heinrich Fries
et Karl Rahner, réfléchissant sur la primauté
papale (dans Unity of the Church: An Actual
Possibility, Fortress Press, 1985), avaient
affirmé que rien n’empêchait le Saint Père de
limiter volontairement l’exercice de sa
juridiction dans les domaines relevant du droit
humain (de jure humano). Après la parution
d’Ut unum sint, la réflexion la plus
profonde sur la réforme est peut-être venue sous
la plume de l’archevêque John R. Quinn (The
Reform of the Papacy: The Costly Call to Christian
Unity, Crossroad, 1999), qui met fort
justement en évidence le rôle des évêques et
la nécessité de la collégialité. En prenant
soin de faire toutes les nuances nécessaires,
Quinn envisage la diminution du rôle de la Curie
romaine et l’établissement de liens plus
directs entre le pape et les assemblées locales
des évêques. Il soutient que le rôle des
cardinaux, dépourvu de fondements théologiques,
doit être réduit, et souligne à quel point les
cardinaux sont devenus un obstacle à une véritable
collégialité.
Parmi
d’autres suggestions intéressantes concernant
la réorganisation de l’Église, on trouve
celles de l’archevêque Vsevolod, de l’Église
orthodoxe ukrainienne (We Are All Brothers,
Eastern Christian Publications, 1999). Vsevolod
pense que l’Occident devrait créer des
patriarcats, comme il y en eut dans l’Église du
premier millénaire. Le pape doit-il être le seul
patriarche en Occident, demande-t-il. Il reprend
ainsi un thème soulevé à Vatican II et ultérieurement
développé par Yves Congar (Istina, 1983,
p. 374-390). Il convient d’analyser ces
propositions de près. Elles recèlent des
possibilités pour inventer des moyens de mettre
en œuvre tant la subsidiarité que la décentralisation.
Ce n’est pas le terme patriarcat qui importe —
il risque de déplaire à nos oreilles — mais
les idées qui le sous-tendent. Elles peuvent nous
aider à répondre à nos besoins actuels.
Les
caractéristiques des patriarcats ont été relevées
à Vatican II par un participant. Notons :
1) l’autorité collégiale exercée à un
palier plus local, un synode local fort; 2) le
pouvoir de décider en matière de liturgie et de
discipline; 3) celui de nommer les évêques
du territoire. Les domaines touchés sont ceux où
la centralisation excessive occasionne les plus
vives tensions. Il n’y a en outre pas de raison
de ne pas associer les laïcs au processus,
s’agissant de changements à la liturgie, de
nomination d’évêques et de problèmes
pastoraux.
Il
vaudrait la peine d’examiner longuement et en détail
l’organisation des patriarcats et autres formes
de primatie du premier millénaire. L’histoire
nous dit qu’il ne serait peut-être pas sage de
faire coïncider les patriarcats avec les conférences
nationales des évêques. Surtout, ils ne doivent
pas ajouter un étage à la bureaucratie. Il est
certain que patriarcats et primaties électives
pourraient devenir des corps permanents qui
aideraient le pape, étant bien informés des
besoins des Églises locales. Chacun aurait une
structure collégiale et son synode local. Il ne
faudrait de bureaucratie supplémentaire que pour
s’occuper de la liturgie et de la nomination des
évêques. Les conférences locales des évêques
pourraient travailler ensemble ou s’allier
leur clergé, leurs religieux ou leurs laïcs pour
cerner les besoins pastoraux de la région.
Imaginons, par exemple, un patriarcat réunissant
le Canada, les États-Unis et le Mexique, où on
travaillerait de concert sur certains problèmes,
tels l’immigration et les besoins spécifiques
des populations hispaniques.
La
mise en place de ces nouvelles structures rendrait
inutiles beaucoup de services de la Curie romaine.
Rahner et Fries concèdent qu’il faudrait garder
une institution analogue à l’actuelle Congrégation
pour la doctrine de la foi, mais elle devrait, précisent-ils,
fonctionner dans une absolue transparence (et
collaborer avec les patriarcats locaux,
ajouterais-je). L’histoire enseigne que Rome
devrait être l’ultime recours — non le
premier — si l’échec de toutes les tentatives
pour résoudre un désaccord au niveau local nécessite
un appel.
Voyons
comment le rétablissement des patriarcats
pourrait permettre de régler deux problèmes
auxquels l’Église fait face aujourd’hui aux
États-Unis : la traduction des textes latins
et le manque de prêtres. Dans le premier cas, la
décentralisation entraînerait une approche différente.
Seuls les gens dont une langue vivante est la
langue maternelle en connaissent toutes les
nuances et subtilités. Un texte traduit littéralement
et correctement peut échouer à rendre pleinement
le sens de l’original, et toute sa beauté et sa
grandeur. En réunissant les meilleurs savants, poètes,
théologiens et liturgistes locaux, hommes et
femmes, l’Église locale pourrait réaliser les
traductions que la liturgie mérite et exige.
En
ce qui concerne le manque de prêtres, ses causes
diffèrent d’une partie du monde à l’autre,
et les solutions devront varier. Aux États-Unis,
le bassin sociologique des vocations de jadis a
changé radicalement. Les grandes familles rurales
originaires de divers pays sont chose du passé. Même
les communauté desservies par des pasteurs mariés
sont touchées. Le problème du leadership
spirituel aux États-Unis serait-il plus profond
que nous l’aurions cru de prime abord, et quel
avenir annonce-t-il ? D’autres parties du
monde ont leurs difficultés propres. Chaque région
devrait avoir la liberté d’examiner ouvertement
les causes de ses problèmes et de trouver ses
solutions. La régionalisation des structures
permettrait d’envisager ces questions plus honnêtement
et de les résoudre localement.
Ce
bref examen des patriarcats montre que la décentralisation
n’est pas étrangère à l’Église, même en
Occident, et correspond à la manière dont elle
fonctionnait durant le premier millénaire. Il y a
d’autres possibilités, bien sûr, et je n’ai
soumis ces idées que pour stimuler la réflexion.
J’ai voulu tenir compte de la tradition de l’Église
et satisfaire aux exigences de la foi en ayant à
l’esprit les besoins du monde actuel.
Ai-je
cédé à un rêve ? Il y a bien des années,
j’aurais pensé que oui. Aujourd’hui je crois
que l’Église est prête à changer de
structures. Elle a cessé de s’identifier à la
culture occidentale pour devenir vraiment
universelle. Aussi lui faut-il une organisation
souple mais apte à assurer la conservation de son
essentielle unité. Je crois que les fidèles sont
prêts au changement, qu’ils devraient
l’exiger et que l’histoire nous fournit des
modèles appropriés et éprouvés sur lesquels
nous pourrons le fonder.
COMMONWEAL,
15 août 2003
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(Traduction :
Johanne Archambault)
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