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Alain AMBEAULT est un ancien président de la
Conférence religieuse canadienne ; il est membre
du conseil général de sa communauté. Il
s'intéresse aux nouvelles formes d'engagement au
sein des communautés religieuses. Il est aussi
membre du Réseau des Forums André-Naud et du
Réseau Culture et Foi.
À la fin de cette session, il m’est demandé de
jeter un regard-synthèse sur l’ensemble de la
journée; plus précisément, notre plan de travail
indique que je vais « rattacher les fils… »
D’emblée, je dois vous avouer une chose : cette
tâche avait été prévue pour un de nos évêques.
Il aurait été fort intéressant que l’un deux
soit présent à notre rendez-vous et y participe
selon la tâche qui m’est actuellement dévolue.
Malheureusement, aucun n’a réussi à se libérer
quoique certains aient manifesté de l’intérêt.
N’étant pas évêque, je déroge donc à la mission
qui m’est confiée. Au lieu de rattacher les
fils, je vais plutôt en tirer. Tirer
quelques fils des exposés qui nous ont été
offerts et des commentaires exprimés. Voilà une
occasion de souligner certains aspects, de
prolonger la réflexion et, comme il se doit, de
nous inviter à la poursuivre.
Permettez-moi donc de présenter, d’une façon
plus schématique, les quelques points que je
veux relever :
-
Tout au cours de la journée, nous avons beaucoup parlé de
paroisses. Celles-ci circonscrivent encore
la vie chrétienne au Québec même si cette
dernière ne se limite pas aux paroisses. De
prime abord, il importe de rappeler que la
paroisse est bel et bien née du
développement et de l’organisation d’une
Église locale au caractère domestique.
L’Église nomade d’un lieu se réunissant chez
Untel. Le récit des Actes et les lettres du
Nouveau Testament nous redisent le caractère
domestique de la vie des premières
communautés chrétiennes et surtout le fait
que chacune d’elles soit pleinement
l’Église.
-
Chacune des formes de communautés chrétiennes que nous avons
évoquées au cours de notre session :
paroisses, communautés électives, de base et
au caractère générationnel plus marqué, doit
être soucieuse d’une vie chrétienne qui part
de la maison de… pour prendre la route,
créer la rencontre, favoriser l’engagement
pour le monde et revenir à son cadre
premier. Ainsi la communauté, qu’elle soit
large ou petite, n’existe pas pour
elle-même; elle se compose sous l’action de
l’Esprit, se défait parce qu’elle est
envoyée en mission et se recompose de
nouveau.
-
Plus une communauté est « domestique » plus la table qu’elle
offre comme lieu de mémoire est réelle et
vraie; les raisons de s’en approcher et le
défi de le faire au nom du « Faites ceci
en mémoire de moi » ont rapport à un
Évangile subversif.
-
Le thème de notre journée était : « L’Église du Québec au
carrefour. De la paroisse d’aujourd’hui…
vers quoi? » Nous sommes en droit de
nous poser la question : notre Église
est-elle sur la route de la vie des gens?
Quelle route? Plus encore, croit-elle être «
la route »? L’Église – et toutes les
personnes qui la composent d’une façon ou de
l’autre - sont au service de Celui qui est
la voie, la vérité et la vie. Être au
carrefour ne signifie pas seulement croiser
d’autres routes, mais être convaincu de leur
nécessité et de prendre part à un moment de
choix. Dès lors, le trajet, la vie et…
l’avis des gens deviennent importants. C’est
une Église qui a besoin de tous! Une Église
à la parole partagée, à la parole donnée,
osée, libre et créative!
-
Nous avons beaucoup parlé de paroisses depuis le début de la
journée. Le rappel historique l’a bien
située et l’apport d’un chacun a permis une
saine critique de sa situation actuelle et
des autres formes de vie chrétienne qui lui
sont non seulement complémentaires, mais
essentielles. Il importe toutefois de noter
à quel point les paroisses sont lourdes
d’une forte charge symbolique; nos réactions
par rapport à elles sont souvent
contradictoires. Elles témoignent, à la
fois, d’un passé récent marqué par le
pouvoir clérical dont la majorité des gens
s’est distanciée et une institution
interpellant encore leur identité. L’objet
de contestation est aussi objet d’attraction
à certains moments de la vie.
-
Nous avons bien vu comment les mentalités ont changé au
Québec; désormais les gens marchandent,
comparent et choisissent ce qui leur
convient. Il en va de même pour la vie
chrétienne laissant de côté l’appartenance
ecclésiale décrétée par son lieu de
résidence! Ainsi, des communautés – même
paroissiales – se disent davantage
extraterritoriales tandis que les diverses
communautés de base se forment à partir de
critères autres. Par ailleurs, la réalité
paroissiale existe toujours; elle résulte du
découpage géographique d’un diocèse confiant
au bon soin d’un curé ou d’une équipe
pastorale le peuple qui y habite. Les gens
ont vécu une libération de la conscience qui
a entraîné d’autres formes de comportements,
notamment la liberté de choisir les lieux de
vie chrétienne qui leur conviennent. Cela
fait en sorte que la vie chrétienne peut
répondre à des besoins spécifiques
correspondant à des cheminements
particuliers. Nous sommes à l’heure d’une
diversité qui nous rappelle les conditions
de la communion!
-
Faut-il opposer paroisses et communautés chrétiennes? Certes
pas! Il y a une complémentarité entre les
deux, un appel réciproque. La paroisse
n’est-elle pas pour les communautés plus
domestiques, plus petites ou plus homogènes,
l’espace nécessaire d’altérité, le lieu de
passage du tout-venant, une large porte
ouverte sur le milieu? De plus, elle a la
propriété de nous incorporer dans un
ensemble et une histoire qui nous rejoignent
et nous dépassent. En ce sens, la relation
entre les communautés de base, sous diverses
formes, et les paroisses crée la catholicité
de notre Église en confirmant le mouvement
de la parole : la recevoir, la donner, la
célébrer, la faire circuler, la faire naître
au cœur de la vie et, de nouveau, la
recevoir encore plus vivante.
-
Mais alors, comment entrevoir l’avenir au cœur d’une
adaptation nécessaire de la paroisse et de
l’existence de diverses façons de faire
communauté chrétienne? Il me semble avoir
entendu aujourd’hui un appel marquant pour
que la vie chrétienne reprenne racine là où
la vie tout court s’enracine : près des
gens, de leurs préoccupations, de leur
foyer, de leur milieu de vie. Selon ce
qu’André Charron développait il y a déjà
quelques années, la paroisse ne doit-elle
pas devenir cette « communauté de
communautés », ce niveau intermédiaire
répondant à un nécessaire besoin
organisationnel, identitaire, favorisant
l’ouverture, la catholicité, le lien avec
l’évêque du lieu. La paroisse devient alors
moins un lieu de vie, qu’un pallier de
concertation, de dialogue, d’organisation
entre les diverses communautés de la base
qu’elle rassemble. De telles paroisses
pourraient alors développer un modèle
communionnel beaucoup plus marqué et une
approche démocratique dans son organisation.
Elles seraient le témoin d’une communion
basée sur la riche diversité de ses
composantes. En outre, elles
interpelleraient l’épiscope du lieu à
développer un rapport pastoral avec elles
basé davantage sur la reconnaissance de la
coresponsabilité propre à l’Église, Peuple
de Dieu.
-
Finalement, certains de nos conférenciers
ont insisté sur la créativité à redécouvrir
en Église. Cela concerne tout autant les
rituels, les célébrations, l’organisation de
la pastorale que les ministères essentiels à
la communauté. C’est par de petites
communautés chrétiennes ouvertes,
responsables, engagées et liées en réseaux
que l’Église se donnera un nouveau visage et
reconnaîtra, en temps opportun, les avancées
qui changent la réalité. La vie précède non
seulement les normes, mais rarement, en bout
de course, ces dernières lui résistent.
Je me souviens, tout jeune, que ma mère me
mettait en garde : fais attention, tu vas
tirer des fils dans ton gilet! Je n’ai pas
du tout suivi la leçon aujourd’hui : j’ai
volontairement tenté de frôler de très près les
réflexions qui ont meublé notre journée pour
tirer des fils… les laisser pendre… et ainsi
donner le goût à tous ceux et celles qui croient
en l’Église de Vatican II de les prendre en
mains et de tisser la communauté chrétienne
signifiante au cœur de notre monde, évangélique
et audacieuse.
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