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Une Église sans pasteurs? Mise en situation...
Alain Ambeault, c.s.v.

 

 

 

Le Réseau Culture et foi tente, deux fois l’an, de proposer à ses sympathisants une réflexion qui met en relation la recherche de foi des hommes et des femmes d’aujourd’hui et le contexte de vie dans lequel nous évoluons tous. Un regard critique sur les enjeux de notre monde et notre positionnement par rapport aux perspectives de notre Église y trouvent évidemment une place privilégiée. Cette fois-ci, nous avons opté pour un thème, croyons-nous, légitime : Église et pastorat. Plus encore, Église et pastorat sous l’angle de la relation qui s’établit entre les sujets de cette Église, les sujets de ce pastorat. Une Église sans pasteurs? En fait, c’est sur la ponctuation finale que nous avons beaucoup discuté, pour certains même hésité longuement : une Église sans pasteurs, point d’exclamation, d’interrogation, de suspension. Comme nous sommes à l’heure des accommodements raisonnables, nous avons fait consensus sur le point d’interrogation sachant qu’il n’exclut ni l’une, ni l’autre des perspectives. Surpris n’est-ce pas? Vous ne croyiez pas venir à un colloque dont le point de chute serait le choix d’une bonne ponctuation?

D’entrée de jeu, permettez-moi d’affirmer une vérité de La Palice : le monde a changé. Ses besoins, ses façons de faire, ses manières d’occuper l’espace personnel et collectif ont évolué. Conséquemment, le rapport entre les personnes n’est plus le même qu’autrefois. On disait d’une personne qu’elle était isolée lorsqu’elle s’enfermait chez elle; aujourd’hui, on la fustige du même tort si elle ne « twitte » pas 20 fois par jour des informations plus ou moins sérieuses sur la toile des divers réseaux sociaux, sur Internet. Alors, la question s’impose : la relation pastorale, comment est-elle? Qu’est-elle devenue? Comment se vit-elle? Souffre-t-elle vraiment ou onstitue-t-elle le dernier bastion d’un monde qui prétend que tous ces « twitts » sont superficiels et que seule la bonne vieille relation personnelle pasteur/fidèle triomphera? Et Dieu vit que cela était bon..!

Au départ, une question s’impose : qu’est-ce donc qu’une relation pastorale? Je m’aventure à vous suggérer une réponse.

Elle constitue ce lien de confiance et de réciprocité qui s’établit entre des chercheurs de Dieu en quête d’un appui mutuel, voire d’une guidance attendue, souhaitée et offerte.

C’est dire :

  • Un peuple qui recherche, rencontre et bénéficie du geste pastoral.

  • Un pasteur qui reçoit la mission de rechercher avec… de rencontrer et de bénéficier d’un espace de vie qui définit son service à ses sœurs et à ses frères.

À vous tout le loisir de critiquer, rayer, compléter cette piste de définition. Elle n’a de prétention que de nous lancer dans une recherche qui, avant de se cristalliser sur un pôle ou l’autre de la relation, veut soigner patiemment l’entre-deux, ce lien, cette interrelation dynamique et mature, celle qui interpelle les diverses personnes qui font exister ou non la relation pastorale.

Quel est le thème de notre journée encore? « Une Église sans pasteurs? » « Faut-il réinventer la relation pasteurs / baptisés? »  avons-nous ajouté en sous-titre.

Autrefois, le lien entre le pasteur et les chrétiens était bien établi. La paroisse encadrait le tout et définissait le rôle de chacun. Notre lieu de résidence précisait notre appartenance à ce que, au lendemain du Concile Vatican II, nous avons trop vite défini comme étant des « communautés chrétiennes ». Ici, nous parlons bien de paroisses. Alors, aime, aime pas, telle est ta paroisse et tel est ton curé. Pas d’ambiguïté possible! Réjouis-toi ou endure, c’est la réalité!

Aujourd’hui, l’appartenance paroissiale n’a plus trop de lien avec la vie et ce pour diverses raisons que vous connaissez bien. D’ailleurs, il est assez symptomatique que le site internet du diocèse de Montréal ait installé un bidule permettant aux gens d’inscrire leur code postal et, par le moyen d’un simple clic, de connaître à quelle paroisse ils appartiennent. C’est utile, au moins, pour savoir à quelle porte frapper afin d’obtenir son certificat de baptême, ce célèbre « baptistère », disions-nous communément.

La mobilité du monde fait que les personnes cherchent, sont critiques, connaissent la diversité de ce qui s’offre à elles, choisissent et se rendent là où elles trouvent réponse à leurs attentes. C’est vrai pour les marchés d’alimentation, les centres d’achat, les cinémas et pour les expériences spirituelles. Nous sommes passés en mode électif. Est-ce dire que les gens se déplacent, cherchant un pasteur adapté à leur besoin? Certes, mais pas uniquement cela! Leur quête est de l’ordre d’un lieu où ils se sentent bien, accueillis comme ils sont, un lieu où tout ce qui caractérise leur recherche de sens a droit de cité. Il ne faut pas personnaliser trop vite la recherche pastorale même si, dans les faits l’individu qui assume cette responsabilité a souvent un impact important sur le choix des gens. Il en va de la place, trop grande peut-être, que le pasteur occupe lorsque la communauté célèbre.

La relation pastorale existe-t-elle toujours? Est-elle en santé? Voici maintenant des éléments dont nous devons tenir compte :

  • Dans plusieurs parties du monde, la dislocation entre la conscience des gens et le discours officiel de l’Église catholique marginalise souvent (pour ne pas dire ridiculise) les prises de position du pasteur suprême, le Pape. Ne sommes-nous pas en face d’une relation brisée générant plus de frustrations que de bienfaits?

  • Surtout chez nous, mais pas exclusivement ici, le lien entre les chrétiens, les agents de pastorale, les prêtres et leur évêque a grandement souffert du réalignement imposé aux diverses conférences épiscopales par Jean-Paul II. On dit des évêques qu’ils ne sont que des courroies de transmission du Saint-Siège. De fait, ils sont peu nombreux à ouvrir un vrai dialogue avec les gens car ils savent bien qu’ils sont menottés, ou plutôt muselés. L’expérience du « Message aux évêques » réalisé par la Conférence religieuse canadienne en 2006 (5 ans cette année!) a été très éloquente. À ce niveau de la relation pastorale, ne sommes-nous pas confrontés à de l’indifférence, d’une part, et à une incompréhension profonde, d’autre part?

  • Au plan local, voire paroissial, il est devenu impossible pour des chrétiens de compter sur la présence, la disponibilité d’un pasteur. Les prêtres sont chargés de la responsabilité de « superparoisses » ce qui les contraint souvent à n’être que des « machines à sacrements » ou des « éteignoirs de feux » un peu partout. Conséquence, les paroisses vivent sans pasteurs, bénéficiant d’un minimum de service sacramentel. Comment les chrétiens réagissent-ils à cette absence effective d’un pasteur disponible? Quelles conséquences? La communauté chrétienne est-elle appelée à développer une relation pastorale d’un autre type, sans lien direct avec un prêtre?

  • Des expériences de communautés électives existent ici et là. Aussi, quelques communautés de base développent une dynamique commune qui, à l’instar des communautés primitives, resitue le rôle pastoral comme étant le fruit d’une volonté et d’un choix fait à la base. Cette relation pastorale fait émerger quel modèle d’Église?

Revenons à notre questionnement, mais alors, devant tout cela, qu’est-ce qui a changé… profondément changé? Comment se sont reconfigurés les acteurs de la relation pastorale, les sujets, pour que celle-ci soit réelle, adaptée? Est-elle encore possible? Si oui, comment, au profit de quels déplacements?

Nous nous retrouvons bien face à la question qui chapeaute notre rencontre : « Une Église sans pasteurs? »

  • Est-ce la réalité?

  • Une fin tragique envisagée?

  • Un souhait

  • Ou un passage obligé qui déjà nous laisse voir, en Église, d’autres façons de faire qui nous rapprocheraient davantage de ce que les Actes nous suggèrent toujours comme étant les traits de la première communauté chrétienne, des traits certes un peu caricaturaux. « Voyez comme ils s’aiment! » laissent-ils entendre.

Bonne réflexion à toutes et à tous et excellente journée Culture et foi!

 

 

 

 

 

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