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Le Réseau Culture et foi tente, deux fois l’an,
de proposer à ses sympathisants une réflexion
qui met en relation la recherche de foi des
hommes et des femmes d’aujourd’hui et le
contexte de vie dans lequel nous évoluons tous.
Un regard critique sur les enjeux de notre monde
et notre positionnement par rapport aux
perspectives de notre Église y trouvent
évidemment une place privilégiée. Cette fois-ci,
nous avons opté pour un thème, croyons-nous,
légitime : Église et pastorat. Plus encore,
Église et pastorat sous l’angle de la relation
qui s’établit entre les sujets de cette Église,
les sujets de ce pastorat. Une Église sans
pasteurs? En fait, c’est sur la ponctuation
finale que nous avons beaucoup discuté, pour
certains même hésité longuement : une Église
sans pasteurs, point d’exclamation,
d’interrogation, de suspension. Comme nous
sommes à l’heure des accommodements
raisonnables, nous avons fait consensus sur le
point d’interrogation sachant qu’il n’exclut ni
l’une, ni l’autre des perspectives. Surpris
n’est-ce pas? Vous ne croyiez pas venir à un
colloque dont le point de chute serait le choix
d’une bonne ponctuation?
D’entrée de jeu, permettez-moi d’affirmer une
vérité de La Palice : le monde a changé. Ses
besoins, ses façons de faire, ses manières
d’occuper l’espace personnel et collectif ont
évolué. Conséquemment, le rapport entre les
personnes n’est plus le même qu’autrefois. On
disait d’une personne qu’elle était isolée
lorsqu’elle s’enfermait chez elle; aujourd’hui,
on la fustige du même tort si elle ne « twitte »
pas 20 fois par jour des informations plus ou
moins sérieuses sur la toile des divers réseaux
sociaux, sur Internet. Alors, la question
s’impose : la relation pastorale, comment
est-elle? Qu’est-elle devenue? Comment se
vit-elle? Souffre-t-elle vraiment ou onstitue-t-elle
le dernier bastion d’un monde qui prétend que
tous ces « twitts » sont superficiels et que
seule la bonne vieille relation personnelle
pasteur/fidèle triomphera? Et Dieu vit que cela
était bon..!
Au départ, une question s’impose : qu’est-ce
donc qu’une relation pastorale? Je m’aventure à
vous suggérer une réponse.
Elle constitue ce lien de confiance et de réciprocité qui
s’établit entre des chercheurs de Dieu en quête
d’un appui mutuel, voire d’une guidance
attendue, souhaitée et offerte.
C’est dire :
-
Un peuple qui recherche, rencontre et
bénéficie du geste pastoral.
-
Un pasteur qui reçoit la mission de
rechercher avec… de rencontrer et de
bénéficier d’un espace de vie qui définit
son service à ses sœurs et à ses frères.
À vous tout le loisir de critiquer, rayer,
compléter cette piste de définition. Elle n’a de
prétention que de nous lancer dans une recherche
qui, avant de se cristalliser sur un pôle ou
l’autre de la relation, veut soigner patiemment
l’entre-deux, ce lien, cette interrelation
dynamique et mature, celle qui interpelle les
diverses personnes qui font exister ou non la
relation pastorale.
Quel est le thème de notre journée encore? « Une
Église sans pasteurs? » « Faut-il réinventer la
relation pasteurs / baptisés? » avons-nous
ajouté en sous-titre.
Autrefois, le lien entre le pasteur et les
chrétiens était bien établi. La paroisse
encadrait le tout et définissait le rôle de
chacun. Notre lieu de résidence précisait notre
appartenance à ce que, au lendemain du Concile
Vatican II, nous avons trop vite défini comme
étant des « communautés chrétiennes ». Ici, nous
parlons bien de paroisses. Alors, aime, aime
pas, telle est ta paroisse et tel est ton curé.
Pas d’ambiguïté possible! Réjouis-toi ou endure,
c’est la réalité!
Aujourd’hui, l’appartenance paroissiale n’a plus
trop de lien avec la vie et ce pour diverses
raisons que vous connaissez bien. D’ailleurs, il
est assez symptomatique que le site internet du
diocèse de Montréal ait installé un bidule
permettant aux gens d’inscrire leur code postal
et, par le moyen d’un simple clic, de connaître
à quelle paroisse ils appartiennent. C’est
utile, au moins, pour savoir à quelle porte
frapper afin d’obtenir son certificat de
baptême, ce célèbre « baptistère », disions-nous
communément.
La mobilité du monde fait que les personnes
cherchent, sont critiques, connaissent la
diversité de ce qui s’offre à elles, choisissent
et se rendent là où elles trouvent réponse à
leurs attentes. C’est vrai pour les marchés
d’alimentation, les centres d’achat, les cinémas
et pour les expériences spirituelles. Nous
sommes passés en mode électif. Est-ce dire que
les gens se déplacent, cherchant un pasteur
adapté à leur besoin? Certes, mais pas
uniquement cela! Leur quête est de l’ordre d’un
lieu où ils se sentent bien, accueillis comme
ils sont, un lieu où tout ce qui caractérise
leur recherche de sens a droit de cité. Il ne
faut pas personnaliser trop vite la recherche
pastorale même si, dans les faits l’individu qui
assume cette responsabilité a souvent un impact
important sur le choix des gens. Il en va de la
place, trop grande peut-être, que le pasteur
occupe lorsque la communauté célèbre.
La relation pastorale existe-t-elle toujours?
Est-elle en santé? Voici maintenant des éléments
dont nous devons tenir compte :
-
Dans plusieurs parties du monde, la
dislocation entre la conscience des gens et
le discours officiel de l’Église catholique
marginalise souvent (pour ne pas dire
ridiculise) les prises de position du
pasteur suprême, le Pape. Ne sommes-nous pas
en face d’une relation brisée générant plus
de frustrations que de bienfaits?
-
Surtout chez nous, mais pas exclusivement
ici, le lien entre les chrétiens, les agents
de pastorale, les prêtres et leur évêque a
grandement souffert du réalignement imposé
aux diverses conférences épiscopales par
Jean-Paul II. On dit des évêques qu’ils ne
sont que des courroies de transmission du
Saint-Siège. De fait, ils sont peu nombreux
à ouvrir un vrai dialogue avec les gens car
ils savent bien qu’ils sont menottés, ou
plutôt muselés. L’expérience du « Message
aux évêques » réalisé par la Conférence
religieuse canadienne en 2006 (5 ans cette
année!) a été très éloquente. À ce niveau de
la relation pastorale, ne sommes-nous pas
confrontés à de l’indifférence, d’une part,
et à une incompréhension profonde, d’autre
part?
-
Au plan local, voire paroissial, il est
devenu impossible pour des chrétiens de
compter sur la présence, la disponibilité
d’un pasteur. Les prêtres sont chargés de la
responsabilité de « superparoisses » ce qui
les contraint souvent à n’être que des
« machines à sacrements » ou des
« éteignoirs de feux » un peu partout.
Conséquence, les paroisses vivent sans
pasteurs, bénéficiant d’un minimum de
service sacramentel. Comment les chrétiens
réagissent-ils à cette absence effective
d’un pasteur disponible? Quelles
conséquences? La communauté chrétienne
est-elle appelée à développer une relation
pastorale d’un autre type, sans lien direct
avec un prêtre?
-
Des expériences de communautés électives
existent ici et là. Aussi, quelques
communautés de base développent une
dynamique commune qui, à l’instar des
communautés primitives, resitue le rôle
pastoral comme étant le fruit d’une volonté
et d’un choix fait à la base. Cette relation
pastorale fait émerger quel modèle d’Église?
Revenons à notre questionnement, mais alors,
devant tout cela, qu’est-ce qui a changé…
profondément changé? Comment se sont
reconfigurés les acteurs de la relation
pastorale, les sujets, pour que celle-ci soit
réelle, adaptée? Est-elle encore possible? Si
oui, comment, au profit de quels déplacements?
Nous nous retrouvons bien face à la question qui
chapeaute notre rencontre : « Une Église sans
pasteurs? »
-
Est-ce la réalité?
-
Une fin tragique envisagée?
-
Un souhait
-
Ou un passage obligé qui déjà nous laisse
voir, en Église, d’autres façons de faire
qui nous rapprocheraient davantage de ce que
les Actes nous suggèrent toujours comme
étant les traits de la première communauté
chrétienne, des traits certes un peu
caricaturaux. « Voyez comme ils s’aiment! »
laissent-ils entendre.
Bonne réflexion à toutes et à tous et excellente
journée Culture et foi!
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