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Coordonnatrice ou responsable de paroisse
Andrée Cyr-Desroches
 

 



Bonjour à tous et toutes!

Je suis heureuse d’être avec vous ce matin pour réfléchir à l’avenir des paroisses et vous partager mon expérience comme responsable de paroisse dans le diocèse de Saint-Jérôme pendant une dizaine d’années. J’ai quitté ce poste depuis août 2003 pour des raisons familiales.

Dans ma présentation, je vais d’abord aborder l’ecclésiologie qui a justifié cette façon particulière d’animer les communautés paroissiales dans certains diocèses du Québec, dont celui de Saint-Jérôme. Je nommerai ensuite les exigences de ce poste et je ferai un parallèle entre le mandat du prêtre de communauté et celui de la responsable de paroisse afin de bien montrer les rôles et responsabilités de chacun et le nécessaire partage harmonieux de cette coresponsabilité. Je présenterai ensuite les défis ainsi que  le bilan, positif et négatif, de cet engagement. Je terminerai avec ma vision d’avenir de la paroisse.

L’ecclésiologie

Le Concile Vatican II a soufflé un grand vent de renouveau dans l’Église catholique. Depuis ce temps, les différentes Églises locales n’ont cessé de réfléchir aux ouvertures possibles proposées par les textes conciliaires en tenant compte du contexte social dans lequel elles vivent. Les deux documents conciliaires sur « L’Église » et sur « L’Apostolat des laïques » en particulier ont permis de reconnaître et d’affirmer que la mission de l’Église est l’affaire de tous les baptisés. Ce qui a suscité cette ouverture, c’est un retour aux origines de l’Église et aux textes bibliques, entre autres celui de saint Paul en 1 Co 12, 4-6 qui mentionne qu’il y a « diversité de dons, mais c’est le même Esprit; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur; diversités de modes d’action, mais c’est le même Dieu qui produit tout en tous ».

C’est donc une reconnaissance plus explicite de la responsabilité des baptisés et aussi le contexte d’une pénurie de plus en plus grande de ministres ordonnés qui ont  incité les différents diocèses du Québec, et d’ailleurs sans doute, à chercher comment répondre à la mission de l’Église. La solution s’est présentée d’elle-même en observant les dons et les charismes des personnes engagées bénévolement dans divers services ecclésiaux. C’est ainsi que les ministères des agents et agentes laïques, avec ses multiples facettes dont celui de responsable de paroisse,  a été institué.

C’est dans ce contexte d’une Église toute entière ministérielle et communautaire que le diocèse de Saint-Jérôme a commencé à nommer des responsables de paroisse laïques au début des années 90, bien que quelques-unes, très rares, aient été nommées avant. Cette expérience d’animation et d’administration des paroisses en coresponsabilité entre prêtres et responsables de paroisse voulait montrer comment il est possible de faire du neuf et de vivre autrement l’animation et la vitalisation des communautés chrétiennes. Des expériences intéressantes ont été vécues et témoignent d’une ecclésiologie qui affirme la place des laïques et leurs responsabilités en partenariat avec les ministres ordonnés.

 Exigences de la responsabilité de paroisse

D’entrée de jeu, je vous dirais que la coordination ou la responsabilité d’une paroisse, ce n’est pas d’abord une charge, un devoir ou des obligations que l’on doit remplir. On ne peut la définir uniquement à partir de tâches spécifiques qui lui sont réservées. C’est plutôt une mission qui correspond à celle de la cure d’une paroisse. Ce n’est pas une responsabilité que l’on s’attribue soi-même ou que l’on peut exiger, ce n’est pas un privilège ni un honneur. C’est d’abord et avant tout une mission qui nous est confiée par l’évêque du diocèse qui reconnaît en nous les charismes, les compétences et les qualités nécessaires pour exercer ce mandat pastoral, dans un lieu donné du diocèse, pour répondre aux besoins d’une communauté. Ce n’est donc pas d’abord un don accordé à une personne en particulier, mais un don fait à l’Église, je dirais même que c’est un don que l’on ne peut garder pour soi. La responsabilité de paroisse est un ministère qui ne trouve son sens que par rapport à une communauté et par rapport à l’ensemble des autres ministères, à l’exemple du corps humain dont les membres et les organes fonctionnent en complémentarité. Cela vaut pour tous les ministères et exige des différents acteurs qu’ils travaillent en partenariat dans un véritable esprit de coopération et de complémentarité en prenant avis les uns des autres.

La responsabilité de paroisse est un engagement qui demande une formation théologique universitaire et une bonne connaissance de l’Église et, si possible, de son milieu social ainsi qu’une certaine maturité humaine, dont la conscience de ses forces et de ses limites. Cela exige aussi la capacité de maintenir un équilibre dans sa vie.  Ceci dit, cette responsabilité ne demande pas d’être parfait, si non, personne ne pourrait l’exercer, moi la première.

Qui dit responsabilité dit aussi pouvoir. Or le pouvoir peut et doit être partagé et balisé. Cela est vrai autant dans la société que dans l’Église. À mon avis, ce qui est premier dans la mission de responsable de paroisse,  c’est la communauté elle-même et sa rencontre avec le Dieu de Jésus-Christ. Ce qui signifie que l’on n’est pas responsable de paroisse ou prêtre de la communauté pour soi-même, mais pour favoriser la rencontre entre les personnes qui nous sont confiées et Dieu. C’est ce principe fondamental et vital qui doit guider toute notre action.

Les rôles et les responsabilités

Les lettres de nomination de la personne responsable de paroisse et du prêtre de la communauté  commencent de la même façon :

Par la présente,  je vous nomme RESPONSABLE de la paroisse……….ou PRÊTRE de la communauté chrétienne à la paroisse……. Cette nomination vaut pour trois ans, du 1er août 200…. au 31 juillet 200... Elle pourra être renouvelable. Avec le prêtre de la communauté (nom) ou avec la responsable de cette paroisse (nom), vous partagerez la charge pastorale de cette paroisse.

Nous voyons que le partage de la charge pastorale dans un partenariat sans équivoque est nommé dès le départ. Jetons maintenant un coup d’œil aux différentes responsabilités afin de comprendre comment ce partage s’effectue.    

 

Laïque RESPONSABLE de la paroisse

 

 

PRÊTRE de la communauté

 

Assume des fonctions d’animation, de coordination et d’administration.

Travaille en étroite collaboration avec le PRÊTRE de la communauté nommé par l’évêque pour assurer prioritairement le ministère sacramentel et le ministère de la Parole.

Cette désignation met en évidence sa présence essentielle à la vie d’une communauté chrétienne.

Partage conjointement avec le responsable laïque la charge pastorale de la paroisse.

 

Rôle d’animation spirituelle :

Se préoccupe de créer au sein de la communauté et de l’équipe pastorale un climat de fraternité et de communion

Articule l’animation de la communauté et des différents groupes autour des quatre axes de la mission

Situe le rôle du prêtre de la communauté auprès de tous les paroissiens et facilite son intégration la plus large et la plus profonde possible à l’ensemble de la vie de la communauté

Favorise l’unité de la communauté par des attitudes d’écoute et de conciliation

 

Ministre des sacrements :

Assure la présidence de l’Eucharistie et des autres célébrations sacramentelles de la communauté

Se rend disponible pour la célébration individuelle du sacrement du Pardon

S’assure de la collaboration des autres agents de pastorale dans la préparation des célébrations sacramentelles et non sacramentelles et dans la préparation des temps forts de l’année liturgique

 

Rôle de coordination :

Aide les différents intervenants à travailler ensemble à la réalisation de la mission

Établit un plan de pastorale d’ensemble pour la communauté avec les différents agents pastoraux

Suscite la prise en charge et le sens des responsabilités chez les divers agents pastoraux

Assure une bonne définition des tâches et une répartition des différentes responsabilités

Met en place des mécanismes d’information, de consultation et d’évaluation

Favorise l’ouverture aux autres communautés chrétiennes et la participation aux différentes rencontres de zone et aux journées diocésaines

 

Ministre de la Parole :

 

Assure l’homélie de façon générale. Plusieurs membres de l’équipe pastorale sont appelés à proclamer la Parole de Dieu; il voit alors à ce que ce soit bien fait et offre sa collaboration en ce sens

 

Assure une disponibilité et une présence pour l’enseignement catéchétique, théologique, spirituel auprès des jeunes et des adultes

 

Apporte son aide à l’évaluation des célébrations liturgiques

 

 

Rôle d’administration :

Voit à la bonne tenue des registres

Est vigilante dans l’administration du budget paroissial

Fait parvenir à qui de droit les différentes informations émanant de l’Évêché et des services diocésains

Voit à la préparation des ordres du jour et aux convocations des différents conseils : Conseil de pastorale, Assemblée de Fabrique, etc.

Collabore avec les différents responsables diocésains sur les aspects qui concernent la pastorale d’ensemble, la Chancellerie, les Finances, les Ressources Humaines, etc.

 

Membre de l’équipe pastorale :

S’intéresse à toute la vie de la communauté

Participe aux rencontres régulières de l’équipe pastorale de la communauté et aux diverses réunions de la zone pastorale ainsi qu’aux journées pastorales

Participe, dans la mesure de ses disponibilités, aux réunions du Conseil paroissial de pastorale (C.P.P.)

Idem pour le Conseil de Fabrique dont il est membre d’office

Apporte sa collaboration à la formation d’une relève, responsable de la communauté

Apporte un soutien spirituel aux agents de pastorale et aux bénévoles de la communauté

Collabore à l’évaluation des activités pastorales

 

Outre ce partage de la charge pastorale entre responsable de paroisse et prêtre de la communauté, d’autres agents et agentes laïques participent également à la mission de l’Église dans cette paroisse. En fait, c’est toute une équipe pastorale qui assume cette responsabilité en partenariat, avec des rôles et des mandats différents et complémentaires.

Les défis

Les divers défis de la personne responsable de paroisse sont de deux ordres, ceux de la signification et ceux de la gestion.

Au niveau du sens, ce ministère rappelle aux membres de la communauté leur vocation de baptisés de louer le Seigneur, d’annoncer l’Évangile et de travailler à la construction d’un monde plus conforme au projet de Dieu. Il témoigne également du fait que cette responsabilité n’est pas limitée aux ministres ordonnées et que des femmes peuvent aussi occuper des postes de responsabilités en Église. Il rappelle également que la mission de l’Église est collective et que chaque croyant, croyante y a un rôle à jouer. Par le fait même, il interpelle à l’engagement et peut susciter d’autres vocations.

Au niveau de la gestion, le principal et premier défi, à mon avis, c’est de faire équipe. Travailler avec un prêtre de communauté comme responsable de paroisse c’est presque former un couple. Cela exige que nous soyons sur une même longueur d’ondes, que nous portions une vision semblable de la mission de l’Église et que nous soyons capables d’ouverture, de dialogue et de partage des responsabilités. Capables d’interpeller et de se laisser interpellés. Capables d’excuses et de pardon aussi. Ce qui n’est pas toujours évident car, contrairement à un couple, nous ne nous sommes pas beaucoup fréquentés, sauf dans des réunions de zone ou des journées pastorales. Mon conjoint et moi célébrons cette année notre 45e anniversaire de mariage. Nous nous sommes fréquentés durant 3 ans avant de célébrer cet engagement, ce qui nous a permis de nous connaître vraiment et d’établir les bases solides de cette union.  Cet apprivoisement n’est pas toujours possible en Église, ni entre la personne responsable de paroisse et le prêtre de la communauté, ni avec les autres intervenants en pastorale et les bénévoles. En général, les jumelages se passent  plutôt bien parce que les membres du Bureau de l’évêque responsables des nominations connaissent assez bien les intervenants pastoraux pour associer des personnes qui sauront travailler ensemble. Cela important puisque responsable de paroisse et prêtre de communauté doivent être signes d’unité et de communion pour la communauté.

Dans les débuts de ces nouveaux aménagements pastoraux, le défi était de faire comprendre aux paroissiens et paroissiennes que la responsabilité de paroisse était assumée par une laïque et non par le prêtre de communauté parce qu’il n’était pas le curé. À chaque nouveau mandat, plusieurs paroissiens et paroissiennes attendaient toujours un curé. Les prêtres aussi ont dû s’ajuster à cette nouvelle façon de faire. Si certains s’en réjouissaient, d’autres avaient de la difficulté à léguer certaines responsabilités. Mais avec le temps, c’est maintenant chose acquise. Heureusement, j’ai eu la chance de travailler avec quelques prêtres qui savaient orienter les demandes vers les bonnes personnes, responsable de paroisse ou agentes laïques responsables de dossiers.

Un défi important pour une équipe pastorale consiste à ne pas se substituer au Conseil paroissial de pastorale ou à d’autres comités. Cela peut arriver lorsqu’une équipe pastorale très dynamique souhaite aller plus vite dans l’élaboration de projets. Il importe de ne pas imposer ses vues et de respecter le rythme de la communauté, de susciter la prise en charge de la communauté par la communauté elle-même. La paroisse, ce n’est pas la responsable de la paroisse, ni le prêtre, ni l’équipe de pastorale. Toutes ces personnes ne sont que de passage. La paroisse, ce sont les croyants et croyantes qui y vivent.     

Je ne peux passer sous silence les défis du financement et des choix à faire entre l’entretien des bâtisses et le budget alloué à la pastorale. Je peux dire que j’ai connu les deux et que c’est plus dynamisant de travailler dans une paroisse où la pastorale est favorisée, ce qui était le cas lors des cinq dernières années où près de 80% du budget était alloué au service pastoral. Devant les besoins grandissants et la diminution des contributions, cette paroisse, à l’instar de plusieurs autres paroisses du diocèse de Saint-Jérôme,  a vendu l’église à la ville, avec possibilité de l’utiliser pour les besoins liturgiques et pastoraux,  afin de pouvoir assurer adéquatement le service pastoral.

Il y a aussi le défi du recrutement des bénévoles auquel il faut faire face, surtout lors du changement de personnel dans une paroisse, et celui de la prise en charge de la communauté par la communauté elle-même. Pour cela, il ne faut pas que les personnes bénévoles soient considérées comme de simples exécutantes des décisions de l’équipe pastorale, mais qu’elles aient leur mot à dire dans les décisions et les modes d’application. Que la responsabilité qui leur est confiée soit une véritable responsabilité qui tienne compte de leurs talents et de leurs charismes. Cela suppose de bien définir les tâches, autant pour l’équipe pastorale que pour les personnes bénévoles afin d’éviter les conflits possible. Cela suppose de faire confiance, de déléguer le plus possible, de valoriser les bonnes actions et de soutenir au besoin.

L’harmonisation des divers besoins des paroissiens et paroissiennes est un autre défi de taille. Susciter l’ouverture et l’acceptation aux différentes manières de rencontrer Dieu n’est pas une mince affaire. Certaines personnes souhaitent que les autres adoptent le même mode de célébration ou de dévotion qu’elles, que ce soit l’adoration dans le silence, la dévotion à Marie, les célébrations traditionnelles, les messes familiales, l’implication des jeunes, les célébrations de la Parole, la place des laïques, etc. L’éducation au respect des cheminements et aux diversités de manières de rencontrer Dieu exige patience et solidarité entre les membres de l’équipe pastorale. Il importe de bien expliquer et de répéter au besoin, profitant de tous les lieux possible pour le faire : homélies, prônes, rencontres de comités,   retraites paroissiales, rencontres individuelles, etc.

Un autre défi important consiste à préparer une relève. Bien que ce soit le Bureau de l’évêque qui décide des nominations, la responsable de paroisse et le prêtre de communauté doivent travailler conjointement à assurer une relève après leur départ et/ou celui de personnes bénévoles. C’est ce que nous avons réalisé, le prêtre de communauté et moi,  lorsque j’ai pris une année sabbatique en 2003. La personne qui m’a succédé est toujours en poste et travaille toujours avec ce prêtre.

Le dernier défi rencontré a été la mise en place d’équipe de secteurs qui a conduit à une restructuration de la vie paroissiale en regroupements de communautés (une communauté de communautés) susceptibles de briser le lien identitaire. Je ne peux malheureusement pas vous en parler beaucoup puisque lorsque j’ai quitté, nous n’étions qu’au début de l’établissement de liens avec une autre communauté mais le regroupement de paroisses n’était pas encore effectif.

À tous ces défis s’ajoute celui du maintien d’un équilibre de vie entre mission pastorale, famille et études. Je crois l’avoir bien relevé.

Bilan

En faisant le bilan de mes dix années comme responsable de paroisse, je dirais qu’il est plutôt positif. Bien sûr, j’ai connu quelques difficultés, par exemple avec un prêtre de communauté nouvellement nommé qui aspirait à devenir curé et qui travaillait en ce sens avec des personnes âgées qui souhaitaient un curé à tout prix.  Une pétition demandant mon départ a même circulé à l’intérieur de la paroisse. Devant la situation, j’ai demandé au Bureau de l’évêque de nous retirer tous les deux de cette communauté afin de ne pas discréditer ni l’un ni  l’autre. Ça a été un passage très difficile car j’aimais beaucoup cette communauté dans laquelle je travaillais depuis un an. Je l’ai vécu dans la foi. Après la mort, il y a toujours une résurrection.

J’ai aussi vécu du harcèlement de la part d’un paroissien qui voulait contrôler tout ce qui concerne l’animation du chant pour les célébrations liturgiques. Son appréciation par les personnes présentes aux célébrations le confortait dans sa domination. Heureusement que l’équipe pastorale et le Conseil de Fabrique m’ont appuyée dans cette situation.

Ces deux expériences négatives mises à part et la gestion de quelques conflits entre bénévoles qui cherchaient à se donner du pouvoir, le reste de mon bilan est très positif. J’ai toujours connu des équipes très dynamiques et avant-gardistes, à ma couleur, des communautés vivantes capables de se laisser interpeller, des bénévoles engagés, solidaires dans la mission.

Grâce à l’ouverture des ministres ordonnés et des agentes de pastorale laïques avec qui j’ai œuvré, grâce aussi aux communautés qui m’ont accueilli comme responsable, et en partenariat avec tous ces gens, j’ai pu proposer du neuf, plus dynamique, parce que pour moi, la foi c’est vivant, et la vie et la foi ne font qu’un. Ainsi, j’ai pu élaborer des célébrations vivantes, qui font sens. C’est très important pour moi de favoriser la rencontre avec Dieu. J’ai co-animé des célébrations du baptême et une retraite paroissiale. J’ai fait régulièrement des homélies qui rejoignaient les gens; j’ai reçu plusieurs témoignages qui le confirment. J’ai initié la mise en place d’un projet d’éducation à la vie chrétienne à partir de la catéchèse biblique symbolique et celle de messes familiales. J’ai présidé des Conseils paroissiaux de pastorale et des Conseils de Fabrique,  des comités de liturgie et d’éveil de la foi des tout-petits. En collaboration avec le Conseil paroissial de pastorale et le Conseil de Fabrique, nous avons vécu, dans un climat de fraternité, un colloque sur les réaménagements pastoraux ainsi que quelques fêtes paroissiales et des lancements pastoraux en début d’année pastorale. Avec le prêtre de la communauté, j’ai co-animé des rencontres de ressourcement : reprise des week-end  bibliques en paroisse, les mardis du Carême à l’occasion du Jubilé de l’an 2000, etc. J’ai même présidé les funérailles d’un bébé mort-né en l’absence de prêtre.

L’ouverture à la différence s’est manifestée par une célébration annuelle avec l’Église Unie située dans une des paroisses. J’ai aussi favorisé l’ouverture à la différence à l’intérieur même de la communauté en intégrant un handicapé intellectuel dans le service d’entretien de l’église et de la sacristie. Celui-ci a participé aux festivités du 75e anniversaire de la paroisse. Il se présentait régulièrement aux célébrations et même s’il dérangeait un peu, sa présence interpellait à l’accueil des plus petits. Des paroissiens m’ont mentionné que ça les avait fait cheminer.

En fait, dans toute cette expérience riche de sens, ma plus grande joie, mon plus grand émerveillement a toujours été de voir l’œuvre de l’Esprit chez les gens, leur découverte de la foi, leur cheminement et leur propre émerveillement de ce qui se passait. Par contre, ma principale difficulté, plutôt ma principale souffrance  a été d’assumer un ministère semblable au ministère ordonné, de m’y sentir appelée, d’en posséder les charismes, d’avoir la formation nécessaire, et de ne pouvoir répondre concrètement à cet appel.

Dans le bilan au niveau diocésain, je trouve que l’ensemble des paroisses a trop misé sur les axes de la célébration, de l’éducation de la foi et de la fraternité. Très peu de paroisses ont embauché une personne responsable de la pastorale sociale : quatre ou cinq je pense. Il faut dire que pour de nombreux Conseils de Fabrique, il fallait ramener les gens à l’église afin d’augmenter le financement.  Les paroisses dans lesquelles j’ai œuvré ont agi dans le même sens.

Vision d’avenir 

En terminant, j’aimerais vous donner ma vision quant à l’avenir de la communauté paroissiale dans le contexte actuel de fermetures de lieux de culte et de manque de ministres ordonnés. Je crois sincèrement que la fermeture de lieux de culte et le manque de ministres ordonnés vont aller en  s’accentuant, du moins sur ce continent. À moins que l’Église fasse un virage à 180º afin d’être une Église dans le monde de ce temps, une Église à l’écoute des souffrances et des angoisses du monde d’aujourd’hui à l’exemple de Jésus sur les routes de Palestine.

D’une part, les récentes positions de l’Église sur des questions humaines importantes ont suscité beaucoup de réactions négatives chez de nombreux croyants et croyants qui en ont assez de cette autorité moralisante qui éloigne de Dieu plutôt que de favoriser sa rencontre.

D’autre part, l’Église du Québec a beaucoup misé jusqu’ici sur les deux axes de la célébration et de l’éducation de la foi, sur sa gérance interne, et pas assez sur les préoccupations du monde. Même si celles-ci sont parfois  abordées lors des  homélies, elles le sont trop peu. Les croyants et croyants n’ont pas de lieux pour en parler.  Je ne veux pas vous scandaliser, mais à mon avis, il y a trop de célébrations et pas assez de rencontres de partage des préoccupations des gens du milieu.

Actuellement, je suis coordonnatrice d’un Centre de femmes et je fais autant, si non plus, de pastorale que lorsque j’œuvrais en paroisse. Mais ce que je fais n’a aucune résonance avec la liturgie ou l’éducation de la foi. À travers l’accueil, l’écoute, l’atelier d’écriture, le tricot-jase, les rencontres interactives sur le pardon (je ne parle pas ici du sacrement mais de la capacité de se pardonner et de pardonner et du cheminement à faire pour y arriver), à travers les ateliers sur l’hyper sexualisation, la violence conjugale, etc., les femmes nous parlent de leurs blessures et de leurs souffrances, de leurs tentatives de suicide, de leurs espoirs, de leur désir d’être aimées pour ce qu’elles sont, de leur désir de vivre, de leurs besoins, Elles découvrent qu’elles valent la peine d’être aimées, qu’elles ont de la valeur et du potentiel. Elles se sentent appréciées. Elles découvrent une famille et cela est très bon et cela leur donne de l’élan. Elles se relèvent et elles avancent vers une libération de ce qui les emprisonnait ou les empoisonnait. Combien de personnes Jésus a-t-il ainsi relevées et libérées en faisant tomber les tabous et les préjugés, en regardant le cœur plutôt que les actes, en dépassant les lois? Il faudrait relire l’Évangile en suivant Jésus sur les routes de Palestine en portant attention au nombre de fois où il se retrouve au Temple ou au milieu de la foule.  Au Centre de femmes,  il nous arrive de parler de Dieu, de foi ou d’Église mais ce sont les femmes qui le font d’abord. De toute façon, elles savent à quelle adresse j’habite.

Je pense que c’est de ce côté que doit s’orienter  la paroisse afin de recréer des liens avec les enfants de Dieu qui lui sont confiés, afin de faire communauté, une communauté à laquelle les gens peuvent s’identifier et dans laquelle ils ne sont pas que des numéros ou des célébrants du dimanche ou d’occasion. La paroisse doit ouvrir ses portes et offrir ses locaux afin de pouvoir rencontrer le monde de son milieu ou qui partage les mêmes préoccupations, les écouter vraiment, partager leurs  préoccupations, leurs souffrances, leurs besoins, leurs espoirs. Après, elle pourra parler de célébrations.

Un des Pères de l’Église, Jean Chrysostome disait « N’honore pas le Corps du Christ ici, dans l’église tandis que tu le laisses dehors souffrir du froid et de manque de vêtements ». Je pense qu’aujourd’hui il dirait « N’honore pas le Corps du Christ ici dans l’église tandis que tu le laisses souffrir d’abandon et de désarroi dans ton quartier ». Les sacrements ne sont pas que célébrations liturgiques. L’Église est sacrement, c’est-à-dire signe de la présence du Christ. Chaque croyant, chaque croyante est sacrement. Chaque être humain est sacrement. Par conséquent,  je peux rencontrer le Christ et communier à son Corps chaque fois que je rencontre et accompagne des personnes qui appellent à l’aide ou qui me supportent lorsque j’ai besoin d’aide.

Il me semble que si j’étais en paroisse aujourd’hui, je proposerais des rencontres d’échanges, des cafés-causeries, des 5 à 7 (surtout pas des catéchèses) sur ce qui se passe dans mon milieu, sur ce qui préoccupe les gens du quartier: le manque de place en garderie, la hausse de la violence, les pertes d’emploi et les problèmes que ça apporte, les différentes cultures, le désœuvrement de nos jeunes, le manque de ressources pour les personnes aînées, etc. Et si je ne le sais pas, je me mettrais à l’écoute, je leur demanderais de me dire, j’organiserais  rencontres remue-méninges pour ‘voir’ d’abord, et chercher des solutions ensuite, quitte à sortir dans les rues et les places publiques. quitte à réduire le nombre de célébrations.  Je proposerais aussi des messes allongées pour les personnes qui veulent et partager et célébrer, et j’encouragerais les groupes de partage, les communautés de base.  Je ferais appel aux expertises du milieu (professionnels ou organismes communautaires) ainsi qu’aux compétences des paroissiens et paroissiennes. Tout cela, parce que la paroisse doit être plurielle  et polyvalente afin de répondre aux aspirations, questionnements et cheminements divers des gens qui la composent.

Je pense que c’est le chemin par où il faut passer pour refaire communauté. On ne se lie pas d’amitié avant de se connaître et on ne participe pas au repas des noces sans y être invité. Et pour être invité, il faut avoir tissé des liens et être reconnu par ceux et celles qui convoquent aux noces.

Enfin, je dirais que la paroisse devrait pouvoir déterminer les ministères en fonction de ses besoins et des charismes qu’elle reconnaît dans ses membres, qu’ils soient hommes ou femmes, mariés ou non. Ce qui signifie qu’elle doit avoir l’audace de les demander et de les redemander à l’Église.   


Saint-Colomban  QC

 

 

 

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