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Bonjour à tous et toutes!
Je suis heureuse d’être avec vous ce matin pour réfléchir à
l’avenir des paroisses et vous partager mon
expérience comme responsable de paroisse dans le
diocèse de Saint-Jérôme pendant une dizaine
d’années. J’ai quitté ce poste depuis août 2003
pour des raisons familiales.
Dans ma présentation, je vais d’abord aborder l’ecclésiologie
qui a justifié cette façon particulière d’animer
les communautés paroissiales dans certains
diocèses du Québec, dont celui de Saint-Jérôme.
Je nommerai ensuite les exigences de ce poste et
je ferai un parallèle entre le mandat du prêtre
de communauté et celui de la responsable de
paroisse afin de bien montrer les rôles et
responsabilités de chacun et le nécessaire
partage harmonieux de cette coresponsabilité. Je
présenterai ensuite les défis ainsi que le
bilan, positif et négatif, de cet engagement. Je
terminerai avec ma vision d’avenir de la
paroisse.
L’ecclésiologie
Le Concile Vatican II a soufflé un grand vent de renouveau
dans l’Église catholique. Depuis ce temps, les
différentes Églises locales n’ont cessé de
réfléchir aux ouvertures possibles proposées par
les textes conciliaires en tenant compte du
contexte social dans lequel elles vivent. Les
deux documents conciliaires sur « L’Église » et
sur « L’Apostolat des laïques » en particulier
ont permis de reconnaître et d’affirmer que la
mission de l’Église est l’affaire de tous les
baptisés. Ce qui a suscité cette ouverture,
c’est un retour aux origines de l’Église et aux
textes bibliques, entre autres celui de saint
Paul en 1 Co 12, 4-6 qui mentionne qu’il y a
« diversité de dons, mais c’est le même Esprit;
diversité de ministères, mais c’est le même
Seigneur; diversités de modes d’action, mais
c’est le même Dieu qui produit tout en tous ».
C’est donc une reconnaissance plus explicite de la
responsabilité des baptisés et aussi le contexte
d’une pénurie de plus en plus grande de
ministres ordonnés qui ont incité les
différents diocèses du Québec, et d’ailleurs
sans doute, à chercher comment répondre à la
mission de l’Église. La solution s’est présentée
d’elle-même en observant les dons et les
charismes des personnes engagées bénévolement
dans divers services ecclésiaux. C’est ainsi que
les ministères des agents et agentes laïques,
avec ses multiples facettes dont celui de
responsable de paroisse, a été institué.
C’est dans ce contexte d’une Église toute entière
ministérielle et communautaire que le diocèse de
Saint-Jérôme a commencé à nommer des
responsables de paroisse laïques au début des
années 90, bien que quelques-unes, très rares,
aient été nommées avant. Cette expérience
d’animation et d’administration des paroisses en
coresponsabilité entre prêtres et responsables
de paroisse voulait montrer comment il est
possible de faire du neuf et de vivre autrement
l’animation et la vitalisation des communautés
chrétiennes. Des expériences intéressantes ont
été vécues et témoignent d’une ecclésiologie qui
affirme la place des laïques et leurs
responsabilités en partenariat avec les
ministres ordonnés.
Exigences de la responsabilité de paroisse
D’entrée de jeu, je vous dirais que la coordination ou la
responsabilité d’une paroisse, ce n’est pas
d’abord une charge, un devoir ou des obligations
que l’on doit remplir. On ne peut la définir
uniquement à partir de tâches spécifiques qui
lui sont réservées. C’est plutôt une mission qui
correspond à celle de la cure d’une paroisse. Ce
n’est pas une responsabilité que l’on s’attribue
soi-même ou que l’on peut exiger, ce n’est pas
un privilège ni un honneur. C’est d’abord et
avant tout une mission qui nous est confiée par
l’évêque du diocèse qui reconnaît en nous les
charismes, les compétences et les qualités
nécessaires pour exercer ce mandat pastoral,
dans un lieu donné du diocèse, pour répondre aux
besoins d’une communauté. Ce n’est donc pas
d’abord un don accordé à une personne en
particulier, mais un don fait à l’Église, je
dirais même que c’est un don que l’on ne peut
garder pour soi. La responsabilité de paroisse
est un ministère qui ne trouve son sens que par
rapport à une communauté et par rapport à
l’ensemble des autres ministères, à l’exemple du
corps humain dont les membres et les organes
fonctionnent en complémentarité. Cela vaut pour
tous les ministères et exige des différents
acteurs qu’ils travaillent en partenariat dans
un véritable esprit de coopération et de
complémentarité en prenant avis les uns des
autres.
La responsabilité de paroisse est un engagement qui demande
une formation théologique universitaire et une
bonne connaissance de l’Église et, si possible,
de son milieu social ainsi qu’une certaine
maturité humaine, dont la conscience de ses
forces et de ses limites. Cela exige aussi la
capacité de maintenir un équilibre dans sa vie.
Ceci dit, cette responsabilité ne demande pas
d’être parfait, si non, personne ne pourrait
l’exercer, moi la première.
Qui dit responsabilité dit aussi pouvoir. Or le pouvoir peut
et doit être partagé et balisé. Cela est vrai
autant dans la société que dans l’Église. À mon
avis, ce qui est premier dans la mission de
responsable de paroisse, c’est la communauté
elle-même et sa rencontre avec le Dieu de
Jésus-Christ. Ce qui signifie que l’on n’est pas
responsable de paroisse ou prêtre de la
communauté pour soi-même, mais pour favoriser la
rencontre entre les personnes qui nous sont
confiées et Dieu. C’est ce principe fondamental
et vital qui doit guider toute notre action.
Les rôles et les responsabilités
Les lettres de nomination de la personne responsable de
paroisse et du prêtre de la communauté
commencent de la même façon :
Par la présente, je vous nomme RESPONSABLE de
la paroisse……….ou PRÊTRE de la communauté
chrétienne à la paroisse……. Cette nomination
vaut pour trois ans, du 1er août
200…. au 31 juillet 200... Elle pourra être
renouvelable. Avec le prêtre de la communauté
(nom) ou avec la responsable de cette paroisse
(nom), vous partagerez la charge pastorale de
cette paroisse.
Nous voyons que le partage de la charge pastorale dans un
partenariat sans équivoque est nommé dès le
départ. Jetons maintenant un coup d’œil aux
différentes responsabilités afin de comprendre
comment ce partage s’effectue.
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Laïque RESPONSABLE de la paroisse
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PRÊTRE de la communauté
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Assume des fonctions d’animation, de coordination et
d’administration.
Travaille en étroite collaboration avec le PRÊTRE de la
communauté nommé par l’évêque pour
assurer prioritairement le ministère
sacramentel et le ministère de la
Parole. |
Cette désignation met en évidence sa présence essentielle à
la vie d’une communauté chrétienne.
Partage conjointement avec le responsable laïque la charge
pastorale de la paroisse. |
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Rôle d’animation spirituelle :
Se préoccupe de créer au sein de la communauté et de
l’équipe pastorale un climat de
fraternité et de communion
Articule l’animation de la communauté et des différents
groupes autour des quatre axes de la
mission
Situe le rôle du prêtre de la communauté auprès de tous les
paroissiens et facilite son
intégration la plus large et la plus
profonde possible à l’ensemble de la
vie de la communauté
Favorise l’unité de la communauté par des attitudes
d’écoute et de conciliation |
Ministre des sacrements :
Assure la présidence de l’Eucharistie et des autres
célébrations sacramentelles de la
communauté
Se rend disponible pour la célébration individuelle du
sacrement du Pardon
S’assure de la collaboration des autres agents de pastorale
dans la préparation des célébrations
sacramentelles et non sacramentelles
et dans la préparation des temps
forts de l’année liturgique |
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Rôle de coordination :
Aide les différents intervenants à travailler ensemble à la
réalisation de la mission
Établit un plan de pastorale d’ensemble pour la communauté
avec les différents agents pastoraux
Suscite la prise en charge et le sens des responsabilités
chez les divers agents pastoraux
Assure une bonne définition des tâches et une répartition
des différentes responsabilités
Met en place des mécanismes d’information, de consultation
et d’évaluation
Favorise l’ouverture aux autres communautés chrétiennes et
la participation aux différentes
rencontres de zone et aux journées
diocésaines |
Ministre de la Parole :
Assure l’homélie de façon générale. Plusieurs membres de
l’équipe pastorale sont appelés à
proclamer la Parole de Dieu; il voit
alors à ce que ce soit bien fait et
offre sa collaboration en ce sens
Assure une disponibilité et une présence pour
l’enseignement catéchétique,
théologique, spirituel auprès des
jeunes et des adultes
Apporte son aide à l’évaluation des célébrations
liturgiques
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Rôle d’administration :
Voit à la bonne tenue des registres
Est vigilante dans l’administration du budget paroissial
Fait parvenir à qui de droit les différentes informations
émanant de l’Évêché et des services
diocésains
Voit à la préparation des ordres du jour et aux
convocations des différents
conseils : Conseil de pastorale,
Assemblée de Fabrique, etc.
Collabore avec les différents responsables diocésains sur
les aspects qui concernent la
pastorale d’ensemble, la
Chancellerie, les Finances, les
Ressources Humaines, etc. |
Membre de l’équipe pastorale :
S’intéresse à toute la vie de la communauté
Participe aux rencontres régulières de l’équipe pastorale
de la communauté et aux diverses
réunions de la zone pastorale ainsi
qu’aux journées pastorales
Participe, dans la mesure de ses disponibilités, aux
réunions du Conseil paroissial de
pastorale (C.P.P.)
Idem pour le Conseil de Fabrique dont il est membre
d’office
Apporte sa collaboration à la formation d’une relève,
responsable de la communauté
Apporte un soutien spirituel aux agents de pastorale et aux
bénévoles de la communauté
Collabore à l’évaluation des activités pastorales |
Outre ce partage de la charge pastorale entre responsable de
paroisse et prêtre de la communauté, d’autres
agents et agentes laïques participent également
à la mission de l’Église dans cette paroisse. En
fait, c’est toute une équipe pastorale qui
assume cette responsabilité en partenariat, avec
des rôles et des mandats différents et
complémentaires.
Les défis
Les divers défis de la personne responsable de paroisse sont
de deux ordres, ceux de la signification et ceux
de la gestion.
Au niveau du sens, ce ministère rappelle aux membres de la
communauté leur vocation de baptisés de louer le
Seigneur, d’annoncer l’Évangile et de travailler
à la construction d’un monde plus conforme au
projet de Dieu. Il témoigne également du fait
que cette responsabilité n’est pas limitée aux
ministres ordonnées et que des femmes peuvent
aussi occuper des postes de responsabilités en
Église. Il rappelle également que la mission de
l’Église est collective et que chaque croyant,
croyante y a un rôle à jouer. Par le fait même,
il interpelle à l’engagement et peut susciter
d’autres vocations.
Au niveau de la gestion, le principal et premier défi, à mon
avis, c’est de faire équipe. Travailler avec un
prêtre de communauté comme responsable de
paroisse c’est presque former un couple. Cela
exige que nous soyons sur une même longueur
d’ondes, que nous portions une vision semblable
de la mission de l’Église et que nous soyons
capables d’ouverture, de dialogue et de partage
des responsabilités. Capables d’interpeller et
de se laisser interpellés. Capables d’excuses et
de pardon aussi. Ce qui n’est pas toujours
évident car, contrairement à un couple, nous ne
nous sommes pas beaucoup fréquentés, sauf dans
des réunions de zone ou des journées pastorales.
Mon conjoint et moi célébrons cette année notre
45e anniversaire de mariage. Nous nous sommes
fréquentés durant 3 ans avant de célébrer cet
engagement, ce qui nous a permis de nous
connaître vraiment et d’établir les bases
solides de cette union. Cet apprivoisement
n’est pas toujours possible en Église, ni entre
la personne responsable de paroisse et le prêtre
de la communauté, ni avec les autres
intervenants en pastorale et les bénévoles. En
général, les jumelages se passent plutôt bien
parce que les membres du Bureau de l’évêque
responsables des nominations connaissent assez
bien les intervenants pastoraux pour associer
des personnes qui sauront travailler ensemble.
Cela important puisque responsable de paroisse
et prêtre de communauté doivent être signes
d’unité et de communion pour la communauté.
Dans les débuts de ces nouveaux aménagements pastoraux, le
défi était de faire comprendre aux paroissiens
et paroissiennes que la responsabilité de
paroisse était assumée par une laïque et non par
le prêtre de communauté parce qu’il n’était pas
le curé. À chaque nouveau mandat, plusieurs
paroissiens et paroissiennes attendaient
toujours un curé. Les prêtres aussi ont dû
s’ajuster à cette nouvelle façon de faire. Si
certains s’en réjouissaient, d’autres avaient de
la difficulté à léguer certaines
responsabilités. Mais avec le temps, c’est
maintenant chose acquise. Heureusement, j’ai eu
la chance de travailler avec quelques prêtres
qui savaient orienter les demandes vers les
bonnes personnes, responsable de paroisse ou
agentes laïques responsables de dossiers.
Un défi important pour une équipe pastorale consiste à ne pas
se substituer au Conseil paroissial de pastorale
ou à d’autres comités. Cela peut arriver
lorsqu’une équipe pastorale très dynamique
souhaite aller plus vite dans l’élaboration de
projets. Il importe de ne pas imposer ses vues
et de respecter le rythme de la communauté, de
susciter la prise en charge de la communauté par
la communauté elle-même. La paroisse, ce n’est
pas la responsable de la paroisse, ni le prêtre,
ni l’équipe de pastorale. Toutes ces personnes
ne sont que de passage. La paroisse, ce sont les
croyants et croyantes qui y vivent.
Je ne peux passer sous silence les défis du financement et
des choix à faire entre l’entretien des bâtisses
et le budget alloué à la pastorale. Je peux dire
que j’ai connu les deux et que c’est plus
dynamisant de travailler dans une paroisse où la
pastorale est favorisée, ce qui était le cas
lors des cinq dernières années où près de 80% du
budget était alloué au service pastoral. Devant
les besoins grandissants et la diminution des
contributions, cette paroisse, à l’instar de
plusieurs autres paroisses du diocèse de
Saint-Jérôme, a vendu l’église à la ville, avec
possibilité de l’utiliser pour les besoins
liturgiques et pastoraux, afin de pouvoir
assurer adéquatement le service pastoral.
Il y a aussi le défi du recrutement des bénévoles auquel il
faut faire face, surtout lors du changement de
personnel dans une paroisse, et celui de la
prise en charge de la communauté par la
communauté elle-même. Pour cela, il ne faut pas
que les personnes bénévoles soient considérées
comme de simples exécutantes des décisions de
l’équipe pastorale, mais qu’elles aient leur mot
à dire dans les décisions et les modes
d’application. Que la responsabilité qui leur
est confiée soit une véritable responsabilité
qui tienne compte de leurs talents et de leurs
charismes. Cela suppose de bien définir les
tâches, autant pour l’équipe pastorale que pour
les personnes bénévoles afin d’éviter les
conflits possible. Cela suppose de faire
confiance, de déléguer le plus possible, de
valoriser les bonnes actions et de soutenir au
besoin.
L’harmonisation des divers besoins des paroissiens et
paroissiennes est un autre défi de taille.
Susciter l’ouverture et l’acceptation aux
différentes manières de rencontrer Dieu n’est
pas une mince affaire. Certaines personnes
souhaitent que les autres adoptent le même mode
de célébration ou de dévotion qu’elles, que ce
soit l’adoration dans le silence, la dévotion à
Marie, les célébrations traditionnelles, les
messes familiales, l’implication des jeunes, les
célébrations de la Parole, la place des laïques,
etc. L’éducation au respect des cheminements et
aux diversités de manières de rencontrer Dieu
exige patience et solidarité entre les membres
de l’équipe pastorale. Il importe de bien
expliquer et de répéter au besoin, profitant de
tous les lieux possible pour le faire :
homélies, prônes, rencontres de comités,
retraites paroissiales, rencontres
individuelles, etc.
Un autre défi important consiste à préparer une relève. Bien
que ce soit le Bureau de l’évêque qui décide des
nominations, la responsable de paroisse et le
prêtre de communauté doivent travailler
conjointement à assurer une relève après leur
départ et/ou celui de personnes bénévoles. C’est
ce que nous avons réalisé, le prêtre de
communauté et moi, lorsque j’ai pris une année
sabbatique en 2003. La personne qui m’a succédé
est toujours en poste et travaille toujours avec
ce prêtre.
Le dernier défi rencontré a été la mise en place d’équipe de
secteurs qui a conduit à une restructuration de
la vie paroissiale en regroupements de
communautés (une communauté de communautés)
susceptibles de briser le lien identitaire. Je
ne peux malheureusement pas vous en parler
beaucoup puisque lorsque j’ai quitté, nous
n’étions qu’au début de l’établissement de liens
avec une autre communauté mais le regroupement
de paroisses n’était pas encore effectif.
À tous ces défis s’ajoute celui du maintien d’un équilibre de
vie entre mission pastorale, famille et études.
Je crois l’avoir bien relevé.
Bilan
En faisant le bilan de mes dix années comme responsable de
paroisse, je dirais qu’il est plutôt positif.
Bien sûr, j’ai connu quelques difficultés, par
exemple avec un prêtre de communauté
nouvellement nommé qui aspirait à devenir curé
et qui travaillait en ce sens avec des personnes
âgées qui souhaitaient un curé à tout prix. Une
pétition demandant mon départ a même circulé à
l’intérieur de la paroisse. Devant la situation,
j’ai demandé au Bureau de l’évêque de nous
retirer tous les deux de cette communauté afin
de ne pas discréditer ni l’un ni l’autre. Ça a
été un passage très difficile car j’aimais
beaucoup cette communauté dans laquelle je
travaillais depuis un an. Je l’ai vécu dans
la foi. Après la mort, il y a toujours une
résurrection.
J’ai aussi vécu du harcèlement de la part d’un paroissien qui
voulait contrôler tout ce qui concerne
l’animation du chant pour les célébrations
liturgiques. Son appréciation par les personnes
présentes aux célébrations le confortait dans sa
domination. Heureusement que l’équipe pastorale
et le Conseil de Fabrique m’ont appuyée dans
cette situation.
Ces deux expériences négatives mises à part et la gestion de
quelques conflits entre bénévoles qui
cherchaient à se donner du pouvoir, le reste de
mon bilan est très positif. J’ai toujours connu
des équipes très dynamiques et avant-gardistes,
à ma couleur, des communautés vivantes capables
de se laisser interpeller, des bénévoles
engagés, solidaires dans la mission.
Grâce à l’ouverture des ministres ordonnés et des agentes de
pastorale laïques avec qui j’ai œuvré, grâce
aussi aux communautés qui m’ont accueilli comme
responsable, et en partenariat avec tous ces
gens, j’ai pu proposer du neuf, plus dynamique,
parce que pour moi, la foi c’est vivant, et la
vie et la foi ne font qu’un. Ainsi, j’ai pu
élaborer des célébrations vivantes, qui font
sens. C’est très important pour moi de favoriser
la rencontre avec Dieu. J’ai co-animé des
célébrations du baptême et une retraite
paroissiale. J’ai fait régulièrement des
homélies qui rejoignaient les gens; j’ai reçu
plusieurs témoignages qui le confirment. J’ai
initié la mise en place d’un projet d’éducation
à la vie chrétienne à partir de la catéchèse
biblique symbolique et celle de messes
familiales. J’ai présidé des Conseils
paroissiaux de pastorale et des Conseils de
Fabrique, des comités de liturgie et d’éveil de
la foi des tout-petits. En collaboration avec le
Conseil paroissial de pastorale et le Conseil de
Fabrique, nous avons vécu, dans un climat de
fraternité, un colloque sur les réaménagements
pastoraux ainsi que quelques fêtes paroissiales
et des lancements pastoraux en début d’année
pastorale. Avec le prêtre de la communauté, j’ai
co-animé des rencontres de ressourcement :
reprise des week-end bibliques en paroisse, les
mardis du Carême à l’occasion du Jubilé de l’an
2000, etc. J’ai même présidé les funérailles
d’un bébé mort-né en l’absence de prêtre.
L’ouverture à la différence s’est manifestée par une
célébration annuelle avec l’Église Unie située
dans une des paroisses. J’ai aussi favorisé
l’ouverture à la différence à l’intérieur même
de la communauté en intégrant un handicapé
intellectuel dans le service d’entretien de
l’église et de la sacristie. Celui-ci a
participé aux festivités du 75e anniversaire de
la paroisse. Il se présentait régulièrement aux
célébrations et même s’il dérangeait un peu, sa
présence interpellait à l’accueil des plus
petits. Des paroissiens m’ont mentionné que ça
les avait fait cheminer.
En fait, dans toute cette expérience riche de sens, ma plus
grande joie, mon plus grand émerveillement a
toujours été de voir l’œuvre de l’Esprit chez
les gens, leur découverte de la foi, leur
cheminement et leur propre émerveillement de ce
qui se passait. Par contre, ma principale
difficulté, plutôt ma principale souffrance a
été d’assumer un ministère semblable au
ministère ordonné, de m’y sentir appelée, d’en
posséder les charismes, d’avoir la formation
nécessaire, et de ne pouvoir répondre
concrètement à cet appel.
Dans le bilan au niveau diocésain, je trouve que l’ensemble
des paroisses a trop misé sur les axes de la
célébration, de l’éducation de la foi et de la
fraternité. Très peu de paroisses ont embauché
une personne responsable de la pastorale
sociale : quatre ou cinq je pense. Il faut dire
que pour de nombreux Conseils de Fabrique, il
fallait ramener les gens à l’église afin
d’augmenter le financement. Les paroisses dans
lesquelles j’ai œuvré ont agi dans le même sens.
Vision d’avenir
En terminant, j’aimerais vous donner ma vision quant à
l’avenir de la communauté paroissiale dans le
contexte actuel de fermetures de lieux de culte
et de manque de ministres ordonnés. Je crois
sincèrement que la fermeture de lieux de culte
et le manque de ministres ordonnés vont aller
en s’accentuant, du moins sur ce continent. À
moins que l’Église fasse un virage à 180º afin
d’être une Église dans le monde de ce temps, une
Église à l’écoute des souffrances et des
angoisses du monde d’aujourd’hui à l’exemple de
Jésus sur les routes de Palestine.
D’une part, les récentes positions de l’Église sur des
questions humaines importantes ont suscité
beaucoup de réactions négatives chez de nombreux
croyants et croyants qui en ont assez de cette
autorité moralisante qui éloigne de Dieu plutôt
que de favoriser sa rencontre.
D’autre part, l’Église du Québec a beaucoup misé jusqu’ici
sur les deux axes de la célébration et de
l’éducation de la foi, sur sa gérance interne,
et pas assez sur les préoccupations du monde.
Même si celles-ci sont parfois abordées lors
des homélies, elles le sont trop peu. Les
croyants et croyants n’ont pas de lieux pour en
parler. Je ne veux pas vous scandaliser, mais à
mon avis, il y a trop de célébrations et pas
assez de rencontres de partage des
préoccupations des gens du milieu.
Actuellement, je suis coordonnatrice d’un Centre de femmes et
je fais autant, si non plus, de pastorale que
lorsque j’œuvrais en paroisse. Mais ce que je
fais n’a aucune résonance avec la liturgie ou
l’éducation de la foi. À travers l’accueil,
l’écoute, l’atelier d’écriture, le tricot-jase,
les rencontres interactives sur le pardon (je ne
parle pas ici du sacrement mais de la capacité
de se pardonner et de pardonner et du
cheminement à faire pour y arriver), à travers
les ateliers sur l’hyper sexualisation, la
violence conjugale, etc., les femmes nous
parlent de leurs blessures et de leurs
souffrances, de leurs tentatives de suicide, de
leurs espoirs, de leur désir d’être aimées pour
ce qu’elles sont, de leur désir de vivre, de
leurs besoins, Elles découvrent qu’elles valent
la peine d’être aimées, qu’elles ont de la
valeur et du potentiel. Elles se sentent
appréciées. Elles découvrent une famille et cela
est très bon et cela leur donne de l’élan. Elles
se relèvent et elles avancent vers une
libération de ce qui les emprisonnait ou les
empoisonnait. Combien de personnes Jésus a-t-il
ainsi relevées et libérées en faisant tomber les
tabous et les préjugés, en regardant le cœur
plutôt que les actes, en dépassant les lois? Il
faudrait relire l’Évangile en suivant Jésus sur
les routes de Palestine en portant attention au
nombre de fois où il se retrouve au Temple ou au
milieu de la foule. Au Centre de femmes, il
nous arrive de parler de Dieu, de foi ou
d’Église mais ce sont les femmes qui le font
d’abord. De toute façon, elles savent à quelle
adresse j’habite.
Je pense que c’est de ce côté que doit s’orienter la
paroisse afin de recréer des liens avec les
enfants de Dieu qui lui sont confiés, afin de
faire communauté, une communauté à laquelle les
gens peuvent s’identifier et dans laquelle ils
ne sont pas que des numéros ou des célébrants du
dimanche ou d’occasion. La paroisse doit ouvrir
ses portes et offrir ses locaux afin de pouvoir
rencontrer le monde de son milieu ou qui partage
les mêmes préoccupations, les écouter vraiment,
partager leurs préoccupations, leurs
souffrances, leurs besoins, leurs espoirs.
Après, elle pourra parler de célébrations.
Un des Pères de l’Église, Jean Chrysostome disait « N’honore
pas le Corps du Christ ici, dans l’église tandis
que tu le laisses dehors souffrir du froid et de
manque de vêtements ». Je pense qu’aujourd’hui
il dirait « N’honore pas le Corps du Christ ici
dans l’église tandis que tu le laisses souffrir
d’abandon et de désarroi dans ton quartier ».
Les sacrements ne sont pas que célébrations
liturgiques. L’Église est sacrement,
c’est-à-dire signe de la présence du Christ.
Chaque croyant, chaque croyante est sacrement.
Chaque être humain est sacrement. Par
conséquent, je peux rencontrer le Christ et
communier à son Corps chaque fois que je
rencontre et accompagne des personnes qui
appellent à l’aide ou qui me supportent lorsque
j’ai besoin d’aide.
Il me semble que si j’étais en paroisse aujourd’hui, je
proposerais des rencontres d’échanges, des
cafés-causeries, des 5 à 7 (surtout pas des
catéchèses) sur ce qui se passe dans mon milieu,
sur ce qui préoccupe les gens du quartier: le
manque de place en garderie, la hausse de la
violence, les pertes d’emploi et les problèmes
que ça apporte, les différentes cultures, le
désœuvrement de nos jeunes, le manque de
ressources pour les personnes aînées, etc. Et si
je ne le sais pas, je me mettrais à l’écoute, je
leur demanderais de me dire, j’organiserais
rencontres remue-méninges pour ‘voir’ d’abord,
et chercher des solutions ensuite, quitte à
sortir dans les rues et les places publiques.
quitte à réduire le nombre de célébrations. Je
proposerais aussi des messes allongées pour les
personnes qui veulent et partager et célébrer,
et j’encouragerais les groupes de partage, les
communautés de base. Je ferais appel aux
expertises du milieu (professionnels ou
organismes communautaires) ainsi qu’aux
compétences des paroissiens et paroissiennes.
Tout cela, parce que la paroisse doit être
plurielle et polyvalente afin de répondre aux
aspirations, questionnements et cheminements
divers des gens qui la composent.
Je pense que c’est le chemin par où il faut passer pour
refaire communauté. On ne se lie pas d’amitié
avant de se connaître et on ne participe pas au
repas des noces sans y être invité. Et pour être
invité, il faut avoir tissé des liens et être
reconnu par ceux et celles qui convoquent aux
noces.
Enfin, je dirais que la paroisse devrait pouvoir déterminer
les ministères en fonction de ses besoins et des
charismes qu’elle reconnaît dans ses membres,
qu’ils soient hommes ou femmes, mariés ou non.
Ce qui signifie qu’elle doit avoir l’audace de
les demander et de les redemander à l’Église.
Saint-Colomban QC
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