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1. Le vocabulaire «pluralisme de droit» et «pluralisme de
principe» n’est peut-être pas le plus adéquat.
La formule « pluralisme de principe » se trouve
chez Claude Geffré (Revue théologique de
Louvain, 2000, n.1, p. 15), mais elle me semble y
signifier «pluralisme de fait quasi insurmontable».
Geffré aurait raison de protester pour dire que
les erreurs qu’on en déduit au n. 4 ne vont pas
de soi; particulièrement dans son cas, car il
n’affirme rien du genre.
2. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le texte n’est
pas très hésitant quand il s’agit de parler du
caractère complet de la révélation divine.
Quelques phrases seraient difficilement défendables,
même du seul point de vue de saint Thomas d’Aquin
qui avait une si vive conscience du caractère
indicible du mystère de Dieu. Il y a, de ce point
de vue, certaines formulations peu heureuses, v.g.
aux nn. 4 et 5. Il sera toujours délicat de
parler d’une révélation complète ou de plénitude
de la vérité. Bien sûr, la «Révélation» est
terminée en Jésus-Christ. Mais le mystère de
Dieu est-il épuisé pour autant et accède-t-on
à toutes les vérités? Ne faudrait-il pas
nuancer l’interprétation ou l’utilisation des
propos de Jean 16, 13? Ces propos éliminent-ils
toute incertitude? Les chrétiens savent-ils tout?
Savent-ils tout de Dieu?
3. Cette déclaration ne va pas très loin dans
l’affirmation que nous aurions des choses à
apprendre des autres religions. Est-ce justifié?
Doit-on concevoir ce qu’il y a de bon dans les
autres religions uniquement comme «préparation»
à la foi chrétienne? Nous empruntons à la
philosophie depuis les débuts de l’Église. Ne
peut-on penser qu’on peut emprunter aussi à la
sagesse des autres religions? De ce point de vue,
la déclaration paraît un peu mesquine.
4. On semble assez hésitant à affirmer que les non-chrétiens
peuvent se sauver à travers leur foi et par le
biais de leurs rites. Cette position est largement
en retrait d’une pensée aussi prudente que
celle de Gustave Thils (Voir Primauté et
infaillibilité du Pontife romain à Vatican I, suivi
de Études et compléments, Leuven
University Press, 1989, p. 373-404). Je suis un
peu scandalisé que la Déclaration ait ressuscité
dans ce cadre la théorie des grâces obtenues ex
opere operato?
5. La manière de vouloir bien distinguer la foi théologale
et la croyance des autres religions
paraîtra certainement odieuse à ceux avec qui on
veut dialoguer. Notre foi n’est-elle pas
humaine, elle aussi, d’un certain point de vue?
Échappe-t-elle à toutes les contingences de
l’histoire? Tout, dans l’A.T. et même dans le
Nouveau, est-il d’égale valeur? L’A.T. ne
contient-il pas des erreurs concernant l’idée
qu’on peut se faire de Dieu, comme l’a si
fortement souligné Simone Weil?
6. La déclaration a raison de souligner la dimension
universelle de la Rédemption opérée par le
Christ. Mais peut-on établir un parallèle entre
le rôle de Jésus et celui de l’Église, comme
on le fait dans le titre du document romain?
Convient-il d’assimiler plus ou moins les deux
comme on le fait? Sommes-nous devant le même
registre de certitudes? La médiation de Jésus
est une chose, la médiation de l’Eglise n’en
est-elle pas une autre? Ces deux médiations
sont-elles également fondées dans l’Écriture?
Ne reste-t-on pas encore trop subjugué par la
formule «Extra Ecclesiam nulla salus»? Le sens
de celle-ci n’a-t-il pas évolué beaucoup au
cours de l’histoire, signifiant souvent le
contraire de ce qu’on lui fait dire
aujourd’hui? N’a-t-on pas besoin de plus
d’honnêteté intellectuelle en regard de cette
formule? Et celle-ci est-elle aujourd’hui présentable
au chrétien ordinaire?
7. Le document a raison de mettre en garde contre la
tentation de ne concevoir Jésus que comme l’un
des multiples visages que prendrait le Logos au
cours des siècles. Bien traité, ce thème aurait
suffi pour faire l’objet d’une déclaration
opportune.
8. Le document ne recule pas devant la tentation de prétendre
que la situation des chrétiens et surtout des
catholiques serait plus favorable pour «faire son
salut». Il me semble que c’est là une position
difficile à défendre et que beaucoup de théologiens
ont abandonnée avec raison depuis un bon moment.
Il est en effet difficile de trancher une telle
question. Sur quoi se baserait-on? Quoi qu’il en
soit, les mots «grave indigence» du n. 22 de la
déclaration est tout à fait regrettable, comme
on se plaît à le souligner.
9. La déclaration du n. 22 à l’effet que «le salut se
trouve dans la vérité» fait sursauter. On peut
se demander si elle est vraiment évangélique.
L’Évangile ne nous clame-t-il pas que le salut
est dans la charité, comme le montrent les propos
de Jésus sur le jugement dernier (Mt 25, 31-46) ?
10. La manière dont le document nie le statut d’Église
aux autres dénominations chrétiennes est odieuse
et elle l’est fort inutilement. Elle est
particulièrement odieuse pour l’Église
anglicane à cause de l’affirmation que pour être
une vraie Église («au sens propre») une
communauté chrétienne doit avoir des ordinations
valides. On se rappelle qu’un document récent
du cardinal Ratzinger affirmait non seulement que
les ordinations anglicanes sont invalides, comme
l’écrivait Léon XIII, mais qu’il s’agit là
d’un jugement «définitif» de l’Église.
(Cf. «Note doctrinale illustrant la formule
conclusive de la Professio fidei»
accompagnant la Lettre apostolique Ad tuendam
fidem). Ce qui oblige à se demander si l’on
est conscient à Rome de ce qu’on écrit.
Pour tout dire, ce document est passablement bâclé. Bien
qu’il rappelle certains éléments de prudence
élémentaire, on peut estimer qu’il fera plus
de mal que de bien, même chez les catholiques. Il
ne peut guère être utile pour les aider à
situer leur foi et à se situer eux-mêmes dans
l’univers du pluralisme religieux. Il montre peu
d’ouverture aux exigences de respect nécessaires
à tout dialogue. Il est impossible de penser
qu’il puisse être favorablement accueilli par
les non-chrétiens et encore moins par nos frères
chrétiens d’autres confessions.
Il est bien difficile de penser que ce document se situe dans
le prolongement de l’esprit et parfois même de
la lettre de Vatican II. Pendant le dernier
concile, le cardinal Bea, le Secrétariat pour
l’unité chrétienne et le Concile lui-même
n’auraient jamais laissé passer un tel document
sans demander moult corrections.
le 11 septembre 2000
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