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Tout
au long des siècles, la théologie catholique a
porté une question lancinante :
ceux qui ne sont pas membres de l’Église
du Christ par le baptême peuvent-ils être sauvés?
Et comment? Les théologiens étaient aux prises
avec les interprétations plus ou moins rigides du
fameux adage : « Hors de l’Église,
pas de salut!»
Avec
les années 50 et surtout depuis Vatican II, la
problématique a beaucoup évolué le Concile a
ouvert des portes en affirmant très fort les
possibilités de salut pour tout être humain :
même s’il n’est pas baptisé, même s’il ne
fait pas officiellement partie de l’Église, il
est travaillé par l’Esprit de Dieu.
D’un
autre côté, on est passé de l’interrogation
sur le salut individuel à des interrogations sur
le rôle de Dieu, de l’Esprit, du Christ dans
l’Histoire et conséquemment à des
interrogations sur la valeur de salut des
religions non-chrétiennes. Et là on pourrait
dire avec Gregory Baum qu’il y a eu changement
de paradigme.
Alors
que le paradigme ancien – dans lequel se meuvent
encore le cardinal Ratzinger et la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi – voient dans ces
religions une surabondance d’erreurs et « quelques
grains de vérité», le nouveau paradigme leur
fait une place dans le plan de Dieu pour la
transformation spirituelle de l’humanité. On
ira même jusqu’à dire que Dieu peut révéler
à travers elles des dimensions spirituelles qui
manquent au christianisme qui s’est forcément développé
dans une histoire concrète et située...
Une
question théologique plus spéculative concerne
la thèse traditionnelle de la médiation
universelle du Christ. Si les religions non-chrétiennes
ont une valeur de salut pour leurs adeptes, cette
valeur de salut se rattache-t-elle ou non au
Christ et à son Esprit? Dans l’affirmative,
comment expliquer un lien qui existerait antérieurement
à la venue historique de Jésus et hors de toute
rencontre directe avec son message et ses
disciples? La réponse à ce questionnement est évidemment
reliée à la vision qu’on a de la personne de Jésus,
le Christ…
Dans
la problématique contemporaine, les théologiens
des religions, qu’ils soient catholiques ou
protestants, entrent en dialogue. Ils sont aussi
en dialogue avec des théologiens des religions
non-chrétiennes. Le livre de Jacques Dupuis Vers
une théologie chrétienne du pluralisme religieux
en est un exemple remarquable (voir les
<Nouvelles d’Église>). Or l’exigence du
dialogue peut conduire très loin.
Certains
iront jusqu’à mettre totalement et sincèrement
entre parenthèses la valeur de leur propre
religion, de leur propre foi. Ils prendront le
risque d’un départ comme «à neuf» pour mieux
accueillir le cheminement de l’autre. À partir
de là, on est allé parfois jusqu’à distinguer
entre l’action salvifique de Dieu qui s’étend
à toute l’humanité et qui est multiforme, et
l’action salvifique du Christ qui s’exercerait
dans et par les croyants des religions chrétiennes
(voir le pluralisme théocentrique de John Hick).
Ce
fourmillement des recherches en théologie des
religions, cet éclatement des théories ont
provoqué, depuis plusieurs années, un profond
malaise chez le cardinal Ratzinger. Serait-ce le
trahir de dire que, pour lui, le dialogue
interreligieux actuel ne mène qu’au syncrétisme,
au relativisme, alors que la doctrine
traditionnelle est claire et incontestable :
il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et
l’humanité, il n’y a qu’une seule et vraie
Église qui possède la totalité de la vérité
sur Dieu et le Christ, l’Église mère de toutes
les Églises, la Catholique. D’où la
publication du document Dominus Jésus.
D’où le dialogue rendu extrêmement difficile
avec les autres religions, et même avec les
autres confessions chrétiennes. Mais ce ne semble
pas être sa perspective, ni son problème…
Claude
Giasson
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