Culture et Foi > Dossiers > Dominus Jesus > Le contexte

Le contexte (Dominus Jesus)
Claude Giasson

Tout au long des siècles, la théologie catholique a porté une question lancinante :  ceux qui ne sont pas membres de l’Église du Christ par le baptême peuvent-ils être sauvés? Et comment? Les théologiens étaient aux prises avec les interprétations plus ou moins rigides du fameux adage : « Hors de l’Église, pas de salut!»

Avec les années 50 et surtout depuis Vatican II, la problématique a beaucoup évolué le Concile a ouvert des portes en affirmant très fort les possibilités de salut pour tout être humain : même s’il n’est pas baptisé, même s’il ne fait pas officiellement partie de l’Église, il est travaillé par l’Esprit de Dieu.

D’un autre côté, on est passé de l’interrogation sur le salut individuel à des interrogations sur le rôle de Dieu, de l’Esprit, du Christ dans l’Histoire et conséquemment à des interrogations sur la valeur de salut des religions non-chrétiennes. Et là on pourrait dire avec Gregory Baum qu’il y a eu changement de paradigme.

Alors que le paradigme ancien – dans lequel se meuvent encore le cardinal Ratzinger et la Congrégation pour la Doctrine de la Foi – voient dans ces religions une surabondance d’erreurs et « quelques grains de vérité», le nouveau paradigme leur fait une place dans le plan de Dieu pour la transformation spirituelle de l’humanité. On ira même jusqu’à dire que Dieu peut révéler à travers elles des dimensions spirituelles qui manquent au christianisme qui s’est forcément développé dans une histoire concrète et située...

Une question théologique plus spéculative concerne la thèse traditionnelle de la médiation universelle du Christ. Si les religions non-chrétiennes ont une valeur de salut pour leurs adeptes, cette valeur de salut se rattache-t-elle ou non au Christ et à son Esprit? Dans l’affirmative, comment expliquer un lien qui existerait antérieurement à la venue historique de Jésus et hors de toute rencontre directe avec son message et ses disciples? La réponse à ce questionnement est évidemment reliée à la vision qu’on a de la personne de Jésus, le Christ…

Dans la problématique contemporaine, les théologiens des religions, qu’ils soient catholiques ou protestants, entrent en dialogue. Ils sont aussi en dialogue avec des théologiens des religions non-chrétiennes. Le livre de Jacques Dupuis Vers une théologie chrétienne du pluralisme religieux en est un exemple remarquable (voir les <Nouvelles d’Église>). Or l’exigence du dialogue peut conduire très loin.

Certains iront jusqu’à mettre totalement et sincèrement entre parenthèses la valeur de leur propre religion, de leur propre foi. Ils prendront le risque d’un départ comme «à neuf» pour mieux accueillir le cheminement de l’autre. À partir de là, on est allé parfois jusqu’à distinguer entre l’action salvifique de Dieu qui s’étend à toute l’humanité et qui est multiforme, et l’action salvifique du Christ qui s’exercerait dans et par les croyants des religions chrétiennes (voir le pluralisme théocentrique de John Hick).

Ce fourmillement des recherches en théologie des religions, cet éclatement des théories ont provoqué, depuis plusieurs années, un profond malaise chez le cardinal Ratzinger. Serait-ce le trahir de dire que, pour lui, le dialogue interreligieux actuel ne mène qu’au syncrétisme, au relativisme, alors que la doctrine traditionnelle est claire et incontestable : il n’y a qu’un seul médiateur entre Dieu et l’humanité, il n’y a qu’une seule et vraie Église qui possède la totalité de la vérité sur Dieu et le Christ, l’Église mère de toutes les Églises, la Catholique. D’où la publication du document Dominus Jésus. D’où le dialogue rendu extrêmement difficile avec les autres religions, et même avec les autres confessions chrétiennes. Mais ce ne semble pas être sa perspective, ni son problème…

 Claude Giasson

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca