|
Quand je nous vois réunis aujourd’hui pour réfléchir sur
l’action eucharistique et sur la tenue du
Congrès eucharistique international de Québec,
je me dis que rien que pour cette rencontre et
pour toutes celles qui se vivent ici ou là, le
nombre de dossiers, de livres et d’articles
d’inégale valeur et de tendances parfois fort
contrastées, je crois sincèrement que le Congrès
aura été un bon moment pour, je l’espère,
relancer une réflexion critique et favoriser des
prises de conscience.
Du moins en ce que cet événement nous fait nous interroger
encore une fois et porter la question : mais
qu’est-ce donc que l’eucharistie? Quel est son
avenir? Qu’avons-nous fait et que faisons-nous
de la mise en œuvre – la mise en scène – de ce
geste, de ce mémorial, de cette action dans les
différentes communautés? Que faisons-nous
aujourd’hui pour que nos assemblées
eucharistiques deviennent des moments et des
lieux où on éprouve liberté et plaisir à se
retrouver? Quel est l’impact de ce geste dans la
construction de communautés chrétiennes à même
la mémoire de cet homme Jésus et de son désir
d’ouvrir notre humanité? Quel sens peut donc
avoir ce vieux geste, souvent « emmuré » dans un
rituel trop tôt sacralisé, parfois ressuscité
d’une manière étonnante, souvent incompris et
oublié, encore pratiqué?
« Le Congrès eucharistique de Québec : pour ou contre? ».
Telle est la formulation-choc de la publicité
pour inviter à participer à cette journée du
réseau Culture et Foi. M’est venu
immédiatement à l’esprit la formule de
l’émission de Télé-Québec: « Il va y avoir du
sport ». Suis-je pour ou contre le Congrès
eucharistique international de Québec? Je me
pose encore la question. Pour moi, cela n’a plus
tellement d’importance. De toute façon,
l’événement aura lieu. Ce qui me préoccupe le
plus, c’est la question suivante : quelle
intelligence de l’eucharistie, quels enjeux
autour de la pratique eucharistique, va-t-on
ouvrir ou ne pas ouvrir tout au long de ce
Congrès?
Dans son petit livre sur les congrès eucharistiques sous
forme de questions et réponses, à la première
question « qu’est-ce qu’un congrès eucharistique
international », le cardinal Marc Ouellet
répond : le 1er but d’un congrès
eucharistique international est de « rendre un
culte publique et social à Jésus ».
L’eucharistie un culte publique et social à
Jésus, n’y a-t-il pas là déjà une grosse
interrogation? Surtout quand on en fait le 1er
but. Est-ce vraiment cette dimension qui doit
nourrir la symbolique eucharistique? Que porte
comme contenu et vision de l’eucharistie cette
expression? Le 2ème but vise à approfondir la
connaissance de l’eucharistie chez les croyants
et les croyantes; le 3ème but est d’inviter les
congressistes à l’engagement dans la solidarité
(p.5-6). Personnellement, j’aurais au moins
inversé l’énoncé de ces buts.
Cela dit, la tenue de ce Congrès, qui a aussi des allures de
festival, peut avoir du sens, si cet événement
travaille, même dans sa dimension spectaculaire,
à l’intelligence de la pratique de
l’eucharistie. En faire un temps de réflexions,
mais aussi un temps de créativité. Qu’en
sera-t-il? Je n’ose pas croire – mais la réalité
est là – que cet événement pourrait être un
moment prétexte pour restaurer l’ancien
imaginaire religieux ou pour retarder les
transformations structurelles qui s’imposent
dans l’Église. En somme, souligner et donner
crédit à une tendance qui cherche un retour vers
un passé révolu.
Sera-ce un autre de ces moments ou le spectacle occupe toute
la place, où les affirmations sont exprimées
avec force : « Oui, nous existons encore comme
chrétiens: voyez comment venus de bien des coins
de l’univers on se ressemble encore… Voyez
comment l’eucharistie rejoint les gens, surtout
les jeunes (qui seront nombreux à ces
manifestations)… Est-ce que tous se sentiront
invités, et partant reçus, à la table de
l’eucharistie?
La tenue du Congrès eucharistique, qu’on soit d’accord ou
non, constitue un bon exemple de ce qui peut
provoquer à la réflexion, au débat, à la
révision de nos expressions de foi et de sens.
L’intelligence chrétienne d’aujourd’hui exige
une reprise des sources profondes de ce moment
de la foi qu’est l’eucharistie comme mémoire de
cet homme Jésus. Si l’eucharistie est une
ouverture à la transcendance, elle est aussi
ouverture à la mémoire d’un homme qui vécut une
telle implication sociale dans son milieu qu’il
en fut dévoré vivant. Comme on le dit d’une
personne sur qui reposent des attentes
humainement démesurées et qui entend, au risque
de sa vie, les réaliser jusqu’au bout pour que
l’espérance, elle, ne meurt pas. C’est cette
mémoire subversive d’un soir d’un repas partagé
que nous voudrions retrouver. Il a même accepté
de partager le pain et la coupe avec celui qui
allait le trahir.
Et le Congrès là-dedans?
J’ai bien lu le document : L’eucharistie : don de Dieu
pour la vie du monde. Document théologique
de base du Congrès eucharistique international
de Québec, repris dans un document plus facile
d’accès: Le JMJiste en 200 phrases.
J’ai lu avec plaisir et grand intérêt le dossier
intitulé « Eucharistie et société » de la revue
Relations. Aussi le dossier tout récent
du Magazine Présence : « Eucharistie et
solidarité universelle ». Et bien d’autres
publications sur l’eucharistie, parues à
l’occasion de ce Congrès. De tout ce que j’ai
lu, c’est le dossier de Relations qui m’a
paru le mieux inspiré et le plus inspirant.
Toutes les collaborations apportent des points
de vue originaux. Je pense en particulier aux
articles du brésilien Jung Mo Sung intitulé :
« Mémorial ou rite sacré? » La question est
fort bien posée. Je pense à l’article de Raymond
Lemieux et de Jacques Racine « Une identité
ouverte », me faisant penser que la présence
eucharistique devrait être comprise comme une
présence offerte, comme une venue, comme un
ouvert. Enfin, pour notre propos d’aujourd’hui,
l’apport de Jean-Philippe Perreault qui porte
sur le Congrès comme tel : « Mise en
spectacle ». Des réflexions pertinentes, bien
ciblées. On ne joue pas dans une sorte de
théologie abstraite, mais on pose les questions
dans un contexte qui nous rejoint et nous parle,
une ouverture vers une refondation de ce geste.
Quant à moi, je poursuivrai ma réflexion avec vous en trois
temps : 1) La préparation du Congrès; 2)
l’ouverture faite par le Concile Vatican II; 3)
mes souhaits et défis pour la suite. Trois temps
d’une réflexion qui sera quelque peu décousue.
La préparation du Congrès
À lire les documents qui ont servi à la
préparation de ce congrès international, on y
sent une volonté de faire vivre aux croyants un
moment intense de réflexions et d’expressions
vivantes et joyeuses de la foi en l’eucharistie
et sur une pratique signifiante. Je sais toute
l’énergie qu’on a mise et qu’on met à la
préparation de cet événement. Mais à travers les
médias, qui sont puissants on le sait,
l’interrogation persistante soutenue a été
jusqu’à tout récemment de savoir si Benoît XVI
viendrait ou pas. La réponse négative du pape
pourrait faire en sorte que la structure
pyramidale de l’Église en sera peut-être un peu
moins impressionnante. Mais on verra bien à lui
redonner toute sa place, je n’en doute pas. La
venue d’un légat du pape, ce n’est pas rien et
la célébration de l’eucharistie de clôture du
Congrès me fait peur, puisqu’on a toutes les
chances d’avoir une eucharistie de
l’extraordinaire, dans une expérience
d’effervescence de la foule, si loin du
quotidien de la vie, et, si j’oserais dire, de
l’eucharistie.
Parlant toujours de la préparation du Congrès,
je serais curieux de prendre connaissance des
résultats d’un sondage qui serait mené auprès
des chrétiens du diocèse de Québec afin de
savoir qui connaît vraiment le thème ou mieux la
ligne de fond du Congrès : « L’Eucharistie, don
de Dieu pour la vie du monde »? Quand, sur le
programme, je lis que le Colisée de Québec a été
nommé « cité eucharistique » pour le temps du
Congrès, je reste estomaqué. Et quand je regarde
la présentation du document théologique de base
pour le Congrès eucharistique international de
Québec, je demeure sceptique. Non pas que le
choix des thèmes ne soit pas relié à une
théologie qui semble saine : eucharistie don de
Dieu et mémorial de la Pâque du Christ,
l’eucharistie pour la vie du monde,
l’eucharistie et la mission, l’eucharistie au
cœur du monde. Mais comment ces grandes
dimensions énoncées traversent-elles une
pratique signifiante du geste de partage en
mémoire de Lui et de la vie. Je doute… et
j’espère qu’on puisse, à même ces dimensions,
éclairer et rejoindre, pour les renouveler, les
pratiques eucharistiques.
Heureusement, il y aura, précédant ce congrès, la tenue d’un
symposium de théologie sur l’eucharistie. Tant
mieux; c’est nécessaire. Et il y aura
certainement d’excellentes interventions. Je
veux bien croire que le Congrès doit reprendre
les dimensions théologiques centrales, mais de
quel type de catéchèses seront faites ces
rencontres? D’ailleurs – une remarque en passant
–parcourant le programme on est en droit de se
demander où sont les théologiennes et
théologiens ou catéchètes du Québec parmi les
personnes qui vont intervenir lors de ces
journées? Pas tellement de noms. Comment va-t-on
rejoindre l’expérience des croyants et des
croyantes d’ici et d’ailleurs dans ce congrès?
Les conférencier/ères auront-ils à cœur de faire
une théologie contextualisée de l’eucharistie?
Et comment pourront-ils le faire dans un tel
contexte de spectacle?
À l’étape de préparation où nous en sommes, on peut voir que
l’orientation prise est marquée par de grandes
célébrations eucharistiques, mais aussi par des
zones, des lieux, des moments intenses
d’adoration. On ne crée pas seulement des lieux
de silence où la présence discrète peut soutenir
certains dans leur quête et méditation, mais on
risque de faire de l’adoration un véritable
culte, une sacralité. Cela m’inquiète.
Il y a tout ce qu’on remet « à la mode » : saluts du saint
sacrement, heures d’adoration, communion sur la
langue, à genoux. Le pire est que ces attitudes
retrouvées se vivent dans des lieux dits de
formation, comme nos séminaires, en dépit de la
résistance de certains formateurs qui
s’épuiseront ou abdiqueront bientôt. Plusieurs
jeunes se donnent une autoformation en
parallèle, presque en réaction à l’officielle, à
l’aide de vidéos, de ressources des
bibliothèques, avec le soutien des éléments
conservateurs en place.
Je suis porté à penser que l’intelligence chrétienne
d’aujourd’hui exige avant tout une reprise des
sources profondes de ce moment fondateur de
l’expérience de foi en Église, une découverte de
leur originalité pour le temps présent, la
recherche d’une traduction contemporaine de
leurs effets sur la vie quotidienne d’hommes, de
femmes et d’enfants en chair et en os.
L’ouverture apportée par le Concile Vatican II
Je rappellerai la grande affirmation de la Constitution sur
la liturgie : « La liturgie est le sommet auquel
tend l’action de l’Église, en même temps que la
source d’où découle toute sa vertu. » Et
quelques lignes plus loin : « C’est donc de la
liturgie, et principalement de l’eucharistie,
comme d’une source que la grâce découle en
nous… » (n.10).
Pour parler de la liturgie, et plus spécialement de
l’eucharistie, la Constitution sur la liturgie a
utilisé les termes « source » et « sommet ».
Deux termes qui ont été probablement les plus
commentés. Et pour tenter de nous faire
redécouvrir l’eucharistie comme source et
sommet, de grandes images ont été mises de
l’avant par le Concile Vatican II dans sa
Constitution. Celle de l’assemblée qui
est première dans la célébration de
l’eucharistie; celle de la table autour
de laquelle on est invité à partager le pain et
la coupe en mémoire de Lui; celle aussi du
tabernacle qu’on a voulu déplacer de la
table principale pour plus de discrétion,
retrouvant sa fonction première pour les malades
et les mourants.
Voilà où devrait se faire le travail. Si on parle d’assemblée,
on parle de croyants et de croyantes, prêtres et
laïques, qui s’impliquent à leurs manières, qui
« font » l’assemblée, premier lieu de la
présence des membres qui se savent et se
sentent invités, capables de se reconnaître et
de juger, en leur âme et conscience, de leur
propre participation à la table – pas besoin ici
de règles d’exclusions automatiques.
Si on parle de table, c’est pour rendre possible un
véritable geste de partage en mémoire de la vie
et de la mort de Jésus et aussi pour pouvoir
ensemble écouter la Parole, la partager. Cette
table, comme toute table, suppose une dimension
d’intimité de proximité, intimité et proximité
entre nous et avec le Dieu de Jésus. La
symbolique de la table nous renvoie à la qualité
de communion et de présence « réelle » d’abord
autour de la table eucharistique et en même
temps dans le monde, à même la mémoire de Jésus.
Jean-Paul Audet disait qu’il serait souhaitable
de connaître le prénom de baptême de chacun.
Donc, une assemblée à dimension humaine et une
vision inclusive de l’eucharistie et non une
vision exclusive
Une table où le récit, le geste de partager le pain et la
coupe en mémoire de Lui, en mémoire de nous est
un geste qui peut se réaliser. C’est ce geste de
briser le pain qu’il faut redécouvrir pour que
cela exprime comment la vie, notre vie en Église
et en société n’a de sens que dans le partage et
dans la mémoire de cet homme qui est allé au
bout de lui-même. (Et non pas le geste que l’on
fait encore trop souvent d’aller chercher le
pain tout préparé d’avance « avec Jésus
dedans »…)
Au Concile Vatican II, on a donc pris le risque de ré-ouvrir
l‘eucharistie pour en faire une mémoire du
Christ et du monde dans toutes ces dimensions.
On a voulu réhumaniser le geste de
l’eucharistie.
Le Congrès eucharistique aura, comme le disent les documents,
une Statio Orbis, une célébration de
l’Église universelle. C’est ainsi qu’on désigne
la célébration de clôture. Or ce que je sens de
ce Congrès, avec cette insistance sur la
dimension universelle, c’est encore une fois le
risque de saisir l’eucharistie dans sa seule
sacralité mettant la dimension humaine en
retrait. Quelle sera la force parlante du
mémorial ? Qu’est-ce qui va me reconstruire?
Désencercler l’eucharistie et en quelque sorte désacraliser
ce rituel pour le redonner à la vie, à la table
des croyants et des croyantes. L’eucharistie
n’est pas un en-soi. C’est en célébrant que l’on
peut découvrir ce qu’est l’eucharistie, en se
retrouvant autour de la table, lieu de mémoire
et d’apprentissage du geste de partage, lieu
d’humilité, lieu de la non-exclusion où tous
devraient se sentir invités. En somme, retrouver
une convivialité, une intimité, une certaine
proximité dans le geste.
Pendant le Congrès eucharistique, verra-t-on seulement le
geste du partage du pain et de la coupe, le
geste d’un pain ordinaire qui prend sens à même
la célébration : on le partage en mémoire, une
mémoire qui fait que l’humanité du Christ
rencontre notre propre humanité.
L’enjeu de la mémoire. De quoi s’agit-il? D’un souvenir de
cet homme, de cet humain qu’on a dit d’une
manière sans pareil, fils de Dieu; il s’agit de
cette mémoire qui nous rejoint et nous enjoint
de redire et faire à notre façon les gestes de
vie qu’il a voulu faire. Ce souvenir construit
aussi notre avenir.
Mes questions et défis pour la suite
Il s’agit d’un congrès eucharistique international…
N’aurait-il pas été plus pertinent de partir
d’expériences de célébrations eucharistiques
vécues dans divers pays et diverses cultures?
D’observer, de partager ces expériences et d’en
donner une interprétation, tout en comprenant
mieux le repas de la Cène, pour en saisir les
significations aujourd’hui. Une réflexion
théologique contextuelle. Je souhaiterais que
les gestes de ce Congrès soient des gestes de
personnes et de groupes qui partagent autour de
la table, qui aient une action pour aider les
autres qui ont faim, qui ont à reconstruire la
vie.
À bien regarder le programme, on insiste beaucoup au cours de
ce congrès pour promouvoir les lieux et les
moments d’adoration. Lieux et moments que je
respecte par ailleurs. Et comme l’écrit
Jean-Philippe Perreault, cette insistance répond
bien à une individualisation du croire et à la
« chosification de la présence ». Ce Congrès
pourrait amener les gens à redécouvrir le sens
de la présence eucharistique en revisitant
l’imaginaire parfois débridé qu’on a connu et
qui rejoint encore plusieurs – comme la
transsubstantiation qui reste la manière de
certains pour tenter de dire la présence.
Et pourtant, le Concile a été du côté de la discrétion sur ce
plan, pour laisser toute la place à l’assemblée.
Je sens de moins en moins le besoin d’une mise
en spectacle trop forte des rituels de la foi.
Je tiens à ce que la foi nous inspire pour un
travail de refondation du monde et aussi de
l’Église.
Mon souhait est donc que ce Congrès centre sa gestuelle et sa
réflexion sur le sens du partage du pain et de
la coupe en mémoire de Lui, comme une invitation
à nous ouvrir au partage dans la société. Qu’il
suscite des expériences, qu’on en parle, qu’on
discute sur le sens de ces expériences. Ne pas
s’enfermer dans une sacralité religieuse très
individuelle.
Bien sûr, il est difficile, dans un tel événement de ne pas
tomber dans le spectaculaire. C’est un festival,
c’est un congrès. Il y a là un genre littéraire.
Que vont retenir et montrer les médias? Qu’est
qu’ils vont nous laisser comme image comme
souvenir pour demain, pour l’avenir?
Je souhaite qu’on retrouve, qu’on insiste sur l’humanité de
Jésus qui nous révèle un Dieu de proximité. Et
cette révélation se vit et se fait à travers nos
gestes de partage dont celui de l’eucharistie
devrait être le plus significatif. Je souhaite
que cet apprentissage du geste, du regard sur le
monde, d’interventions pour un autre monde,
trouve sa place dans une action de grâce. Au
fond, comment réapprendre à partager le pain? À
faire mémoire du Christ, de toute l’humanité du
Christ.
Je souhaite en plus qu’à la suite du Congrès, on continue la
réflexion autour de cinq défis. Le
premier : présenter l’eucharistie dans cette
dimension de geste humain où Dieu se révèle, et
non comme un objet de culte ou comme un rite
sacré. Jésus n’a pas demandé de lui rendre un
culte – pensons à l’épisode de la Samaritaine
que nous écoutions à la liturgie dimanche
dernier – mais il a invité à refaire ce geste
comme lien à sa vie et à nos vies, un geste de
continuité et d’envoi. Penser et vivre
l’eucharistie dans sa seule dimension de culte
jusqu’à en faire un spectacle, n’est-ce pas
aller dans le sens d’une eucharistie qui en
dénature la dynamique? Geste à profonde portée
sociale, l’eucharistie devrait redevenir un
moment poétique qui recueille et relance la
mémoire de la vie et de la mort de Jésus à même
notre propre qualité de vie.
Le deuxième défi : par-delà la dimension rituelle, retrouver
la dimension testamentaire de l’eucharistie? Ce
testament de toute une vie, qui devient le récit
fondateur qui nous renvoie à nos propres récits
de vie et à nos engagements et nos solidarités
dans la vie.
Un troisième défi : continuer ou reprendre une réflexion
théologique qui approfondirait le vocabulaire
théologique autour de l’eucharistie, sans jamais
quitter l’action et le sens de la pratique
eucharistiques? Tout ce vocabulaire autour de
l’eucharistie qui a fait naître parfois un
imaginaire débridé, ne faudrait-il pas le
critiquer pour retrouver son sens essentiel?
Présence eucharistique, sens du mémorial, et
même un terme comme transsubstantiation qui
semble rejoindre même des générations plus
jeunes.
Un quatrième défi : en tenant compte des valeurs de la
modernité reprendre une réflexion critique
autour de l’adoration eucharistique, ce
phénomène, si vivant chez les jeunes, qui risque
des dérives profondes en regard du sens profond
de l’eucharistie.
Enfin un cinquième défi : interroger encore et encore la
notion de sacerdoce ministériel en retrouvant
l’affirmation du Concile à l’effet que
l’assemblée est première et que c’est elle qui
crée l’espace de la venue en présence. Pour
l’instant, le président, ordonné à ce service,
est perçu comme le seul capable d’ouvrir cette
présence. Il devrait avoir comme rôle de service
celui de veiller à la qualité de la foi et de
l’espérance exprimées. C’est l’assemblée qui
évoque et appelle la mémoire. En somme, porter
la question de l’eucharistie jusqu’au bout d’un
autre monde possible.
Un dernier souhait. Espérons que cet événement hautement
médiatisé ne viendra pas réveiller l’agressivité
chez des croyants et des croyantes distanciés,
qui ne savent plus comment se resituer dans
cette tradition chrétienne. Qu’il soit plutôt
l’occasion, tant dans nos milieux de travail que
dans nos communautés toujours à recréer, de
prendre conscience que cette mémoire est une
mémoire ouverte, la présence eucharistique, une
présence offerte.
Je termine en reprenant le titre d’un livre de prières publié
en 1976 (par Jacques Julien et Claude Perron) :
De souvenir en avenir. J’ose croire que
le Congrès pourra réouvrir, si nécessaire, cette
dynamique du souvenir eucharistique repris au
présent et qui construit l’avenir.
[
RETOUR ]
|