Culture et Foi > Dossiers > Eucharistie > Congrès eucharistique de Quéhec 2008 : pour ou contre ?

Pour ou contre; pour et contre
Guy Lapointe, o.p.


 


Quand je nous vois réunis aujourd’hui pour réfléchir sur l’action eucharistique et sur la tenue du Congrès eucharistique international de Québec, je me dis que rien que pour cette rencontre et pour toutes celles qui se vivent ici ou là, le nombre de dossiers, de livres et d’articles d’inégale valeur et de tendances parfois fort contrastées, je crois sincèrement que le Congrès aura été un bon moment pour, je l’espère, relancer une réflexion critique et favoriser des prises de conscience.

Du moins en ce que cet événement nous fait nous interroger encore une fois et porter la question : mais qu’est-ce donc que l’eucharistie? Quel est son avenir? Qu’avons-nous fait et que faisons-nous de la mise en œuvre – la mise en scène – de ce geste, de ce mémorial, de cette action dans les différentes communautés? Que faisons-nous aujourd’hui pour que nos assemblées eucharistiques deviennent des moments et des lieux où on éprouve liberté et plaisir à se retrouver? Quel est l’impact de ce geste dans la construction de communautés chrétiennes à même la mémoire de cet homme Jésus et de son désir d’ouvrir notre humanité? Quel sens peut donc avoir ce vieux geste, souvent « emmuré » dans un rituel trop tôt sacralisé, parfois ressuscité d’une manière étonnante, souvent incompris et oublié, encore pratiqué?

« Le Congrès eucharistique de Québec : pour ou contre? ». Telle est la formulation-choc de la publicité pour inviter à participer à cette journée du réseau Culture et Foi. M’est venu immédiatement à l’esprit la formule de l’émission de Télé-Québec: « Il va y avoir du sport ». Suis-je pour ou contre le Congrès eucharistique international de Québec? Je me pose encore la question. Pour moi, cela n’a plus tellement d’importance. De toute façon, l’événement aura lieu. Ce qui me préoccupe le plus, c’est la question suivante : quelle intelligence de l’eucharistie, quels enjeux autour de la pratique eucharistique, va-t-on ouvrir ou ne pas ouvrir tout au long de ce Congrès?

Dans son petit livre sur les congrès eucharistiques sous forme de  questions et réponses, à la première question « qu’est-ce qu’un congrès eucharistique international », le cardinal Marc Ouellet répond : le 1er but d’un congrès eucharistique international est de « rendre  un culte publique et social à Jésus ». L’eucharistie un culte publique et social à Jésus, n’y a-t-il pas là déjà une grosse interrogation? Surtout quand on en fait le 1er but. Est-ce vraiment cette dimension qui doit nourrir la symbolique eucharistique? Que porte comme contenu et vision de l’eucharistie cette expression? Le 2ème but vise à approfondir la connaissance de l’eucharistie chez les croyants et les croyantes; le 3ème but est d’inviter les congressistes à l’engagement dans la solidarité (p.5-6). Personnellement, j’aurais au moins inversé l’énoncé de ces buts.

Cela dit, la tenue de ce Congrès, qui a aussi des allures de festival, peut avoir du sens, si cet événement travaille, même dans sa dimension spectaculaire, à l’intelligence de la pratique de l’eucharistie. En faire un temps de réflexions, mais aussi un temps de créativité. Qu’en sera-t-il? Je n’ose pas croire – mais la réalité est là – que cet événement pourrait être un moment prétexte pour restaurer l’ancien imaginaire religieux ou pour retarder les transformations structurelles qui s’imposent dans l’Église. En somme, souligner et donner crédit à une tendance qui cherche un retour vers un passé révolu.

Sera-ce un autre de ces moments ou le spectacle occupe toute la place, où les affirmations sont exprimées avec force : « Oui, nous existons encore comme chrétiens: voyez comment venus de bien des coins de l’univers on se ressemble encore… Voyez comment l’eucharistie rejoint les gens, surtout les jeunes (qui seront nombreux à ces manifestations)… Est-ce que tous se sentiront invités, et partant reçus, à la table de l’eucharistie?

La tenue du Congrès eucharistique, qu’on soit d’accord ou non, constitue un bon exemple de ce qui peut provoquer à la réflexion, au débat, à la révision de nos expressions de foi et de sens. L’intelligence chrétienne d’aujourd’hui exige une reprise des sources profondes de ce moment de la foi qu’est l’eucharistie comme mémoire de cet homme Jésus. Si l’eucharistie est une ouverture à la transcendance, elle est aussi ouverture à la mémoire d’un homme qui vécut une telle implication sociale dans son milieu qu’il en fut dévoré vivant. Comme on le dit d’une personne sur qui reposent des attentes humainement démesurées et qui entend, au risque de sa vie, les réaliser jusqu’au bout pour que l’espérance, elle, ne meurt pas. C’est cette mémoire subversive d’un soir d’un repas partagé que nous voudrions retrouver. Il a même accepté de partager le pain et la coupe avec celui qui allait le trahir.

Et le Congrès là-dedans?

J’ai bien lu le document : L’eucharistie : don de Dieu pour la vie du monde. Document théologique de base du Congrès eucharistique international de Québec, repris dans un document plus facile d’accès:  Le JMJiste  en 200 phrases. J’ai lu avec plaisir et grand intérêt le dossier intitulé « Eucharistie et société » de la revue Relations. Aussi le dossier tout récent du Magazine Présence : « Eucharistie et solidarité universelle ». Et bien d’autres publications sur l’eucharistie, parues à l’occasion de ce Congrès. De tout ce que j’ai lu, c’est le dossier de Relations qui m’a paru le mieux inspiré et le plus inspirant. Toutes les collaborations apportent des points de vue originaux. Je pense en particulier aux articles du brésilien Jung Mo Sung intitulé : « Mémorial ou rite sacré? »  La question est fort bien posée. Je pense à l’article de Raymond Lemieux et de Jacques Racine « Une identité ouverte », me faisant penser que la présence eucharistique devrait être comprise comme une présence offerte, comme une venue, comme un ouvert. Enfin, pour notre propos d’aujourd’hui, l’apport de Jean-Philippe Perreault qui porte sur le Congrès comme tel : « Mise en spectacle ». Des réflexions pertinentes, bien ciblées. On ne joue pas dans une sorte de théologie abstraite, mais on pose les questions dans un contexte qui nous rejoint et nous parle, une ouverture vers une refondation de ce geste.

Quant à moi, je poursuivrai ma réflexion avec vous en trois temps : 1) La préparation du Congrès; 2) l’ouverture faite par le Concile Vatican II; 3) mes souhaits et défis pour la suite. Trois temps d’une réflexion qui sera quelque peu décousue.

La préparation du Congrès

À lire les documents qui ont servi à la préparation de ce congrès international, on y sent une volonté de faire vivre aux croyants un moment intense de réflexions et d’expressions vivantes et joyeuses de la foi en l’eucharistie et sur une pratique signifiante. Je sais toute l’énergie qu’on a mise et qu’on met à la préparation de cet événement. Mais à travers les médias, qui sont puissants on le sait, l’interrogation persistante soutenue a été jusqu’à tout récemment de savoir si Benoît XVI viendrait ou pas. La réponse négative du pape pourrait faire en sorte que la structure pyramidale de l’Église en sera peut-être un peu moins impressionnante. Mais on verra bien à lui redonner toute sa place, je n’en doute pas. La venue d’un légat du pape, ce n’est pas rien et la célébration de l’eucharistie de clôture du Congrès me fait peur, puisqu’on a toutes les chances d’avoir une eucharistie de l’extraordinaire, dans une expérience d’effervescence de la foule, si loin du quotidien de la vie, et, si j’oserais dire, de l’eucharistie.

Parlant toujours de la préparation du Congrès, je serais curieux de prendre connaissance des résultats d’un sondage qui serait mené auprès des chrétiens du diocèse de Québec afin de savoir qui connaît vraiment le thème ou mieux la ligne de fond du Congrès : « L’Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde »? Quand, sur le programme, je lis que le Colisée de Québec a été nommé « cité eucharistique » pour le temps du Congrès, je reste estomaqué. Et quand je regarde la présentation du document théologique de base pour le Congrès eucharistique international de Québec, je demeure sceptique. Non pas que le choix des thèmes ne soit pas relié à une théologie qui semble saine : eucharistie don de Dieu et mémorial de la Pâque du Christ, l’eucharistie pour la vie du monde, l’eucharistie et la mission, l’eucharistie au cœur du monde. Mais comment ces grandes dimensions énoncées traversent-elles une pratique signifiante du geste de partage en mémoire de Lui et de la vie. Je doute… et j’espère qu’on puisse, à même ces dimensions, éclairer et rejoindre, pour les renouveler, les pratiques eucharistiques.

Heureusement, il y  aura, précédant ce congrès, la tenue d’un symposium de théologie sur l’eucharistie. Tant mieux; c’est nécessaire. Et il y aura certainement d’excellentes interventions. Je veux bien croire que le Congrès doit reprendre les dimensions théologiques  centrales, mais de quel type de catéchèses seront faites ces rencontres? D’ailleurs – une remarque en passant –parcourant le  programme on est en droit de se demander où sont les théologiennes et théologiens ou catéchètes du Québec parmi les personnes qui vont intervenir lors de ces journées? Pas tellement de noms. Comment va-t-on rejoindre l’expérience des croyants et des croyantes d’ici et d’ailleurs dans ce congrès? Les conférencier/ères auront-ils à cœur de faire une théologie contextualisée de l’eucharistie? Et comment pourront-ils le faire dans un tel contexte de spectacle?

À l’étape de préparation où nous en sommes, on peut voir que l’orientation prise est marquée par de grandes célébrations eucharistiques, mais aussi par des zones, des lieux, des moments intenses d’adoration. On ne crée pas seulement des lieux de silence où la présence discrète peut soutenir certains dans leur quête et méditation, mais on risque de faire de l’adoration un véritable culte, une sacralité. Cela m’inquiète.

Il y a tout ce qu’on remet « à  la mode » : saluts du saint sacrement, heures d’adoration, communion sur la langue, à genoux. Le pire est que ces attitudes retrouvées se vivent dans des lieux dits de formation, comme nos séminaires, en dépit de la résistance de certains formateurs qui s’épuiseront ou abdiqueront bientôt. Plusieurs jeunes se donnent une autoformation en parallèle, presque en réaction à l’officielle, à l’aide de vidéos, de ressources des bibliothèques, avec le soutien des éléments conservateurs en place.

Je suis porté à penser que l’intelligence chrétienne d’aujourd’hui exige avant tout une reprise des sources profondes de ce moment fondateur de l’expérience de foi en Église, une découverte de leur originalité pour le temps présent, la recherche d’une traduction contemporaine de leurs effets sur la vie quotidienne d’hommes, de femmes et d’enfants en chair et en os.

L’ouverture apportée par le Concile Vatican II

Je rappellerai la grande affirmation de la Constitution sur la liturgie : « La liturgie est le sommet auquel tend l’action de l’Église, en même temps que la source d’où découle toute sa vertu. » Et quelques lignes plus loin : « C’est donc de la liturgie, et principalement de l’eucharistie, comme d’une source que la grâce découle en nous… » (n.10).

Pour parler de la liturgie, et plus spécialement de l’eucharistie, la Constitution sur la liturgie a utilisé les termes « source » et « sommet ». Deux termes qui ont été probablement les plus commentés. Et pour tenter de nous faire redécouvrir l’eucharistie comme source et sommet, de grandes images ont été mises de l’avant par le Concile Vatican II dans sa Constitution. Celle de l’assemblée qui est première dans la célébration de l’eucharistie; celle de la table autour de laquelle on est invité à partager le pain et la coupe en mémoire de Lui; celle aussi du tabernacle qu’on a voulu déplacer de la table principale pour plus de discrétion, retrouvant sa fonction première pour les malades et les mourants.

Voilà où devrait se faire le travail. Si on parle d’assemblée, on parle de croyants et de croyantes, prêtres et laïques, qui s’impliquent à leurs manières, qui « font » l’assemblée, premier lieu de la présence des membres  qui se savent et se sentent invités, capables de se reconnaître et de juger, en leur âme et conscience, de leur propre participation à la table – pas besoin ici de règles d’exclusions automatiques.

Si on parle de table, c’est pour rendre possible un véritable geste de partage en mémoire de la vie et de la mort de Jésus et aussi pour pouvoir ensemble écouter la Parole, la partager. Cette table, comme toute table, suppose une dimension d’intimité de proximité, intimité  et proximité entre nous et avec le Dieu de Jésus. La symbolique de la table nous renvoie à la qualité de communion et de présence « réelle » d’abord autour de la table eucharistique et en même temps dans le monde, à même la mémoire de Jésus. Jean-Paul Audet disait qu’il serait souhaitable de connaître le prénom de baptême de chacun. Donc, une assemblée à dimension humaine et une vision inclusive de l’eucharistie et non une vision exclusive

Une table où le récit, le geste de partager le pain et la coupe en mémoire de Lui, en mémoire de nous est un geste qui peut se réaliser. C’est ce geste de briser le pain qu’il faut redécouvrir pour que cela exprime comment la vie, notre vie en Église et en société n’a de sens que dans le partage et dans la mémoire de cet homme qui est allé au bout de lui-même. (Et non pas le geste que l’on fait encore trop souvent d’aller chercher le pain tout préparé d’avance « avec Jésus dedans »…)

Au Concile Vatican II, on a donc pris le risque de ré-ouvrir l‘eucharistie pour en faire une mémoire du Christ et du monde dans toutes ces dimensions. On a voulu réhumaniser le geste de l’eucharistie.

Le Congrès eucharistique aura, comme le disent les documents, une Statio Orbis, une célébration de l’Église universelle. C’est ainsi qu’on désigne la célébration de clôture. Or ce que je sens de ce Congrès, avec cette insistance sur la dimension universelle, c’est encore une fois le risque de saisir l’eucharistie dans sa seule sacralité mettant la dimension humaine en retrait. Quelle sera la force parlante du mémorial ? Qu’est-ce qui va me reconstruire?

Désencercler l’eucharistie et en quelque sorte désacraliser ce rituel pour le redonner à la vie, à la table des croyants et des croyantes. L’eucharistie n’est pas un en-soi. C’est en célébrant que l’on peut découvrir ce qu’est l’eucharistie, en se retrouvant autour de la table, lieu de mémoire et d’apprentissage du geste de partage, lieu d’humilité, lieu de la non-exclusion où tous devraient se sentir invités. En somme, retrouver une convivialité, une intimité, une certaine proximité dans le geste.

Pendant le Congrès eucharistique, verra-t-on seulement le geste du partage du pain et de la coupe, le geste d’un pain ordinaire qui prend sens à même la célébration : on le partage en mémoire, une mémoire qui fait que l’humanité du Christ rencontre notre propre humanité.

L’enjeu de la mémoire. De quoi s’agit-il? D’un souvenir de cet homme, de cet humain qu’on a dit d’une manière sans pareil, fils de Dieu; il s’agit de cette mémoire qui nous rejoint et nous enjoint de redire et faire à notre façon les gestes de vie qu’il a voulu faire. Ce souvenir construit aussi notre avenir.

Mes questions et défis pour la suite 

Il s’agit d’un congrès eucharistique international… N’aurait-il pas été plus pertinent de partir d’expériences de célébrations eucharistiques vécues dans divers pays et diverses cultures? D’observer, de partager ces expériences et d’en donner une interprétation, tout en comprenant mieux le repas de la Cène, pour en saisir les significations aujourd’hui. Une réflexion théologique contextuelle. Je souhaiterais que les gestes de ce Congrès soient des gestes de personnes et de groupes qui partagent autour de la table, qui aient une action pour aider les autres qui ont faim, qui ont à reconstruire la vie.

À bien regarder le programme, on insiste beaucoup au cours de ce congrès pour promouvoir les lieux et les moments d’adoration. Lieux et moments que je respecte par ailleurs. Et comme l’écrit Jean-Philippe Perreault, cette insistance répond bien à une individualisation du croire et à la « chosification de la présence ». Ce Congrès pourrait amener les gens à redécouvrir le sens de la présence eucharistique en revisitant l’imaginaire parfois débridé qu’on a connu et qui rejoint encore plusieurs – comme la transsubstantiation qui reste la manière de certains pour tenter de dire la présence.

Et pourtant, le Concile a été du côté de la discrétion sur ce plan, pour laisser toute la place à l’assemblée. Je sens de moins en moins le besoin d’une mise en spectacle trop forte des rituels de la foi. Je tiens à ce que la foi nous inspire pour un travail de refondation du monde et aussi de l’Église.

Mon souhait est donc que ce Congrès centre sa gestuelle et sa réflexion sur le sens du partage du pain et de la coupe en mémoire de Lui, comme une invitation à nous ouvrir au partage dans la société. Qu’il suscite des expériences, qu’on en parle, qu’on discute sur le sens de ces expériences. Ne pas s’enfermer dans une sacralité religieuse très individuelle.

Bien sûr, il est difficile, dans un tel événement de ne pas tomber dans le spectaculaire. C’est un festival, c’est un congrès. Il y a là un genre littéraire. Que vont retenir et montrer les médias? Qu’est qu’ils vont nous laisser comme image comme souvenir pour demain, pour l’avenir?

Je souhaite qu’on retrouve, qu’on insiste sur l’humanité de Jésus qui nous révèle un Dieu de proximité. Et cette révélation se vit et se fait à travers nos gestes de partage dont celui de l’eucharistie devrait être le plus significatif. Je souhaite que cet apprentissage du geste, du regard sur le monde, d’interventions  pour un autre monde, trouve sa place dans une action de grâce. Au fond, comment réapprendre à partager le pain? À faire mémoire du Christ, de toute l’humanité du Christ.

Je souhaite en plus qu’à la suite du Congrès, on continue la réflexion autour de cinq défis. Le premier : présenter l’eucharistie dans cette dimension de geste humain où Dieu se révèle, et non comme un objet de culte ou comme un rite sacré. Jésus n’a pas demandé de lui rendre un culte – pensons à l’épisode de la Samaritaine que nous écoutions à la liturgie dimanche dernier – mais il a invité à refaire ce geste comme lien à sa vie et à nos vies, un geste de continuité et d’envoi. Penser et vivre l’eucharistie dans sa seule dimension de culte jusqu’à en faire un spectacle, n’est-ce pas aller dans le sens d’une eucharistie qui en dénature la dynamique? Geste à profonde portée sociale, l’eucharistie devrait redevenir un moment poétique qui recueille et relance la mémoire de la vie et de la mort de Jésus à même notre propre qualité de vie.

Le deuxième défi : par-delà la dimension rituelle, retrouver la dimension testamentaire de l’eucharistie? Ce testament de toute une vie, qui devient le récit fondateur qui nous renvoie à nos propres récits de vie et à nos engagements et nos solidarités dans la vie.

Un troisième défi : continuer ou reprendre une réflexion théologique qui approfondirait le vocabulaire théologique autour de l’eucharistie, sans jamais quitter l’action et le sens de la pratique eucharistiques? Tout ce vocabulaire autour de l’eucharistie qui a fait naître parfois un imaginaire débridé, ne faudrait-il pas le critiquer pour retrouver son sens essentiel? Présence eucharistique, sens du mémorial, et même un terme comme transsubstantiation qui semble rejoindre même des générations plus jeunes.

Un quatrième défi : en tenant compte des valeurs de la modernité reprendre une réflexion critique autour de l’adoration eucharistique, ce phénomène, si vivant chez les jeunes, qui risque des dérives profondes en regard du sens profond de l’eucharistie.

Enfin un cinquième défi : interroger encore et encore la notion de sacerdoce ministériel en retrouvant l’affirmation du Concile à l’effet que l’assemblée est première et que c’est elle qui crée l’espace de la venue en présence. Pour l’instant, le président, ordonné à ce service, est perçu comme le seul capable d’ouvrir cette présence. Il devrait avoir comme rôle de service celui de veiller à la qualité de la foi et de  l’espérance exprimées. C’est l’assemblée qui évoque et appelle la mémoire. En somme, porter la question de l’eucharistie jusqu’au bout d’un autre monde possible.

Un dernier souhait. Espérons que cet événement hautement médiatisé ne viendra pas réveiller l’agressivité chez des  croyants et des croyantes distanciés, qui ne savent plus comment se resituer dans cette tradition chrétienne. Qu’il soit plutôt l’occasion, tant dans nos milieux de travail que dans nos communautés toujours à recréer, de prendre conscience que cette mémoire est une mémoire ouverte, la présence eucharistique, une présence offerte.

Je termine en reprenant le titre d’un livre de prières publié en 1976 (par Jacques Julien et Claude Perron) : De souvenir en avenir. J’ose croire que le Congrès pourra réouvrir, si nécessaire, cette dynamique du souvenir eucharistique repris au présent et qui construit l’avenir.

 

 

 

 

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