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Niveau théologique décevant au Synode sur l’Eucharistie
John L. Allen jr


 

La plupart des observateurs sont d’avis que le Synode des évêques sur l’Eucharistie a donné lieu à des échanges d’une grande franchise sur des questions importantes, mais le niveau médiocre de la réflexion théologique a été, pour certains, une source d’inquiétude.  C’est d’autant plus ironique que le Synode était sous la présidence  d’un pape considéré comme un excellent théologien.

La rare exception est l’intervention de Benoît XVI, le 6 octobre, pour affirmer que l’Eucharistie a le double caractère d’un sacrifice et d’un repas communautaire. Il a sufi de 15 minutes au Pape pour souligner les origines juives de la dernière Cène et rappeler que la tradition juive du repas de la Pâque n’est pas un simple mémorial, mais une façon de rendre le Dieu de l’Exode présent à l’assemblée. En somme, il est normal de considérer l’Eucharistie à la fois comme un repas et comme une représentation du sacrifice du Christ sur la croix, car ces deux aspects sont indissociables.

L’intervention du pape est apparue à plusieurs participants comme un modèle de clarté théologique dont l’effet a été d’éviter au synode l’apparence de dichotomie entre les dimensions horizontale et verticale de l’Eucharistie.

Malgré cet effort pour relever le niveau du débat, quelques observateurs ont trouvé que les échanges ont continué d’accorder plus d’importance aux rites, aux règles et aux aspects pratiques de la pastorale qu’aux principes théologiques sous-jacents.

Un de ces observateurs est le P. Francis Moloney, Salésien, qui faisait partie du groupe d’experts au service du synode. Le 16 octobre, il s’est adressé au Centre laïque de Rome, qui est un programme sous la direction de la laïque américaine Donna Orsuto pour les laïques inscrits dans différentes universités pontificales. Le P. Moloney m’a  ensuite accordé une interview.

« Je crois, m’a-t-il dit, que le niveau des échanges entre les évêques sur les importants problèmes théologiques et pastoraux a été plutôt médiocre et n’a pas répondu aux attentes du Saint-Père. »

Le P. Moloney est Australien et, depuis 2003, il est le doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de la Catholic University of America. Il a récemment été élu supérieur provincial des Salésiens d’Australie et du Pacifique-Sud. Il a fait partie pendant presque  20 ans de la Commission internationale de théologie.

Malgré ses observations, le P. Moloney évite de distribuer des blâmes. « Les évêques sont, de nos jours, immanquablement aux prises avec d’énormes problèmes administratifs, sans oublier les retombées des scandales sexcuels et tout le reste, a-t-il dit. Leurs vêtements sont en feu et on peut comprendre que leurs interventions portent davantage sur des problèmes pastoraux d’ordre pratique. »

Parlant de celui qu’il a d’abord connu comme  le cardinal Joseph Ratzinger, il croit que le Pape espérait des échanges d’un niveau plus élevé. Mais il est d’avis que la réflexion théologique profonde du Pape garantit la qualité de l’Exhortation apostolique qu’il doit publier comme suite de ce synode.

« Je le connais depuis 20 ans, de dire le P. Maloney. Je peux vous donner l’assurance que son Exhortation sera d’un niveau bien supérieur aux échanges entendus au synode. »

Le P. Moloney n’hésite pas à prédire que le Pape publiera un document « profondément biblique et patristique » qui abordera également les problèmes pastoraux urgents soulevés pendant les trois semaines de discussions au synode.

L’exposé du P. Moloney au Centre laïque développait la pensée du pape Benoît XVI pour définir l’Eucharistie comme un mémorial et un sacrifice.

« Certaines personnes ont le désir de sacraliser le fait de la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie en utilisant le mot trans-substantiation», d’expliquer le P. Moloney. Ce mot ne constitue pas un problème pour moi, mais nous avons besoin de l’herméneutique pour l’interpréter et le comprendre. Nous devons clarifier ce que nous croyons et préciser comment cela est possible »

Pour cela, le P. Moloney suit la démarche du pape Benoît XVI et évoque les racines juives de la dernière Cène. Il rappelle que les Évangiles associent d’une façon ou de l’autre la dernière Cène à la Pâque juive.

« La Pâque juive n’est pas seulement un rappel d’événements du passé, mais un rituel qui rend présent le Dieu vivant du Sinaï, souligne le P. Moloney. Quand le plus jeune fils demande pourquoi cette nuit est grande, l’homme le plus âgé de la maison se met à raconter le hagada, c’est-à-dire l’histoire de l’Exode, l’histoire de la présence de Dieu à son peuple. »

« Le mot hébreu pour cela est zikaron, l’équivalent grec est anamnesis ou mémorial.. C’est dans ses origines juives que la tradition chrétienne trouve le sens de la dernière Cène. » Il s’ensuit  que ce repas de Jésus n’est pas un repas ordinaire.

« C’était pour le Christ sa façon de vivre la Pâque, ajoute le P. Moloney. Quand il prend le pain, il ne parle pas  de la manne, mais de son corps rompu pour vous. Quand il prend le vin, il ne parle pas de la mer Rouge, mais de son sang. Il change le rituel de façon significative et profonde; il passe de la présence du Dieu de l’Exode à sa présence durable dans la résurrection. »

« Si nous tenons à parler de la présence et du sacrifice du Christ dans l’Eucharistie, nous devons nous insérer dans ce que le pape appelle la mémoire prophétique, précise le P. Moloney. La mémoire prophétique est à la fois rappel du passé, impératif pour le présent et engagement pour l’avenir. C’est la présence du sacrifice de Jésus dans le repas eucharistique. »

« En ce sens, ajoute le P. Moloney, les mots du Christ : “Faites ceci en mémoire de moi“ n’ont été que partiellement compris pendant longtemps. »

« Nous avons à nous interroger sur la  portée du “ceci“ dans l’invitation du Christ, poursuit le P. Moloney. Il fait plus qu’accomplir un rite. Il parle de son corps rompu et de son sang répandu. Ces disciples fragiles, qui vont le trahir, sont invités à rompre leurs propres corps et à répandre leur sang pour le salut des autres. Le mémorial ne se termine pas avec le repas. »

« L’Eucharistie n’est pas un disque qu’on fait jouer chaque matin, et de façon un peu plus solennelle le dimanche. C’est la grammaire et la syntaxe de la vie chrétienne.»

« Adopter cettte façon de voir, conclut-il, c’est lier les dimensions horizontale et verticale de l’Eucharistie. »

 

The National Catholic Reporter, 21 octobre 2005

 

(Traduction : Réjean Plamondon)

 

 

 

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