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L’avenir des groupes (André Myre)
Il
est difficile de prévoir l’avenir, à quoi vont
aboutir nos efforts. Mon principal point
d’interrogation sur l’avenir de groupes comme
celui-là vient d’une faiblesse dont je n’ai pas
parlé, mais qui est inquiétante : c’est que les
plus jeunes ne sont pas là. Dans les deux groupes
que je connais, il y a des parents, qui parlent
avec un enthousiasme éclatant de leurs enfants…
Les valeurs passent… Mais on ne peut dire que les
enfants sont pratiquants. Hier, je dînais avec un
prêtre polonais. Il travaille avec un groupe de
jeunes, en Pologne, qui a osé faire une sorte de
traduction de la Bible en langage rap. Il y a des
chances qu’ils veuillent passer d’un effort de
traduction à « devenir une communauté ». Le
danger, c’est que la grande Église va vouloir,
soit mettre la main là-dessus, soit les exclure.
Ça va prendre quelqu’un pour les aider à faire le
passage. Il reste que le gros problème, c’est la
couche d’âge. On dirait que le flambeau ne se
passe pas. Est-ce que cette coupure culturelle va
durer, de sorte que quelque chose va mourir avec
nous, ou bien est-ce que quelque chose va
permettre aux jeunes de se reconnaître dans un
mouvement de fond et de mettre sur pied les
organisations dont ils ont besoin ?
Parler de Jésus Christ : dans l’intimité (André
Myre)
Je
pense que Jésus Christ, bon, d’abord, ça fait
partie de notre intimité personnelle. Ce sont des
mots que nous mettons sur une vie qui nous habite.
Des mots que nous avons reçus d’une tradition, qui
nous mettent dans une lignée. Bien sûr, ça prend
un climat de confiance, de fraternité, pour avoir
comme une sorte de conviction que l’autre, les
autres qui sont là sont nos frères et nos sœurs,
de sorte qu’on peut en toute confiance s’adresser
à eux. Il y a une sorte d’intimité des personnes
qui s’exprime dans le contexte « public limité »
d’une communauté. C’est ce que je veux dire par
intimité collective. Il peut y avoir une réticence
à mettre trop vite sur la place publique ce qui
est de l’ordre de l’intimité. Une certaine
réserve. Affectivement, dire Jésus Christ, ça se
fait dans un contexte de confiance, de fraternité
et d’intimité. Ça me heurte un peu quand il est
question de proclamer Jésus Christ comme
jeter ça sur la place publique, et n’importe qui
peut en faire ce qu’il veut. Je ne dis pas que
c’est la seule réaction possible, parce que en fin
de compte les évangiles ont été publicisés, mais
dans leur première façon d’être véhiculés, est-ce
qu’ils étaient destinés à s’en aller à tout le
public, ou bien est-ce que ce n’étaient pas des
écrits un peu secrets, destinés à nourrir
l’intimité d’un certain public ? Je comprends le
conflit qu’il y a entre les deux images. Je
voulais signaler une dimension de la vie
chrétienne, certainement pas la seule.
La liberté de parole dans l’Église (Odette
Mainville)
Je
n’ai jamais eu à prononcer une seule parole à
l’encontre de ce que je pense pour garder ma job.
Mais les agentes de pastorale ressentent ce
problème, et elles devraient absolument se
rassembler, car si elles se retrouvent toutes
seules dans leur milieu, elles risquent d’être
muselées. Elles sont très vulnérables. Si les gens
en pastorale s’unissaient, unissaient leurs voix
et leurs forces, on ne pourrait pas tous les
mettre dehors, tous les exclure.
« Transmettre » la foi ? (André
Myre)
Je
suis d’accord pour dire qu’on ne « transmet » pas
la foi; on ne passe pas le flambeau de la foi. Ce
qu’il faut, c’est aider les gens à se reconnaître
et à prendre conscience de ce qu’ils vivent. C’est
tout ce qu’on peut faire. Je suis convaincu
qu’énormément de gens sont atteints par la foi,
mais, pour toutes sortes de raisons, de blocages,
ils sont incapables de se situer dans un grand
courant qui traverse l’histoire, ou bien parce que
ils ne veulent pas être identifiés à l’Église, ou
bien parce que les mots traditionnels pour dire la
foi ne correspondent pas à ce qu’ils sont. Une des
choses à faire, c’est de trouver les mots qui vont
nous aider à nous apprivoiser et à nous
reconnaître comme frères et sœurs. C’est le rôle
de ceux qui ont à cœur l’évangélisation au sens où
Odette Mainville l’entendait tout à l’heure.
De la place pour toutes sortes de
rassemblements. Le problème du temps (Guy
Paiement)
Les
chrétiens qui étaient à Corinthe n’étaient pas
tellement nombreux, mais ils avaient quelque chose
d’extraordinaire, une conception que, d’une
certaine façon, le mieux-être de Corinthe leur
appartenait, comme tâche, et qu’eux n’étaient que
des pèlerins. On le voit dans des expressions :
l’Église de Dieu qui est à Corinthe, qui séjourne
à Corinthe. Et le mot grec paroikoi, dont
est sorti le mot paroisse, signifiait
primitivement : les gens qui étaient des
étrangers, qui habitaient à côté de la ville, dans
des campements, qui venaient pour travailler.
C’étaient des travailleurs saisonniers quoi !
Donc, le paroissien, c’était quelqu’un qui avait
l’impression d’être un nomade. Je pense qu’on est
en train de découvrir cette dimension du
nomadisme, et une ville s’y prête admirablement :
il peut y avoir des lieux où les gens savent que
vous pouvez y aller en tout temps, même si vous
n’êtes pas connu, et que vous ne voulez connaître
personne, et qu’il y a de la place pour cela. Mais
il y a aussi d’autres places où les gens sentent
le besoin de creuser cette expérience avec
d’autres. On a autant besoin d’une petite
fraternité que de quelque chose dans le
frigidaire. Le jour où on a ce besoin-là, on y
répond !
Le
problème c’est que l’organisation du temps du
travail rend les gens captifs. C’est l’entreprise
qui décide comment nous allons gérer notre temps.
Les gens n’ont plus le temps ! Ils rentrent le
soir complètement fourbus. Ça prend des gens
drôlement décidés pour s’occuper de leur famille,
faire les repas, aller à une rencontre publique
dans le quartier. La fin de semaine, il reste
peut-être une journée, sur deux, une fois qu’on a
fait tout ce qu’il fallait, ménage, épicerie… Il
faut prendre un peu le temps de souffler; le
dimanche on se repose, on va à la campagne, des
choses semblables...
Il
y a toute une réflexion à faire sur le temps,
comme étant une des conditions qui rendent
possible autre chose. Quand les gens n’ont pas le
temps de se rencontrer socialement, ils n’auront
pas plus le temps de se rencontrer
spirituellement. Il va falloir qu’on règle les
deux en même temps, c’est un problème collectif.
Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas la place dans la
situation actuelle pour plusieurs formules. Ce
n’est pas suffisant de dire : ben oui, tu peux
aller à Notre-Dame, ou à l’Oratoire, et tu peux
aller aussi dans une petite communauté, ou dans
une paroisse. Tout ça, c’est possible, mais ça ne
résout pas le problème que je viens de décrire, où
il y a de plus en plus de gens épuisés par
l’organisation du travail, qui décide comment nous
allons organiser notre temps. Il faut être à même
de critiquer cette espèce de mainmise sur notre
vie. Quand vous êtes tout seul à penser ça,
qu’est-ce que vous pouvez faire contre une grosse
compagnie ? Mais à plusieurs, peut-être qu’on est
capable, justement, de changer certaines choses.
Ça peut s’appeler le syndicalisme, ça peut
s’appeler des groupes de pression, mais il va bien
falloir qu’on pense à faire autrement.
Il
y a déjà des signes que c’est possible. Il y a des
villes en Italie, en Allemagne, en France, où on a
mis sur pied ce qu’on appelle une autre gestion du
temps. On a rassemblé tous les décideurs d’une
région et on leur a demandé : y a-t-il moyen
d’aménager autrement le temps pour que les gens ne
soient pas obligés de faire de l’équilibrisme tout
en travaillant ? De tenir compte du fait que, si
la garderie ferme à trois heures et que vous
finissez à cinq heures et demie, il y a un
problème. Même chose pour aller les conduire le
matin, et vous n’avez pas le temps de dîner, il
faut que vous alliez au restaurant ou que vous
emportiez du fast-food… Ensuite, on dit que les
gens mangent mal : mais ils n’ont plus le temps de
bien manger.
Là,
on touche à des problèmes de société, et il me
semble que, comme chrétiens, nous devrions être
ceux qui voient l’utilité de changer les choses.
Ça permettrait aux gens de mieux vivre, et
éventuellement d’avoir le temps de souffler pour
la gratuité, le dimanche ou un autre jour de la
semaine. Traditionnellement on avait une
conception de la semaine inspirée de la semaine
juive. Mais ce n’est plus nécessairement en fin de
semaine que ça se passe. Rien n’empêche quelqu’un
de vouloir faire son dimanche le mardi. Pourquoi
pas, s’il n’est pas capable en fin de semaine? Il
y en a qui le font. Mais ça va supposer des
organisations différentes. Il y a une conception
très souple qu’on devrait inventer, qui est
parfois déjà en place… Il faut plutôt en être
conscient. Je suis d’accord qu’il faut qu’il y ait
de la place pour toutes sortes de rassemblements,
dans une grande ville en particulier.
Définition de l’engagement. Types
de rassemblement (Odette Mainville)
L’engagement : je ne parle pas de militantisme.
L’engagement, c’est ce qu’on appelait autrefois le
devoir d’état, mais on le place sous la bannière
chrétienne, on se met à la suite du Christ. Faire
ce qu’on a à faire comme il faut, c’est déjà
énorme. Qu’on ne nous demande pas d’aller ensuite
parader. Faire notre travail, notre devoir, nos
engagements quotidiens, c’est ça.
[En
ce qui concerne le mode de rassemblement] dont
j’ai parlé ce matin, je ne préconiserais jamais
que ce soit la façon de faire unique, parce que le
danger, ce serait d’institutionnaliser cette
forme-là, et de retomber dans les mêmes vices
qu’autrefois. C’est une possibilité. Il
peut y avoir quatre, cinq, six façons de se
retrouver dans les paroisses, mais que ce soit
quelque chose pour les appétits de chacun.
Avec qui célébrer ? Autres façons de rencontrer
Dieu (André Myre)
Je
me rappelle un jeune prêtre ouvrier de Saint-Henri,
un militant, à qui nous avions demandé de célébrer
pour nous [un groupe de jeunes jésuites réunis au
lac Nominingue, à la fin des années soixante]. Il
avait répondu : je ne connais pas tout le monde
ici, je ne célèbre pas. C’est une leçon que je
n’ai jamais oubliée : on célèbre avec ceux qu’on
connaît et qui sont nos frères et nos sœurs. Je
laisse ça au discernement, je ne dis pas que c’est
correct.
Nous, on a été élevés comme ça : il y a une seule
vraie et grande affaire, une seule vraie et grande
façon de prier et de rencontrer Dieu, dans le
christianisme, et c’est l’eucharistie. Vous savez,
le fameux sommet… Je pense que l’eucharistie,
c’est une chose : c’est le mémorial de
l’engagement de Jésus, qui est mort à cause de sa
façon de vivre, et nous nous réunissons parce que
nous voulons vivre et mourir en mémoire de lui.
Mais est-ce le meilleur lieu, ça, pour, mettons,
rencontrer la transcendance ? Il y a peut-être des
façons de prier et de rencontrer Dieu qui sont
autre chose que ce qu’on fait dans l’eucharistie.
Pourquoi tout vouloir concentrer là-dedans ? Et
peut-être que ça pourrait permettre à
l’eucharistie de garder sa coloration d’être le
lieu de l’engagement, où la vie est orientée.
Quand Jésus dit : faites ceci en mémoire de moi,
il ne dit pas de partager le pain et de boire la
coupe. Il dit : faites ce que j’ai fait avec ma
vie.
Je
vais prendre un autre exemple. Dans l’évangile de
Jean, le fameux geste, le lavement des pieds… Je
pense que dans l’évangile de Jean, il n’y a pas de
récit d’eucharistie parce que Jean était capable
d’aller au cœur des choses, et qu’il était en
guerre contre le fait qu’on avait pris cela comme
un rite. Il s’est dit : je vais leur montrer quel
est le sens de l’eucharistie, c’est quoi « faire
ceci en mémoire de moi ». Et là il raconte le
geste de Jésus qui lave les pieds des uns et des
autres.
Voilà ce que veut dire faire ceci en mémoire de
lui. Et nous, bêtes comme on est, on a réussi à
faire un autre rite ces paroles. Allons-nous
sortir des rites ? Autrement dit, Jésus ne nous
demande pas de partager le pain et de boire la
coupe, il nous demande de vivre comme lui.
Donc, l’eucharistie, c’est la célébration de la
vie qui a été vécue comme lui. Mais pour cela, il
faut bien que j’aie la chance de dire : « Voici ce
que je fais dans la vie, et voici ce que l’autre
fait. » Si tout le monde se ferme la trappe et
qu’on ne fait rien, qu’est-ce que ça veut dire,
vivre comme lui, en mémoire de lui aujourd’hui ?
Pour que la Parole soit croyable
(Guy Paiement)
Pour qu’une parole soit entendue, il faut qu’elle
soit croyable. Donc il y a des conditions de
crédibilité qu’il faut mettre en place. C’est ce à
quoi je travaille. Je veux montrer qu’une parole
d’Évangile est crédible dans notre société
aujourd’hui si on est capable de montrer que la
personne qui est exclue, elle ne l’est pas pour
nous. Il y a des gens qui sont à leur retraite qui
pourraient regarder la télévision, mais qui
passent leur temps libre à aller visiter des
sidatiques. Il n’y a personne qui est intéressé à
faire ça. Ce n’est pas encore l’État qui va s’en
occuper, pas tout de suite en tout cas.
Donc, il faut mettre en place les conditions pour
rendre une parole crédible. Le problème c’est que,
dans notre Église, on n’a pas les conditions pour
que la parole soit crédible. On a juste un vieux
stock qui est tout de suite filtré par une série
de vieux fantômes. Alors il faut qu’on soit
capable de trouver des mots neufs, ce qui n’est
pas simple. Ce n’est pas seulement une opération
de langage, et on ne pourra pas trouver les
opérations qu’il faut à moins d’être avec les gens
qui ont besoin de quelque chose de vivant.
Donc c’est quelque chose comme le grain qui entre
dans la terre. Ça prend un certain temps avant que
quelque chose ne pousse. Ça ne veut pas dire qu’il
n’est pas là. Je connais beaucoup de gens qui
essaient de trouver un autre langage avec les
gens, et qui réussissent à être compris. Je donne
une anecdote personnelle. On m’avait demandé de
participer à un baptême, dernièrement, avec des
femmes assistées sociales monoparentales qui
avaient été refusées dans leur paroisse. Alors on
a décidé, dans notre petit groupe de pastorale
sociale, de nous mettre à l’écoute de ces
personnes-là qui voulaient faire une démarche de
foi, qui l’avaient faite avec quelqu’un pendant un
an au moins, et qui voulaient faire baptiser leur
enfant. Il y avait un petit bout-de-chou de huit
ans, un autre de treize… Alors, comment parler à
ces gens-là qui sont déjà blessés ? Comment parler
du baptême comme n’étant pas simplement une belle
petite fête de famille ?
J’ai essayé de trouver un langage et nous avons
travaillé ensemble pour pouvoir leur dire que
quelque chose était possible. On a mis de côté le
petit livre classique, qui dit qu’il faut qu’on
demande aux gens : « Croyez-vous au Père, au Fils,
au Saint Esprit, renoncez-vous à Satan ? »
Vraiment, ça ne dit strictement rien. Moi je dis
aux gens : « Est-ce que vous êtes conscients que
vous vous compromettez avec les parrains et
marraines et votre enfant pour qu’il puisse être
plongé dans une atmosphère où l’amour de Dieu va
devenir concret pour lui ? » Les gens disent oui.
Bon, mais attention, ne soyons pas fleur-bleue !
Est-ce qu’il y a moyen de dire qu’il va falloir
prendre les moyens pour que ce soit possible ?
Dans une autre occasion, il y avait une fille,
comme ça, quand je lui demandais : « Qu’est-ce que
tu souhaites de meilleur pour ton enfant ? » je
pensais qu’elle allait dire : « L’amour de Dieu,
le bonheur, qu’elle connaisse le Seigneur… » Elle
a dit : « Je voudrais qu’elle ne prenne pas de
drogue. » Parce qu’elle, elle en avait pris, et
qu’elle ne souhaitait pas ça pour son enfant. Ça
faisait partie de son credo. « Je crois que ma
fille deviendra quelqu’un d’important si elle ne
prend pas de drogue, et je suis prête à prendre
les moyens pour qu’elle n’en prenne pas en autant
que ça dépend de moi. » Ce n’est pas si mal comme
credo.
Alors c’est avec les gens, peu à peu, qu’on est
capable de créer un autre langage, mais il faut
avoir la préoccupation de le créer. Il y a
beaucoup d’efforts qui sont faits actuellement
avec les gens qui sont responsables d’accompagner
des personnes au salon mortuaire. Il y en a qui
sortent le petit livre et qui lisent le petit
livre : « On va dire un “Je vous salue Marie” et
un “Gloire soit au Père”. » Et il y en a qui
disent : « Bon, est-ce qu’il y en a qui ont des
souvenirs importants de la personne qui est
décédée dont ils aimeraient faire part ? » Et là,
ça commence peu à peu. J’ai été témoin de choses
complètement extraordinaires, des conversions se
sont produites, parce qu’un des frères de celui
qui venait de décéder a dit : « il nous a toujours
achalés toute sa vie parce qu’il ne faisait pas la
même chose que nous autres. Qu’est-ce qu’il
essayait de dire ? Et là aujourd’hui je comprends.
Il nous posait des questions sur notre vie, et
nous on avait de la misère à les accepter, merci
mon frère. » Ce n’est pas banal. Mais encore
faut-il qu’il y ait de la place pour qu’une parole
comme celle-là puisse se dire. Ce ne sont pas deux
« Je vous salue Marie » qui vont régler la
question.
Alors, c’est une préoccupation de rendre possibles
les conditions d’un autre langage. L’autre
langage, c’est souvent l’autre qui l’a. C’est son
langage, qu’on le laisse parler ! Je pense au film
« La Neuvaine » : combien de gens ont été remués
pas ce film ! Nous, dans notre petite communauté
de base, on a dit : « Il faut absolument qu’on
aille tous voir le film, et ensuite on fera une
réunion là-dessus, et ensuite on va envoyer nos
réactions au cinéaste. » Eh bien ! Il nous a écrit
une lettre bouleversante, où il disait : « Je vous
remercie de l’intérêt que vous avez porté à ce que
j’ai fait, ça m’a permis de découvrir qu’il y a
une lumière, des fois, qu’on porte et qui va
éclairer beaucoup plus loin que ce qu’on avait
pensé .» « Ben ! tu dis : Pas si mal pour un
athée ! »
Il faut que l’Église soit toute
petite (André Myre)
Une
petite réflexion à partir d’une parole de
l’Évangile, « Vous êtes le sel de la terre ». À
mon niveau, je dis toujours : « Vous êtes le sel
de la soupe ». Dans la soupe, ça prend un petit
peu de sel, pas trop. Si je demande à quelqu’un
qui vient chez moi : « As-tu aimé ma soupe? » et
qu’il me répond : « Ton sel était bon », j’ai raté
ma soupe. La soupe est bonne quand on ne voit pas
qu’il y a du sel, mais ça en prend pour qu’elle
soit bonne.
Je
trouve raisonnable de vouloir parler au sel.
C’est-à-dire que la communauté chrétienne est
chargée de jouer son rôle dans le monde, dans
l’existence, pour que la société dans laquelle
nous vivons trouve que la vie est belle. Ça prend
du monde pour parler au sel, et du monde pour
faire la soupe. Mais le sel doit savoir que, s’il
veut devenir soupe, il se met un doigt dans l’œil
jusqu’au coude. Il ne faut pas que le sel devienne
soupe. Il ne faut pas que l’Église devienne
grosse. Il faut que l’Église soit toute petite,
parce que l’important, ce n’est pas elle.
L’Évangile ne dit pas : « J’ai tellement aimé
l’Église que je lui ai donné Jésus », mais :
« J’ai tellement aimé le monde ». C’est le
monde qui est important. Il faut que
l’Église soit à sa place, toute petite.
Nous remercions chaleureusement Johanne
Archambault pour la transcription des
conférences et de ces réponses dans la plénière,
ainsi que pour les sous-titres.
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