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« De l’eucharistie à l’engagement » (10 juin 2006)
Plénière de l’après-midi : quelques réponses des conférenciers…



 

L’avenir des groupes (André Myre)

Il est difficile de prévoir l’avenir, à quoi vont aboutir nos efforts. Mon principal point d’interrogation sur l’avenir de groupes comme celui-là vient d’une faiblesse dont je n’ai pas parlé, mais qui est inquiétante : c’est que les plus jeunes ne sont pas là. Dans les deux groupes que je connais, il y a des parents, qui parlent avec un enthousiasme éclatant de leurs enfants… Les valeurs passent… Mais on ne peut dire que les enfants sont pratiquants. Hier, je dînais avec un prêtre polonais. Il travaille avec un groupe de jeunes, en Pologne, qui a osé faire une sorte de traduction de la Bible en langage rap. Il y a des chances qu’ils veuillent passer d’un effort de traduction à « devenir une communauté ». Le danger, c’est que la grande Église va vouloir, soit mettre la main là-dessus, soit les exclure. Ça va prendre quelqu’un pour les aider à faire le passage. Il reste que le gros problème, c’est la couche d’âge. On dirait que le flambeau ne se passe pas. Est-ce que cette coupure culturelle va durer, de sorte que quelque chose va mourir avec nous, ou bien est-ce que quelque chose va permettre aux jeunes de se reconnaître dans un mouvement de fond et de mettre sur pied les organisations dont ils ont besoin ?

Parler de Jésus Christ : dans l’intimité (André Myre)

Je pense que Jésus Christ, bon, d’abord, ça fait partie de notre intimité personnelle. Ce sont des mots que nous mettons sur une vie qui nous habite. Des mots que nous avons reçus d’une tradition, qui nous mettent dans une lignée. Bien sûr, ça prend un climat de confiance, de fraternité, pour avoir comme une sorte de conviction que l’autre, les autres qui sont là sont nos frères et nos sœurs, de sorte qu’on peut en toute confiance s’adresser à eux. Il y a une sorte d’intimité des personnes qui s’exprime dans le contexte « public limité » d’une communauté. C’est ce que je veux dire par intimité collective. Il peut y avoir une réticence à mettre trop vite sur la place publique ce qui est de l’ordre de l’intimité. Une certaine réserve. Affectivement, dire Jésus Christ, ça se fait dans un contexte de confiance, de fraternité et d’intimité. Ça me heurte un peu quand il est question de proclamer Jésus Christ comme jeter ça sur la place publique, et n’importe qui peut en faire ce qu’il veut. Je ne dis pas que c’est la seule réaction possible, parce que en fin de compte les évangiles ont été publicisés, mais dans leur première façon d’être véhiculés, est-ce qu’ils étaient destinés à s’en aller à tout le public, ou bien est-ce que ce n’étaient pas des écrits un peu secrets, destinés à nourrir l’intimité d’un certain public ? Je comprends le conflit qu’il y a entre les deux images. Je voulais signaler une dimension de la vie chrétienne, certainement pas la seule.

La liberté de parole dans l’Église (Odette Mainville)

Je n’ai jamais eu à prononcer une seule parole à l’encontre de ce que je pense pour garder ma job. Mais les agentes de pastorale ressentent ce problème, et elles devraient absolument se rassembler, car si elles se retrouvent toutes seules dans leur milieu, elles risquent d’être muselées. Elles sont très vulnérables. Si les gens en pastorale s’unissaient, unissaient leurs voix et leurs forces, on ne pourrait pas tous les mettre dehors, tous les exclure.

« Transmettre » la foi ? (André Myre)

Je suis d’accord pour dire qu’on ne « transmet » pas la foi; on ne passe pas le flambeau de la foi. Ce qu’il faut, c’est aider les gens à se reconnaître et à prendre conscience de ce qu’ils vivent. C’est tout ce qu’on peut faire. Je suis convaincu qu’énormément de gens sont atteints par la foi, mais, pour toutes sortes de raisons, de blocages, ils sont incapables de se situer dans un grand courant qui traverse l’histoire, ou bien parce que ils ne veulent pas être identifiés à l’Église, ou bien parce que les mots traditionnels pour dire la foi ne correspondent pas à ce qu’ils sont. Une des choses à faire, c’est de trouver les mots qui vont nous aider à nous apprivoiser et à nous reconnaître comme frères et sœurs. C’est le rôle de ceux qui ont à cœur l’évangélisation au sens où Odette Mainville l’entendait tout à l’heure.

De la place pour toutes sortes de rassemblements. Le problème du temps (Guy Paiement)

Les chrétiens qui étaient à Corinthe n’étaient pas tellement nombreux, mais ils avaient quelque chose d’extraordinaire, une conception que, d’une certaine façon, le mieux-être de Corinthe leur appartenait, comme tâche, et qu’eux n’étaient que des pèlerins. On le voit dans des expressions : l’Église de Dieu qui est à Corinthe, qui séjourne à Corinthe. Et le mot grec paroikoi, dont est sorti le mot paroisse, signifiait primitivement : les gens qui étaient des étrangers, qui habitaient à côté de la ville, dans des campements, qui venaient pour travailler. C’étaient des travailleurs saisonniers quoi ! Donc, le paroissien, c’était quelqu’un qui avait l’impression d’être un nomade. Je pense qu’on est en train de découvrir cette dimension du nomadisme, et une ville s’y prête admirablement : il peut y avoir des lieux où les gens savent que vous pouvez y aller en tout temps, même si vous n’êtes pas connu, et que vous ne voulez connaître personne, et qu’il y a de la place pour cela. Mais il y a aussi d’autres places où les gens sentent le besoin de creuser cette expérience avec d’autres. On a autant besoin d’une petite fraternité que de quelque chose dans le frigidaire. Le jour où on a ce besoin-là, on y répond !

Le problème c’est que l’organisation du temps du travail rend les gens captifs. C’est l’entreprise qui décide comment nous allons gérer notre temps. Les gens n’ont plus le temps ! Ils rentrent le soir complètement fourbus. Ça prend des gens drôlement décidés pour s’occuper de leur famille, faire les repas, aller à une rencontre publique dans le quartier. La fin de semaine, il reste peut-être une journée, sur deux, une fois qu’on a fait tout ce qu’il fallait, ménage, épicerie… Il faut prendre un peu le temps de souffler; le dimanche on se repose, on va à la campagne, des choses semblables...

 Il y a toute une réflexion à faire sur le temps, comme étant une des conditions qui rendent possible autre chose. Quand les gens n’ont pas le temps de se rencontrer socialement, ils n’auront pas plus le temps de se rencontrer spirituellement. Il va falloir qu’on règle les deux en même temps, c’est un problème collectif. Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas la place dans la situation actuelle pour plusieurs formules. Ce n’est pas suffisant de dire : ben oui, tu peux aller à Notre-Dame, ou à l’Oratoire, et tu peux aller aussi dans une petite communauté, ou dans une paroisse. Tout ça, c’est possible, mais ça ne résout pas le problème que je viens de décrire, où il y a de plus en plus de gens épuisés par l’organisation du travail, qui décide comment nous allons organiser notre temps. Il faut être à même de critiquer cette espèce de mainmise sur notre vie. Quand vous êtes tout seul à penser ça, qu’est-ce que vous pouvez faire contre une grosse compagnie ? Mais à plusieurs, peut-être qu’on est capable, justement, de changer certaines choses. Ça peut s’appeler le syndicalisme, ça peut s’appeler des groupes de pression, mais il va bien falloir qu’on pense à faire autrement.

Il y a déjà des signes que c’est possible. Il y a des villes en Italie, en Allemagne, en France, où on a mis sur pied ce qu’on appelle une autre gestion du temps. On a rassemblé tous les décideurs d’une région et on leur a demandé : y a-t-il moyen d’aménager autrement le temps pour que les gens ne soient pas obligés de faire de l’équilibrisme tout en travaillant ? De tenir compte du fait que, si la garderie ferme à trois heures et que vous finissez à cinq heures et demie, il y a un problème. Même chose pour aller les conduire le matin, et vous n’avez pas le temps de dîner, il faut que vous alliez au restaurant ou que vous emportiez du fast-food… Ensuite, on dit que les gens mangent mal : mais ils n’ont plus le temps de bien manger.

Là, on touche à des problèmes de société, et il me semble que, comme chrétiens, nous devrions être ceux qui voient l’utilité de changer les choses. Ça permettrait aux gens de mieux vivre, et éventuellement d’avoir le temps de souffler pour la gratuité, le dimanche ou un autre jour de la semaine. Traditionnellement on avait une conception de la semaine inspirée de la semaine juive. Mais ce n’est plus nécessairement en fin de semaine que ça se passe. Rien n’empêche quelqu’un de vouloir faire son dimanche le mardi. Pourquoi pas, s’il n’est pas capable en fin de semaine? Il y en a qui le font. Mais ça va supposer des organisations différentes. Il y a une conception très souple qu’on devrait inventer, qui est parfois déjà en place… Il faut plutôt en être conscient. Je suis d’accord qu’il faut qu’il y ait de la place pour toutes sortes de rassemblements, dans une grande ville en particulier.

Définition de l’engagement. Types de rassemblement (Odette Mainville)

L’engagement : je ne parle pas de militantisme. L’engagement, c’est ce qu’on appelait autrefois le devoir d’état, mais on le place sous la bannière chrétienne, on se met à la suite du Christ. Faire ce qu’on a à faire comme il faut, c’est déjà énorme. Qu’on ne nous demande pas d’aller ensuite parader. Faire notre travail, notre devoir, nos engagements quotidiens, c’est ça.

[En ce qui concerne le mode de rassemblement] dont j’ai parlé ce matin, je ne préconiserais jamais que ce soit la façon de faire unique, parce que le danger, ce serait d’institutionnaliser cette forme-là, et de retomber dans les mêmes vices qu’autrefois. C’est une possibilité. Il peut y avoir quatre, cinq, six façons de se retrouver dans les paroisses, mais que ce soit quelque chose pour les appétits de chacun.

Avec qui célébrer ? Autres façons de rencontrer Dieu (André Myre)

Je me rappelle un jeune prêtre ouvrier de Saint-Henri, un militant, à qui nous avions demandé de célébrer pour nous [un groupe de jeunes jésuites réunis au lac Nominingue, à la fin des années soixante]. Il avait répondu : je ne connais pas tout le monde ici, je ne célèbre pas. C’est une leçon que je n’ai jamais oubliée : on célèbre avec ceux qu’on connaît et qui sont nos frères et nos sœurs. Je laisse ça au discernement, je ne dis pas que c’est correct.

Nous, on a été élevés comme ça : il y a une seule vraie et grande affaire, une seule vraie et grande façon de prier et de rencontrer Dieu, dans le christianisme, et c’est l’eucharistie. Vous savez, le fameux sommet… Je pense que l’eucharistie, c’est une chose : c’est le mémorial de l’engagement de Jésus, qui est mort à cause de sa façon de vivre, et nous nous réunissons parce que nous voulons vivre et mourir en mémoire de lui.

Mais est-ce le meilleur lieu, ça, pour, mettons, rencontrer la transcendance ? Il y a peut-être des façons de prier et de rencontrer Dieu qui sont autre chose que ce qu’on fait dans l’eucharistie. Pourquoi tout vouloir concentrer là-dedans ? Et peut-être que ça pourrait permettre à l’eucharistie de garder sa coloration d’être le lieu de l’engagement, où la vie est orientée. Quand Jésus dit : faites ceci en mémoire de moi, il ne dit pas de partager le pain et de boire la coupe. Il dit : faites ce que j’ai fait avec ma vie.

Je vais prendre un autre exemple. Dans l’évangile de Jean, le fameux geste, le lavement des pieds… Je pense que dans l’évangile de Jean, il n’y a pas de récit d’eucharistie parce que Jean était capable d’aller au cœur des choses, et qu’il était en guerre contre le fait qu’on avait pris cela comme un rite. Il s’est dit : je vais leur montrer quel est le sens de l’eucharistie, c’est quoi « faire ceci en mémoire de moi ». Et là il raconte le geste de Jésus qui lave les pieds des uns et des autres.

Voilà ce que veut dire faire ceci en mémoire de lui. Et nous, bêtes comme on est, on a réussi à faire un autre rite ces paroles. Allons-nous sortir des rites ? Autrement dit, Jésus ne nous demande pas de partager le pain et de boire la coupe, il nous demande de vivre comme lui.

Donc, l’eucharistie, c’est la célébration de la vie qui a été vécue comme lui. Mais pour cela, il faut bien que j’aie la chance de dire : « Voici ce que je fais dans la vie, et voici ce que l’autre fait. » Si tout le monde se ferme la trappe et qu’on ne fait rien, qu’est-ce que ça veut dire, vivre comme lui, en mémoire de lui aujourd’hui ?

Pour que la Parole soit croyable (Guy Paiement)

Pour qu’une parole soit entendue, il faut qu’elle soit croyable. Donc il y a des conditions de crédibilité qu’il faut mettre en place. C’est ce à quoi je travaille. Je veux montrer qu’une parole d’Évangile est crédible dans notre société aujourd’hui si on est capable de montrer que la personne qui est exclue, elle ne l’est pas pour nous. Il y a des gens qui sont à leur retraite qui pourraient regarder la télévision, mais qui passent leur temps libre à aller visiter des sidatiques. Il n’y a personne qui est intéressé à faire ça. Ce n’est pas encore l’État qui va s’en occuper, pas tout de suite en tout cas.

Donc, il faut mettre en place les conditions pour rendre une parole crédible. Le problème c’est que, dans notre Église, on n’a pas les conditions pour que la parole soit crédible. On a juste un vieux stock qui est tout de suite filtré par une série de vieux fantômes. Alors il faut qu’on soit capable de trouver des mots neufs, ce qui n’est pas simple. Ce n’est pas seulement une opération de langage, et on ne pourra pas trouver les opérations qu’il faut à moins d’être avec les gens qui ont besoin de quelque chose de vivant.

Donc c’est quelque chose comme le grain qui entre dans la terre. Ça prend un certain temps avant que quelque chose ne pousse. Ça ne veut pas dire qu’il n’est pas là. Je connais beaucoup de gens qui essaient de trouver un autre langage avec les gens, et qui réussissent à être compris. Je donne une anecdote personnelle. On m’avait demandé de participer à un baptême, dernièrement, avec des femmes assistées sociales monoparentales qui avaient été refusées dans leur paroisse. Alors on a décidé, dans notre petit groupe de pastorale sociale, de nous mettre à l’écoute de ces personnes-là qui voulaient faire une démarche de foi, qui l’avaient faite avec quelqu’un pendant un an au moins, et qui voulaient faire baptiser leur enfant. Il y avait un petit bout-de-chou de huit ans, un autre de treize… Alors, comment parler à ces gens-là qui sont déjà blessés ? Comment parler du baptême comme n’étant pas simplement une belle petite fête de famille ?

J’ai essayé de trouver un langage et nous avons travaillé ensemble pour pouvoir leur dire que quelque chose était possible. On a mis de côté le petit livre classique, qui dit qu’il faut qu’on demande aux gens : « Croyez-vous au Père, au Fils, au Saint Esprit, renoncez-vous à Satan ? » Vraiment, ça ne dit strictement rien. Moi je dis aux gens : « Est-ce que vous êtes conscients que vous vous compromettez avec les parrains et marraines et votre enfant pour qu’il puisse être plongé dans une atmosphère où l’amour de Dieu va devenir concret pour lui ? » Les gens disent oui. Bon, mais attention, ne soyons pas fleur-bleue ! Est-ce qu’il y a moyen de dire qu’il va falloir prendre les moyens pour que ce soit possible ?

Dans une autre occasion, il y avait une fille, comme ça, quand je lui demandais : « Qu’est-ce que tu souhaites de meilleur pour ton enfant ? » je pensais qu’elle allait dire : « L’amour de Dieu, le bonheur, qu’elle connaisse le Seigneur… » Elle a dit : « Je voudrais qu’elle ne prenne pas de drogue. » Parce qu’elle, elle en avait pris, et qu’elle ne souhaitait pas ça pour son enfant. Ça faisait partie de son credo. « Je crois que ma fille deviendra quelqu’un d’important si elle ne prend pas de drogue, et je suis prête à prendre les moyens pour qu’elle n’en prenne pas en autant que ça dépend de moi. » Ce n’est pas si mal comme credo.

Alors c’est avec les gens, peu à peu, qu’on est capable de créer un autre langage, mais il faut avoir la préoccupation de le créer. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits actuellement avec les gens qui sont responsables d’accompagner des personnes au salon mortuaire. Il y en a qui sortent le petit livre et qui lisent le petit livre : « On va dire un “Je vous salue Marie” et un “Gloire soit au Père”. » Et il y en a qui disent : « Bon, est-ce qu’il y en a qui ont des souvenirs importants de la personne qui est décédée dont ils aimeraient faire part ? » Et là, ça commence peu à peu. J’ai été témoin de choses complètement extraordinaires, des conversions se sont produites, parce qu’un des frères de celui qui venait de décéder a dit : « il nous a toujours achalés toute sa vie parce qu’il ne faisait pas la même chose que nous autres. Qu’est-ce qu’il essayait de dire ? Et là aujourd’hui je comprends. Il nous posait des questions sur notre vie, et nous on avait de la misère à les accepter, merci mon frère. » Ce n’est pas banal. Mais encore faut-il qu’il y ait de la place pour qu’une parole comme celle-là puisse se dire. Ce ne sont pas deux « Je vous salue Marie » qui vont régler la question.

Alors, c’est une préoccupation de rendre possibles les conditions d’un autre langage. L’autre langage, c’est souvent l’autre qui l’a. C’est son langage, qu’on le laisse parler ! Je pense au film « La Neuvaine » : combien de gens ont été remués pas ce film ! Nous, dans notre petite communauté de base, on a dit : « Il faut absolument qu’on aille tous voir le film, et ensuite on fera une réunion là-dessus, et ensuite on va envoyer nos réactions au cinéaste. » Eh bien ! Il nous a écrit une lettre bouleversante, où il disait : « Je vous remercie de l’intérêt que vous avez porté à ce que j’ai fait, ça m’a permis de découvrir qu’il y a une lumière, des fois, qu’on porte et qui va éclairer beaucoup plus loin que ce qu’on avait pensé .» « Ben ! tu dis : Pas si mal pour un athée ! »

Il faut que l’Église soit toute petite (André Myre)

Une petite réflexion à partir d’une parole de l’Évangile, « Vous êtes le sel de la terre ». À mon niveau, je dis toujours : « Vous êtes le sel de la soupe ». Dans la soupe, ça prend un petit peu de sel, pas trop. Si je demande à quelqu’un qui vient chez moi : « As-tu aimé ma soupe? » et qu’il me répond : « Ton sel était bon », j’ai raté ma soupe. La soupe est bonne quand on ne voit pas qu’il y a du sel, mais ça en prend pour qu’elle soit bonne.

Je trouve raisonnable de vouloir parler au sel. C’est-à-dire que la communauté chrétienne est chargée de jouer son rôle dans le monde, dans l’existence, pour que la société dans laquelle nous vivons trouve que la vie est belle. Ça prend du monde pour parler au sel, et du monde pour faire la soupe. Mais le sel doit savoir que, s’il veut devenir soupe, il se met un doigt dans l’œil jusqu’au coude. Il ne faut pas que le sel devienne soupe. Il ne faut pas que l’Église devienne grosse. Il faut que l’Église soit toute petite, parce que l’important, ce n’est pas elle. L’Évangile ne dit pas : « J’ai tellement aimé l’Église que je lui ai donné Jésus », mais : « J’ai tellement aimé le monde ». C’est le monde qui est important. Il faut que l’Église soit à sa place, toute petite.

 

Nous remercions chaleureusement Johanne Archambault pour la transcription des conférences et de ces réponses dans la plénière, ainsi que pour les sous-titres.

 

 

 

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