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Réactions européennes au document de Rome sur l’eucharistie, Redemptionis Sacramentum

 
 
  • NSAE (Nous sommes aussi l’Église) – FRANCE :
    « Non à la délation ! »

 

La dernière instruction romaine « Redemptionis Sacramentum » aggravée par son appel à la délation, nous est adressée comme un rappel à l'ordre. à l'ordre de la Loi, au mépris de l'Évangile qui nous a fait passer du dogmatisme à la Foi, du ritualisme à l'Amour et de la vengeance à la Justice.

  1. Nous ne reconnaissons pas l'Esprit de Jésus de Nazareth ni dans les
     termes, ni dans le contenu de cette instruction.

  2. Nous affirmons, en toute conscience, ne pas pouvoir en respecter les directives : l'Eucharistie est pour nous bien autre chose qu'un rite sacré et en aucun cas l'objet d'un fétichisme. La grandeur de l'Eucharistie est dans le partage de la communion entre toutes celles et tous ceux qui se réunissent au nom du Christ et, à la première place, les exclus.

  3. Nous sommes profondément indignés par cette exhortation au devoir de délation, seul cas dans l'Église où les fidèles laïcs seraient entendus.

  4. Nous soutenons prêtres, évêques, laïcs qui n'ont pas peur de s'engager sur le chemin tracé par Jésus et qui lui a coûté sa condamnation, le seul chemin qui, aujourd'hui encore, est une chance pour l'avenir de son Église, le chemin de la transgression, non par principe, mais par nécessité.

  5. Nous demandons à l'Épiscopat d'oser faire connaître loyalement au Saint Siège les raisons de notre hostilité à cette circulaire qui nous scandalise.

Un tel usage du pouvoir ne fait que conforter notre opposition à l'article I-51 du projet de constitution européenne qui accorde une prérogative particulière aux Églises.

Nous sommes aussi l'Église (NSAE)
68 rue de Babylone 75007 Paris
nsae@wanadoo.fr
http://perso.wanadoo.fr/nsae-france/
22 mai 2005

 

  • RÉSEAU RÉSISTANCES (BELGIQUE) :
    « Fêtons l’espérance ! »

 

La nouvelle instruction du Vatican sur la liturgie « Redemptionis Sacramentum » répand un climat de méfiance dans les communautés et parle même du droit à la dénonciation !

Tout à l’opposé, le mouvement « Nous sommes Église-Allemagne » propose de fêter l’espérance et le Réseau Résistances de Bruxelles s’y associe.

a. Montrez que vous êtes des chrétiens et chrétiennes majeurs ! Ne laissez pas en panne les ouvertures liturgiques nées du Concile ! Continuez à vivre des expériences spirituelles, continuez à créer des liturgies vivantes et adultes.

b. Insistez auprès de votre communauté sur le fait que la liturgie n’est pas seulement l’affaire des évêques ou des prêtres mais qu’elle concerne tout le corps mystique de l’Église.

c. Continuez à promouvoir la prédication des laïcs, hommes ou femmes, ou l’échange libre de la communauté au cours de la célébration eucharistique.

d. Développez les formes liturgiques proposées par les laïcs, pour autant qu’elles soient acceptées par la communauté.

e. Ne restez pas indifférents à la désertification des messes dominicales, car les gens ne comprennent pas la langue liturgique officielle et ne se sentent pas concernés par les formulations habituelles.

f. Utilisez les possibilités existantes de formation liturgique pour les laïcs; si les formations pour les aides pastorales devaient être réduites ou supprimées à cause de l’instruction romaine, organisez avec d’autres communautés des formations de remplacement.

g. Demandez aux théologiens et théologiennes, soit clercs, soit laïcs, de continuer à assurer leur service auprès de votre communauté, sachant que celle-ci les apprécie et les utilise de bon cœur.

h. Invitez tous les membres de votre communauté à adresser d’abord leur critique éventuelle au conseil de communauté, au prêtre ou au cercle liturgique; ce n’est qu’ensuite et en cas de réponse insatisfaisante, qu’ils devraient alerter une instance supérieure.

i. Encouragez vos prêtres afin qu’ils ne se laissent pas intimider par les menaces et les dénonciations suggérées par l’instruction romaine.

j. Invitez votre évêque à protester à Rome contre cette instruction et à exiger plus de liberté pour les Églises locales.

« Il est paradoxal, alors que les Églises se vident de plus en plus, que le Vatican ne trouve rien de mieux à faire, que d’inculquer des normes liturgiques dépassées et de barrer le chemin d’une Cène oecuménique et communautaire. » (Professeur Hans Küng, Tübingen)

(Traduction et adaptation : Édith Kuropatwa)

 

  • WIR SIND KIRCHE (Autriche) :
    « Rome en panique ! »

 

La nouvelle constitution sur la liturgie du Vatican est un texte de 41 pages accompagnées de 290 notes «bas de pages» comprenant les directives à l'attention du haut et bas clergé pour l'instruire sur ses comportements envers la «très sainte Eucharistie». Il semble que l'intérêt porte surtout sur ce qui est défendu, non permis, pas correct, non admissible et condamnable et donc qui devrait être proscrit. Le mot «ABUS» apparaît 32 fois(14 fois au pluriel).

Une chose ressort clairement de ce texte : Le clergé romain est acculé au pied du mur et défend des domaines qu'il n'est plus capable d'assumer lui-même. Le texte est arrogant dans sa facture - empiré par le fait que les auteurs semblent même pas s'en rendre compte.

Certes personne ne s'attendait à ce que Rome reconnaisse l'engagement et le temps consacré par ces milliers de laïcs qui ont permis à la célébration de l'Eucharistie d'avoir lieu d'une façon digne dans ces temps de crise (manque de prêtres). Personne ne croit que la direction cléricale romaine accorde une attention affectueuse à ce peuple de l'église, qui toujours d'une façon non-rémunérée, investit ses charismes dans la «célébration de notre salut».

L'étendu des réglementations rigides régissant tout ce que les laïques ne doivent PAS faire montre bien le niveau de la panique : grande est la peur, que ces soi-disant «laïcs» pourraient devenir complètement autonomes et du même coup avoir de moins en moins besoin du clergé, surtout du haut clergé. Avec de telles instructions la panique est toujours plus fondée.

De toute évidence les auteurs s'attendent peu à ce que leurs directives soient appliquées. D'où les innombrables renvois à des sanctions. Et lorsqu'à la fin du document on reconnaît que la dénonciation est un «droit» pour tout catholique de révéler des transgressions il devient clair ce que les auteurs pensent de la dignité humaine.

La direction du mouvement «Wir sind Kirche» est donc heureuse d'avoir publié à temps sa brochure Désobéissance - Un Service à rendre à l'Église! pour que soit clairement documenté combien les consignes du Vatican sont étrangères à la réalité et pour que laïques et clercs au lieu d'appliquer ces règles destructrices de la vie et étrangères au vrai monde décident plutôt de suivre leur propre conscience.

 (Communiqué de Presse, 27 avril 2004)

 

  • WIR SIND KIRCHE (ALLEMAGNE) – Prof. Norbert Scholl, théologien (Wilhelmsfeld / Allemagne)

 

Le titre de cette instruction suscite de vives attentes : « Redemptionis Sacramentum », le Sacrement de la Rédemption. Le langage du premier paragraphe laisse également supposer qu’il s’agit ici de quelque chose de grand, d’important et de hautement significatif : « Dans la très sainte Eucharistie, la Mère Église croit fermement et accueille avec joie, célèbre et adore le SACREMENT DE LA RÉDEMPTION, en annonçant la mort de Jésus-Christ et en proclamant sa résurrection, jusqu’à ce qu’il vienne dans la gloire, comme Seigneur et Maître invincible, Prêtre éternel et Roi de l’univers, pour remettre entre les mains de la souveraine puissance du Père, le règne de la vérité et de la vie » (1).

Cependant dès le paragraphe suivant il est question de « l’ensemble des normes relatives à la très sainte Eucharistie », et de « certains éléments contenus dans les normes liturgiques antérieurement exposées et établies ». Et c’est dans le quatrième paragraphe qu’apparaît alors pour la première fois le petit mot « abus » qui sera répété 31 fois dans les pages suivantes (dont 14 fois au pluriel). […]

[On y voit] surtout sur ce qui est interdit, ce qui n’est pas permis, ce dont on n’a pas le droit, ce qui ne convient pas, et ce qui est à réprimer comme répréhensible. On se demande pourquoi un tel document est au fond rendu accessible au grand public. La Congrégation aurait pu l’envoyer aux évêques et ceux-ci auraient pu le transmettre aux curés. Quels sont donc les laïcs qui s’intéressent au matériau dans lequel doivent être confectionnés les vêtements ou les vases liturgiques et veulent savoir que « l’aube est serrée autour des reins par le cordon, à moins qu’elle ne soit confectionnée de telle manière qu’elle puisse s’ajuster même sans cordon » (184).

C’est ici un appel à la dénonciation qui est formulé sous une forme claire et concise. Et auparavant déjà les prêtres sont exhortés « à veiller fidèlement à ce que des actes de ce genre, qui défigurent la liturgie, ne soient pas commis par d’autres » (31) comme des abus. […]

On ne peut que plaindre tous les évêques qui se sentiront maintenant tenus de veiller au respect des dispositions édictées par cet oukase romain et d’intervenir sans délai « chaque fois que l’Ordinaire du lieu ou d’un Institut religieux ou bien d’une Société de vie apostolique a connaissance, au moins vraisemblable, d’un délit ou d’un abus commis à l’encontre de la très sainte Eucharistie »…

L’ensemble de l’Instruction se lit uniquement comme un document inspiré par la peur et la méfiance. On n’y trouve aucune trace de cet élan plein de courage et d’allégresse qui nous fait entrer dans le nouveau millénaire. Rien n’y respire l’esprit de cette liberté, pour laquelle le Christ a fait tomber nos chaînes, mais on y sent bien un peu ce qui constitue le joug de la servitude (cf. Galates V,1). On ne peut y reconnaître que Rome a compris les signes des temps et est prêt à en tirer les conséquences avec courage et confiance. Il nous reste seulement à espérer que des chrétiennes et des chrétiens parvenus à l’âge adulte ne seront pas trop nombreux à se laisser intimider par cette liste de prescriptions et d’interdits.

(Traduit de l’allemand par Jean Courtois, Lyon)

 

  • INITIATIVE POUR UNE ÉGLISE PLUS VIVANTE (TYROL MÉRIDIONAL, ITALIE) : « Une entrave opposée à un office religieux vivant »

 

Le Conseil d’Administration de l’ « Initiative ‘Pour une Eglise plus vivante’ » caractérise l’Instruction intitulée « Redemptionis Sacramentum » (Sacrement de la Rédemption) publiée hier au Vatican comme une entrave opposée à un office religieux vivant. « Les fidèles appellent de leurs vœux dans l’office religieux du dimanche une liturgie vivante qui leur apporte des encouragements et un soutien dans leur foi et dans leur vie », souligne Le Président Robert Hochgruber. « C’est pourquoi il est très regrettable que l’Instruction ne contienne que des limitations et des interdictions juridiques exagérées ». Cette publication est marquée, poursuit-il, par des peurs et ne parle presque que d’abus. D’après le Conseil d’Administration le seul détail heureux est que les interdictions concernant le rôle de servants de messe attribué à des filles et les applaudissements durant l’office religieux, telles qu’elles avaient été prévues dans les versions antérieures n’apparaissent plus dans le texte définitif. Ce qu’on doit constater, poursuit-il, c’est une fixation sur le prêtre, ce qui ne saurait qu’à peine encourager la collaboration des laïcs. Il faudra nettement refuser l’invitation contenue dans l’Instruction et adressée à tous les catholiques, hommes et femmes, à déposer une plainte contre le abus en matière de liturgie, car ce serait de la dénonciation.

On ne saurait mettre dans le même sac les situations religieuses régnant dans les paroisses et les diocèse des différents continents. En ce sens la déclaration romaine est caractérisée par sa forte tendance centraliste. Les diverses conférences épiscopales devraient pouvoir édicter des réglementations liturgiques qui correspondent à la culture, aux modes de vie et à la tradition religieuse régnant localement, déclare le Conseil d’Administration de l’ « Initiative ‘Pour une Eglise plus vivante’ ».

Il encourage les paroisses à conserver les pratiques jusqu’ici coutumières dans leurs offices religieux et à continuer de les développer. L’avenir de l’Eglise dépendra en effet aussi, dit-il, des conditions auxquelles les fidèles peuvent s’exprimer dans la célébration de l’Office divin et peuvent s’y reconnaître.

(Traduit de l’allemand par Jean Courtois, Lyon).

Initiativgruppe für eine lebendigere Kirche – per una Chiesa più umana – pur na dlijia plü via Kirchenvolksbegehren - Tschötsch Nr. 99 I - 39042 - BRIXEN /BRESSANONE Telefon / Fax ++39-0472-852530 -
www.we-are-church.org/suedtirol
initiativgruppe-KVB@dnet.it

 

  • GROUPES - JONAS (FRANCE) :
    Pour JONAS il s'agit dans le document romain de ce que le philosophe Marcel GAUCHET qualifie « d'outil pour servir à rien... »

 

Nombreux sont les membres du groupe JONAS et d’autres qui ont demandé à JONAS de se prononcer et surtout de manifester son désaccord par rapport au document romain : « Redemptionis Sacramentum »

La réaction de JONAS s’inspire principalement d’un entretien avec le philosophe en même temps directeur de l’École des hautes études en sciences sociales : Marcel GAUCHET. Entretien publié le 15 avril dans la revue CROIRE aujourd’hui dont autorisation de publier sur le site JONAS a été donnée.

A l’avis de JONAS, très clairement, sans langue de bois, Marcel GAUCHET aborde dans ce court entretien la question de fond du déphasage de l’Église et pas seulement de l’Église romaine mais de l’ensemble des religions.

La gravité du document romain est là.

« Les outils qu'ils ont ( les chrétiens ) à leur disposition ne sont plus pertinents et ne leur permettent pas d'échanger avec leurs partenaires non-croyants. »

« L'obstacle est toujours le même: le retard de la conscience sur les événements. Nous nous trouvons dans une situation très nouvelle et dont la mesure n'est pas encore prise. Cela est vrai des institutions ecclésiales qui semblent beaucoup plus en retard que les chrétiens eux-mêmes. Dans le cadre français, cet obstacle est probablement lié à une situation historique de marginalisation par rapport à l'énorme place occupée par le passé. Le sentiment d'un déclin qui est presque un effondrement pousse beaucoup de croyants à une attitude spontanée de repli sectaire. Il faut défendre la citadelle et l'on resserre les rangs »

« Il est certain que la société leur demande une parole sur cette situation. Mais il est clair, en même temps, que les non-croyants, pas plus que les croyants eux -mêmes d'ailleurs, ne se contenteront d'une réponse du type: « Dans l'Évangile se trouve la réponse à toutes les questions. » Le langage de leur foi ne donne plus aux chrétiens les moyens d'intervenir dans le débat public. Et ils le sentent bien. »

Pour conclure :Une simple réaction d’un prêtre de terrain :

« Je trouve que vous donnez beaucoup trop d’importance à une circulaire romaine sans intérêt, agaçante et maladroite, mais qui n’intéresse personne et n’a eu, heureusement, aucun écho dans mes médias. …Je reste persuadé que nous ne pouvons pas empêcher quelques ronds de cuir de la Curie d’émettre des circulaires. Réagir massivement serait donner à une circulaire une importance qu’elle n’a pas. Les italiens sont beaucoup plus pragmatiques que nous : ils savent depuis longtemps que, sur des sujets comme cela, la meilleure solution c’est : « cause toujours, nous on vit et on témoigne de notre foi ».

Jonas sous son ricin (Lettre du 10 mai 2004)
http://www.groupes-jonas.com/

 

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