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Le Forum André-Naud  –  Le projet, la réalité, l'avenir
Claude Lefebvre, f. ch.

 


 

Allocution d’ouverture au congrès de fondation
Trois-Rivières, 15 novembre 2006

Le projet

J’ai déjà raconté comment a surgi l’idée d’un Forum qui pourrait porter le nom d’André Naud, théologien bien connu et estimé au Québec et décédé depuis peu.

La lecture d’un de ses ouvrages intitulé : «  Un aggiornamento et son éclipse » m’avait particulièrement rejoint et interpellé.  Ce travail de recherche et d’analyse projetait une lumière révélatrice sur ma propre expérience de croyant et d’homme d’Église en la situant dans le vécu ecclésial des 40-50 dernières années.  Il m’apparaissait désormais que ce que j’avais éprouvé moi-même quant au sort de l’intelligence et de la liberté dans l’expérience chrétienne s’inscrivait tout à fait dans ce que l’Église, dans son ensemble avait vécu.

Dans la présentation du livre on énonce ceci :

Vatican II demeure l’événement ecclésial le plus important du XXème siècle. Sa préparation et sa réalisation ont libéré la parole, suscité la solidarité dans la recherche de la vérité, favorisé la libre expression des opinions et des convictions. Un véritable aggiornamento qui semble, depuis, contredit par plusieurs interventions romaines qui menacent sérieusement la liberté dans l’Église.

Ce que j’avais vécu intensément à ma mesure comme croyant et prêtre au cours d’un long cheminement de vie adulte se trouvait projeté sur le grand écran de l’histoire de l’Église. Cela m’a profondément marqué, et depuis lors – une dizaine d’années – m’a gardé en état d’éveil.

Et puis, il y a eu plus récemment, l’événement déclencheur pour moi de certaines interventions courageuses d’un prêtre – Raymond Gravel – dans les médias. Un langage, à ce qu’il m’a  paru, aussi rafraîchissant pour un large public ( croyant et incroyant) qu’ énervant pour une large partie du monde clérical. J’ai cherché à comprendre ce que cela voulait dire.

De là est né le projet du Forum. Une proposition sommaire que j’ai adressée à 8 ou 9 prêtres, en avril 2005. Il y eut quelques rencontres espacées. Nous étions 8,10 ou 12 à la table. Assez tôt nous avons fait l’expérience de la « lettre ouverte de 19 prêtres aux évêques du Québec ». Puis, de nouvelles rencontres autour du projet. Et du recrutement dans cinq ou six diocèses principalement.

Et nous y voilà.

La réalité d’aujourd’hui

La réalité d’aujourd’hui. Nous sommes une cinquantaine de personnes inscrites comme membres-fondateurs – dont 42 ici présentes – constituent l’assemblée de fondation. Par ailleurs, une quinzaine de personnes se sont inscrites comme sympathisantes et environ le même nombre comme abonnées à l’information.

Aujourd’hui, le projet devient réalité c’est à dire : un mouvement formel dont les objectifs, la structure et le fonctionnement sont établis de façon démocratique par l’assemblée de ses membres.

Le Forum : son avenir

Nous ne voulons pas jouer aux révolutionnaires, mais pour demeurer honnêtes nous ne pouvons pas cacher le caractère critique de notre mouvement. À propos de son livre, André Naud, par souci d’honnêteté, prévenait le lecteur en ces termes :

Concernant les questions qu’il aborde, l’ouvrage qu’on va lire est très critique de ce qui s’est passé dans l’après-Concile. On aurait tort de le lire comme une agression. Certes, le lecteur se trouvera invité à ne pas aimer, à rejeter même, au nom de la fidélité aux deux derniers conciles, des orientations qu’on semble vouloir prendre depuis trois décennies. Il sera invité à refuser une pensée qui enferme trop le croyant, qui enferme trop la foi et, par-dessus tout, qui enferme trop l’Église. Il ne trouvera le procès de personne.

Nous nous engageons, il me semble sur cette piste-là.  Notre existence et nos interventions auront-elles un impact?  Difficile à dire!

À un débat récent sur la dissidence au sein de l’Église, un participant en provenance de l’assemblée posait la question – à partir de l’expérience des 30 dernières années : « La dissidence ,qu’ossa donne? »

Sans prétendre fournir une réponse qui fasse taire le questionnement nous pouvons nous référer à cette réflexion d’André Naud en postface de son livre (p.213) :

Une autre attitude est possible en face des difficultés qu’on éprouve dans l’Église à bien dire et à bien vivre la liberté dans la foi. On peut décider d’espérer et de lutter.  Ces deux mots ne sont pas dissociables. On n’a pas le droit d’espérer si on ne lutte pas; on n’a pas le courage de lutter si on n’espère pas.

Notre mouvement lui-même va-t-il tenir le coup aussi longtemps que la situation l’exigera ou va-t-il mourir faute de combattants et s’étouffer dans la déception?

L’avenir n’est pas assuré! Abraham et tous les autres qui ont cru au cours des siècles n’étaient sûrs de rien… sinon de Celui qui les appelait.

Dans une assemblée de conseil presbytéral de ce printemps dans l’un de nos diocèses la question posée était la suivante : Comment chacun de nous a-t-il réagi à la lettre ouverte des 19 prêtres? …Au cours de l’échange, l’Évêque s’inquiétait de ce Forum André-Naud qui pointait à l’horizon. Un membre du conseil suggéra que l’on pouvait s’inspirer de l’attitude de Gamaliel – alors que Pierre et les apôtres comparaissaient devant le Sanhédrin  (Act 5 :33 ss) :

Exaspérés, par les paroles des apôtres ils projetaient de les faire mourir… Mais un homme se leva dans le Sanhédrin, c’était un Pharisien du nom de Gamaliel, un docteur de la loi estimé de tout le peuple. Il ordonna de faire sortir un instant les prévenus, puis il déclara : «  Israélites, prenez bien garde à ce que vous allez faire dans le cas de ces gens.  Ces derniers temps on a vu surgir Theudas : il prétendait être quelqu’un et avait rallié environ 400 hommes; lui-même a été tué, tous ceux qui l’avaient suivi se sont débandés et il n’en est rien resté.  On a vu surgir ensuite Judas le Galiléen, à l’époque du recensement; il avait soulevé du monde à sa suite; lui aussi a péri et tous ceux qui l’avaient suivi se sont dispersés. Alors, je vous le dis, ne vous occupez donc plus de ces gens et laissez-les aller! Si c’est des hommes, en effet, que vient leur résolution ou leur entreprise, elle disparaîtra d’elle-même.  Si c’est de Dieu, vous ne pourrez pas les faire disparaître.  N‘allez pas risquer de vous trouver en guerre avec Dieu!

On peut souhaiter que les conseils presbytéraux de nos diocèses se laisseront inspirer par Gamaliel. Et aussi, et surtout,…que nous puiserons nous-mêmes à cette parole de Dieu. Ce que nous ferons, ce que nous créerons de neuf en notre Église et dans notre monde, ce que nous deviendrons, tiendra à la fois des hommes (de nous-mêmes) et de l’Esprit.  Mais l’Esprit ne nous est jamais acquis… il viendra sans doute à la mesure de notre appel, de notre désir, de notre disponibilité…

«  Laissons-nous mener par l’Esprit… »
C’est là notre prière pour aujourd’hui et demain!

Il est permis, quand même, de souhaiter qu’on ne nous réserve pas le même sort qu’aux apôtres ce jour-là. Le verset suivant l’intervention de Gamaliel nous dit que se rangeant  à l’avis de celui-ci, les membres  du Sanhédrin rappelèrent les apôtres, les firent battre de verges et… les relâchèrent.

 


 

 

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