Culture et Foi > Dossiers > Forum André Naud > Mot d'ouvertue à l'Assemblée générale annuelle  (31octobre 2007)

Assemblée générale annuelle du Forum André Naud (31 octobre2007) :
Mot d’ouverture

Claude Lefebvre

 



Bienvenue à toutes et tous
Chers(es) amis(es)
 

1.       Où en est le Forum?

Où en sommes-nous?  Tout récemment Mgr Paul-Émile Charbonneau s’en informait auprès de moi avec un grand intérêt. Souvent je suis provoqué à répondre à cette question. Permettez-moi de vous partager ma perception.

Je mentionnerai d’abord un aspect que l’on peut considérer négatif : le lent développement numérique du Forum. J’avais d’abord espéré que nous soyons jusqu’à cent membres pour le congrès de fondation; nous étions 50. Un an plus tard, cette année j’escomptais vraiment la centaine.  Nous n’y sommes pas encore.  Soixante-quinze peut-être. Nous ne sommes structurés que dans 7 diocèses… sur 25 (je crois) au Québec.  Mais peut-être vaut-il mieux s’enraciner solidement et développer une pratique dans la poursuite de nos objectifs avant de devenir un grand arbre…un grand arbre trop fragile que la première tempête pourrait jeter par terre.

L’aspect  positif et vraiment prometteur que présente aujourd’hui le Forum, c’est la vitalité (à degré variable bien sûr) de nos équipes diocésaines.  De façon autonome, chacune s’occupe d’elle-même, de sa poursuite des objectifs du Forum, en prenant les initiatives qu’elle juge bon de prendre, face aux problématiques qu’elle a ciblées. Les rapports des équipes qui vont nous être communiqués à l’instant en témoignent. Autres réalisations à notre crédit : les rencontres de l’équipe nationale et notre brochure (qui en est à son sixième numéro).  Deux moyens qui permettent aux équipes de se soutenir, de s’enrichir mutuellement et éventuellement d’entreprendre des actions communes. La brochure nous permet par ailleurs de faire des incursions au-delà du membership.

2.       La poursuite de nos objectifs en Église.

En  nous employant à la promotion de la liberté de pensée et de parole, et en assumant au besoin une fonction critique au sein de l’Institution ecclésiale,  nous nous exposons à vivre un jour ou l’autre des relations difficiles avec nos Évêques.  Dès le premier contact avec Mgr Pierre Gaudette, secrétaire général de l’AECQ (Assemblée des évêques catholiques du Québec), je lui ai mentionné qu’à mon avis la mouvance « Forum André-Naud »est porteuse d’une profonde insatisfaction à l’égard de notre épiscopat, et que notre projet nous amenait sur un terrain miné. Ce n’était pas une déclaration de guerre. Il s’agissait de reconnaître dès le point de départ le défi que constituait le dialogue recherché. J’ai bien dit «  le dialogue recherché ». J’ai signalé avec insistance au secrétaire de l’AECQ que nos évêques représentaient pour nous des «  incontournables ». Nous n’ambitionnons pas de construire de petites églises à côté de l’Église. Nous sommes d’Église, et nous voulons le demeurer.

Mais comment accéder à ce « parler vrai… »? Si nous considérons l’épiscopat dans sa globalité (sans tenir compte des variables selon les lieux et les personnes) nous avons de sérieux obstacles à franchir. Je pense – et si je fais erreur, de grâce qu’on me le dise – je pense vraiment que la grande majorité d’entre nous endosserions ce qu’écrivait Dominique Boisvert suite à la lettre des 19 prêtres… et au Message de la CRC. Je cite :

« Nous n’avons plus de pasteurs à l’écoute de leur peuple, mais des officiers prisonniers de leur chaîne de commandement, des ministres prisonniers de leur solidarité gouvernementale, des leaders prisonniers de leur autocensure face à Rome. »

S’adressant directement aux évêques, il poursuit :

« Vous êtes des hommes dévoués et fidèles, pour la plupart vraiment à l’écoute des difficultés et des souffrances des hommes et femmes dont vous avez la charge. Mais vous n’êtes pas libres de dire ce que vous voyez et entendez. Vous ne vous sentez pas libres de dire vraiment ce que vous pensez, y compris vos questions et vos doutes. Vous n’osez plus prendre la liberté de dire publiquement ce qui devrait être soulevé dès que cela risque de s’éloigner de ce que Rome vous semble vouloir entendre. C’est ce qu’on appelle l’autocensure. Ce n’est plus la liberté des enfants de Dieu à laquelle nous convie l’Évangile » (« Lettre à mes frères évêques du Québec »).

Recherchant une liberté responsable nous sommes stimulés par le fait que notre épiscopat s’avère en manque de liberté; je dirais même en perte progressive de liberté. Je vois un indice de cette dégradation dans la façon dont est traitée la question de l’accès à l’Eucharistie pour les personnes en situation maritale irrégulière.

En 1995 la revue L’Église canadienne publie une étude sérieuse et passionnée d’André Naud qui a pour titre : « L’Église d’aujourd’hui et les divorcés remariés ».  En voici la première phrase : « Une évidence saute aux yeux de tout observateur : un immense malaise entoure aujourd’hui la manière dont l’Église aborde et traite la question du divorce. » Et il poursuit : «  Les évêques, les premiers, semblent de plus en plus conscients de ce malaise. »

Environ 10 ans plus tard, le comité de théologie de L’AECQ publie une note théologique et pastorale à propos de l’accueil des personnes en situation conjugale particulière (nov.2006). Voilà que le comité y tient un tout autre langage et en arrive à dire : « Un certain nombre de portes leur sont évidemment  fermées. Par exemple, une forme de célébration de leur (nouvel) engagement… ou encore, plus évidemment, la communion eucharistique, à cause de la signification même de ce sacrement. »

En dix ans l’évidence s’est déplacée! Elle a changé de camp. C’est à croire que nos Évêques se sont libérés de leur malaise. Comment comprendre cela? Personnellement, je ne peux pas croire, ou bien je ne veux pas croire que ce texte rende justice à la pensée et à l’attitude profondes de la majorité de nos Évêques… même s’il est écrit en leur nom. Peut-être ce texte démontre-t-il que nos Évêques ne s’accordent plus le droit d’être eux-mêmes et qu’ils se fondent sur la doctrine et la discipline romaines.

3.       Le message de la CRC... et après

Et je termine, avec Rome précisément; avec la visite ad limina de nos Évêques en 2006 et le message que la Conférence Religieuse Canadienne (CRC) avait adressé à ces derniers pour les encourager. Message qui semble plutôt avoir découragé certains d’entre eux.

Un merci chaleureux à Mgr Pierre Gaudette pour nous avoir partagé le travail de confrontation des deux analyses portant sur la situation de l’Église au Québec : celle du message de la CRC et celle du rapport de l’AECQ adressé à Benoit XV1 et à la curie romaine. Personnellement j’apprécie grandement cette contribution à la brochure qui vient de vous être remise. J’y trouve une inspiration et un tremplin pour formuler une proposition qui pourrait devenir un projet. Qui sait?

Voici en très peu de mots de quoi il s’agit :

Il m’a paru clair, à la lecture de l’étude de Pierre Gaudette que sur l’essentiel les deux analyses se rejoignent; elles affirment avec insistance la nécessité de l’inculturation du message évangélique. Il faut rendre ce message audible pour le monde de chez-nous, aujourd’hui et ils identifient un certain nombre de défis particuliers à relever. Là où on ne se comprend plus – et là-dessus Épiscopat et C.R.C. se trouvent en situation très différentes – c’est sur la façon de gérer ces défis tout en demeurant dans la communion ecclésiale.

Il s’agit donc de cerner  et d’approfondir cette vaste question de la communion  ecclésiale.  De là m’est venu à l’esprit, la proposition que je vous transmets.

4.       Faire mémoire de Vatican II

L’année 2009 marquera le 50ième anniversaire de l’annonce du concile Vatican II par Jean XXIII. Les deux seuls évêques canadiens qui ont vécu ce concile, à titre de pasteur d’un diocèse, et sont encore de ce monde sont Mgr Paul-Émile Charbonneau et Mgr DeRoo. Avec deux laïcs engagés comme secrétaires au Concile, et plus récemment avec Gilles Routhier de Québec, et avec d’autres collaborateurs que l’équipe rejoindra ils souhaitent susciter un large mouvement de rappel de Vatican II. Serait-il possible d’inscrire dans ce mouvement un colloque (ou quelque chose du genre) auquel collaboreraient des théologiens et d’autres chrétiens, mais aussi des évêques, actuels et émérites. Une opération sérieuse qui favoriserait une meilleure intelligence au sein de notre Église – Pasteurs et Peuple – de cette question centrale. Comment elle se pose aujourd’hui chez-nous? Quels éclairages peuvent nous parvenir de Vatican II? Voilà.

Je vous remercie de votre attention. Je vous souhaite une assemblée générale aussi utile qu’agréable. Bonne journée!

 

 

 

 

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