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Bienvenue à
toutes et tous
Chers(es) amis(es)
1.
Où en est le
Forum?
Où en
sommes-nous? Tout récemment Mgr Paul-Émile
Charbonneau s’en informait auprès de moi avec un
grand intérêt. Souvent je suis provoqué à
répondre à cette question. Permettez-moi de vous
partager ma perception.
Je mentionnerai
d’abord un aspect que l’on peut considérer
négatif : le lent développement numérique
du Forum. J’avais d’abord espéré que nous soyons
jusqu’à cent membres pour le congrès de
fondation; nous étions 50. Un an plus tard,
cette année j’escomptais vraiment la centaine.
Nous n’y sommes pas encore. Soixante-quinze
peut-être. Nous ne sommes structurés que dans 7
diocèses… sur 25 (je crois) au Québec. Mais
peut-être vaut-il mieux s’enraciner solidement
et développer une pratique dans la poursuite de
nos objectifs avant de devenir un grand arbre…un
grand arbre trop fragile que la première tempête
pourrait jeter par terre.
L’aspect positif
et vraiment prometteur que présente aujourd’hui
le Forum, c’est la vitalité (à degré variable
bien sûr) de nos équipes diocésaines. De façon
autonome, chacune s’occupe d’elle-même, de sa
poursuite des objectifs du Forum, en prenant les
initiatives qu’elle juge bon de prendre, face
aux problématiques qu’elle a ciblées. Les
rapports des équipes qui vont nous être
communiqués à l’instant en témoignent. Autres
réalisations à notre crédit : les rencontres de
l’équipe nationale et notre brochure (qui en est
à son sixième numéro). Deux moyens qui
permettent aux équipes de se soutenir, de
s’enrichir mutuellement et éventuellement
d’entreprendre des actions communes. La brochure
nous permet par ailleurs de faire des incursions
au-delà du membership.
2.
La poursuite de
nos objectifs en Église.
En nous
employant à la promotion de la liberté de pensée
et de parole, et en assumant au besoin une
fonction critique au sein de l’Institution
ecclésiale, nous nous exposons à vivre un jour
ou l’autre des relations difficiles avec nos
Évêques. Dès le premier contact avec Mgr Pierre
Gaudette, secrétaire général de l’AECQ
(Assemblée des évêques catholiques du Québec),
je lui ai mentionné qu’à mon avis la mouvance
« Forum André-Naud »est porteuse d’une profonde
insatisfaction à l’égard de notre épiscopat, et
que notre projet nous amenait sur un terrain
miné. Ce n’était pas une déclaration de guerre.
Il s’agissait de reconnaître dès le point de
départ le défi que constituait le dialogue
recherché. J’ai bien dit « le dialogue
recherché ». J’ai signalé avec insistance au
secrétaire de l’AECQ que nos évêques
représentaient pour nous des «
incontournables ». Nous n’ambitionnons pas de
construire de petites églises à côté de
l’Église. Nous sommes d’Église, et nous voulons
le demeurer.
Mais comment
accéder à ce « parler vrai… »? Si nous
considérons l’épiscopat dans sa globalité (sans
tenir compte des variables selon les lieux et
les personnes) nous avons de sérieux obstacles à
franchir. Je pense – et si je fais erreur, de
grâce qu’on me le dise – je pense vraiment que
la grande majorité d’entre nous endosserions ce
qu’écrivait Dominique Boisvert suite à la lettre
des 19 prêtres… et au Message de la CRC. Je
cite :
« Nous n’avons
plus de pasteurs à l’écoute de leur peuple, mais
des officiers prisonniers de leur chaîne de
commandement, des ministres prisonniers de leur
solidarité gouvernementale, des leaders
prisonniers de leur autocensure face à Rome. »
S’adressant directement aux évêques, il
poursuit :
« Vous êtes des hommes dévoués et fidèles, pour
la plupart vraiment à l’écoute des difficultés
et des souffrances des hommes et femmes dont
vous avez la charge. Mais vous n’êtes pas libres
de dire ce que vous voyez et entendez. Vous ne
vous sentez pas libres de dire vraiment ce que
vous pensez, y compris vos questions et vos
doutes. Vous n’osez plus prendre la liberté de
dire publiquement ce qui devrait être soulevé
dès que cela risque de s’éloigner de ce que Rome
vous semble vouloir entendre. C’est ce qu’on
appelle l’autocensure. Ce n’est plus la liberté
des enfants de Dieu à laquelle nous convie
l’Évangile »
(« Lettre
à mes frères évêques du Québec »).
Recherchant une liberté responsable nous sommes
stimulés par le fait que notre épiscopat s’avère
en manque de liberté; je dirais même en perte
progressive de liberté. Je vois un indice de
cette dégradation dans la façon dont est traitée
la question de l’accès à l’Eucharistie pour les
personnes en situation maritale irrégulière.
En 1995
la revue L’Église canadienne publie une
étude sérieuse et passionnée d’André Naud qui a
pour titre : « L’Église d’aujourd’hui et les
divorcés remariés ». En voici la première
phrase : « Une évidence saute aux yeux de
tout observateur : un immense malaise
entoure aujourd’hui la manière dont l’Église
aborde et traite la question du divorce. » Et il
poursuit : « Les évêques, les premiers,
semblent de plus en plus conscients de ce
malaise. »
Environ
10 ans plus tard, le comité de théologie de L’AECQ
publie une note théologique et pastorale à
propos de l’accueil des personnes en situation
conjugale particulière (nov.2006). Voilà que le
comité y tient un tout autre langage et en
arrive à dire : « Un certain nombre de portes
leur sont évidemment fermées. Par
exemple, une forme de célébration de leur
(nouvel) engagement… ou encore, plus
évidemment, la communion eucharistique, à
cause de la signification même de ce
sacrement. »
En dix
ans l’évidence s’est déplacée! Elle a changé de
camp. C’est à croire que nos Évêques se sont
libérés de leur malaise. Comment comprendre
cela? Personnellement, je ne peux pas croire, ou
bien je ne veux pas croire que ce texte rende
justice à la pensée et à l’attitude profondes de
la majorité de nos Évêques… même s’il est écrit
en leur nom. Peut-être ce texte démontre-t-il
que nos Évêques ne s’accordent plus le droit
d’être eux-mêmes et qu’ils se fondent sur la
doctrine et la discipline romaines.
3.
Le message de la
CRC... et après
Et je
termine, avec Rome précisément; avec la visite
ad limina de nos Évêques en 2006 et le message
que la Conférence Religieuse Canadienne
(CRC) avait adressé à
ces derniers pour les encourager. Message qui
semble plutôt avoir découragé certains d’entre
eux.
Un
merci chaleureux à Mgr Pierre Gaudette pour nous
avoir partagé le travail de confrontation des
deux analyses portant sur la situation de
l’Église au Québec : celle du message de la CRC
et celle du rapport de l’AECQ adressé à Benoit
XV1 et à la curie romaine. Personnellement
j’apprécie grandement cette contribution à la
brochure qui vient de vous être remise. J’y
trouve une inspiration et un tremplin pour
formuler une proposition qui pourrait devenir un
projet. Qui sait?
Voici en très peu
de mots de quoi il s’agit :
Il m’a
paru clair, à la lecture de l’étude de Pierre
Gaudette que sur l’essentiel les deux analyses
se rejoignent; elles affirment avec insistance
la nécessité de l’inculturation du message
évangélique. Il faut rendre ce message audible
pour le monde de chez-nous, aujourd’hui
et ils identifient un certain nombre de défis
particuliers à relever. Là où on ne se comprend
plus – et là-dessus Épiscopat et C.R.C. se
trouvent en situation très différentes – c’est
sur la façon de gérer ces défis tout en
demeurant dans la communion ecclésiale.
Il
s’agit donc de cerner et d’approfondir cette
vaste question de la communion ecclésiale. De
là m’est venu à l’esprit, la proposition que je
vous transmets.
4.
Faire mémoire de
Vatican II
L’année
2009 marquera le 50ième anniversaire
de l’annonce du concile Vatican II par Jean
XXIII. Les deux seuls évêques canadiens qui ont
vécu ce concile, à titre de pasteur d’un
diocèse, et sont encore de ce monde sont Mgr
Paul-Émile Charbonneau et Mgr DeRoo. Avec deux
laïcs engagés comme secrétaires au Concile, et
plus récemment avec Gilles Routhier de Québec,
et avec d’autres collaborateurs que l’équipe
rejoindra ils souhaitent susciter un large
mouvement de rappel de Vatican II. Serait-il
possible d’inscrire dans ce mouvement un
colloque (ou quelque chose du genre) auquel
collaboreraient des théologiens et d’autres
chrétiens, mais aussi des évêques,
actuels et émérites. Une opération sérieuse qui
favoriserait une meilleure intelligence au sein
de notre Église – Pasteurs et Peuple – de cette
question centrale. Comment elle se pose
aujourd’hui chez-nous? Quels éclairages peuvent
nous parvenir de Vatican II? Voilà.
Je vous
remercie de votre attention. Je vous souhaite
une assemblée générale aussi utile qu’agréable.
Bonne journée!
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