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Culture et Foi Outaouais-des-deux-Rives est un
groupe régional d’Ottawa-Gatineau, appartenant
au Réseau Culture-et-Foi. Ce groupe est un
réseau de baptisés, qui partagent leur foi,
croient en leur Église et expriment volontiers
leur
sensus fidelium.
Ce groupe prend la parole sur des problèmes
d’actualité et donne son approbation ou formule
des critiques positives concernant des positions
prises par la hiérarchie à l’égard de ces
problèmes.
Le texte ci-dessous est le fruit d’une démarche
d’abord individuelle et puis collective qui
consiste à verbaliser une vision concrète de la
foi vécue par le groupe en vue de la partager et
de la rendre communicable au monde contemporain.
Ce texte fut soumis à la critique d’Élisabeth
Lacelle, Jacques Lison et Luc Tardif et de
l’audience lors d’un colloque récent.
Le groupe invite tous les intéressés à discuter
ce texte soit pour partager notre vision et se
l’approprier, soit pour la modifier soit encore
pour la rejeter.
CE QUE NOUS CROYONS
Nous croyons au Dieu de Jésus-Christ, modèle
fascinant d’humanité qui nous rejoint et nous
dérange, et à la rencontre de qui nous venons en
toute liberté. Nous croyons que Jésus est
vivant : Dieu l’a ressuscité.
Pour lui comme pour nous, la mort n’est pas le
terme de l’existence mais plutôt le passage vers
la vie en plénitude.
L’espérance en la résurrection est une lumière
qui nous guide tout au long de notre vie à la
rencontre de Dieu.
Nous définissons notre foi comme une énergie
intérieure, une aspiration profonde, qui oriente
nos engagements au quotidien et dans les moments
sombres, lorsque nous trouvons difficile d’aimer
et de pardonner. Notre foi se nourrit dans la
prière individuelle et communautaire. Nos
familles et nos éducatrices et éducateurs ont
joué un rôle important pour le développement de
notre foi. Par ailleurs c’est souvent à travers
nos remises en question et nos heures
d’incertitude sinon de rejet que nous
atteignons la maturité nécessaire pour
rencontrer le vrai Dieu et découvrir Jésus en
tant que guide et source d’inspiration de notre
vie.
Comme chrétiennes et chrétiens, à la suite de
Jésus, nous essayons de saisir le dessein de
Dieu pour le monde. Nous croyons que travailler
à l’instauration d’un monde où règne la
fraternité et la justice est ce qui donne un
sens véritable à la vie. Voilà pourquoi nous
devons intervenir avec force pour promouvoir la
justice sociale. Il importe de
reconnaître l’autre dans sa dignité, sans
discrimination aucune, en tant que personne.
Il faut
reconnaître Jésus-Christ dans les personnes
marginalisées pour leur permettre de vivre plus
humainement et les soutenir dans leur lutte
quotidienne. Notre vie personnelle et notre
mission ne font alors qu’un parce qu’elles se
nourrissent à la même source. Bref, nous croyons
qu’aimer son prochain comme soi-même définit la
pratique chrétienne. Telle est la voie
privilégiée de la transformation du monde.
L’Église, Peuple de Dieu, est un rassemblement
de personnes qui veulent mener leur vie dans la
ligne du message de Jésus :
un groupe en marche, qui cherche et qui trouve.
Cette communauté
ouverte à tous, se rassemble pour prier, célébrer
le mémorial de Jésus et travailler ensemble à
construire un monde meilleur ici et maintenant.
Le sacrement de l’Eucharistie est à la fois ce
qui révèle l’identité chrétienne et en même
temps la source qui les nourrit spirituellement.
Nous croyons qu’il revient au Peuple de Dieu de
veiller à ce que
l’Église en tant qu’organisation résiste à la
tentation de s’enfermer dans ses certitudes et
le goût du pouvoir. Nous
croyons qu’il est possible et nécessaire
d’adapter les faits et gestes de notre Église
aux contextes culturels de notre époque, en
particulier en ce qui a trait à la place des
femmes et à la démocratisation de l'institution
ecclésiale.
Nous respectons la Tradition comme un juge
respecte la jurisprudence, fruit de la sagesse
accumulée au cours des siècles, mais non
immuable, telle que la Sagesse l’est.
Réflexions critiques formulées par
Élisabeth J. Lacelle, Jacques Lison et Luc
Tardif
a)
Globalement, le premier paragraphe de
votre texte semble bien atteindre le but que
vous visez : témoigner de votre expérience de
foi pour la génération qui vient. Tout est dit
dans la première phrase, qui est très dense et
de très bonne christologie… Tout cela est bien
dit, mais semble manquer d’un certain souffle.
Votre texte est tout centré sur le Christ
(Jésus) seul, dans son rapport à Dieu et à
nous-mêmes [il souffre de «christomonisme.»
(Congar)]. L’Esprit Saint n’y est même pas
mentionné une seule fois. Cette lacune semble
essouffler votre profession de foi. Bref, le
souffle de l’Esprit pourrait rendre votre texte
plus mordant, plus marqué encore qu’il ne l’est
par le grand Événement (Kairos) Jésus Christ,
plus prophétique.
Ce que vous dites au sujet de votre foi –
le croire (no 2). C’est pour vous une
«énergie intérieure», une «aspiration profonde»
qui oriente vos engagements au quotidien et dans
les moments sombres, notamment devant la
difficulté d’aimer et de pardonner. Cela est un
peu court comme définition de la foi. Croire est
un acte humain d’intelligence et d’amour dans
lequel l’Esprit joue quand même aussi un rôle.
« J’ai encore beaucoup à vous dire, a dit Jésus
selon Jean, mais vous ne pouvez pas le
porter à présent. Mais quand il viendra, lui,
l’Esprit de vérité, il vous introduira dans la
vérité tout entière » (Jn 16, 13). Autrement
dit, le dernier mot de ce que notre foi a encore
à découvrir du plan de Dieu est loin d’avoir été
dit. L’Esprit Saint nous réserve encore de
grandes surprises. Pas facile de définir la Foi
parce qu’elle est en mouvement.
Vous ne précisez pas que c’est d’abord, un
acte. De l’esprit. Un oui à une
Parole, celle de Dieu en Jésus Christ et, alors
à une vision de Dieu, de l’être humain et
du monde (la création), de leur histoire. Une
manière de comprendre, de connaître qui
appelle à toujours chercher à mieux connaître
(l’Esprit vous enseignera, de Jean 14) –
le fides quaerens intellectum; l’intellectus
fidei – une exigence vitale dans le credo
des jeunes (voir le texte de Karine et
Sébastien).
Au no 3, vous y faites une allusion en disant
que ce que vous croyez vous amène à « essayer de
saisir le dessein de Dieu pour le monde». La
prunelle de la foi dans l’œil de l’intelligence
dit C. de Sienne. C’est cette connaissance qui,
sous la mouvance de l’Esprit, le Guide
intérieur, vous habite, donne sens, énergie,
inspiration à votre existence. Elle libère (cf.
Galates 4).
b)
Cette foi, vous dites qu’elle se nourrit
dans la prière individuelle et communautaire.
Serait-il juste d’ajouter qu’elle se nourrit de
la Parole de Dieu : son écoute, sa méditation
(ou contemplation) et sa célébration (dans les
sacrements). Aucune mention de l’Esprit
qui anime, renouvelle, réunit, instruit, etc.
c)
Pour le dire positivement, votre
profession de foi aurait gagné à intégrer la
notion de sensus fidelium : le flair, ou
bon sens des fidèles éclairé par l’Esprit qui,
selon la Tradition, joue un rôle dans le
magistère. Nous avons la responsabilité
d’affirmer notre bonheur de vivre de la Bonne
Nouvelle : Évangile.
d)
Concernant la croissance de la foi, vous
faites état 1) de l’éducation que vous en avez
reçue à travers la famille et les éducateurs et
2) de sa maturation dans les épreuves de la vie
– incertitudes. Sans doute aussi la vie
sacramentelle?
e)
Vous ne faites pas état de Dieu qui sauve
du péché et de ses effets de mort – source des
aliénations humaines, en chacun de nous, tout
près et dans le monde, cf. votre no 3?
f)
Ni de Dieu créateur, celui qui est à
l’origine du monde, de la création dont vous
recevez l’intendance de la création… votre
rapport à la création, conscience écologique.
g)
On aurait pu attendre ici (n0
4) une affirmation de votre identité de membres
de l’Église, par le baptême sujets de droits
comme de devoirs dans l’Église – détenteurs
de charismes et de vocations pour sa vie et sa
mission, membres à part entière du Peuple de
Dieu nouveau.
N.B. les laïcs n’ont pas encore ce statut dans
l’Église catholique romaine. Ni les femmes en
tant que laïques et en tant que récipiendaires
des grâces/vocations fondées sur le baptême
(comme le ministère sacerdotal). Aucune mention
que cette communauté est constituée de femmes et
d’hommes qui, par leur baptême, en sont part
entière, le Corps du Christ : une communauté
dont la cohumanité est recréée en Jésus
Christ, dans l’Esprit sans discrimination de
race, de sexe, de classe.
On aurait pu attendre ici la formulation de
votre foi en ce que vous vivez, en tant
que groupe, de service de l’Église Peuple de
Dieu pour qui prendre la parole est un
devoir. On aurait pu attendre de nous renvoyer à
votre propre autorité : Qu’est ce que vous
célébrez? Qu’est ce que vous déplorez? Qu’est ce
que vous espérez? Votre texte est en mal
historique : pas daté, ni localisé, pas de
réflexion personnelle ni contextuelle donc pas
enracinée dans le quotidien.
h)
(no 5) – L’Église institution ou
l’institution ecclésiale. Vous en
admettez la nécessité. Vous croyez qu’elle est
toujours réformable (pcq comme toute institution
ou tout système elle connaît la tentation de
« se cloisonner dans sa vérité et son goût du
pouvoir »). C’est ce qui fonde l’appel à la
vigilance de la part du Peuple de Dieu, de tous
ses membres, de votre part.
Démasquer la passion cléricale — La citation
suivante ne concerne pas seulement la tentation
qui guette inévitablement la hiérarchie de
l’Église. Elle concerne aussi les gens et les
groupes de pression qui confondent l’autorité
humaine et l’autorité divine. Ce texte de Paul
Ricoeur reste malheureusement d’une actualité
désolante :
« L’enchaînement se présente ainsi : autorité du
Verbe, autorité du témoignage scripturaire,
autorité de la prédication fidèle, autorité de
la théologie. Terrible dépôt, et terrible
tentation, pour les “autorités“ de la communauté
chrétienne, d’exercer cette autorité de la
Parole! Car voici une autorité de l’homme sur
l’homme — l’autorité du prêtre, du conducteur
d’Église — que l’autorité de la Parole de Dieu
sur l’homme semble authentifier et soutenir (…)
Cette équivoque est le piège privilégié de la
passion cléricale. Car il y a un “pathos“
clérical, qui est tout à la fois rabies
theologica et passion du pouvoir, et qui, le
plus souvent coïncide avec l’esprit despotique
et l’étroitesse de champ de conscience de la
vieillesse. Cette passion, d’autant plus perfide
qu’elle se croit au service de la vérité,
accompagne, comme une ombre, l’histoire de
l’Église, l’histoire des Églises »
(Histoire et Vérité, p. 180).
Notre Église ne prête-t-elle par elle-même le
flanc à l’ostracisme dont elle souffre par
certaines de ses fixations et prises de
positions (dans le domaine de la morale
sexuelle, par exemple) qui ne tiennent pas la
route. Sa parole cesse de paraître ridiculement
autoritaire lorsqu’elle a de l’autorité. Je veux
dire, lorsqu’elle accepte de jouer le jeu du
débat, de se voir parfois corrigée, de ne
s’imposer qu’en passant par le crible des
arguments de ses contradicteurs. Car, dans notre
société, quelqu’un n’est écouté et ne devient
source d’inspiration que s’il parle avec
compétence, en étant capable d’argumenter de
manière articulée et convaincante avec ceux qui
viennent le contredire (voir Paul Valadier,
L’Église en procès, livre qui commence à
dater mais qui reste d’une actualité criante).
Car les gens attendent de l’Église, plus qu’elle
n’ose le croire, un signe d’espérance. Ils
pressentent bien qu’il y a quelque chose de
solide en elle, mais que cela est occulté par
les fixations maladroites.
Ne faudrait-il pas dire ce que vous croyez de
la nature et de la fonction de l’institution?
Structure de gouvernement au service du Peuple
de Dieu, de sa croissance, de son témoignage en
tant que communauté humaine évangélique, de sa
mission de salut, de la Parole de Dieu révélée
en Jésus Christ.
i)
S’y rattache le no 6, Le dépôt de la
foi à garder et à transmettre.
Vous croyez et respectez ce que vous appelez la
Tradition. Il faudrait ici distinguer la
Tradition (dépôt fondateur de la foi) et les
traditions (les moyens que l’on a adoptés pour
le vivre et le transmettre au cours de
l’histoire).
Traiter les traditions comme « un juge respecte
la jurisprudence » peut se dire si on parle des
traditions. Il s’agit alors de pratiques, de
langages propres à des époques et aptes à garder
et transmettre la Tradition. La Sagesse humaine
éclairée par la foi a ici un rôle à jouer.
Par rapport à la Tradition, c’est autre chose.
La traiter en disciples de Jésus Christ,
cohéritiers des biens du salut (Gal.). Il
s’agit du dépôt fondateur de la foi, à
transmettre d’une façon dynamique, fidèles à son
contenu en même temps que créateurs de langage
et d’interprétations qui le rendent audible et
signifiant pour la génération que l’on
représente – pour ainsi transmettre. Un
chrétien est un disciple de Jésus Christ, cf. H.
Küng, Être chrétien. Votre profession de
foi aurait gagné à souligner que c’est l’Esprit
qui garde la Tradition vivante, qui empêche
l’Église de se scléroser, qui ne lui permet pas
de devenir la secte qu’elle est toujours tentée
d’être.
j)
Dans l’ensemble, aucune référence
biblique, est-ce voulu?
La foi de jeunes chrétiens :
le défi de croire aujourd’hui
Aujourd’hui, alors que la science est préférée à
la religion, il est difficile d’affirmer sa foi,
et encore plus de la décrire.
Voilà pourquoi nous nous sommes livrés à un
exercice de réflexion afin de mettre par écrit
ce en quoi nous croyons.
Qu’est-ce que la foi? Souvent, nous avons
l’impression que la foi, telle qu’on nous la
décrit, est une confiance absolue, une croyance
naïve que nous devons avoir en Dieu, en l’Église
et en la Sainte Trinité afin d’assurer notre
Salut. Pour nous, il n’en est pas ainsi : il
s’agit de bien plus encore. Avoir la foi
consiste à prendre une part active dans notre
vie afin de nous épanouir sur les plans
émotionnel, social, spirituel et intellectuel
tout en gardant le message souche des
chrétiens et chrétiennes tel que véhiculé par
Jésus : aimer son prochain comme soi-même. Notre
foi est une énergie intérieure qui oriente nos
actions au quotidien et qui nous pousse à aimer
et à pardonner.
À nos yeux, la foi n’est donc ni naïve, ni
absolue, mais plutôt le fondement moral de notre
vie. Nous croyons qu’il est juste de nous
questionner et de remettre notre foi en
question, car c’est grâce à nos réflexions que
nous pouvons grandir et atteindre la maturité
nécessaire pour nourrir notre spiritualité.
En nous inspirant de Jésus, nous aspirons à
suivre son modèle de bonté, de générosité,
d’humanité et de vie. Nous essayons de
comprendre et de mettre en application le plan
de Dieu pour le monde pour que règnent la
fraternité et la justice sociale, et pour qu’on
reconnaisse la dignité de toutes les personnes,
sans discrimination aucune.
Nous croyons que l’Église est un rassemblement
de personnes chrétiennes qui partagent la même
vision pour le monde, et que l’église locale
constitue une communauté de personnes qui
peuvent œuvrer concrètement ensemble pour le
bien de la collectivité. Cependant, nous croyons
aussi que l’église locale doit adopter une
nouvelle voie pour accueillir les jeunes
d’aujourd’hui. Entre autres, elle doit s’adapter
aux réalités sociales pour aider les jeunes à
découvrir Dieu et à vivre les expériences dont
ils ont besoin pour s’épanouir dans leur foi.
En bref, nous estimons que la foi n’est pas un
élément absolu mais bien un élément qui est
susceptible de changer tout au long de la vie.
Nos croyances ont beaucoup changé dans les
dernières années, et elles évolueront encore.
Pour le moment, nous croyons qu’il est important
de trouver une paix intérieure, de nourrir notre
spiritualité et d’appliquer tous les jours les
principes du message chrétien, qui est d’aimer
son prochain comme soi-même.
Sébastien et Karine
Si vous
désirez réagir à ces visions de la foi,
écrivez-nous :
Groupe Culture et Foi Outaouais-les-deux-Rives
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