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L’Église face au cheminement des couples actuels
Réseau Culture et Foi (Groupe Outaouais-des-Deux-Rives)

 


 

Introduction

Le groupe Culture et Foi (Outaouais - des - Deux - Rives), membre du Réseau Culture et Foi est composé d’intellectuels chrétiens qui s’offrent un lieu de débat, dont l’avant dernier a porté sur l’Eucharistie. Nous avons déjà compris qu’ «une foi inébranlable en Jésus ressuscité et un lien personnel avec Lui sont comme une note essentielle de notre identité » en Église [1] Dans « l’Eucharistie se trouve le trésor de l’Église » [2]. C’est pourquoi notre lien à Jésus Christ peut s’établir et se nourrir dans la fréquentation de l’Eucharistie.

Dans cette lancée, le groupe a réfléchi cette année (2006) sur le mariage, à la lumière de Gaudium et Spes et de l’encyclique du pape Benoît XVI,  Dieu est Amour.  Notre préoccupation s’est portée sur la diversité des cheminements en couple et de leurs besoins d’un accompagnement pastoral à l’intérieur de notre Église. Dans le contexte de la visite ad limina de nos évêques, nous portons à leur attention le fruit de notre réflexion qui rejoint par certains aspects celle du document de la Conférence Religieuse Catholique (CRC) et la lettre récente de dix-neuf prêtres aux évêques du Québec. C’est dans cette optique que:

Nous reconnaissons que :

  1. Vatican II, dans la constitution conciliaire  L’Église dans le monde de ce temps  (GS), a souligné que la santé de la personne et de la société est étroitement liée à la prospérité (dignité) de la vie conjugale et familiale (GS, 47.1);
  1. Le Concile a innové en affirmant l’importance de la communauté profonde de vie et d’amour dans le couple comme fin du mariage tout en maintenant la fin de la procréation (GS, 48, 50.3);
  1. Il a insisté sur la promotion des valeurs de la vie conjugale et familiale dans un monde en recherche de sens (GS, 52);
  1. Certaines initiatives ont été prises dans notre Église depuis les années cinquante pour soutenir les couples mariés sacramentellement, et, de façon plus timide depuis les années quatre-vingt, pour les couples en difficulté (et les divorcés). Pourtant ces derniers ont tout autant sinon davantage besoin de support. Des initiatives nombreuses sont en marche, mais n’ont pas toutes un appui sans équivoque de la hiérarchie (voir annexe).
  1. Des baptisés, femmes et hommes, continuent de s’interroger sur les multiples visages du couple et de la famille que l’on retrouve aujourd’hui dans notre société et nous interpellent sur l’accueil que l’Église fait aux personnes vivant ces situations (voir la lettre des prêtres aux évêques du Québec et le document de la CRC).

Nous regrettons que :

  1. Les déclarations du Magistère face aux situations nouvelles et troublantes que certains couples et familles ont à affronter (séparations, divorces, couples et familles reconstitués, violences familiales, planification familiale, techniques nouvelles de reproduction, etc.) dégagent une impression de négativisme;
  1. Elles présentent un idéal qui laisse peu de place au cheminement et à la progression des couples, s’éloignant ainsi de la réalité pastorale qui est d’accompagner les couples dans leur expérience humaine (voir l’encyclique de Benoît XVI,  Dieu est Amour);
  1. Notre Église accorde souvent la priorité à la ré - affirmation rigide des principes moraux plutôt qu’à l’écoute et l’accompagnement des personnes dans leur quête pour découvrir les motivations profondes qui les animent dans leur engagement conjugal;
  1. Le Magistère privilégie une approche trop légaliste au sacrement de mariage dans le cas des couples divorcés et des unions homosexuelles, c’est à dire l’observation des règles plutôt que la prise en compte de la vie des gens et leur désir de cheminer dans la foi;
  1. Les chrétiennes et chrétiens, surtout les couples et les familles, soient peu entendus en ce qui touche la réalité du mariage;
  1. Le langage liturgique pour célébrer un baptême ou un mariage soit souvent hermétique et ne fasse pas appel à plus d’éléments de la culture locale (chants, textes…);
  1. Le manque de compassion, réel ou apparent, du Magistère a éloigné de nombreux couples et de nombreuses personnes de l’Église et du Christ Jésus en leur donnant l’impression qu’ils sont indésirables (couples qui « empêchent la famille », divorcés, personnes homosexuelles, etc…);
  1. Les pasteurs (évêques et prêtres), qui ont pris des initiatives pour rendre l’Église plus accueillante envers les couples reconstitués et les couples de même sexe, se sentent obligés d’agir clandestinement, manquent d’encouragement ou se voient frappés d’ interdits.
  1. Les media insistent trop souvent sur l’aspect négatif des déclarations morales du Magistère plutôt que sur ses aspects positifs et sur les efforts faits dans certains endroits pour favoriser le cheminement des personnes et des couples (mouvements pour promouvoir la parentalité responsable et une saine planification familiale, pour accueillir les personnes divorcées et les couples/familles reconstitués, pour faire place aux personnes homosexuelles qui veulent célébrer leur foi, etc.) et les aider à cheminer dans la foi.

Nous souhaitons que :

  1. Le Magistère manifeste plus de compassion et d’ouverture envers les couples, surtout ceux qui vivent des souffrances dans leur cheminement et recherche de bonheur, afin que personne ne se sente exclu du salut apporté par Jésus.
  1. Plus d’autonomie soit accordée aux évêques et aux conférences épiscopales dans la façon de proposer des réponses aux situations nouvelles des couples et familles qu’ils retrouvent dans leur Église locale;
  1. Le respect des consciences (GS, 16) soit, dans la pratique, la règle suprême des pasteurs et du Magistère après que ceux-ci aient apporté l’éclairage nécessaire pour la bonne prise de décision. Cet éclairage devrait être apporté dans le respect des libertés fondamentales de chacun (par exemple, dans le domaine de la contraception, des nouvelles techniques de reproduction, d’unions reconstituées, etc…) et de manière à ce que personne ne se sente exclu de l’Église à cause de sa décision en la matière (en 1966, le pape, alors Mgr Josef Ratzinger, avait dit « la conscience est le tribunal suprême et ultime de la personne humaine, même au-dessus de l’Église officielle; et c’est à elle que nous devons obéir »);
  1. Dans une recherche continue et commune de vérité, les questions relatives au mariage (cheminement des fiancés vivant ensemble, union de personnes divorcées ou de même sexe, etc.) soient ouvertes à la discussion pour un exercice de véritable co-responsabilité. Il conviendrait que cette discussion fasse largement appel aux couples mariés sacramentellement qui vivent la réalité du mariage dans l’Église et sont en quelque sorte « premiers responsables » dans leur quotidien de la qualité de ce don de Dieu. Elle doit se faire également grâce à l’initiative et aux encouragements des Églises locales (prêtres et laïcs) à des groupes de soutien et de cheminement. Ces accompagnateurs seront au courant des réalités nouvelles de la vie des couples et des familles dans la société actuelle, quel que soit la façon dont ces derniers vivent cette réalité. Ils sauront faire cheminer des couples vers l’idéal chrétien du mariage en tenant compte des valeurs qui nourrissent le couple;
  1. La liturgie tienne compte de la culture locale et adopte un langage compréhensible et signifiant pour la célébration des sacrements;
  1.  Chaque Église locale encourage ceux et celles qui œuvrent auprès des « marginaux »;
  2. Les medias fassent plus de place dans leur compte-rendu des déclarations du Magistère aux éléments positifs et rapportent aussi les initiatives nouvelles dans la ligne de l’accueil des personnes, des couples, et des familles pour les aider à grandir.

Conclusion

Afin de revaloriser le mariage comme sacrement, en tant que personnes qui croient au Christ ressuscité, nous croyons qu’il est nécessaire de redonner aux couples la responsabilité de leur engagement dans le respect, la liberté de la conscience et dans la dignité comme membre de l’église de Jésus-Christ.       


Ottawa, ce 14 mai 2006
Contact: crabbe@uottawa.ca

           

ANNEXE :

À titre indicatif, il existe des mouvements d’accompagnement

1) Pour les couples mariés :

Renouvellement conjugal (Mariage Encounter), Renouement conjugal, Aggiornamento, Rendez-vous croissance de couple, Week-end amoureux, équipes Notre-Dame, Serena-Outaouais (régulation des naissances, méthode naturelle), Cana (Communauté du chemin neuf en France; offre des retraites pour couples mariés et leur famille; permet une adhésion de trois ans maximum)

2) Divorcés et séparés vivant seuls:

Joie de vivre,  Solitude Miriam 

3) Couples reconstitués :

Reflets et lumières 

4) Veuves et veufs :

Portes ouvertes (pour les personnes ayant vécu un deuil dans un couple), Entraide deuil de l’Outaouais  (pour les personnes ayant vécu un deuil)

5) Aide aux femmes et enfants victimes de violence :

            Unies-Vers-Femmes,  L’Autre chez Soi 

6) Accueil aux femmes monoparentales et leurs enfants :

            Centre d’espoir Rosalie 

            Etc.


 

[2]   Jean-Paul II, Encyclique L’Église vit de l’Eucharistie.

 

 

 

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