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En 2004, le Groupe Culture et Foi (Outaouais -des-deux
Rives) a élaboré
un texte sur l’identité chrétienne qui donnait
« une foi inébranlable en Jésus ressuscité et un
lien personnel avec Lui » comme notes essentielles
de cette identité. La réflexion actuelle de notre
groupe d’intellectuels chrétiens sur le thème de
l’Année de l’Eucharistie nous permet une
continuité avec l’an dernier. Une recherche mène
souvent à des interrogations et discussions qui
vont à contre-courant de la pensée traditionnelle.
Nous ne souhaitons pas soulever de polémique
théologique; nous voulons proposer des lignes
d’action, des gestes socio-politiques pour
rétablir une relation de confiance perdue à
l’égard de notre Église par plusieurs de nos
concitoyens.
Le lien personnel avec Jésus s’établit de diverses
manières : le rassemblement autour de la Parole,
certes, mais plus intimement par la communion.
Notre observation sociologique est que la messe
n’est souvent plus une célébration, la Parole
n’est souvent plus inspirante et les gestes ne
sont plus signifiants pour une majorité, pourtant
identifiée au catholicisme, qui ne fréquente plus
l’Eucharistie. Nous sommes de ceux qui persistent
à être chrétiens et catholiques pratiquants. Alors
que certains sacrements sont toujours recherchés
en tant que rites de passage et rencontres de
famille, le rassemblement du dimanche a perdu ce
sens de joyeuse célébration autour d’un repas et
d’une rencontre personnelle avec Jésus « reconnu
par la fraction du pain » faite en son nom. Notre
Église a-t-elle jamais utilisé des moyens
audacieux pour combler le déclin de ministres
consacrés? Il ne faut pas oublier que Jésus, le
Nazaréen, était un réformiste novateur. Jésus n’a
pas hésité à lancer des cris d’alarme. À notre
tour de le faire : les rites ne sont que création
humaine et encadrement de mystères; il faut éviter
de les prendre pour l’essentiel disait déjà Jésus
aux Pharisiens. Une étude historique de
l’établissement des divers rites nous indique
qu’il s’est agi à chaque fois de répondre à des
situations particulières qui se sont ensuite
intégrées dans la « tradition ». Nous sommes dans
une situation particulière et critique en 2005. La
recherche historique sur la tradition retenue dans
les rites est une invitation pressante à
actualiser cette tradition vivante pour s’adapter
« au signe des temps » de Vatican II. Notre foi
est aussi questionnement et inculturation de la
tradition.
Certains ont trouvé des formules qui rassemblent
des jeunes et des moins jeunes autour de Jésus,
des chrétiens de toutes nuances, comme à Taizé. Si
Vatican II a promu la langue vernaculaire dans les
célébrations, la théologie n’a pas adapté ses mots
pour décrire la réalité de l’Eucharistie. Il faut
procéder à une mise à jour comme on vient de le
faire pour la Bible avec des linguistes autant que
des exégètes. Pourquoi ne pas soumettre le rituel
du rassemblement au même épurement? Pourquoi ne
pas laisser place à des adaptations locales en
dehors des gestes cruciaux et des paroles
centrales du sacrement de l’Eucharistie? Place à
des adaptations et des choix de textes qui soient
plus près des milieux spécifiques de la
Célébration. La Parole aurait-elle perdu de son
sel?
Bien qu’il y ait place pour des célébrations à
grand déploiement, une autre approche doit aussi
poindre. Un temple invitant, une chaleur de
retrouvailles, une réunion fraternelle durant
laquelle les paroles touchent tous les
participants, hommes et femmes, un pain que l’on
partage, un échange de pensées et un dialogue avec
le Président de l’assemblée. Pour ce faire, des
assemblées peu nombreuses ne sont pas un
inconvénient, des lieux aménagés pour le dialogue
non plus, mais tout cela requiert un plus grand
nombre de célébrants. N’est-il pas temps
d’affirmer que l’obligation morale de présence au
rassemblement communautaire comporte une
obligation pour les évêques d’appliquer des
solutions hardies réclamées de toutes parts dans
notre hémisphère pour assurer la Célébration? Pour
cela, les nombreux célébrants requis doivent être
puisés dans de nouveaux bassins de recrutement
sous d’autres conditions d’engagement.
L’Eucharistie est une invitation à partager avec
Jésus son souci de l’humanité, particulièrement à
l’égard des désavantagés. Les célébrations
pourraient prendre une toute autre tournure si le
partage du pain orientait moins vers les préceptes
moraux individuels que vers le service des autres
: Tiers-Monde autant que défavorisés d’ici, gestes
de solidarité significatifs devant les désastres
naturels, témoignage contre les injustices
flagrantes, engagement social pour la justice,
réconciliation avec un voisin ou un proche,
rencontre personnelle avec Jésus. La Parole
prendrait un sens nouveau et plus motivant dans de
telles perspectives, en particulier pour les
jeunes générations en mal de partage et de
solidarité. Le « sel de la terre » que nous sommes
aurait ainsi des objets à assaisonner.
Dans « l’Eucharistie se trouve le trésor de
l’Église » si nous la négligeons « comment
pourrions-nous porter remède à notre indigence? »
selon les mots de Jean-Paul II (Encyclique
L’Église vit de l’Eucharistie nos 59 et 60).
Tout en faisant confiance à l’Esprit, nous voulons
lancer un cri du coeur et assurer notre appui
public à tous les évêques qui poseront ou
supporteront les gestes audacieux pour assurer des
rassemblements de célébration Eucharistique plus
signifiants pour l’ensemble des baptisés. Le
premier de ces gestes serait de reprendre avec
fermeté au Synode de 2005 les problèmes réels
tels qu’exprimés dans les synodes diocésains,
indépendamment des lignes directrices proposées
par Rome pour la discussion.
Mai
2005
Contact :
crabbe@uottawa.ca
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