Culture et Foi > Dossiers > Groupe Outaouais-des-Deux-Rives > Notre identité chrétienne
Notre identité chrétienne
Réseau Culture et Foi (Groupe Outaouais-des-Deux-Rives)


 


Si les musulmanes se distinguent par des signes extérieurs (vêtements prescrits par la tradition), n’en serait-il pas de même pour les catholiques attachés à des formes et pratiques prescrites par Rome, jusqu’à en oublier le sens même d’être chrétien? Dans un monde pluraliste et de plus en plus indifférent à la religion organisée, de plus en plus « cassé », le groupe Culture et Foi (Outaouais-des-deux-Rives) s’est posé cette année des questions reliées à l’identité chrétienne. L’idée était de partir de l’expérience vécue par chacun de nous dans sa vie de tous les jours, et de réfléchir à  la façon d’assurer cette présence de Jésus dans le  monde pour rendre cette présence plus viable et  plus conforme à son message. Notre réflexion rejoint celle de nombreux groupes auxquels nous diffusons ce message.

Pour plusieurs de nos concitoyens, la disparition des églises-bâtiments catholiques serait un signe de la disparition de la présence chrétienne, alors que pour nous, le véritable problème tient à la crise intérieure vécue par les chrétiens. Division des Églises, refus d’inviter certains (divorcés remariés, allosexuels, sidéens), crise des effectifs clercs et fidèles à laquelle on répond comme au Xe et non au XXIe siècle (refus du ministère à certains et certaines), refus du partage de l’autorité (démocratisation des structures de l’organisation, ouverture à la pluralité des cultures et des évolutions régionales), au fond, ne faudrait-il pas se demander comment le modèle proposé par Jésus résout  tout cela. C’est quoi être une personne qui croit au Christ, pas catholique, chrétien, mais catholique quand même!

À un niveau purement intellectuel, tous les membres du groupe se disent en recherche personnelle pour arriver à se définir comme chrétiens. Cependant, des constantes s’expriment de diverses façons et  se résument en quelques traits: une foi inébranlable en Jésus Ressuscité et un lien personnel avec Lui, un accueil inconditionné du message évangélique dans son contenu. La volonté de répondre à l’appel d’amour, d’accueil, de pardon, de service, de relation avec la communauté des humains. L’un de nous a exprimé cette relation avec le message de Jésus comme constituée de l’héroïsme « de petites choses dans le quotidien ». De même, cette foi a besoin de sentir le support d’une communauté que nous appelons nôtre : l’Église. Une espérance dans  Son retour soutient la marche du moment. Nous sommes disciples du Nazaréen et formons une famille.

En termes très pratiques, nous estimons que trop souvent le message  de Jésus s’est estompé sous le poids de l’institution qu’est l’Église. Il faut reconnaître que celle-ci est incarnée dans une organisation humaine, imparfaite et engoncée dans une dogmatique figée. Il nous semble que de plus en plus de personnes la rejettent par des mouvements de colère contre ses pratiques et par indifférence plutôt que par idéologie. Un rituel de célébrations eucharistiques qui n’est qu’habitudes rituelles sans attrait particulier. Le temps n’est-il pas venu d’être créatif dans nos cérémonies de partage du pain et de la Parole. Les pratiques reliées à l’absolution des fautes ne méritent-elles pas un sérieux éclairage à la lumière des sciences humaines et sociales, une adaptation aux façons contemporaines d’exprimer le pardon?

Pourquoi en est-on encore à accepter les missions variées pour tous et toutes (catéchètes, ministres du baptême, présidence d’assemblée etc) mais un absolu blocage au niveau des ministères ordonnés pour les femmes, les hommes mariés, et ce, pour des raisons historiques mutées en dogme théologique? Pourquoi ne songe-t-on pas à des périodes fixées d’avance de service dans certains ministères plus exigeants? L’institution  doit examiner pour vrai les raisons de son exclusion des femmes, en particulier des ordres.

On a perpétué l’équation qu’être chrétien c’est être catholique. L’unité des chrétiens oui, mais aux conditions de Rome! Ne serait-il pas temps que notre Église comprenne qu’elle n’est qu’un groupe (certes important pour nous) des disciples de Jésus? Nous sommes catholiques et le disons sans ambages. Ce que nous disons aussi c’est que notre Église se doit de revenir au message évangélique d’amour, de pardon et d’inclusion. À cet égard, une relecture moderne de Mt 25 (v.31-46) n’inclurait-elle pas les personnes divorcées et remariées, les allosexuels, les sidéens ? Tout l’accueil dans notre Église doit être repensé et passer de froid à chaleureux et invitant. L’Église doit accueillir les rejetés; elle doit reconnaître ses aspects imparfaits actuels, s’excuser non seulement pour des erreurs historiques perdues dans la nuit des temps (et qu’il est politiquement correct et rentable de souligner aujourd’hui), mais pour ses insensibilités actuelles à l’égard des personnes souffrantes et exclues. Elle doit, comme nous l’avons souligné dans le passé, renouer avec la vraie tradition du rôle des évêques comme rassembleurs des tendances authentiques dans leur communauté et non comme représentants d’une autorité centrale qui les muselle. De même, la condamnation des écoles de théologie qui remettent en cause le conservatisme de pensée, la recherche honnête d’ alternatives tant par les clercs que les laïcs, tout cela doit être revu, corrigé, permis et souhaité.

Pour nous, l’identité chrétienne passe par l’engagement social, politique dans la société; par la présence critique dans l’institution qu’est l’Église actuelle; par le développement d’une vision de justice et d’amour et non de contrôle par la religion (toutes les religions); par une volonté de redire aussi souvent que requis, ce souffle nouveau promis par Vatican II : la lecture du signe des temps.

 

Avril 2004          
Infos: crabbe@uottawa.ca

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 

 

 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca