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Nous
sommes honorés en tant que citoyens de ce pays du
choix du Canada comme site de la Journée mondiale
de la jeunesse de 2002 et nous remercions le Chef
de notre Église de son initiative. Nous sommes un
groupe d’intellectuels
chrétiens, du ministère ordonné comme de
simples baptisés, qui nous réclamons du réseau
Culture et Foi. Cette année nous avons réfléchi
sur la jeunesse, moins pour trouver des moyens de
l’embrigader dans notre Église que comprendre
ses valeurs et encadrer notre témoignage à son
égard.
Nous
sommes ravis du choix du thème de la Journée qui
invite les jeunes à être “ le sel de la terre
et la lumière du monde”. C’est dans la
perspective de voir tous ces jeunes vivre
pleinement la rencontre que nous nous permettons
une intervention fraternelle au sujet de cette
Journée.
Nous
souhaitons que les échanges et les discussion
portent sur les enjeux actuels dans le monde et
dans l’Église. Certains de ces enjeux sont
irritants pour les uns, certains de ces enjeux
sont déjà réglés pour d’autres. Aucun choix
ne devrait être défini pour les jeunes
participants eux-mêmes. Nous souhaitons donc
qu’aucune question préoccupant les jeunes ne
fasse l’objet d’un muselage a priori.
Ainsi
nous avons, dans un relevé récent des valeurs
des jeunes de ce groupe d’âge, trouvé un
milieu très préoccupé de qualité de vie, de
relations humaines affectives réussies, de volonté
de solidarité avec les démunis et de tolérance
dans les relations humaines.
Toutes valeurs qui suggèrent une vie de
l’esprit qui est intense, mais vécue hors des
institutions, plutôt dans un cocon que l’on présume
plus volontiers présent dans des catégories d’âge
plus élevées. Dans nos discussions, nous avons
constaté par
la convergence de diverses sources de données,
que le système d’autorité extérieure --fut-il
l’Église elle-même -- ne fait pas partie des
préoccupations des jeunes. Il serait
trompeur pour les autorités ecclésiales de
considérer les jeunes réunis à Toronto comme
typiques de l’ensemble de la jeunesse de ce
pays. Une majorité de ceux-ci vivent une vie
spirituelle réelle mais autre. Les relations avec
les institutions d’église sont « à la
carte » pour ainsi dire, répondant à des
impératifs sociaux ou culturels sans désir de
s’impliquer.
Les
préoccupations dominantes sont liées au manque
de repères vécu par le désengagement par
rapport aux institutions, la guerre et la violence
dans le monde, l’intolérance et le manque de
fraternité. Loin donc de l’étiquette de matérialiste
qui leur est accolé, ces jeunes vivent d’amitié,
de fidélité et de réaction à la pauvreté
exacerbée par la grande richesse des riches.
Tous
ces enjeux concernant le monde devraient pouvoir
être abordés en toute liberté par les
participants. De même pour les enjeux concernant
l’Église. Le premier témoignage que l’on
devrait porter à ces jeunes serait celui d’une
Église fraternelle et simple. Une Église compréhensive
des vrais drames humains vécus par les jeunes
couples, sans exclure ceux dont l’orientation
sexuelle n’est pas celle de la majorité. Une Église
plus préoccupée d’inspirer que de commander.
Une Église prête à remettre en cause certaines
positions traditionnelles (célibat obligatoire,
non-accès des femmes au ministère ordonné,
serment d’obédience au pape pour les évêques,
moralité des moyens de planification des
naissances). En somme, les jeunes attendent des
chrétiens, y compris ceux de la hiérarchie à
tous les niveaux, un accueil comme celui de Jésus:
gratuit, sans volonté de récupération
organisationnelle, mais compatissant aux misères
personnelles, agissant dans le total respect de la
liberté personnelle. Le résultat net de la
Journée devrait être de prendre modèle
sur Jésus et l’Évangile: ne pas craindre de
soulever les vraies questions et les appréhender
dans une perspective d’amour et de service du
prochain.
Au
prix de ce témoignage
renouvelé, pourrions-nous penser que les baptisés,
tous, du ministère ordonné comme les autres,
pourrions nous situer dans la mouvance de l’Esprit
inspirant la jeunesse de notre pays et prendre au
sérieux les « signes des temps » dont
parlait Vatican II.
25
février 2002
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