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La position prise par le Cardinal Ratzinger1
donnant la Déclaration Ordinatio Sacerdotalis2
portant sur l’ordination exclusivement
réservée aux hommes comme étant un
«tenanda»
de la foi, rappelle au
groupe de baptisés francophones que nous sommes le tristement célèbre «toé,
tais-toé» d’un ex-premier ministre québécois à l’un de ses principaux
ministres.
Une déclaration est l’interprétation de lois
existantes ou de faits, ou encore, une réplique à un point de droit qui est
contesté. Par définition, un tel document n’implique pas un dogme, est réformable,
et en principe, selon certains, il est même théoriquement possible qu’il
soit dans l’erreur. De fait, le document remis à la Congrégation de la foi
et assumé par Paul VI était loin de faire l’unanimité des spécialistes
consultés3.
De même, on doit citer le Canon 968 qui définit que seule un personne
du sexe mâle peut recevoir l’ordination sacerdotale, interdiction reprise
dans la Lettre apostolique de Jean Paul II en 1994. On doit redire aussi que
cette codification du Droit Canon est une commodité pour la gestion de l’Église,
non la codification de dogmes.
Dans l’exercice légitime de notre droit de
parole, en tant que baptisés intéressés à la vie de notre Église, nous
voulons faire part du résultat d’une réflexion poursuivie au cours de la
dernière année sur la question de l’ordination sacerdotale dans l’Église
catholique, avec un intérêt particulier à la restriction aux seuls hommes de
ce sacerdoce.
D’entrée de jeu, nous avouons ne pas avoir
trouvé très convaincantes les raisons évoquées dans les différents textes
de prise de position consultés qui reprennent tous en substance la Déclaration
de Paul VI de 19764. En somme, dit-on, comme le Christ n’a
pas choisi de femmes comme Apôtres et que son choix n’aurait pas été
fonction du contexte socio-culturel, la ¨tradition¨ doit être respectée.
L’exégèse des textes et du contexte conduit à des difficultés si l’on
formule une adéquation entre «le Christ n’a choisi que des hommes comme apôtres¨
et ¨le Christ voulait que seuls des hommes fussent prêtres».
De la même façon, nous semble-t-il, les
pressions exercées durant les trente dernières années pour traiter de
l’ordination des femmes se sont basées trop souvent sur des raisons de féminisme
qui n’ont rien à voir avec le fond de la question. A cet égard, nous ne
voulons pas minimiser l’évolution positive amenée par les mouvements féministes,
mais là ne se trouve pas l’essentiel de notre motivation à regarder de
nouveau cette question de l’ordination.
Nous avons donc
décidé de tenter de poser un
regard constructif sur l’ensemble de l’argumentation et formuler quelques
suggestions pour sortir de l’impasse du prêtre forcément de sexe masculin
agissant «in persona Christi».
En fait, quel est le rapport entre la masculinité
de la personne physique du Christ et le ministère sacerdotal? A notre sens,
aucun! Il faut avouer que la personne physique du Christ ne pouvait guère être
autre chose qu’au masculin ou au féminin, il appert qu’il était du genre
masculin. Eut-il choisi l’autre genre, malgré le contexte socio-culturel de
l’époque, que cela n’aurait rien changé au fond de la question, et
n’aurait pas pour autant restreint le sacerdoce au seul sexe féminin. On suggère
aussi qu’il n’a choisi que des circoncis, ce qui aurait limité le recrutement sacerdotal à une seule race. D’une
part, anthropomorphiser le Christ à sa seule
image physique, réduit singulièrement la portée de l’Incarnation
pour sauver tout le genre humain. C’est
par son humanité et non sa masculinité que le Christ est signifiant. Si
tel est le cas, c’est le Christ en gloire et non le président effacé derrière
lui qui prononce les paroles décisives de la Consécration Eucharistique. Il
devient indifférent que le président soit du genre masculin ou féminin, sinon
en fonction de son acceptabilité socio-culturelle dans ce rôle.
Pour ce qui est du respect de la ¨tradition¨,
un regard sur l’histoire nous apprend que l’Esprit a inspiré l’Église de
manières fort diverses au cours des siècles. Depuis les Apôtres, dont on présume
que certains étaient mariés, jusqu’au célibat requis du clergé mille ans
plus tard, du leadership d’un évêque
dans son diocèse jusqu’à l’uniformité décrétée à Rome mille ans plus
tard, d’un Concile à l’autre jusqu’à Vatican II «signe des temps», du
latin à la langue vernaculaire, tout cela se justifie par le biais d’une
lecture des textes évangéliques ou apostoliques qui tient d’une certaine
logique. Dans le cas qui nous intéresse, cette logique nous échappe: suffit-il
de deux mille ans de tradition sur ce point pour affirmer son immutabilité
alors que cela ne touche pas un article de foi?
Les promesses de Vatican II semblent souvent
s’empoussiérer elles-mêmes plutôt que d’amener le coup de vadrouille
promis et espéré. Si la situation des travailleurs au XIXième siècle a amené la prise de conscience traduite
dans les Encycliques sociales, comment peut-on ignorer maintenant les nouveaux
signes des temps concernant l’évolution du monde d’aujourd’hui, en
particulier en ce qui concerne l’égalité des hommes et des femmes maintes
fois affirmée dans les textes pontificaux? On reproche à l’Église de ne pas
être signifiante pour un nombre croissant de personnes. Elle a tendance à
balayer les difficultés sous le tapis et croire qu’elles sont résolues.
C’est le signe des temps qu’il
faut réactualiser rapidement. Pour cette raison, la question de l’accès des
femmes aux ordres ne peut être balayée d’autorité sous le tapis.
Vatican II ouvrait largement la porte aux prises
de décision au niveau des diocèses, permettait d’espérer un rôle de
leadership pour les évêques et
une participation plus large des baptisés aux décisions.
Malheureusement, la présente Curie réduit trop souvent le rôle des évêques
«à la promotion et à la garde de la discipline universelle de l’Église»5
, en somme, ils ne seraient que des vicaires apostoliques du Pape de Rome tout
en étant évêques de nom. Cela ne permet pas de réaliser certains espoirs
entrevus d’adaptation.
Cette question n’est pas une question qui peut
se résoudre pour l’ensemble de l’Église, une fois pour toutes, et de la même
manière pour tous. C’est question de contexte, d’évolution
socio-culturelle. Tous ne sont pas prêts, plusieurs ne le seront peut-être
jamais, mais pourquoi ne pas permettre à ceux qui le veulent de poursuivre la
mission continue de l’Église par des moyens nouveaux? Il est clair que nos frères
anglicans, en particulier, ont connu des déchirements et des difficultés énormes
à décider en Synode général pour toute leur Église du principe de
l’ordination des femmes.6
Nous faisons un appel clair au Vatican: permettre aux évêques de décider
eux-mêmes du niveau d’évolution de leur région sur cette question. Nous
souhaitons qu’à leur tour, les évêques aient le sens de la consultation des
baptisés qui les entourent pour former leur église à cette image particulière.
L’accès du diaconat à des femmes qui en
auraient la vocation, dans certains diocèses qui en auraient pris la décision
sous le leadership de l’évêque, permettrait enfin d’entr’ouvrir la fenêtre
sur la réalité des temps. Il est patent que deux conceptions de l’Église
s’affrontent: celle qui voudrait qu’elle soit attentive au signe des temps et celle qui la perçoit comme étant
réalisée, parfaite et monolithique.
En cela, il faut se ranger de l’avis de Paul
contre celui de Pierre au Concile de Jérusalem de la première moitié du
premier siècle: les Gentils et les païens et non seulement les seuls juifs
allaient être admis dans les rangs des chrétiens. Dix-neuf siècles plus tard,
nous croyons que les femmes sont exclues pour des raisons qui ne convainquent
pas et que, de toutes façons, des recherches plus approfondies aussi bien théologiques
que scripturales doivent être poursuivies. Il doit y avoir une libre discussion
dans la communauté catholique.
À notre sens, le débat n’est pas clos, malgré
la dernière tentative de baillon.7
Été-Automne
1998
Information:
Jean Trudeau
(450) 670-9635
trudeau.jean@videotron.ca
Léo A.
Dorais (613) 565-1568
ladorais@cyberus.ca
Renvois
1. Joseph
Cardinal Ratzinger, Lettre du 25
octobre 1995 en réponse au dubium concernant
Ordinatio Sacerdotalis
2.
Jean Paul II, Lettre Apostolique Ordinatio
Sacerdotalis du 22 mai 1994
3.
Pierre Grelot, La tradition apostolique, Paris: Éd. du Cerf, 1995, p.195
4.
Franjo Cardinal Seper, Inter
Insigniores, Déclaration du 15 octobre 1976
5. Instruction
sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au
ministère de prêtres, 15 août 1997 Approuvée par Jean-Paul II le 13
août 1997
6.
Hilary Wakeman (ed), Women Priests, the first years, London: Dartman, Longman &
Todd, 1996
7.
Commentaire du Cardinal Ratzinger accompagnant la Lettre apostolique de
Jean-Paul II du 30 juin 1998.
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