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Lors de nos derniers échanges, Guy Paiement
disait sa grande déception d’avoir manqué les
dernières réunions du comité de rédaction de
Relations. Il était profondément attaché à
la revue Relations et au Centre justice
et foi, mettant généreusement à contribution son
temps, son analyse, ses talents d’écrivain et
ses dons d’orateur. Guy n’était pas le plus
vieux du comité de rédaction puisque Gregory
Baum lui ravissait le premier prix. Mais il en
était le doyen, lui qui y siégeait avec
fidélité depuis 1980, 30 ans. Guy était
extrêmement fidèle à ses engagements, à ses
convictions profondes, aux causes et aux
personnes. Il aura écrit pour la revue des
dizaines d’articles, préparé de nombreux
dossiers, tenu une chronique et nourrit les
lecteurs de multiples recensions, étant lui-même
un lecteur avide. Il me disait encore le mois
dernier : « Je ne peux pas sortir mais apporte
moi des livres. Je peux encore lire et écrire ».
La richesse des échanges et des réflexions du
comité de rédaction lui manquaient mais il nous
manquait aussi et nous devrons maintenant vivre
avec son absence. Nous ne le verrons plus
remettre sa mèche de cheveu par-dessus sa tête,
toute aussi désorganisée avant qu’après le
geste. Il ne sera plus là pour déjouer, par ses
longs exposés, même les plus talentueux
animateurs et animatrices de réunions. Il ne
sera plus là pour lancer un jeu de mots qui nous
sortait du trop grand sérieux de nos débats ou
pour sauver un dossier à la dernière minute par
sa plume rapide.
Mais surtout, il ne sera plus là pour nous aider
à regarder le monde. Il nous rappelait qu’il
fallait regarder les choses autrement. Il nous
invitait à toujours accepter de remettre les
choses dans une nouvelle perspective.
« Essayons d’imaginer … » combien de fois
nous a-t-il interpellés ainsi. C’était sa façon
de penser autrement les enjeux et de reconnaître
les pistes les plus prometteuses. Son appel à la
créativité invitait à une remise en route
permanente.
Au plan religieux, il nous rappelait que « la
foi chrétienne était moins un trésor à défendre
qu’un chemin à garder ouvert». En fidèle fils
d’Ignace, il croyait profondément à l’art du
discernement pour découvrir la Présence (le
Souffle) qui soulève et anime l’histoire
humaine : « Car il n’y a pas deux histoires,
l’une sacrée et l’autre profane, mais il n’y a
qu’une seule histoire ».
Le plus beaux souvenir qu’il gardait de sa
collaboration avec la revue, c’était
probablement la préparation du dossier Le
Québec cassé en deux en novembre 1988. Mais
aussi la tournée du Québec qui en avait découlé.
Il avait un amour profond pour le Québec et pour
toutes ses régions. La cause du Québec souverain
lui tenait profondément à cœur.
Dans le récent numéro de la revue Relations portant sur
la souveraineté, numéro que nous aurions
certainement pu dédier à Guy, Marco
Veilleux nous rappelait les paroles de Guy qui disait qu’« être souverain »
c’était « d’être en mesure de sauver, ensemble,
une certaine saveur d’humanité ».
C’est à cet exigeant chantier de la dignité
humaine que Guy a consacré toute sa vie. Il
croyait avec force que l’exclusion était
toujours une profonde blessure pour le monde.
« La question de la dignité humaine est une
question ouverte et commune », nous disait-il.
Les réponses que nous lui donnons restent
toujours partielles et c’est pour cela qu’il
faut se remettre continuellement à la tâche.
Guy souhaitait ardemment donner la
conférence-bénéfice du Centre justice et foi en
juin prochain. Il avait intitulé son
intervention, et vous le reconnaîtrez bien à ce
titre : Les souliers de Relations. À
l’approche des 70 ans de la revue, il voulait
chercher les milieux d’ancrage qui avaient servi
de terreau à la revue. Il n’aura pas eu le temps
de rédiger son texte qu’il envisageait un peu,
je crois, comme son testament à la revue. Mais nous vous inviterons tout de même à
la Maison Bellarmin le 7 juin à un hommage à
Guy Paiement pour nous permettre de prendre la mesure de l’héritage qu’il nous laisse
et nous aider à poursuivre ensemble les nombreux
chantiers qu’il avait amorcés.
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