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Guy s’en est allé tout doucement, le soir de
Pâques, accompagné de quelques femmes qui ont
longtemps fait route avec lui.
Son départ nous attriste beaucoup et laisse un
vide immense dans le cœur de nombreuses
personnes qui l’ont connu et aimé. Je pense, en
particulier, à ses proches parents, à sa famille
religieuse (Jésuites), ainsi qu’aux membres de
sa communauté avec qui il a célébré la Cène
du Seigneur, une dernière fois, avant de
quitter ce monde qui passe…
Vous me permettez de dire que j’ai hésité avant
d’accepter de faire homélie en cette
circonstance. Tant de voix plus autorisées et
plus compétentes que la mienne auraient pu se
faire entendre pour commenter, en particulier,
la page de l’Évangile de Jean, si chère à
notre ami Guy. Si je relève ce défi, c’est
surtout parce que je viens d’une région dite
éloignée, une région périphérique, que Guy, un
sourire en coin, aimait à rappeler qu’elle était
un Royaume… Ce montréalais « pure laine », né
dans le quartier Rosemont, était devenu « un
gars des régions », un défenseur des régions
auxquelles il s’identifiait. Un sociologue de
l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC)
m’avait parlé, un jour, du travail exceptionnel
que Guy faisait dans les régions du Québec, de
Gaspé à Mont-Laurier, d’Alma à Sept-Iles, de
Rimouski à Sherbrooke ! Inlassablement, il
répondait à des invitations et rassemblait des
gens de toute condition pour porter la Bonne
Nouvelle d’une société plus juste à bâtir,
d’un monde plus humain à faire advenir, d’un
Royaume qui vient où les femmes et les hommes
sont debout en quête de liberté et de
solidarité, où la justice et la compassion font
bon ménage. Avec quel enthousiasme, avec quelle
espérance, avec quel amour ! Il terminait
toujours ses interventions par une sorte
d’envolée, par un appel au « souffle », le
Souffle de Dieu, à cette vie qui circule en nous
et entre nous, et qui nous transforme de
l’intérieur. Pour lui, Jésus était le Nazaréen,
« subversif », qui brassait la cage des gens
installés et dominateurs autant du monde
politique que religieux, alors qu’il
s’identifiait « au plus petit d’entre ses
frères ».
Ces derniers temps, depuis près de vingt ans en
fait, Guy mettait beaucoup d’efforts pour
l’organisation des Journées sociales du
Québec. Il en était l’âme et le cœur ! Il
souhaitait que ce réseau de militants et de
militantes, pour la plupart d’inspiration
chrétienne, puisse prendre racine et se
développer dans toutes les régions et diocèses
du Québec. Il ne lâchait jamais… Dans un autre
contexte, je dirais que cet homme de convictions
et de projets était têtu, mais ici je dis plus
gentiment qu’il était tenace, qu’il avait une
volonté d’acier et, surtout, des options
socio-politiques claires, précises et
incontournables.
La page d’Évangile qui vient d’être proclamée
par Yveline n’a pas été choisie au hasard.
C’est celle de la messe du Jeudi saint, la
dernière célébration présidée par Guy… Vous
revoyez la scène où Jésus partage un repas avec
ses amis. Il pose un geste inusité. À un
moment donné, il se lève de table, quitte ses
vêtements et lave les pieds de ses disciples.
Du jamais vu ! Un geste qui dérange et non
prévu dans le rituel de la Pâque juive. Un
geste que Guy aimait beaucoup commenter à partir
d’une grande tradition appelée testamentaire…
Il parlait alors de la « sortie de table ». La
sortie de table, une expression qui rejoignait
le cœur de ses convictions de foi et de ses
options socio-politiques. Pour lui, Jésus, par
ce geste, invitait ses disciples à se mettre au
service des autres et donnait en même temps et
surtout une dimension, une portée sociale à ce
qui deviendra l’Eucharistie, la « fraction du
pain ». En sortant de table et en assumant la
tâche de serviteur, Jésus se met dans la
situation des gens qui ne peuvent être assis à
la table, la table du savoir, du pouvoir et de
l’avoir. Il prend clairement parti pour
l’exclu, le rejeté, le pauvre, le « magané »,
toutes ces catégories de personnes qui n’ont pas
réellement de place dans la société de l’époque,
comme dans celle d’aujourd’hui. Jésus propose
donc une meilleure organisation de la table
collective. Il anticipe un avenir où tout le
monde serait à une grande table en train de
partager toutes les richesses, aussi bien les
ressources de la terre que celles du cœur et de
l‘esprit.
Pour nous aujourd’hui, nous reconnaissons donc
la portée sociale de l’Eucharistie, le sens le
plus profond du « Faites cela en mémoire de
moi » que le prêtre prononce après la
consécration du pain et du vin. Quand nous
sortons de l’Eucharistie, nous sommes renvoyés,
à l’invitation de Jésus, aux tables de la vie, à
toutes les situations de notre quotidien
personnel et collectif. C’est une occasion
d’exprimer dans nos eucharisties la passion de
Dieu pour le monde, pour la justice et la
liberté, une occasion de rejoindre une grande
portion de la caravane humaine.
Notre cher disparu avait cette passion pour le
monde, pour la justice sociale et la liberté. À
la suite de Jésus ressuscité, il sortait de
table et s’engageait pour un monde plus humain.
Il n’avait pas peur de dénoncer les situations
inacceptables et, avec le Souffle divin, il
annonçait un monde nouveau et une terre
nouvelle. Sa vie a été un combat de tous les
instants, jusqu’à la limite de ses forces. Il
nous invite à continuer…
Que notre rassemblement eucharistique soit une
immense action de grâces au Dieu de la vie, à ce
Dieu qui a permis à Guy Paiement d’avoir un tel
rayonnement dans notre Église et notre
société.
Amen.
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