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Le pouvoir traverse nos vies, qu’il s’agisse du
nôtre ou de celui qu’on nous impose. Dans leur
route vers Jérusalem, les premiers disciples se
chamaillaient encore pour savoir qui aurait le
plus de pouvoir dans le Royaume annoncé. Notre
Église a vécu, pendant des siècles, la collusion
avec le pouvoir. Maintenant qu’elle devient plus
fragile, elle redécouvre la nouveauté incroyable
apportée par Jésus. Cette nouveauté nous
a-t-elle rejoints?
À cause de l’autoritarisme d’une certaine Église, nous sommes
souvent passés d’une obéissance plus ou moins
minimale à un relativisme silencieux. D’où
l‘inconfort de beaucoup dans la transmission de
leur foi ou l’accueil de la foi de l’autre. Nous
ne savons plus parler de notre engagement et
préférons nous taire. Je me souviens de la crise
vécue, dans les années 70, par un militant
d’extrême gauche, qui contestait le pouvoir en
place. À ses yeux, le pouvoir était aliénant.
Or, il découvrit que, dans sa pratique de
contestation, il possédait lui aussi un pouvoir
et qu’il était porté à l’imposer aux autres,
convaincu qu’il avait la « ligne juste ». Devant
l’impossibilité de sortir de ce dilemme, il
préféra s’enlever la vie.
Pour sortir de cette conscience mortelle ou du silence gêné, il est
stimulant de se rappeler la différence que
plusieurs font entre le pouvoir et l’autorité.
Le premier est lié à une fonction, la seconde à
la personne et à la reconnaissance par les
autres de sa valeur originale. Le premier
s’impose et peut disposer des moyens que lui
donne la loi pour se faire obéir. Ainsi l’État
peut-il exercer le pouvoir et utiliser les
forces de l’ordre pour sévir. L’autorité, pour
sa part, n’impose pas, car c’est le
retentissement chez l’autre de la personne «
qui parle avec autorité » qui permet de créer un
lien de confiance et de partager ce qui est
proposé.
Dans l’évangile, il est dit que les auditeurs de Jésus s’étonnaient
car il ne parlait pas comme les scribes et les
pharisiens, ces gens de pouvoir, mais avec une
autorité qui invitait à une réponse libre. Quand
les gens de pouvoir lui demandent qui lui a
donné l’autorité de dire ce qu’il dit, il refuse
de leur répondre car ils ne se situent pas dans
une perspective d’accueil, s’emprisonnant plutôt
dans leur pouvoir. (Lire Luc 20, 1-8). Dans le
même esprit, il demandera à ses disciples de ne
pas agir comme les puissants qui imposent leur
pouvoir. Pour entrer dans une perspective
d’accueil, il leur recommande de se comporter
comme un enfant ou un esclave, deux catégories
qui n’ont pas le pouvoir. (Lire Mat 20, 20-28).
Du coup, il leur signifie que l’annonce d’un
Avenir ouvert ne s’impose pas mais se reçoit
comme un don, une promesse qui sourd d’un amour
sans limites. Porter dans sa vie la « bonne
nouvelle » devient alors un projet conjoint où
les personnes qui ont créé des liens d’accueil
et de confiance travaillent à se mettre
mutuellement au monde, c’est-à-dire à grandir,
ensemble, en humanité. Car cette dernière nous
est commune et un mystère inépuisable en fait
partie. Voilà pourquoi le pouvoir doit se
traduire en service. Voilà aussi pourquoi il
faut résister à toutes les forces de pouvoir qui
voudraient nous faire renoncer à ces liens
concrets que nous tissons et nous ratatiner à
l’état de consommateur isolé et narcissique.
Au plaisir de se revoir et de partager ce qui remue en nous à
l’occasion du rappel du Jeudi saint.
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