Culture et Foi > Dossiers > Guy Paiement > Message du Jeudi Saint 2010

Message du Jeudi Saint 2010
(au Groupe de partage biblique)

Guy Paiement
 

 

 

 

Le pouvoir traverse nos vies, qu’il s’agisse du nôtre ou de celui qu’on nous impose. Dans leur route vers Jérusalem, les premiers disciples se chamaillaient encore pour savoir qui aurait le plus de pouvoir dans le Royaume annoncé. Notre Église a vécu, pendant des siècles, la collusion avec le pouvoir. Maintenant qu’elle devient plus fragile, elle redécouvre la nouveauté incroyable apportée par Jésus. Cette nouveauté nous a-t-elle rejoints?

À cause de l’autoritarisme d’une certaine Église, nous sommes souvent passés d’une obéissance plus ou moins minimale à un relativisme silencieux. D’où l‘inconfort de beaucoup dans la transmission de leur foi ou l’accueil de la foi de l’autre. Nous ne savons plus parler de notre engagement et préférons nous taire. Je me souviens de la crise vécue, dans les années 70, par un militant d’extrême gauche, qui contestait le pouvoir en place. À ses yeux, le pouvoir était aliénant. Or, il découvrit que, dans sa pratique de contestation, il possédait lui aussi un pouvoir et qu’il était porté à l’imposer aux autres, convaincu qu’il avait la « ligne juste ». Devant l’impossibilité de sortir de ce dilemme, il préféra s’enlever la vie.

Pour sortir de cette conscience mortelle ou du silence gêné, il est stimulant de se rappeler la différence que plusieurs font entre le pouvoir et l’autorité. Le premier est lié à une fonction, la seconde à la personne et à la reconnaissance par les autres de sa valeur originale. Le premier s’impose et peut disposer des moyens que lui donne la loi pour se faire obéir. Ainsi l’État peut-il exercer le pouvoir et utiliser les forces de l’ordre pour sévir. L’autorité, pour sa part, n’impose pas, car c’est le retentissement chez l’autre de la personne «  qui parle avec autorité » qui permet de créer un lien de confiance et de partager ce qui est proposé.

Dans l’évangile, il est dit que les auditeurs de Jésus s’étonnaient car il ne parlait pas comme les scribes et les pharisiens, ces gens de pouvoir, mais avec une autorité qui invitait à une réponse libre. Quand les gens de pouvoir lui demandent qui lui a donné l’autorité de dire ce qu’il dit, il refuse de leur répondre car ils ne se situent pas dans une perspective d’accueil, s’emprisonnant plutôt dans leur pouvoir. (Lire  Luc 20, 1-8). Dans le même esprit, il demandera à ses disciples de ne pas agir comme les puissants qui imposent leur pouvoir. Pour entrer dans une perspective d’accueil, il leur recommande de se comporter comme un enfant ou un esclave, deux catégories qui n’ont pas le pouvoir. (Lire Mat 20, 20-28). Du coup, il leur signifie que l’annonce d’un Avenir ouvert ne s’impose pas mais se reçoit comme un don, une promesse qui sourd d’un amour sans limites. Porter dans sa vie la « bonne nouvelle » devient alors un projet conjoint où les personnes qui ont créé des liens d’accueil et de confiance travaillent à se mettre mutuellement au monde, c’est-à-dire à grandir, ensemble, en humanité. Car cette dernière nous est commune et un mystère inépuisable en fait partie. Voilà pourquoi le pouvoir doit se traduire en service. Voilà  aussi pourquoi il faut résister à toutes les forces de pouvoir qui voudraient nous faire renoncer à ces liens concrets que nous tissons et nous ratatiner à l’état de consommateur isolé et narcissique.

Au plaisir de se revoir et de partager ce qui remue en nous à l’occasion du rappel du Jeudi saint.

 

 

 

 

[ RETOUR ]

 

 

 


 

 

© 2000-2001 - Le réseau Culture et Foi - culture_et_foi@videotron.ca