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Guy Paiement, le plus ancien de nos
collaborateurs, est décédé le dimanche de
Pâques. Jésuite engagé dans les organisations
populaires, il était membre du comité de
rédaction de Relations depuis plus de
trente ans. Pour lui, engagement aux côtés des
appauvris, foi et analyse sociale allaient de
pair.
Il n’avait de
cesse de nous inciter à l’attention des
« petites pousses », à l’émergence d’initiatives
porteuses de nouveauté, de transformations de la
société et de l’Église à partir de la base.
C’est des exclus qu’il fallait attendre le
« miracle » de l’agir et non des pouvoirs en
place. Les lieux de pouvoir ne l’intéressaient
pas. Ils n’avaient de sens pour lui que dans la
mesure où ils se mettaient à l’écoute et au
service des propositions populaires. Ce à quoi,
évidemment, il les interpellait. Mais ce qui lui
importait avant tout, c’était de rompre les
mécanismes d’exclusion sociale et de
reproduction des inégalités qui ont cours dans
la société comme dans l’Église et qui sont
autant d’obstacles à l’humanisation du monde.
Cela pouvait se réaliser si les exclus, les
sans-voix, les laissés-pour-compte, toute cette
multitude invisible pour les pouvoirs en place,
prenaient confiance en eux et conscience de leur
dignité, de leur beauté et de leur force, et
puisaient à la richesse d’humanité qu’ils
renferment pour la partager et qu’elle porte des
fruits. Alors une nouveauté pourrait
apparaître : une épiphanie de la liberté.
La société se
construit « humainement » à partir de la base,
c’est-à-dire dans la mise en commun des
questions et des préoccupations concernant la
vie « des gens ordinaires ». Cette conviction
autour de laquelle Guy Paiement a bâti toute sa
vie, il la tenait, disait-il, de l’Évangile.
C’était là pour lui la grande nouveauté
subversive annoncée et pratiquée par Jésus de
Nazareth. Ceux et celles qui veulent s’engager
dans l’humanisation du monde doivent renoncer à
agir en maîtres, pensant connaître la vérité, la
solution. Car ce faisant, ils étouffent les voix
et les gestes de la grande majorité, reléguée
ainsi à la passivité et l’obéissance. D’un côté
se dressent alors ceux qui commandent et savent,
de l’autre, se plient ceux qui obéissent et se
taisent. L’humanité se voit défigurée, et les
promesses de la nouveauté avortées. Le pouvoir a
un profond mépris du partage de la parole et de
la pluralité humaine.
Il s’agit plutôt
de « se mettre mutuellement au monde », comme
aimait à le dire Guy Paiement dans ses derniers
textes. L’institution avait assurément sa place,
pour lui, comme instance de médiation du partage
de la parole et de réalisation des décisions
collectives. Mais elle devait toujours être en
position d’ouverture et de remise en question
pour ne pas se pétrifier et devenir imperméable
aux forces vives.
Cela explique le
peu d’attention qu’il portait à l’Église
hiérarchique. Sa structure monarchique et
cléricale témoigne de cette pétrification, au
point où elle offre un contre-témoignage de
l’Évangile. Ce qui importait à Guy, c’était de
rendre présente l’Église dans le monde de son
temps, comme communauté d’hommes et de femmes
égaux et libres, habités par Dieu et un profond
amour de la vie et du monde. Des hommes et des
femmes attentifs aux signes d’espérance qui
naissent des pratiques collectives, et qui
mettent leur énergie à les faire croître – à
donner des mains à l’espérance. C’est rappeler
que « l’Église n’existe pas pour elle-même. Elle
est partie prenante d’une histoire qui demeure
le lieu où affleure la présence de
l’Innommable » (Guy Paiement, « Des braises sous
la cendre », Relations, no
730, p. 22-23).
Étranger à tout
discours clérical incitant, par peur du monde, à
se retrancher dans les murs des églises autour
d’une pratique rituelle sclérosée, notre ami
n’en n’aimait pas moins célébrer et redonner aux
sacrements les saveurs de la vie. Conteur
accompli, il savait reconnaître l’importance de
l’imaginaire et du symbolique dans l’existence
humaine et en transmettre le goût.
On peut dire,
sans se tromper, que Guy Paiement était de ces
êtres essentiels – de ces artisans d’humanité –
qui, par leur vie, leur agir et leur parole,
témoignent à la société à laquelle ils
appartiennent des chemins exigeants mais combien
vivifiants de la justice et de la solidarité.
Revue Relations, no 740, mai 2010
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