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Comme je me trouvais à être directeur du Centre
St-Pierre au moment où Guy y travaillait, c'est
à dire pendant la deuxième moitié des 20 ans où
il y a été, on m'a demandé de dire quelques
mots de la trace historique de Guy Paiement au
Centre St-Pierre.
Je ne suis plus au Centre St-Pierre depuis huit
ans maintenant. Pour parler de l'engagement de
Guy dans cette éternelle institution d'éducation
populaire, dans ce noble palais des congrès du
peuple, je ne trouve rien de mieux que de
m'inscrire avec la plus grande ferveur dans les
mots d'hommages écrit par l'actuel conseil
d'administration, l'actuelle direction et
l'actuelle équipe du Centre St-Pierre dans les
premiers jours qui ont suivi son décès.
Je cite :
Hommage à Guy
Paiement
Homme d’engagement profond, tenace et déterminé
Homme scandalisé par la faim des pauvres
Homme épris de justice dans la ligne de la
grande tradition prophétique
Homme au verbe coloré pour stigmatiser les
puissants qui écrasent les faibles
Homme inspirant pour faire advenir une Église
engagée
Homme de foi, initiateur de grands rendez-vous
de solidarité
Nous saluons l’éducateur populaire que tu as
été.
Toi qui fus engagé au Centre St-Pierre durant
plus de 20 ans,
Sois assuré que tes écrits et le souvenir que tu
nous laisses
Continueront à nous stimuler à changer le monde…
avec le monde.
Et c'est
signé:
Les membres
du CA, les collègues et amis du Centre
St-Pierre
Je trouve particulièrement judicieux, pertinent et bien choisi le: « Nous
saluons l'éducateur populaire que tu as été ».
Guy était une virtuose de l'éducation populaire. Il
connaissait toute l'ingénierie et tous les
trucs de la pédagogie créatrice et participative
et il savait les utiliser abondamment parce que
lui même était très ludique; il aimait jouer et
faire jouer. Mais sa force elle n'était pas
d'abord dans les techniques pédagogiques. Sa
force c'était son verbe. Son gabarit
intellectuel de haut vol, d'une incroyable
envergure. Il avait tout lu, il avait tout
assimilé et l'avait souvent dépassé; il était
lui même déjà plus loin que tous les auteurs
qu'il lisait. Il parlait avec autorité et non
comme les scribes. Sa parole nous amenait dans
l'inédit, faisait surgir le nouveau, advenir
l'espérance, mais une espérance qui avait des
mains, dont il nous faisait voir concrètement
qu'elle était en train de se construire sur le
terrain. Enfin, si cela peut dire quelque chose,
dans les évaluations où les participants étaient
invités à l'aide d'une grille avec des petits
carreaux de 1 à 5 à évaluer la performance de
l'animateur et de la personne ressource, Guy
était toujours premier de classe. Et de loin.
Au Centre St-Pierre, Guy c'était Guy. À l'époque, le CSP
fonctionnait par secteur d'activités. Il y avait
six secteurs d'activités. Et il y avait Guy
Paiement. Peut-on s'entendre pour dire que
Joseph Giguère, même s'il était directeur
général, n'a jamais eu la candeur de croire
qu'il encadrait Guy Paiement. Des grands bouts
c'était « just watch me ». En fait Guy a été un
indicateur d'horizon, un dépisteur de sens, un
développeur créatif. Quand par exemple on a
élaboré un programme d'économie sociale, il
s'est investi là-dedans avec l'enthousiasme d'un
adolescent idéaliste trépignant qui découvre
comment changer le monde.
Au Centre St-Pierre, la grande affaire, le grand enjeu
historique depuis toujours, c'est l'articulation
entre la spiritualité, l'évangile et
l'engagement social. Quand j'étais là il y avait
parfois des discussions sur l'importance
relative à accorder à l'un ou l'autre de ces
différents référents. Dans ce type de débat, il
y avait des gens comme Guy pour nous rappeler et
pour illustrer avec un incomparable brio, par sa
propre démarche et ses différents chantiers, que
l'Évangile contient un projet social, qu'il est
porteur d'un monde inédit, qui donne horizon,
lumière, sens et consistance à l'engagement
social d'aujourd'hui.
Dans le sceau de fidélité du Centre St-Pierre, au lien entre
l'Évangile et l'engagement social, la signature
de Guy Paiement est très fortement burinée.
Enfin et je termine là-dessus, j'ai déjà entendu des prêtres
reprocher à Guy de ne pas s'identifier
suffisamment comme membre du clergé. Cela m'a
amené à essayer de me dire à moi-même à partir
de ma propre expérience auprès de lui où je
pensais que se situait Guy Paiement. Ce que
j'estime avoir expérimenté et vu c'est que
d'abord Guy était un ardent croyant. Il baignait
dans la marmite de la foi. Celle-ci lui était
naturelle. Il ne sentait pas le besoin de la
prêcher à tout bout de champs. C'était sa vie.
Si on enlève cela on ne peut pas comprendre sa
démarche. À la suite de Jésus qui était un
prophète de la modernité Guy est pour moi un
précurseur de l'Église de la modernité de
demain. Il était le plus religieux des laïcs et
le plus laïc des religieux. C'était un adorateur
en esprit et en vérité, branché sur les Actes
des Apôtres, sur les Pères de l'Église et
passant assez vite par dessus Constantin. Il
savait voyager avec un appareil ecclésial des
plus légers. Son Église c'était vraiment
l'Église des personnes, l'Église des pauvres. Il
était pleinement dans le monde mais pas vraiment
de ce monde. Son espace c'était en même temps le
royaume, l'eschatologie et l'engagement entier
dans le monde d'aujourd'hui avec les pauvres
pour faire advenir la dignité et toute la
luminosité de l'humain
Témoignant de ce que j'ai vécu avec lui, de l'espérance qu'il
a fait lever, de ce que j'ai entendu et lu de
lui, j'ai l'assurance qu'il nous laisse un
monde plein d'avenir.
Merci Guy!
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