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C’est en
ajustant nos horloges que nous pouvons,
aujourd’hui, célébrer avec toi, ton premier
anniversaire de pure lumière, pendant que nos
calendriers et nos agendas brûlent comme un
grand feu de camp qui s’élève vers un autre
temps, un temps qui est le tien, un temps
d’éternité.
Tel un bouquet
de fleurs, c’est au pied de ce grand feu que je
dépose la floraison de tes enseignements qui me
nourrissent journellement : reconnaître les
signes des temps, faire du neuf, changer notre
regard, développer les tics de Dieu,
l’importance de respecter la fragilité de la vie
et de nous en rendre responsables.
« Voici que
je vais faire du nouveau qui déjà paraît, ne
l’apercevez-vous pas? » (Isaïe
43)
Guy, mon
inoubliable ami, souventes fois nous avons pris
un plaisir savoureux à réfléchir ensemble sur le
texte de Denise Couture de L’autre parole,
où elle nous entretient sur le sens des signes
des temps et comment les reconnaître
[1].
Pour nous
aider, elle nous cite le sociologue Alain
Touraine pour qui la voie d’analyse ne consiste
plus à étudier les structures sociales qui
pourraient assurer la justice des rapports
humains, en ce sens on en serait à la « fin des
sociétés ». Pour comprendre notre temps,
suggère-t-il, « il faut plutôt analyser l’action
des acteurs et des actrices qui produisent de la
justice ».
Poursuivant sa
réflexion sur les signes des temps, Denise fait
un détour du côté d’Emmanuel Kant qui définit
Les Lumières en ces termes : Les Lumières,
c’est la sortie de l’homme de l’état de tutelle
dont il est lui-même responsable. L’état de
tutelle est l’incapacité de se servir de son
entendement sans la conduite d’un autre… « Aie
le courage de te servir de ton propre
entendement! Voilà la devise des Lumières »
écrivait Kant.
S’inspirant
finalement de la mouvance altermondialiste,
Denise imprègne sa réflexion des paroles de
Chico Whitaker, un des cofondateurs du Forum
social mondial de Porto Allegre : « Il n’y aura
pas de changements structurels durables dans nos
sociétés s’ils ne sont accompagnés de changement
à l’intérieur de nous-mêmes ». Et puis toi, mon
bel ami, tu disais dans nos échanges si intenses
que « le rapport à l’autre, c’est le lieu où
Dieu est déjà là ».
Guy, mon
inoubliable ami, n’y a-t-il pas là de quoi
fabriquer du neuf? Et pour savoir comment s’y
prendre, tu utilisais mille images pour nous
faire comprendre « la pratique du voir » où
notre regard apprend, peu à peu à discerner,
dans les réseaux de notre vie quotidienne et les
tissus complexes de la vie en société, les
appels à de nouvelles responsabilités devant une
nouveauté qui fascine, interroge et dérange.
Comme si ces responsabilités étaient des
réponses, gauchement articulées, disais-tu, mais
qui étaient des réponses à des appels d’une
Présence qui se mêle à notre souffle et qui
redonne du souffle.
Pour toi, nos
rencontres de Bible étaient un lieu où cette
pratique du voir apprend à se déployer. À se
déployer vers la pratique de la transformation,
celle-ci étant l’action du souffle dans les
consciences et dans les évènements qui se
produisent, et c’est cette action intérieure qui
est primordiale.
Guy, mon
inoubliable ami, il me semble donc que, dans
cette compréhension de la théologie
contextuelle, une opportunité exceptionnelle
s’offre à nous, en ces débuts de 2011, pour
déconstruire « nos caricatures binaires », dont
parle Ignacio Ramonet, dans son article « Ces
dictatures amies », et les remplacer par une
confiance active avec les peuples tunisien,
égyptien et tous les autres qui tentent de se
débarrasser de ces régimes autocratiques.
D’ailleurs, du haut de ton grand ciel, tu devais
être fier de nous voir déambuler dans les rues
de Montréal et tendre une main de solidarité à
nos semblables qui se lèvent et se soulèvent en
« réclamant la démocratie pour tous, sans
exclusives ».
Guy, mon
inoubliable ami, nous savons bien que la vie et
cet instant d’histoire sont si fragiles! Et que
nos espoirs ne pourront écrire une nouvelle page
de l’humanité qui est notre demeure, si nous ne
répondons pas à l’appel de nos frères et de nos
sœurs. L’arbre est dans la graine qui est tombée
dans une terre riche, et il serait minable de
retomber dans nos vieux schémas du pur et de
l’impur et de nous mettre à asperger ces
nouvelles solidarités de nos horribles
pesticides. Toi, notre fidèle ami, tu marcheras
bien avec nous en nous indiquant le chemin pour
que nos pas avancent vers « un horizon qui
débloque l’espérance ».
Guy, mon
inoubliable ami, je me rappelle encore du matin
où tu nous as présenté une icône de la
Périchorèse que tu venais de retrouver dans le
désordre de tes papiers. Et tu étais si joyeux
de nous la présenter dans tes mots endimanchés :
celui qui est habité par le souffle de Dieu
finit par attraper les tics de Dieu, ses façons
de faire, de penser, de réagir. Nos frères et
sœurs orientaux nous parlent depuis longtemps de
la trinité comme d’une sorte de danse, « la
périchorèse », dans laquelle nous sommes invités
à entrer. Dieu est le maître de la danse dans
notre histoire, nous disais-tu, avec des yeux
translucides, et il nous invite tous, que nous
soyons bien portants ou culs de jatte, à le
suivre dans une folle farandole. Car «celui qui
n’aime pas son frère qu’il voit ne peut aimer
Dieu qu’il ne voit pas ». Tu poursuivais, en
semant dans nos mémoires, que notre propre
fragilité et la fragilité des autres peuvent
être un pont, une invitation à desserrer les
poings, et ce lien retrouvé peut nous donner la
capacité de rebondissement et nous remettre en
route par le chant et la danse.
Toi, mon
inoubliable ami, je termine mon petit papier en
te disant que je le roulerai et le porterai en
bandoulière dans mon baluchon, et que, par
prudence pour les jours enténébrés de cynisme,
j’y ai cousu, à l’intérieur, ce poème qui
redonne du souffle à notre espérance de
l’Uruguayen Benedetti :
Lentement
s’en vient le futur
Lentement,
mais il s’en vient
Mais lui
Il n’est pas
pressé
Lentement il
s’en vient
Enfin avec sa
réponse
Son pain pour
les affamés
Ses anges
meurtris
Et ses
fidèles hirondelles
Lentement,
mais non d’un pas languissant.
[1] Denise
Couture, « Les nouveaux signes des temps ».
(Soirées Relations 2009)
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