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Apport d’Hélène Chénier en éducation
Mariette Tremblay



C’est avec bonheur que j’ai accepté l’invitation de joindre ma voix aux témoignages rendus aujourd’hui. Ceci était pour moi un devoir de mémoire et de reconnaissance. Je parlerai de l’apport d’Hélène en éducation à partir du moment où nous avons œuvré ensemble.

J’évoquerai des dates, jalons concrets d’une action empreinte de sa philosophie de l’enseignement et de sa vision de l’école publique montréalaise. Hélène Chénier, femme d’action au tempérament fort. Trop fort? Non! Le poète René Char rappelle que « celui qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience ».

J’ai connu Hélène un matin de mai 1971, alors qu’elle avait réuni les membres de son futur conseil d’école. Pourquoi ce matin-là? Déjà directrice à Sœur Sainte-Anne-Marie, elle venait tout juste d’être nommée directrice à Sophie-Barat (Montréal) pour septembre qui venait. Ne voulant pas prendre de chances, elle désirait, la première, afficher ses couleurs. Elle m’avait impressionnée, pour ne pas dire commotionnée… Tellement que je n’en suis pas encore tout à fait revenue! Elle voulait faire de Sophie-Barat une « bonne école », un lieu fécond d’apprentissage. Elle expliquait, entre autres, avec force mots et grande voix, que la pastorale devait être vivifiante pour les élèves. 1971 : doux temps des hippies, ne l’oublions pas. Elle faisait confiance en la jeunesse, elle aimait les adolescents. À l’interétape d’ouverture, en septembre, elle soutenait avec conviction : « Après deux mois de vacances, les élèves attendent quelque chose de nous. » Ce qui signifiait : « Préparez-vous, de grâce, préparez vos contenus! » Plus tard, elle répétera souvent qu’un bon enseignant doit « nommer ses couleurs, ses valeurs ».

Femme d’action dans les couloirs d’une école!

De 1971 à 1979, elle dirige l’école secondaire Sophie-Barat, dont elle fera la plus privée des écoles publiques.

De 1979 à 1982, années de travail à la dure, à la direction de la polyvalente Émile-Nelligan, en plein centre-ville. Elle y fera vivre la mise sous tutelle. Devant les besoins immenses des élèves aux prises avec différentes formes de délinquance, elle frappe alors à toutes les portes pour obtenir les subsides nécessaires. Tenace et opiniâtre, elle obtient des budgets supplémentaires. Elle embauche des travailleurs de milieu qui aideront à comprendre « ces adolescents souvent seuls, à force de mépris, devant les choix vertigineux du tout est permis ». Grâce à une approche nouvelle, des contacts abrupts sont adoucis.

De 1982 à 1985, ce seront des années fructueuses et heureuses à la barre d’un grand navire, la polyvalente Calixa-Lavallée.

Femme de recherche, Hélène sait sortir des murs de son école

De 1979 à 1983, elle siège au Conseil supérieur de l’Éducation. En 1982-1983, elle préside la Commission de l’enseignement secondaire et sa parole interrogeante, jointe à une argumentation énergique, laisse sa marque.

Pour comprendre sa philosophie de l’enseignement, il fallait deviner, sous une approche parfois rude, son respect de l’enseignant. Elle rappelait souvent : « Enseigner, c’est un métier. » Il fallait sentir son désir constant que chaque élève connaisse une liberté et une joie d’apprendre, qu’il rencontre dans la salle de classe un maître intéressant qui sache le captiver. Hélène était prête à aider les élèves plus démunis, ceux pour qui l’apprentissage était ardu. De même, elle était soucieuse d’outiller de son mieux les enseignants moins favorisés par des cotes de popularité parfois factices, cotes de popularité en vogue à l’époque. Avant de blâmer, elle se demandait toujours comment aider.

Philosophie de l’enseignement nourrie par son souci de grandir l’école publique, de prouver qu’elle pouvait être une école de qualité, d’y introduire un supplément d’art et de beauté. Hélène a toujours été une démocrate. Et ses batailles pour l’école publique et la cause des femmes allaient de pair. Dans sa volonté d’outiller les enseignantes autant que les enseignants, elle avait vite réalisé que l’accessibilité des enseignantes à des études universitaires n’était pas la même que celle de leurs collègues masculins. N’y avait-elle pas réussi un premier coup d’éclat lorsque, au début des années 60, elle obtint l’égalité des chances pour les enseignantes de poursuivre à plein temps des études avancées? Fine stratège, elle avait gagné sa cause. Comment y était-elle arrivée? Ici, je cite Mme Marie-Paule Vaillancourt : « Hélène s’inscrit d’abord à l’Université de Montréal à des cours à temps partiel en sciences religieuses. Elle se présente ensuite à un concours à la direction des écoles, avec l’intention de décliner l’offre de poste qu’on lui proposerait. Ainsi, le jour de sa nomination comme adjointe dans une école, elle écrit au directeur du personnel pour refuser cette promotion et, en même temps, lui présenter sa demande de bourse afin de poursuivre ses études à plein temps. » Quelques mois plus tard, Hélène Chénier avait gagné et, à sa suite, les enseignantes désireuses d’étudier purent le faire.

Merci, Hélène, d’avoir apporté tant de dignité dans ce milieu de l’éducation. Tu y laisses une présence : celle d’une femme convaincue, passionnée, exigeante certes, mais riche d’idéal. Tu as toujours privilégié, et tu privilégies encore, l’intransigeance de la vérité et de la fidélité. Dans cette mouvance, tu aimais par-dessus le travail bien fait.

À la suite de Vigneault, nous sommes sûrs que « le temps que l’on prend pour dire les sentiments et la vie est le seul qui nous est donné ». Et ce temps, nous le prenons en cet après-midi de toutes les réminiscences. Le poète dit encore :

Dans les clartés du ciel

Les nuages s’écartent

En chemins enchantés

De neuves transparences

Tu as su écarter les nuages pour y laisser surgir des chemins ensoleillés. Merci!

 

 

 

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