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L’excellence des réalisations et
l’émergence de sa contribution à l’avancement de
la condition des femmes, particulièrement en
Église, nous invitent à rendre un hommage mérité
à Hélène Chénier. Cet hommage se base
prioritairement sur la qualité de son
engagement, liée à une diversité de
problématiques, où le souci de la justice à
l’égard des femmes a toujours influencé son
action.
En 1987, alors qu’elle était nommée par l’Assemblée des
évêques du Québec au Comité épiscopal des
affaires sociales pour un mandat de quatre ans,
j’ai été témoin des engagements de madame
Chénier auprès des femmes, de sa contribution
efficace aux dossiers de la condition des femmes
en Église et de sa large influence dans un
milieu à dominance masculine, où elle a exercé
un leadership convaincant et créatif.
J’indiquerai ici, pour cette période de travail,
les grandes lignes d’action réalisées par Hélène
Chénier, ainsi que certains engagements qui ont
largement dépassés ce mandat spécifique :
-
Coordination du Comité de travail sur la violence faite aux
femmes en milieu conjugal, dont la
publication intitulée Violence en
héritage? aura des répercussions
majeures dans l’Église et dans la société
québécoise. Le travail acharné de madame
Chénier, sur cette question, a bouleversé
des mentalités et amené des hommes d’Église
à dénoncer cette violence et à poser des
gestes plus éclairés à l’égard des femmes
violentées.
-
Consultation auprès du Comité de travail pour la réalisation
des sessions Violence en héritage?
Les préoccupations pédagogiques de madame
Chénier ont contribué à développer un outil
d’animation original et efficace, permettant
de préparer le personnel pastoral à
intervenir plus adéquatement face aux
situations de violence.
-
Participation au dossier Partenariat hommes-femmes en Église.
Sans y exercer de responsabilité directe, la
vigilance manifestée par madame Chénier sur
les orientations de ce dossier a eu pour
conséquence la tenue de forums diocésains et
d’ateliers divers; les suites retenues ont
connu leur aboutissement lors d’un Symposium
international tenu à l’Université Laval en
1996.
-
En 1990, lors du 50e anniversaire de l’obtention
du droit de vote des femmes au Québec,
Hélène Chénier est nommée coordonnatrice des
fêtes du Cinquantième par le Comité des
affaires sociales. Le comité organisateur
retient l’idée d’un événement médiatique qui
se tiendra à Québec, dont un
buffet-rencontre avec cinquante femmes qui
ont contribué à l’avancement de la place des
femmes et une célébration de la Parole où le
président de l’Assemblée des évêques du
Québec livra un message attendu, lui donnant
une « dimension réparatrice » à l’égard des
femmes.
-
Appui et constante collaboration au Réseau des répondantes
diocésaines à la condition des femmes pour
l’ensemble des dossiers portés par ce
Réseau, à l’intérieur d’une institution qui
commande constamment un rappel de la place
des femmes, de leurs conditions de travail
précaires et de leurs capacités à exercer un
leadership dans l’Église.
Au delà de
son mandat au Comité des affaires sociales,
madame Chénier a poursuivi sa collaboration
auprès de l’Assemblée des évêques du Québec et
de différents groupes :
-
Coordination du Comité de travail sur la
violence faite aux femmes à l’intérieur de
l’Église. Dossier chaud, pour ne pas dire
dossier-choc, qui remet en question la
tranquillité patriarcale de l’Église.
-
Membre du
Réseau œcuménique des femmes du Québec, où
elle se préoccupe encore de l’avancée des
femmes au cœur des différentes Églises.
Je me
permets de rappeler que Hélène Chénier participa
au désormais célèbre Congrès des religieuses de
Montréal en 1968, où elle indiquait déjà les
nouvelles orientations pour les communautés
religieuses de femmes.
Il faut
avoir suivi de près l’action de madame Chénier
pour mesurer l’envergure et l’impact collectif
créé auprès des divers groupes qu’elle a
sensibilisés. Par son action, elle a contribué à
l’avancement du féminisme dans des zones de
résistance, et c’est là son grand mérite.
Si, jusqu’à maintenant, peu de femmes ont été
reconnues pour leur engagement en Église, en
voici une dont les convictions ont eu des
répercussions bien au-delà de son Église, car il
y a toujours eu, chez madame Chénier, une
capacité politique d’influencer les divers
milieux où elle a travaillé et qui la rend
toujours ouverte et perméable aux dimensions
sociopolitiques d’aujourd’hui.
Une espérance solide comme pierre
Mais d’où vient cette espérance si déterminée à vouloir que
son Église offre le salut au peuple de Dieu?
Au-delà de l’action, il y a chez Hélène Chénier
une foi pure, puisée à la source des deux
Testaments : entre autres chez Abraham, Moïse,
Jacob et chez celui qui fut la Pierre vivante de
sa vie, le Christ ressuscité.
En Palestine, on trouve la pierre en abondance, elle
symbolise la solidité, la durabilité et la
force. Mais, si on dit que Hélène Chénier est la
femme des deux Testaments, voyons comment lui
attribuer la symbolique des pierres[i].
Au désert, Moïse monte vers Dieu dans l’épaisseur de la nuée
pour recevoir l’enseignement à transmettre à son
peuple : la Loi et les commandements écrits sur
les tables de pierre (Exode 19, 3 et 24,
12).
Hélène, une enseignante, une pédagogue qui transmet sa foi,
non sur des tables de pierre, car aujourd’hui en
descendant de la montagne et remplie de sa foi
pure, elle dirait à son peuple, à la manière de
Jean Martucci : « Nous avons bien plus à prendre
une direction qu’à suivre des directives »[ii].
Elle est encore Moïse frappant une « pierre sèche » pour en
faire jaillir une eau vivifiante, l’eau du salut
que Hélène transmet à son entourage pour
étancher sa soif d’absolu.
Elle est aussi Jacob qui dresse une stèle de pierres, non
seulement pour témoigner d’un pacte, mais pour
rappeler aussi une alliance (Genèse 31,
44-54). Comme Jacob, Hélène a érigé des stèles,
médiatrice dans de nombreuses situations de
droit et de justice. Maintes fois, elle fut
intermédiaire entre les évêques et les
répondantes diocésaines à la condition des
femmes, afin d’amener les évêques à une
meilleure compréhension des situations vécues
par les femmes en Église. Car, si chez Hélène la
parole est directe, elle est aussi conciliante.
Nous retrouvons chez Isaïe ce beau passage :
Voici
que je pose dans Sion une pierre à toute
épreuve,
une pierre angulaire, précieuse,
établie pour servir de fondation.
Celui qui s’y appuie ne sera pas pris de court.
(Isaïe 28, 16)
Cet extrait présage la Pierre vivante, celle du Christ
ressuscité. Et c’est sur cette Pierre vivante
que s’appuie Hélène pour bâtir sa vie, accepter
et se donner elle-même des défis, poursuivre sa
quête de l’essentiel, changer au besoin les
paradigmes parce qu’il faut s’adapter… et ce
n’est pas la fracture d’une rotule qui
l’arrêtera!
Pour faire une analogie biblique, Hélène Chénier est aussi
une espèce de « tête d’angle », elle qui met sur
pied groupes, comités, sous-comités, cours de
Bible, rencontres, repas festifs, etc. Elle est
celle qui assure la cohésion, souvent les
contenus et qui stimule le départ vers des
horizons toujours enrichissants. Nous pourrions
la considérer comme la « nouvelle Abraham » d’un
peuple en marche vers un pays qui s’appelle « que-je-te-ferai-voir ».
La nouvelle Jérusalem magnifiquement reconstruite à coup de
pierres précieuses, fondée sur des saphirs, ses
créneaux faits en rubis, ses portes en pierres
étincelantes (Esdras 54, 11-12), est le
présage de l’Église qui porte en elle l’image de
la Jérusalem céleste, parce qu’elle participe
déjà à son mystère.
En cela, Hélène est aussi participante de ce mystère, elle
qui travaille à bâtir une Église vivante, de
communion et de participation, afin que le monde
connaisse un peu de la transcendance de son
Dieu.
[i]
Le texte ci-dessous est largement
inspiré du Vocabulaire de théologie
biblique publié sous la
direction de X. Léon -Dufour et al.,
Cerf, 5e édition, 1981,
p. 994.
[ii]
J. Martucci, L’ancien et le Nouveau –
Propos bibliques pour aujourd’hui,
Fides, 1980, p. 186.
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