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Il y en a qui jouent au scrabble,
L’Alliance et sa révolution
La victoire d’Aimé Nault sur Léo Guindon lors
d’une importante assemblée générale a permis la
réunification de l’Alliance des professeurs,
divisée au préalable en deux syndicats. Très peu
de temps après, Hélène Chénier apparaît dans le
paysage; par sa qualité d’intervention, elle
avait attiré l’attention du nouveau président
lors d’une session syndicale. Le président lui a
immédiatement demandé, au grand étonnement
d’Hélène, d’accepter la responsabilité d’un
comité de travail. Et la roue s’est mise à
tourner. « Il m’a fait confiance, il m’a donné
ma chance, j’ai tellement appris à son contact,
il a bâti de toute pièce ce syndicat de la
nouvelle Alliance », voilà ce qu’affirme celle
qui voue une grande reconnaissance à Aimé Nault.
C’est avec émotion que Jacques Laurin, Rodolphe
Chartrand, Matthias Rioux et Yolande Lauzon se
joignent à vous tous pour rendre hommage à
Hélène Chénier, quant à l’étape syndicale
particulière que nous avons vécue avec elle.
C’est à l’Alliance que tout a commencé entre
elle et nous. C’est au sein de cette vaste
organisation qui fut pour nous une école de vie,
notre université de la pratique sociale, que
nous avons découvert cette intellectuelle
progressiste, la militante avant-gardiste
consciente que les changements annoncés étaient
nécessaires pour l’éducation et l’avancement de
la société québécoise.
Membre de l’exécutif à la fin du règne d’Aimé
Nault, nous avons apprécié sa capacité
d’analyse, sa saisie des situations complexes,
surtout en période de crise – comme ce fut le
cas au moment du projet de loi 25 et de la
« provincialisation » des négociations, de la
lutte féroce menée par l’Alliance contre le
corporatisme de la CEQ, de même qu’à la
déconfessionnalisation des structures de
l’Alliance. Que dire également de sa sagesse et
de la pertinence de ses conseils, au moment des
grèves tournantes pour lutter contre la « déclassification »
des diplômes des enseignants. Comment ne pas se
souvenir du rôle important qu’a joué Hélène dans
des domaines aussi dérangeants que :
-
Le mémoire de l’Alliance présenté à la
Commission royale d’enquête Byrd sur la
condition féminine au Canada. Sa complicité avec
Ginette Deschênes dans la préparation de ce
mémoire a fait en sorte que 12 des 16
recommandations de l’Alliance ont été retenues
par la Commission.
-
La démocratisation des structures de l’Alliance.
C’est grâce à Hélène que ceux et celles qui,
comme nous, voulaient démocratiser le processus
décisionnel de l’Alliance, ont eu gain de cause.
On a réussi à se doter d’une assemblée de
délégués syndicaux, une instance décisionnelle
entre l’assemblée générale et le conseil
d’administration.
-
Sa sagesse s’est manifestée lors de la Crise
d’octobre, période durant laquelle les chefs
syndicaux étaient durement pris à partie. La
lettre adressée par le président Matthias Rioux
à tous les membres, durant ces événements, pour
les mettre en garde contre la Loi sur les
mesures de guerre, était son idée.
-
Ajoutons le rôle déterminant qu’elle a joué au
sein de la Commission chargée d’étudier les
structures politiques et administratives de la
CEQ.
Devenu président, à son corps défendant, suite à
une réunion des apparatchiks de l’Alliance au
chalet de Roméo Richard, Matthias a donc décidé
d’être candidat à la succession d’Aimé Nault.
Son acceptation était conditionnelle à la venue
d’Hélène Chénier comme secrétaire générale.
Longtemps hésitante, ce fut difficile pour lui
de la convaincre de quitter son poste douillet
de directrice d’école pour devenir gestionnaire
d’une boîte syndiquée mur à mur avec, en prime,
un président néophyte et de gauche.
« Nous
avons vécu ensemble une expérience unique. Cette
période fut difficile, certes, mais emballante.
Le Québec bougeait sous les yeux de tous! Les
changements étaient palpables. Le Rapport Parent
proposait une révolution en éducation, rien de
moins. Femme progressiste et de vision, Hélène a
aidé tous et chacun à comprendre les grandes
réformes et à monter dans le train du
changement. Du côté syndical nous n’avons pas
boudé le progrès. Au contraire, nous avons jeté
les bases d’un nouveau syndicalisme enseignant
et nous nous sommes mis au service d’une grande
cause. Celle d’amener les enseignantes et les
enseignants de Montréal vers un statut
professionnel reconnu par l’État, avec des
conditions de salaire et d’emploi en conformité
avec leurs compétences. En somme, elle a agi
auprès de nous comme l’ont fait à leur époque
Laure Gaudreault, Thérèse Baron, Alexandra
Hudon, et bien d’autres femmes remarquables qui
ont marqué l’histoire de l’éducation et celle du
Québec », affirme Matthias.
Laurin, Chartrand et Rioux, ont fait partie de
sa garde rapprochée, non pour la conseiller,
mais d’abord pour écouter ses conseils qui
prenaient souvent la forme de recommandations
formelles, mais toujours empreintes de réalisme.
Fine stratège, elle élaborait des scénarios afin
d’éviter les traditionnels affrontements lors
des réunions du conseil d’administration. Chacun
pourrait en évoquer quelques-uns, dignes de
passer a l’histoire. Hélène les savait sincères
dans leur engagement. Ils étaient ses jeunes et
elle exerçait sur eux son autorité morale et son
puissant pouvoir de persuasion. Pour délinquants
qu’ils étaient à certains jours, elle aimait
leur sincérité et leur détermination à servir la
cause.
Par ailleurs, ces trois hommes n’étaient pas ses
idoles. Elle avait pour Marc Lapointe une
faiblesse évidente. Ce cabotin génial et grand
spécialiste du droit syndical, trouvait les mots
pour la captiver et la faire rire de bon cœur.
Ses rencontres presque affectueuses avec Gilles
Poirier, avocat à la CÉCM (plus discret que Marc
Lapointe), faisaient toujours l’objet de
commentaires élogieux. Lorsqu’elle était en
présence de ces deux personnalités, Laurin,
Chartrand et Rioux n’existaient plus. Elle
n’avait d’yeux et d’oreilles que pour les deux
avocats. Si bien qu’un jour, à la sortie d’une
rencontre avec maître Poirier, Robert Chagnon,
homme d’humour et de passion, avait dit à
Matthias : « Sais-tu, avec ses relations
privilégiées avec Lapointe et Poirier, Hélène
pourrait sûrement régler 50 % de nos deux mille
griefs en souffrance ».
Hélène était une femme de pouvoir. À l’Alliance
elle ratissait large certes, mais elle mesurait
avec intelligence et bon jugement les limites de
sa zone d’influence. S’agissant du pouvoir
politique, elle était respectueuse du mandat des
élus, et de leurs obligations de rendre des
comptes à leurs membres. Cela ne l’a jamais
empêché de mettre tout son poids pour influencer
les décisions, surtout celles relatives aux
recommandations que faisaient le président et le
conseil d’administration lors des grandes
assemblées générales des membres.
Puis, un jour, Hélène retourna relever les défis
qu’imposent les écoles difficiles – dont celles
de Émile-Nelligan et de Calixa-Lavallée.
Rodolphe Chartrand, non seulement souligne avec
fierté d’avoir pu, pendant cinq ans, partager le
rêve d’Hélène de mettre la force du syndicalisme
au service du professionnel, mais aussi d’avoir
été associé à toute l’équipe de Sophie-Barat
pendant un même nombre d’années pour faire une
école au service de la qualité et au bénéfice
des jeunes qui leur étaient confiés sous la
direction d’Hélène.
Hélène a fait appel à Yolande Lauzon pour
représenter les enseignants du secondaire sous
la présidence du grand chef syndical que fut
Aimé Nault. Ce fut un privilège, reconnaît-elle,
de travailler sous la gouverne de ce maître
négociateur et de lui avoir, par le fait même,
fourni l’occasion de développer des réflexes
syndicaux – lesquels l’ont servie tout au long
de sa carrière, principalement en tant que
directrice de la polyvalente Jeanne-Mance dans
les années où Hélène assumait cette même
fonction à Émile-Nelligan.
Aimer son pays qu’est le Québec, vouloir son
indépendance, être fière de sa nation, Hélène
nous a manifesté cela au quotidien. Elle aurait
pu, pour notre plus grand plaisir, devenir
Patriote de l’année!
Elle avait et conserve des sentiments nobles
pour les gens qu’elle aimait et aime toujours.
Ceux qui se sont approchés d’elle sont devenus
meilleurs.
Rarement avons-nous rencontré une personne aussi
déterminée, intellectuellement vive et douée
d’une ardeur peu commune au travail.
Hélène Chénier : une femme d’exception!
Très chère Hélène, grâce à toi, nous avons
grandi!
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