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Au sein du mouvement syndical :
Hélène Chénier – un être exceptionnel

Rodolphe Chartrand, Jacques Laurin, Yolande Lauzon et Matthias Rioux



 

Il y en a qui jouent au scrabble,

D’autres au bridge,

D’autres aux échecs.

Hélène jouait aux négociations.

 

Son œil vif,

Son intelligence hors du commun,

Son rire cristallin,

Sa plume franche et directe,

Sa langue claire, précise,

En faisaient une redoutable adversaire.

 

Les dossiers

Bien en tête,

Bien dans son cœur,

Elle affrontait

Avec courage, avec détermination,

Avec le sourire en coin qui voulait dire :

Toi, mon p’tit gars, tu es mieux d’être prêt.

Moi, je le suis.

Et elle gagnait.

 

Les enseignants lui doivent beaucoup.

L’Alliance et sa révolution

La victoire d’Aimé Nault sur Léo Guindon lors d’une importante assemblée générale a permis la réunification de l’Alliance des professeurs, divisée au préalable en deux syndicats. Très peu de temps après, Hélène Chénier apparaît dans le paysage; par sa qualité d’intervention, elle avait attiré l’attention du nouveau président lors d’une session syndicale. Le président lui a immédiatement demandé, au grand étonnement d’Hélène, d’accepter la responsabilité d’un comité de travail. Et la roue s’est mise à tourner. « Il m’a fait confiance, il m’a donné ma chance, j’ai tellement appris à son contact, il a bâti de toute pièce ce syndicat de la nouvelle Alliance », voilà ce qu’affirme celle qui voue une grande reconnaissance à Aimé Nault.

C’est avec émotion que Jacques Laurin, Rodolphe Chartrand, Matthias Rioux et Yolande Lauzon se joignent à vous tous pour rendre hommage à Hélène Chénier, quant à l’étape syndicale particulière que nous avons vécue avec elle.

C’est à l’Alliance que tout a commencé entre elle et nous. C’est au sein de cette vaste organisation qui fut pour nous une école de vie, notre université de la pratique sociale, que nous avons découvert cette intellectuelle progressiste, la militante avant-gardiste consciente que les changements annoncés étaient nécessaires pour l’éducation et l’avancement de la société québécoise.

Membre de l’exécutif à la fin du règne d’Aimé Nault, nous avons apprécié sa capacité d’analyse, sa saisie des situations complexes, surtout en période de crise – comme ce fut le cas au moment du projet de loi 25 et de la « provincialisation » des négociations, de la lutte féroce menée par l’Alliance contre le corporatisme de la CEQ, de même qu’à la déconfessionnalisation des structures de l’Alliance. Que dire également de sa sagesse et de la pertinence de ses conseils, au moment des grèves tournantes pour lutter contre la « déclassification » des diplômes des enseignants. Comment ne pas se souvenir du rôle important qu’a joué Hélène dans des domaines aussi dérangeants que :

  • Le mémoire de l’Alliance présenté à la Commission royale d’enquête Byrd sur la condition féminine au Canada. Sa complicité avec Ginette Deschênes dans la préparation de ce mémoire a fait en sorte que 12 des 16 recommandations de l’Alliance ont été retenues par la Commission.

  • La démocratisation des structures de l’Alliance. C’est grâce à Hélène que ceux et celles qui, comme nous, voulaient démocratiser le processus décisionnel de l’Alliance, ont eu gain de cause. On a réussi à se doter d’une assemblée de délégués syndicaux, une instance décisionnelle entre l’assemblée générale et le conseil d’administration.

  • Sa sagesse s’est manifestée lors de la Crise d’octobre, période durant laquelle les chefs syndicaux étaient durement pris à partie. La lettre adressée par le président Matthias Rioux à tous les membres, durant ces événements, pour les mettre en garde contre la Loi sur les mesures de guerre, était son idée.

  • Ajoutons le rôle déterminant qu’elle a joué au sein de la Commission chargée d’étudier les structures politiques et administratives de la CEQ.

Devenu président, à son corps défendant, suite à une réunion des apparatchiks de l’Alliance au chalet de Roméo Richard, Matthias a donc décidé d’être candidat à la succession d’Aimé Nault. Son acceptation était conditionnelle à la venue d’Hélène Chénier comme secrétaire générale. Longtemps hésitante, ce fut difficile pour lui de la convaincre de quitter son poste douillet de directrice d’école pour devenir gestionnaire d’une boîte syndiquée mur à mur avec, en prime, un président néophyte et de gauche.

« Nous avons vécu ensemble une expérience unique. Cette période fut difficile, certes, mais emballante. Le Québec bougeait sous les yeux de tous! Les changements étaient palpables. Le Rapport Parent proposait une révolution en éducation, rien de moins. Femme progressiste et de vision, Hélène a aidé tous et chacun à comprendre les grandes réformes et à monter dans le train du changement. Du côté syndical nous n’avons pas boudé le progrès. Au contraire, nous avons jeté les bases d’un nouveau syndicalisme enseignant et nous nous sommes mis au service d’une grande cause. Celle d’amener les enseignantes et les enseignants de Montréal vers un statut professionnel reconnu par l’État, avec des conditions de salaire et d’emploi en conformité avec leurs compétences. En somme, elle a agi auprès de nous comme l’ont fait à leur époque Laure Gaudreault, Thérèse Baron, Alexandra Hudon, et bien d’autres femmes remarquables qui ont marqué l’histoire de l’éducation et celle du Québec », affirme Matthias.

Laurin, Chartrand et Rioux, ont fait partie de sa garde rapprochée, non pour la conseiller, mais d’abord pour écouter ses conseils qui prenaient souvent la forme de recommandations formelles, mais toujours empreintes de réalisme. Fine stratège, elle élaborait des scénarios afin d’éviter les traditionnels affrontements lors des réunions du conseil d’administration. Chacun pourrait en évoquer quelques-uns, dignes de passer a l’histoire. Hélène les savait sincères dans leur engagement. Ils étaient ses jeunes et elle exerçait sur eux son autorité morale et son puissant pouvoir de persuasion. Pour délinquants qu’ils étaient à certains jours, elle aimait leur sincérité et leur détermination à servir la cause.

Par ailleurs, ces trois hommes n’étaient pas ses idoles. Elle avait pour Marc Lapointe une faiblesse évidente. Ce cabotin génial et grand spécialiste du droit syndical, trouvait les mots pour la captiver et la faire rire de bon cœur. Ses rencontres presque affectueuses avec Gilles Poirier, avocat à la CÉCM (plus discret que Marc Lapointe), faisaient toujours l’objet de commentaires élogieux. Lorsqu’elle était en présence de ces deux personnalités, Laurin, Chartrand et Rioux n’existaient plus. Elle n’avait d’yeux et d’oreilles que pour les deux avocats. Si bien qu’un jour, à la sortie d’une rencontre avec maître Poirier, Robert Chagnon, homme d’humour et de passion, avait dit à Matthias : « Sais-tu, avec ses relations privilégiées avec Lapointe et Poirier, Hélène pourrait sûrement régler 50 % de nos deux mille griefs en souffrance ».

Hélène était une femme de pouvoir. À l’Alliance elle ratissait large certes, mais elle mesurait avec intelligence et bon jugement les limites de sa zone d’influence. S’agissant du pouvoir politique, elle était respectueuse du mandat des élus, et de leurs obligations de rendre des comptes à leurs membres. Cela ne l’a jamais empêché de mettre tout son poids pour influencer les décisions, surtout celles relatives aux recommandations que faisaient le président et le conseil d’administration lors des grandes assemblées générales des membres.

Puis, un jour, Hélène retourna relever les défis qu’imposent les écoles difficiles – dont celles de Émile-Nelligan et de Calixa-Lavallée.

Rodolphe Chartrand, non seulement souligne avec fierté d’avoir pu, pendant cinq ans, partager le rêve d’Hélène de mettre la force du syndicalisme au service du professionnel, mais aussi d’avoir été associé à toute l’équipe de Sophie-Barat pendant un même nombre d’années pour faire une école au service de la qualité et au bénéfice des jeunes qui leur étaient confiés sous la direction d’Hélène.

Hélène a fait appel à Yolande Lauzon pour représenter les enseignants du secondaire sous la présidence du grand chef syndical que fut Aimé Nault. Ce fut un privilège, reconnaît-elle, de travailler sous la gouverne de ce maître négociateur et de lui avoir, par le fait même, fourni l’occasion de développer des réflexes syndicaux – lesquels l’ont servie tout au long de sa carrière, principalement en tant que directrice de la polyvalente Jeanne-Mance dans les années où Hélène assumait cette même fonction à Émile-Nelligan.

Aimer son pays qu’est le Québec, vouloir son indépendance, être fière de sa nation, Hélène nous a manifesté cela au quotidien. Elle aurait pu, pour notre plus grand plaisir, devenir Patriote de l’année!

Elle avait et conserve des sentiments nobles pour les gens qu’elle aimait et aime toujours. Ceux qui se sont approchés d’elle sont devenus meilleurs.

Rarement avons-nous rencontré une personne aussi déterminée, intellectuellement vive et douée d’une ardeur peu commune au travail.

Hélène Chénier : une femme d’exception!

Très chère Hélène, grâce à toi, nous avons grandi!

 

 

 

 

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