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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 1,1-11
2ème lecture : Ép 4,1-13
Évangile : Mc 16,15-20
Fête de l’Ascension, deuxième visage de Pâques, mais sans
doute le premier chronologiquement parlant, pour
les disciples qui ont vécu l’absence de Jésus
(son Ascension) avant d’expérimenter sa présence
nouvelle (sa Résurrection) au cœur de l’Église
naissante. Si
la Résurrection du Christ marque le commencement d’un monde nouveau, le début d’une
nouvelle création, il a fallu l’Ascension pour
que les premiers chrétiens le réalisent. En
cette fête de l’Ascension de l’année B, les
textes bibliques qui nous sont proposés
comportent de très beaux messages d’espérance
qui expriment cette double réalité de notre foi
chrétienne : que Christ est, à la fois, au ciel
et sur la terre, comme nous sommes, à la fois,
sur la terre et déjà au ciel.
Saint Augustin disait au 4ème siècle que le Christ ne nous a
jamais quittés! Il écrit : « De même que
Jésus est monté sans pourtant s’éloigner de
nous, ainsi nous sommes déjà là-haut avec lui,
même si ce qui nous est promis ne se réalise pas
encore en notre chair. Lui est déjà élevé
au-dessus des cieux; et cependant il souffre sur
la terre toutes les peines que nous, ses
membres, nous ressentons. De cela il a porté
témoignage quand il s’écria d’en haut : ‘’Saul,
Saul, pourquoi me persécutes-tu?’’ (Ac 9,4), et
encore : ‘’J’ai eu faim, et vous m’avez donné à
manger’’ (Mt 25,35). Pourquoi ne
travaillons-nous pas sur cette terre, de telle
sorte que, par la foi, l’espérance et la charité
qui nous unissent à lui, nous restions dès
maintenant avec lui dans le ciel? Lui, qui est
là, est aussi avec nous; et nous, qui sommes
ici, nous sommes aussi avec lui. Il peut cela
par sa divinité, sa puissance, son amour; et
nous, si nous ne le pouvons comme lui par la
divinité, nous le pouvons en lui par l’amour. Il
n’a pas quitté le ciel quand il est descendu
vers nous, et il ne nous a pas quittés lorsqu’il
est monté au ciel ». Regardons maintenant de
plus près, les trois lectures de ce dimanche :
1.
Actes 1,1-11.
Luc commence son livret sur les Actes des
Apôtres comme il avait commencé son évangile,
par une adresse à un certain Théophile,
personnage réel ou littéraire, mais sûrement
théologique, qui signifie ami de Dieu. Et
contrairement à son Évangile, où saint Luc situe
l’Ascension le soir de Pâques (Lc 24,50-53),
ici, au début des Actes des Apôtres, il la situe
40 jours après Pâques, c’est-à-dire le temps
théologique nécessaire aux disciples pour
réaliser leur mission chrétienne. Ce sont deux
manières de présenter, dans le temps, un mystère
qui échappe au temps.
Pour saint
Luc, Jésus a été le prophète par excellence, le
nouvel Élie. C’est pourquoi, la mise en scène de
l’événement de l’Ascension nous renvoie à la
scène de l’ascension du prophète Élie dans le
2ème livre des Rois (2 R 2,1-14) où le prophète
Élisée, son disciple, recevrait la plénitude de
l’Esprit prophétique d’Élie, s’il voyait
l’enlèvement céleste de son maître. Et il l’a
vu! De même les apôtres héritent de l’Esprit de
Jésus, parce qu’ils le voient s’élever vers le
ciel : « Après ces paroles, ils le virent
s’élever et disparaître à leurs yeux dans une
nuée » (Ac 1,9).
Pour saint
Luc, puisqu’il s’agit de la deuxième dimension
de Pâques, à l’Ascension comme à
la Résurrection,
les 2 hommes en blanc qui s’adressaient aux
femmes le matin de Pâques pour leur dire :
« Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les
morts? » (Lc 24,5), sont les mêmes qui
disent aux apôtres qui fixent le ciel :
« Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder
vers le ciel? » (Ac 1,11a). Dans le fond,
l’heure n’est pas à la contemplation, ni à la
nostalgie; l’heure est à la mission : « Vous
allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit
qui viendra sur vous. Alors vous serez mes
témoins à Jérusalem, dans toute
la Judée et la
Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre »
(Ac 1,8). Voilà la mission chrétienne de tous
les temps.
2.
Éphésiens 4,1-13.
Le thème de cette deuxième lecture est l’unité :
« Ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit
par le lien de la paix » (Ép 4,3). Mais
attention! L’uniformité n’est pas gage d’unité;
l’unité se bâtit dans la diversité. Il y a bien
sûr les dons faits à chacun pour que se
construise le corps du Christ que nous formons :
« Et les dons qu’il a faits aux hommes, ce
sont d’abord les Apôtres, puis les prophètes et
les missionnaires de l’Évangile, et aussi les
pasteurs et ceux qui enseignent » (Ép 4,11).
Mais comme le dit bien André Beauchamp, dans son
commentaire du prions en Église d’aujourd’hui, à
la page 31 : « Les structures alors ont peu
d’importance car l’amour prévaut sur le reste.
Le corps se construit dans l’amour. C’est
l’amour ici qui importe et non l’obsession de
l’ordre hiérarchique ». De sorte que saint
Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, invite toute
l’Église à adopter le comportement suivant :
« Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de
patience, supportez-vous les uns les autres avec
amour » (Ép 4,2). André Beauchamp ajoute :
« Ainsi l’Ascension de Jésus nous fait entrer
dans l’âge adulte, dans l’âge de
l’accomplissement et de la plénitude ».
C’est ce que Paul reconnaît : « Au terme,
nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans
la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu,
à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de
la stature du Christ » (Ép 4,13).
3.
Marc 16,15-20.
Cet extrait de l’évangile de Marc n’est pas de
Marc lui-même, mais d’un disciple du 2ème siècle
qui trouvait que l’évangile finissait mal sur la
peur des femmes (Mc 16,8). Ce copiste avait lu
les autres évangiles et il s’en est inspiré,
surtout de celui de Luc. Le message central de
cet extrait porte sur la mission chrétienne
qui commence avec l’Ascension, le départ de
Jésus ressuscité et sa glorification : « Le
Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut
enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu »
(Mc 16,19). La mission vient donc de Jésus
ressuscité et s’adresse d’abord aux apôtres : « Allez
dans le monde entier. Proclamez
la Bonne
Nouvelle à toute la création » (Mc 16,15). Par ailleurs, comme le dit bien l’exégète Hyacinthe
Vulliez : « Annoncer
la Bonne
Nouvelle, ce n’est pas dire qu’il a vécu, qu’il est mort et ressuscité, car dire
le passé c’est faire de l’histoire et non pas
annoncer une nouvelle. Annoncer
la Bonne
Nouvelle c’est annoncer qu’il est vivant, qu’il est Parole en chacun. Parole
prête à parler et qui attend d’être écoutée. Une
vraie nouvelle! »
C’est pourquoi, cet auteur anonyme de l’évangile
de Marc au 2ème siècle ajoute : « Quant à
eux, ils s’en allèrent proclamer partout
la Bonne
Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait
la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16,20).
En terminant,
la Bonne Nouvelle à annoncer est toujours
actuelle, car le Christ est toujours vivant et
il parle et agit aujourd’hui. C’est pourquoi le
discours ne peut être une répétition du passé,
mais bien une Parole neuve qui s’adresse à des
hommes et à des femmes qui vivent des réalités
nouvelles à des moments précis de leur histoire.
Une chose est certaine : les croyants de tous
les temps continueront l’œuvre du Christ en
chassant le mal et en guérissant les malades; en
parlant un langage toujours nouveau, ils seront
protégés des dangers mortels : « Voici les
signes qui accompagneront ceux qui deviendront
croyants : en mon nom, ils chasseront les
esprits mauvais, ils parleront un langage
nouveau; ils prendront des serpents dans leurs
mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne
leur fera pas de mal; ils imposeront les mains
aux malades, et les malades s’en trouveront bien »
(Mc 16,17-18).
Je voudrais terminer par ce beau commentaire de l’exégète
français Jean Debruynne qui dit : « Avant son
départ du visible pour entrer dans l’invisible,
Jésus lance un dernier appel aux croyants. Jésus
appelle à croire. Il appelle à donner des signes
et non pas à s’enfermer dans une idéologie. Les
signes du croyant ne sont pas un système ou une
sorcellerie magique, c’est un commencement,
c’est une bonne nouvelle qui n’est pas seulement
bonne mais qui est aussi nouvelle. C’est un
changement de monde qui perd son mauvais esprit,
qui parle un sermon neuf, qui n’a plus peur de
rien parce qu’il a confiance et qu’il ose guérir
l’Homme ».
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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