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L’Ascension du Seigneur (B) : 24 mai 2009
Raymond Gravel, prêtre

 

 


 

Réf. Bibliques :   1ère lecture :  Ac 1,1-11
2ème lecture :  Ép 4,1-13
Évangile :  Mc 16,15-20

Fête de l’Ascension, deuxième visage de Pâques, mais sans doute le premier chronologiquement parlant, pour les disciples qui ont vécu l’absence de Jésus (son Ascension) avant d’expérimenter sa présence nouvelle (sa Résurrection) au cœur de l’Église naissante. Si la Résurrection du Christ marque le commencement d’un monde nouveau, le début d’une nouvelle création, il a fallu l’Ascension pour que les premiers chrétiens le réalisent. En cette fête de l’Ascension de l’année B, les textes bibliques qui nous sont proposés comportent de très beaux messages d’espérance qui expriment cette double réalité de notre foi chrétienne : que Christ est, à la fois, au ciel et sur la terre, comme nous sommes, à la fois, sur la terre et déjà au ciel.

Saint Augustin disait au 4ème siècle que le Christ ne nous a jamais quittés! Il écrit : « De même que Jésus est monté sans pourtant s’éloigner de nous, ainsi nous sommes déjà là-haut avec lui, même si ce qui nous est promis ne se réalise pas encore en notre chair. Lui est déjà élevé au-dessus des cieux; et cependant il souffre sur la terre toutes les peines que nous, ses membres, nous ressentons. De cela il a porté témoignage quand il s’écria d’en haut : ‘’Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?’’ (Ac 9,4), et encore : ‘’J’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger’’ (Mt 25,35). Pourquoi ne travaillons-nous pas sur cette terre, de telle sorte que, par la foi, l’espérance et la charité qui nous unissent à lui, nous restions dès maintenant avec lui dans le ciel? Lui, qui est là, est aussi avec nous; et nous, qui sommes ici, nous sommes aussi avec lui. Il peut cela par sa divinité, sa puissance, son amour; et nous, si nous ne le pouvons comme lui par la divinité, nous le pouvons en lui par l’amour. Il n’a pas quitté le ciel quand il est descendu vers nous, et il ne nous a pas quittés lorsqu’il est monté au ciel ». Regardons maintenant de plus près, les trois lectures de ce dimanche :

1.       Actes 1,1-11. Luc commence son livret sur les Actes des Apôtres comme il avait commencé son évangile, par une adresse à un certain Théophile, personnage réel ou littéraire, mais sûrement théologique, qui signifie ami de Dieu. Et contrairement à son Évangile, où saint Luc situe l’Ascension le soir de Pâques (Lc 24,50-53), ici, au début des Actes des Apôtres, il la situe 40 jours après Pâques, c’est-à-dire le temps théologique nécessaire aux disciples pour réaliser leur mission chrétienne. Ce sont deux manières de présenter, dans le temps, un mystère qui échappe au temps.

Pour saint Luc, Jésus a été le prophète par excellence, le nouvel Élie. C’est pourquoi, la mise en scène de l’événement de l’Ascension nous renvoie à la scène de l’ascension du prophète Élie dans le 2ème livre des Rois (2 R 2,1-14) où le prophète Élisée, son disciple, recevrait la plénitude de l’Esprit prophétique d’Élie, s’il voyait l’enlèvement céleste de son maître. Et il l’a vu! De même les apôtres héritent de l’Esprit de Jésus, parce qu’ils le voient s’élever vers le ciel : « Après ces paroles, ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée » (Ac 1,9).

Pour saint Luc, puisqu’il s’agit de la deuxième dimension de Pâques, à l’Ascension comme à la Résurrection, les 2 hommes en blanc qui s’adressaient aux femmes le matin de Pâques pour leur dire : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts? » (Lc 24,5), sont les mêmes qui disent aux apôtres qui fixent le ciel : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel? » (Ac 1,11a). Dans le fond, l’heure n’est pas à la contemplation, ni à la nostalgie; l’heure est à la mission : « Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. Alors vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Voilà la mission chrétienne de tous les temps.

2.       Éphésiens 4,1-13. Le thème de cette deuxième lecture est l’unité : « Ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix » (Ép 4,3). Mais attention! L’uniformité n’est pas gage d’unité; l’unité se bâtit dans la diversité. Il y a bien sûr les dons faits à chacun pour que se construise le corps du Christ que nous formons : « Et les dons qu’il a faits aux hommes, ce sont d’abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l’Évangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent » (Ép 4,11). Mais comme le dit bien André Beauchamp, dans son commentaire du prions en Église d’aujourd’hui, à la page 31 : « Les structures alors ont peu d’importance car l’amour prévaut sur le reste. Le corps se construit dans l’amour. C’est l’amour ici qui importe et non l’obsession de l’ordre hiérarchique ». De sorte que saint Paul, dans sa lettre aux Éphésiens, invite toute l’Église à adopter le comportement suivant : « Ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour » (Ép 4,2). André Beauchamp ajoute : « Ainsi l’Ascension de Jésus nous fait entrer dans l’âge adulte, dans l’âge de l’accomplissement et de la plénitude ». C’est ce que Paul reconnaît : « Au terme, nous parviendrons tous ensemble à l’unité dans la foi et la vraie connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la plénitude de la stature du Christ » (Ép 4,13).

3.       Marc 16,15-20. Cet extrait de l’évangile de Marc n’est pas de Marc lui-même, mais d’un disciple du 2ème siècle qui trouvait que l’évangile finissait mal sur la peur des femmes (Mc 16,8). Ce copiste avait lu les autres évangiles et il s’en est inspiré, surtout de celui de Luc. Le message central de cet extrait porte sur la mission chrétienne qui commence avec l’Ascension, le départ de Jésus ressuscité et sa glorification : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu » (Mc 16,19). La mission vient donc de Jésus ressuscité et s’adresse d’abord aux apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création » (Mc 16,15). Par ailleurs, comme le dit bien l’exégète Hyacinthe Vulliez : « Annoncer la Bonne Nouvelle, ce n’est pas dire qu’il a vécu, qu’il est mort et ressuscité, car dire le passé c’est faire de l’histoire et non pas annoncer une nouvelle. Annoncer la Bonne Nouvelle c’est annoncer qu’il est vivant, qu’il est Parole en chacun. Parole prête à parler et qui attend d’être écoutée. Une vraie nouvelle! » C’est pourquoi, cet auteur anonyme de l’évangile de Marc au 2ème siècle ajoute : « Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient » (Mc 16,20).

En terminant, la Bonne Nouvelle à annoncer est toujours actuelle, car le Christ est toujours vivant et il parle et agit aujourd’hui. C’est pourquoi le discours ne peut être une répétition du passé, mais bien une Parole neuve qui s’adresse à des hommes et à des femmes qui vivent des réalités nouvelles à des moments précis de leur histoire. Une chose est certaine : les croyants de tous les temps continueront l’œuvre du Christ en chassant le mal et en guérissant les malades; en parlant un langage toujours nouveau, ils seront protégés des dangers mortels : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais, ils parleront un langage nouveau; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien » (Mc 16,17-18).

Je voudrais terminer par ce beau commentaire de l’exégète français Jean Debruynne qui dit : « Avant son départ du visible pour entrer dans l’invisible, Jésus lance un dernier appel aux croyants. Jésus appelle à croire. Il appelle à donner des signes et non pas à s’enfermer dans une idéologie. Les signes du croyant ne sont pas un système ou une sorcellerie magique, c’est un commencement, c’est une bonne nouvelle qui n’est pas seulement bonne mais qui est aussi nouvelle. C’est un changement de monde qui perd son mauvais esprit, qui parle un sermon neuf, qui n’a plus peur de rien parce qu’il a confiance et qu’il ose guérir l’Homme ».

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

 

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