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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ac 1,1-11
Évangile : Lc 24,46-53
Une nouvelle création…
L’Ascension, deuxième visage de Pâques : Jésus est non
seulement ressuscité; il est aussi monté au
ciel. L’Ascension marque donc la fin du temps de
Jésus : « Mon cher Théophile, dans mon
premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a
fait et enseigné depuis le commencement,
jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel après
avoir, dans l’Esprit Saint, donné ses
instructions aux Apôtres qu’il avait choisis »
(Ac 1,1-2)… et elle annonce le commencement
du temps de l’Église : « Mais vous allez
recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui
viendra sur vous. Alors, vous serez mes témoins
à Jérusalem, dans toute
la Judée et la Samarie, et
jusqu’aux extrémités de la terre »
(Ac 1,8). Comment comprendre cette fête de l’Ascension? Dans
ce temps de l’Église où nous sommes encore, que
devons-nous faire?
1.
L’Ascension : une fête pascale.
L’Ascension est, à la fois, tournée vers le
dimanche de Pâques : « Il fallait que
s’accomplisse ce qui était annoncé par
l’Écriture : les souffrances du Messie, sa
résurrection d’entre les morts le troisième
jour » (Lc 24,46)… et vers celui de la
Pentecôte : « Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant
à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que
vous soyez revêtus d’une force venue d’en haut »
(Lc 24,49). Cette fête confirme donc la
mission des disciples qui consiste à proclamer
un baptême de conversion, au nom du Christ, à
toutes les nations (Lc 24,47) : « C’est vous
qui en êtes les témoins » (Lc 24,48).
Par
ailleurs, cette fête de l’Ascension, comme celle
de Pâques, échappe au temps et à l’espace. De
sorte que si on cherche à savoir le lieu et le
moment de l’Ascension, on risque de trouver des
contradictions. Selon l’évangile de Luc
d’aujourd’hui, c’est à Béthanie, le soir de
Pâques, que Jésus se sépare de ses disciples et
est emporté au ciel (Lc 24,50-51). Selon le
livre des Actes des Apôtres, écrit par le même
Luc, c’est au mont des Oliviers à Jérusalem (Ac
1,12), 40 jours après Pâques (Ac 1,3), que Jésus
s’élève et disparaît aux yeux des disciples dans
une nuée (Ac 1,9). Et si on lit l’évangile de
Matthieu, ce dernier semble dire que c’est sur
une montagne de Galilée que l’Ascension s’est
déroulée (Mt 28,16).
Qui a
raison? Ils ont tous raison, car ce que ces
auteurs chrétiens décrivent, ce n’est pas un
reportage journalistique d’un événement matériel
et historique qui se serait passé à un endroit
et à un moment précis. Ces auteurs sont croyants
et en théologiens, ils expriment la foi de leurs
communautés chrétiennes qui vivent à des
endroits et à des moments précis de leur
histoire. Quant à Luc qui situe l’Ascension du
Seigneur, à la fois, le soir de Pâques, dans son
évangile, et 40 jours après Pâques, dans les
Actes des Apôtres, c’est pour souligner ce temps
théologique qu’il a fallu à l’Église du premier
siècle pour réaliser sa mission et pour faire
des disciples les témoins de la Résurrection du
Christ.
Pâques,
l’Ascension et
la Pentecôte sont trois fêtes chrétiennes théologiques, séparées
dans le temps et dans l’espace, pour signifier
tout le mystère chrétien : la mort de Jésus,
la Résurrection et l’Ascension du Seigneur et la
Pentecôte de l’Esprit Saint. Mais, dans la vraie vie, tout s’est joué le vendredi
6 avril de l’an 30, aux portes de Jérusalem, où
Jésus a été condamné par le pouvoir juif et
crucifié par le pouvoir romain. À sa mort sur la
croix, il était déjà ressuscité, monté au ciel
et son Esprit était déjà donné à ses disciples.
Jésus en croix, était Christ et Seigneur de
Pâques.
L’exégète
français Jean Debruynne définit la fête de
l’Ascension comme un acte de création. Il
écrit : « Ne cherchez plus dans l’évangile de
Luc comment cela s’est passé. Luc n’a pas sorti
un reportage sur l’Ascension. Dommage pour le
culte des stars. L’Ascension ne ressemble pas au
départ d’une fusée. Le langage de Luc est bien
plus prophétique qu’aérospatial : Jésus se
sépare de ses disciples comme un jour l’Esprit a
séparé le ciel et la terre, les mers et les
continents pour les créer. C’est un acte de
création. Désormais les disciples prennent leurs
responsabilités. Cette promesse de Dieu que
Jésus annonce, ce n’est ni la conquête, ni le
pouvoir, c’est la force qui met l’homme debout ».
2.
L’Ascension : création de l’Église.
Dans l’Ancien Testament, au 2ème livre des Rois,
au moment de l’ascension du prophète Élie, son
disciple Élisée est investi de l’Esprit de son
maître, parce qu’il l’a vu monter au ciel (2 R
2,11.15). Pour saint Luc qui considère Jésus
comme le nouvel Élie, on peut supposer qu’il
s’inspire du récit de l’Ancien Testament pour
évoquer le départ de Jésus. Il fallait que les
disciples le voient monter au ciel pour qu’ils
puissent hériter de son Esprit : « Après ces
paroles, ils le virent s’élever et disparaître à
leurs yeux dans une nuée » (Ac 1,9). Par
ailleurs, la mission de l’Église ne consiste pas
à rester là à contempler le ciel, les bras en
croix : « Galiléens, pourquoi restez-vous là
à regarder vers le ciel? Jésus qui a été enlevé
du milieu de vous, reviendra de la même manière
que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel »
(Ac 1,11). C’est donc à travers ses disciples
que le Christ ressuscité peut se manifester,
mais il faudra attendre la Pentecôte pour le réaliser : « Ils étaient sans cesse dans le temple à bénir
Dieu » (Lc 24,53).
Lorsque les
disciples prendront conscience à la Pentecôte qu’ils sont investis de l’Esprit de Christ, ils sortiront du temple pour
aller annoncer au monde entier, dans toutes les
langues, le salut offert gratuitement à toutes
et à tous. Saint Paul dira que l’Église est
Corps du Christ et saint Matthieu résumera
très bien la mission confiée à toute l’Église :
« Allez donc : de toutes les nations faites
des disciples, les baptisant au nom du Père et
du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à
garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi
je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin
des temps » (Mt 28,19-20).
En terminant, pour savoir ce que nous devons faire
aujourd’hui, comme Église du Christ, je vous
suggère cette belle réflexion du français
Charles Singer : « Il n’y a plus de Christ
visible! Il n’y a plus de Christ à toucher! Les
seules traces à voir et à toucher qui attestent
la réalité de sa présence, sont les vivants de
chaque temps qui suscitent une terre où les
lépreux et les exclus ont leur place, où la
haine ne régit pas les relations, où la
bienveillance l’emporte sur le mépris, où le
respect empêche la violence capable des pires
instincts, où l’accueil écarte le repli sur soi!
Amis, c’est vous qui attestez la vitalité du
Ressuscité! »
Qu’on se le dise! Et ça presse!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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