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Assomption de la Vierge Marie (C) : 15 août 2010
Raymond Gravel, prêtre

 

 

 

Réf. Bibliques :  1ère lecture :  Ap 11,19a; 12,1-6a.10ab
2ème lecture :  1 Co 15,20-27a
Évangile :  Lc 1,39-56

Marie, c’est l’Église…c’est nous!

L’Assomption de Marie que nous célébrons aujourd’hui, a été promulguée par le pape Pie XII, le jour de la Toussaint 1950. Au concile Vatican II, dans Lumen Gentium, chap. 8 # 68, en parlant de Marie, on dit ceci : « La mère de Jésus, glorifiée désormais dans le ciel en son corps et en son âme, est l’image et le commencement de l’Église qui s’accomplira dans le siècle à venir. Ainsi sur terre, jusqu’au jour du Seigneur, elle brille devant le Peuple de Dieu en marche : signe de sûre espérance et de consolation ».

Donc, il faut faire très attention aujourd’hui, de ne pas prendre les textes bibliques qui nous sont proposés au sens littéral pour ne pas en réduire la portée. Il faut être très prudent dans l’interprétation que nous en faisons, pour que nous puissions nous sentir concernés par les propos de leurs auteurs, car la Parole que nous proclamons aujourd’hui, qu’il s’agisse du livre de l’Apocalypse de saint Jean, en 1ère lecture, ou encore de la 1ère lettre de Paul aux Corinthiens, en 2ème lecture, ou même de l’évangile de Luc qui nous présente la rencontre de deux femmes : Élisabeth et Marie, tous ces textes parlent de nous, de ce que nous sommes et de ce que nous sommes appelés à devenir. Que pouvons-nous en retenir en 2010?

1.       La Femme de l’Apocalypse. Qui est cette Femme avec un F majuscule? Si on dit que c’est Marie, mère de Jésus, sans plus, on réduit la portée du message de l’auteur de l’Apocalypse. Comme le dit bien la française Madeleine Le Saux : « Aucun texte évangélique ne glorifie Marie pour elle-même. Elle est montrée comme la figure de l’Église, comparée à l’Arche d’Alliance du Seigneur, grande d’être la mère du Seigneur, heureuse d’avoir cru à l’accomplissement de sa Parole ». Que signifie pour l’auteur de l’Apocalypse, cette Femme qui est l’Arche d’Alliance, donc présence de Dieu dans son Temple (Ap 11,19a), qui a pour manteau le soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles (Ap 12,1), symbole, à la fois, des douze tribus d’Israël et des douze apôtres? En disant cela, l’auteur de l’Apocalypse affirme que les astres ne sont pas des divinités et que cette Femme est le nouveau peuple de Dieu, l’Église, issue de l’ancien peuple de Dieu, Israël.

Et comme l’Église du premier siècle subit les persécutions, l’auteur ajoute : « Elle était enceinte et elle criait, torturée par les douleurs de l’enfantement » (Ap 12,2). Et pourquoi? À cause des persécutions de l’empire de Rome, d’Auguste à Domitien, en passant par Néron, le plus sanguinaire des empereurs romains. Rome est présentée comme un Dragon avec sept têtes (les sept collines de Rome) et dix cornes avec diadèmes (Ap 12,3) qui représentent les empereurs qui se sont succédé et qui ont persécutés l’Église naissante.

La Femme de l’Apocalypse, l’Église a donné le Christ au monde : « Or, la Femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône (mort, résurrection et glorification du Christ), et la Femme s’enfuit au désert (lieu de protection contre les forces du mal), où Dieu lui a préparé une place » (Ap 12,5-6). Et c’est pourquoi l’auteur de l’Apocalypse professe sa foi au Dieu de Jésus Christ : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ! » (Ap 12,10).

2.       Adam et le Christ. Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, saint Paul tente de convaincre ces gens de culture grecque qui admettaient difficilement l’idée de résurrection, que s’il n’y a pas de résurrection, la foi chrétienne est sans contenu et vaine. Il affirme : « Le Christ est ressuscité d’entre les morts pour être parmi les morts le premier ressuscité » (1 Co 15,20). Ça ne nous empêche pas de mourir, car nous sommes Adam, mais ça ne nous empêche pas de ressusciter, car nous sommes aussi Christ. Voilà la conviction profonde de tous les chrétiens et la fête de l’Assomption vient nous le confirmer : Marie, le peuple de Dieu, l’Église est déjà ressuscité avec Christ. C’est dire en même temps que la mort n’a plus le dernier mot sur la vie. l’Assomption de Marie, c’est un avant-goût du ciel de toute l’Église, c’est la résurrection promise à tous les chrétiens, c’est l’avenir de l’humanité sauvée par le Christ de Pâques.

3.       Marie et Élisabeth. Dans l’évangile de Luc, Marie est le symbole du nouveau peuple de Dieu, l’Église, et Élisabeth, la représentante du peuple ancien d’Israël. Dans ce récit de la Visitation, c’est la jeune Marie, l’Église, qui visite la vieille Élisabeth, Israël, et c’est Israël qui, à travers son dernier prophète, Jean-Baptiste, reconnaît la nouvelle Alliance en Jésus Christ. À travers Élisabeth, c’est Israël qui déclare à Marie, l’Église : « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur » (Lc 1,45). Et la réponse de Marie, l’Église, c’est de reconnaître son humanité dans toute sa fragilité : « Dieu s’est penché sur son humble servante » (Lc 1,48a), en se faisant solidaire de toutes nos pauvretés et nos misères : « Dieu renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides » (Lc 1,52-53).

Pour être fidèle à son Seigneur, l’Église doit donc, à l’instar de Marie, se faire anawim, c’est-à-dire pauvre, pour accueillir les anawim de toutes sortes, afin de leur dire que Dieu se fait solidaire d’eux et d’elles. Le théologien français Marcel Metzger écrit : « Cette fête de l’Assomption s’adresse d’abord à tous ceux dont le corps ou le psychisme sont blessés, meurtris, amoindris, mutilés. D’ailleurs, nous en sommes tous, plus ou moins, maintenant ou plus tard, de ces misérables, en haillons, dans ces loques que deviendront un jour nos corps et parfois nos psychismes. Or, dans l’action de l’Esprit-Saint, nous sommes déjà en gestation d’un corps nouveau, pour la résurrection finale; l’Assomption de Marie en est une preuve et une première réalisation ».

En terminant, pour célébrer dignement et en vérité cette fête de l’Assomption, il nous faut sans cesse nous convertir aux pauvres, aux mal-aimés, aux blessés de la vie, aux exclus, aux marginalisés, car c’est pour eux que Dieu a voulu se faire l’un des nôtres. On est loin de l’Église triomphante qui fait partie de nos souvenirs, mais que certains voudraient bien voir revenir en force avec son prestige et sa puissance qui la caractérisaient. Dans le récit de Luc d’aujourd’hui, il y a une urgence, puisque ce sont deux enfants non encore nés, dans le sein de leur mère, qui nous invitent à la conversion, au changement, à la reconnaissance de l’amour fou de Dieu pour notre humanité. L’exégète français Jean Debruynne écrit : « Dans ce récit de la Visitation d’Élisabeth par Marie, Luc met une certaine urgence et cette urgence est ailleurs. Marie se met en route rapidement alors qu’elle est enceinte. Elle entre dans la maison de Zacharie, mais ce n’est pas pour cela qu’elle est venue, elle a fait ce voyage pour Élisabeth… même pas! Elle est venue pour la rencontre de son enfant avec celui d’Élisabeth avant même leur naissance. Là est l’urgence. L’enfant a tressailli. Avant même sa naissance Jésus est reconnu : Dieu s’est fait chair! »

 

Bonne réflexion!
Bonne homélie! 

 

 

 

 

 

 

 

 

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