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Réf. Bibliques : 1ère lecture : Ap 11,19a;
12,1-6a.10ab
2ème lecture : 1 Co 15,20-27a
Évangile : Lc 1,39-56
Marie, c’est l’Église…c’est nous!
L’Assomption de Marie que nous célébrons aujourd’hui, a été
promulguée par le pape Pie XII, le jour de
la Toussaint 1950. Au concile Vatican II, dans Lumen Gentium, chap. 8 # 68, en
parlant de Marie, on dit ceci : « La mère de
Jésus, glorifiée désormais dans le ciel en son
corps et en son âme, est l’image et le
commencement de l’Église qui s’accomplira dans
le siècle à venir. Ainsi sur terre, jusqu’au
jour du Seigneur, elle brille devant le Peuple
de Dieu en marche : signe de sûre espérance et
de consolation ».
Donc, il faut faire très attention aujourd’hui, de ne pas
prendre les textes bibliques qui nous sont
proposés au sens littéral pour ne pas en réduire
la portée. Il faut être très prudent dans
l’interprétation que nous en faisons, pour que
nous puissions nous sentir concernés par les
propos de leurs auteurs, car
la Parole que nous proclamons aujourd’hui, qu’il
s’agisse du livre de l’Apocalypse de saint Jean,
en 1ère lecture, ou encore de la 1ère lettre de
Paul aux Corinthiens, en 2ème lecture, ou même
de l’évangile de Luc qui nous présente la
rencontre de deux femmes : Élisabeth et Marie,
tous ces textes parlent de nous, de ce que nous
sommes et de ce que nous sommes appelés à
devenir. Que pouvons-nous en retenir en 2010?
1.
La Femme de
l’Apocalypse.
Qui est cette Femme avec un F majuscule? Si on
dit que c’est Marie, mère de Jésus, sans plus,
on réduit la portée du message de l’auteur de
l’Apocalypse. Comme le dit bien la française
Madeleine Le Saux : « Aucun texte évangélique
ne glorifie Marie pour elle-même. Elle est
montrée comme la figure de l’Église, comparée à
l’Arche d’Alliance du Seigneur, grande d’être la
mère du Seigneur, heureuse d’avoir cru à
l’accomplissement de sa Parole ». Que
signifie pour l’auteur de l’Apocalypse, cette
Femme qui est l’Arche d’Alliance, donc présence
de Dieu dans son Temple (Ap 11,19a), qui a pour
manteau le soleil, la lune sous les pieds, et
sur la tête une couronne de douze étoiles (Ap
12,1), symbole, à la fois, des douze tribus
d’Israël et des douze apôtres? En disant cela,
l’auteur de l’Apocalypse affirme que les astres
ne sont pas des divinités et que cette Femme est
le nouveau peuple de Dieu, l’Église, issue de
l’ancien peuple de Dieu, Israël.
Et comme
l’Église du premier siècle subit les
persécutions, l’auteur ajoute : « Elle était
enceinte et elle criait, torturée par les
douleurs de l’enfantement » (Ap 12,2). Et
pourquoi? À cause des persécutions de l’empire
de Rome, d’Auguste à Domitien, en passant par
Néron, le plus sanguinaire des empereurs
romains. Rome est présentée comme un Dragon avec
sept têtes (les sept collines de Rome) et dix
cornes avec diadèmes (Ap 12,3) qui représentent
les empereurs qui se sont succédé et qui ont
persécutés l’Église naissante.
La Femme de
l’Apocalypse, l’Église a donné le Christ au
monde : « Or,
la Femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes
les nations, les menant avec un sceptre de fer.
L’enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son
trône (mort, résurrection et glorification du Christ), et
la Femme s’enfuit au désert (lieu de protection contre les forces du mal), où Dieu lui a préparé
une place » (Ap 12,5-6). Et c’est pourquoi
l’auteur de l’Apocalypse professe sa foi au Dieu
de Jésus Christ : « Voici maintenant le
salut, la puissance et la royauté de notre Dieu,
et le pouvoir de son Christ! » (Ap 12,10).
2.
Adam et le Christ.
Dans sa 1ère lettre aux Corinthiens, saint Paul
tente de convaincre ces gens de culture grecque
qui admettaient difficilement l’idée de
résurrection, que s’il n’y a pas de
résurrection, la foi chrétienne est sans contenu
et vaine. Il affirme : « Le Christ est
ressuscité d’entre les morts pour être parmi les
morts le premier ressuscité » (1 Co 15,20).
Ça ne nous empêche pas de mourir, car nous
sommes Adam, mais ça ne nous empêche pas
de ressusciter, car nous sommes aussi Christ.
Voilà la conviction profonde de tous les
chrétiens et la fête de l’Assomption vient nous
le confirmer : Marie, le peuple de Dieu,
l’Église est déjà ressuscité avec Christ. C’est
dire en même temps que la mort n’a plus le
dernier mot sur la vie. l’Assomption de Marie,
c’est un avant-goût du ciel de toute l’Église,
c’est la résurrection promise à tous les
chrétiens, c’est l’avenir de l’humanité sauvée
par le Christ de Pâques.
3.
Marie et Élisabeth.
Dans l’évangile de Luc, Marie est le symbole du
nouveau peuple de Dieu, l’Église, et Élisabeth,
la représentante du peuple ancien d’Israël. Dans
ce récit de la Visitation, c’est la jeune Marie, l’Église, qui visite la vieille Élisabeth,
Israël, et c’est Israël qui, à travers son
dernier prophète, Jean-Baptiste, reconnaît la
nouvelle Alliance en Jésus Christ. À travers
Élisabeth, c’est Israël qui déclare à Marie,
l’Église : « Heureuse celle qui a cru à
l’accomplissement des paroles qui lui furent
dites de la part du Seigneur » (Lc 1,45). Et
la réponse de Marie, l’Église, c’est de
reconnaître son humanité dans toute sa
fragilité : « Dieu s’est penché sur son
humble servante » (Lc 1,48a), en se faisant
solidaire de toutes nos pauvretés et nos
misères : « Dieu renverse les puissants de
leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de
biens les affamés, renvoie les riches les mains
vides » (Lc 1,52-53).
Pour être
fidèle à son Seigneur, l’Église doit donc, à
l’instar de Marie, se faire anawim,
c’est-à-dire pauvre, pour accueillir les
anawim de toutes sortes, afin de leur dire
que Dieu se fait solidaire d’eux et d’elles. Le
théologien français Marcel Metzger écrit :
« Cette fête de l’Assomption s’adresse d’abord à
tous ceux dont le corps ou le psychisme sont
blessés, meurtris, amoindris, mutilés.
D’ailleurs, nous en sommes tous, plus ou moins,
maintenant ou plus tard, de ces misérables, en
haillons, dans ces loques que deviendront un
jour nos corps et parfois nos psychismes. Or,
dans l’action de l’Esprit-Saint, nous sommes
déjà en gestation d’un corps nouveau, pour la
résurrection finale; l’Assomption de Marie en
est une preuve et une première réalisation ».
En terminant, pour célébrer dignement et en vérité cette fête
de l’Assomption, il nous faut sans cesse nous
convertir aux pauvres, aux mal-aimés, aux
blessés de la vie, aux exclus, aux marginalisés,
car c’est pour eux que Dieu a voulu se faire
l’un des nôtres. On est loin de l’Église
triomphante qui fait partie de nos souvenirs,
mais que certains voudraient bien voir revenir
en force avec son prestige et sa puissance qui
la caractérisaient. Dans le récit de Luc
d’aujourd’hui, il y a une urgence, puisque ce
sont deux enfants non encore nés, dans le sein
de leur mère, qui nous invitent à la conversion,
au changement, à la reconnaissance de l’amour
fou de Dieu pour notre humanité. L’exégète
français Jean Debruynne écrit : « Dans ce
récit de
la Visitation d’Élisabeth par Marie, Luc met une certaine urgence et cette urgence est
ailleurs. Marie se met en route rapidement alors
qu’elle est enceinte. Elle entre dans la maison
de Zacharie, mais ce n’est pas pour cela qu’elle
est venue, elle a fait ce voyage pour Élisabeth…
même pas! Elle est venue pour la rencontre de
son enfant avec celui d’Élisabeth avant même
leur naissance. Là est l’urgence. L’enfant a
tressailli. Avant même sa naissance Jésus est
reconnu : Dieu s’est fait chair! »
Bonne réflexion!
Bonne homélie!
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