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Avent 1 (B) : 30 novembre 2008
Renaître à l’espérance!

Raymond Gravel, prêtre

 

 


Réf. Bibliques :    1ère lecture : Is 63,16b-17.19b; 64,2b-7

                            Évangile : Mc 13,33-37

Une nouvelle année liturgique commence. C’est l’année B, l’année de l’évangéliste Marc. Au départ, j’utiliserai comme thème de l’Avent : Renaître à l’espérance au lieu de : Tu aimes le monde et nous vivons dans l’espérance. Pourquoi? Tout simplement parce que dans le contexte historique qui est le nôtre, il ne me semble pas évident d’affirmer que nous vivons dans l’espérance. Il faut plutôt inviter les gens à renaître à l’espérance, si on veut, non seulement être des veilleurs, mais aussi des éveilleurs. Quand on regarde notre monde, c’est beaucoup plus la désespérance qui prévaut que l’espérance, d’où la nécessité de désirer renaître à l’espérance. C’est déjà un signe de notre responsabilité à devenir des éveilleurs d’espérance dans un monde qui en a tant besoin.

Dans le fond, comme le disait l’exégète France Quéré, en 1993 : « L’Avent entrecroise deux propositions qui ne sont vraies qu’ensemble : l’avenir se fera pour nous, de la main du Seigneur qui nous aime, mais il se fera aussi par nous, comme si nous étions seuls. Notre attente est à la fois contemplative et active. Quand elle est contemplative, tournée vers un autre que nous, elle s’appelle espérance. Quand elle se met à l’ouvrage, elle a nom : volonté ». Il faut donc les deux attitudes ensemble pour qu’on puisse renaître à l’espérance, ressusciter.

En ce 1er dimanche de l’Avent, que retenir des textes bibliques qui  nous sont proposés?

  1. La désillusion : En 1ère lecture aujourd’hui, au temps du 3ème Isaïe, soit après l’Exil, on passe de la consolation (Is 40-55) à la désillusion (Is 56-66). Que se passe-t-il? C’est le retour de l’Exil : la réinstallation des rapatriés est difficile, puisque leurs terres sont occupées par des étrangers. Le temple n’est pas reconstruit et on a l’impression que Dieu a abandonné son peuple, tellement il se fait discret et silencieux. C’est alors qu’un prophète, le 3ème Isaïe, implore le ciel : « Ah! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi »  (Is 63,19b). L’auteur fait donc référence à la manifestation de Dieu au Sinaï dans les éclairs et le tonnerre.

Ne sommes-nous pas dans une situation semblable aujourd’hui, sur le plan social et politique? Nous sommes en pleine crise économique. Les travailleurs perdent leur emploi; les personnes âgées voient fondre leurs économies de toute une vie. Nos dirigeants ne s’entendent pas : c’est la crise. Après élection par-dessus élection, on est toujours au même point. C’est la guerre dans les parlements. Et personne n’ose parler de valeurs spirituelles. En voulant séparer l’Église et l’État, on a complètement évacué toute référence religieuse dans notre société dite laïque. Je pense qu’on aurait besoin d’un autre prophète Isaïe qui implorerait le ciel d’intervenir pour retrouver le chemin qui conduit à l’espérance.

  1. La responsabilisation : Le 3è Isaïe reconnaît que Dieu ne peut rien faire sans nous : « Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de toi en suivant ton chemin » (Is 64,4a). Dans le fond, ce n’est pas tout de croire en Dieu, il faut l’espérer. Ce n’est pas tout de l’attendre passivement, il faut y participer. Mais une chose est certaine : malgré nos erreurs et nos péchés, nous sommes sauvés : « Tu étais irrité par notre obstination dans le péché, et pourtant nous serons sauvés » (Is 64,4b). Et pourquoi? Parce que nous lui appartenons : « Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains » (Is 64,7).

Aujourd’hui, dans notre monde sécularisé au maximum, avons-nous l’humilité (et non pas l’humiliation) de reconnaître que nous avons besoin de Dieu? Sommes-nous conscients aussi que Dieu ne peut rien faire sans nous? N’est-ce pas là le besoin évident de renaître à l’espérance? C’est la seule façon de changer la situation…

  1. Une attente active : L’évangile de Marc nous invite à veiller. Et pourquoi? Tout simplement parce que le maître parti en voyage qui nous a confié sa maison, doit revenir nécessairement, car c’est lui le propriétaire. Ici, l’évangéliste fait référence au Christ ressuscité et glorifié qui a confié à ses disciples, ses serviteurs, l’Église que nous sommes. À chacun, il a donné une responsabilité : « Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller » (Mc 13,34). En donnant tout pouvoir à ses serviteurs, le Christ a aussi donné le pouvoir de ne rien faire et c’est peut-être l’impression qu’on a quand on regarde notre Église d’aujourd’hui. Et pourtant, l’incertitude du retour : « Le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin » (Mc 13,35b), ne doit pas nous soustraire à nos responsabilités. On doit, non seulement veiller, mais aussi éveiller les autres. Et pour ce faire, on a besoin de nouveauté. Il faut prendre des risques, relever de nouveaux défis et emprunter des sentiers encore inexplorés. C’est ça renaître à l’espérance. Il faut tout attendre et tout faire en attendant. C’est ça une attente active qui doit caractériser notre Avent 2008 : une attente qui présente ensemble les 2 attitudes : l’espérance et la volonté.

En terminant, je voudrais simplement citer le fondateur des Jésuites, saint Ignace de Loyola qui disait avec sagesse : « Que la première règle de nos actions soit d’agir comme si le succès dépendait de vous et non de Dieu, et de vous abandonner à Dieu comme s’il devait tout faire à votre place ».

 

Bon Avent 2008!
Bonne réflexion!
Bonne homélie!

 

 

 

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